Photographies: jouets anciens du XIXe et du XXe siècle

Les jouets sont de fidèles témoins de leur temps. Ils figurent parmi les spécimens de la culture matérielle les plus émouvants et les plus éloquents sur les valeurs et les rôles dans la société [...] Ils reflètent le désir inconscient des adultes de soumettre, par le jeu, l’enfant à l’apprentissage des rôles auxquels son sexe le prédestine.  »

Source: La nouvelle Encyclopédie des antiquités  du Québec par Michel Lessard, Montréal, Éditions de l’Homme, 2007, p. 424.

Voici quelques jouets du XIXe et du XXe siècle.

Poupée |  | M972X.92.1
Poupée, 1865-1925
Poupée |  | M936.3
Poupée, 1850
Soupière pour poupée |  | M997.56.1.2.1-4
1845-1850, 19e siècle
Poupée |  | M18535.1
Poupée vers 1875
Modèle réduit d'une voiture de pompiers |  | M969.22.14.1-4
Modèle réduit d'une voiture de pompiers, 1880-1900
Soldat de plomb |  | M980.167.24
Soldat de plomb, 1900-1950
Poupée |  | M972X.87.1
Poupée, 1910
Figurine, tigre |  | M985.147.419
Figurine, 1910-1930
Blocs de construction |  | M986.53.1.1-2
Blocs de construction, 1900-1920
Arche de Noé, jouet |  | M975.65.1
Arche de Noé, 1900-1925
Poupée |  | M995.45.11.1-6
Poupée, vers 1922-1925
Ours en peluche |  | M948.2.2.1
Ours en peluche, 1900-1940
Poupée |  | M973.170.12
Poupée, 1930
Char d'assaut, jouet |  | M988.140.7.1-2
Char d'assaut, jouet, 1930-1950
Maison de poupée |  | M973.59.1.1-5
Maison de poupée, 1940-1950
Poupée | Royal Air Force | M974.82.1.1-4
Royal Air Force, 1943
Trousse d'infirmière (jouet) |  | M2002.126.1.1-9
Trousse médicale, 1950-1959
Camion d'incendie, jouet |  | M987.167.2.2
Voiture de pompier, vers 1950
Trottinette |  | M2008.55.1
Trottinette, 1950-1955
Marionnette à gaine | Suzie | M994.31.1.1
Marionnette à gaine Suzie, 1959-1973
Visionneuse 3D | View-Master, modèle E | M2011.27.2.1-3
Visionneuse View-Master, modèle E, 1957 et roulette Expo 67
Microscope, jouet | Power Guide | M2003.18.6.1-2
Microscope, vers 1959-1960
Jouet pour le dessin | Etch-a-Sketch | M2000.62.6
Etch-a-Sketch, 1960
Voiture, jouet | Lincoln Continental | M2007.83.171
Lincoln Continental, 1964-1970
Casse-tête tridimensionnel |  | M2004.39.3.1-2
Casse-tête tridimensionnel
Voiture, jouet | Ford Thunderbird, 1961 | M2007.83.483
Ford Thunderbird, 1961
Voiture, jouet | Lotus Europa | M2007.83.162
Lotus Europa, 1968
Pistolet, jouet |  | M985.156.7A
Pistolet-jouet, 1960
Voiture, jouet | Automobile tirée de la série télévisée Joe 90 | M2007.83.73
Automobile tirée de la série télévisée Joe 90
Fusée spatiale, jouet | Spacecraft Apollo 11 | M2011.19.3.1-2
Spacecraft Apollo 11 vers 1969
Voiture, jouet | Ford Zodiac | M2007.83.148
Ford Zodiac
Avion, jouet | Little People © DC-9 | M2004.88.2.1-6
Little People © DC-9, vers 1970
Piste de course, jouet | Golden Gate HO Roadrace | M2000.111.1.1-52
Piste de course, 1970
Véhicule, jouet | Lunar Roving Vehicle inspiré du véhicule utilisé lors de la mission Apollo 15 en juillet 1971 | M2007.83.65.1-3
Lunar Roving Vehicle inspiré du véhicule utilisé lors de la mission Apollo 15 en juillet 1971
Poupée | Barbie | M2004.64.5.2
Barbie
Vaisseau spatial, jouet | Snowspeeder tiré de la trilogie Star Wars, Épisode V : L'Empire contre-attaque | M2010.43.5.1-2
Snowspeeder tiré de la trilogie Star Wars, Épisode V : L'Empire contre-attaque, 1980
Figurine, Schtroumpfette en patins à roulettes |  | M2010.8.11
Figurine, Schtroumpfette en patins à roulettes, 1980
Camion, jouet |  | M2007.83.601
Camion, 1981
Cartouche, jeu | Space Assault | M2008.78.4.1-3
Jeu Space Assault, 1981

Avion, jouet |  | M2007.83.452.1-2
Figurine, Snoopy |  | M2007.83.423

Poupée | Bout d'chou | M985.166.1.1-9
Poupée Bout d'chou 1983
Figurine, enfant Troll |  | M2004.87.10
Figurine, enfant Troll, 1990-1995

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Photographie: Montréal et Québec au début du XXe siècle selon les frères Neurdein

Les frères Neurdein, Etienne (1832-1918) et Louis-Antonin (1846-1914) fondèrent un studio de photographie en 1863 à Paris. On y proposait des  »portraits de personnages historiques et de célébrités de l’époque » ainsi que  »des vues de France, de Belgique, d’Algérie et du Canada » (réf. Musée McCord).
Voici quelques-unes de leurs photographies, prises à Québec et à Montréal, en 1907 et en 1910.

D’abord Montréal

Impression | Rue McGill, Montréal, QC, vers 1910 | MP-0000.1896
Rue McGill, Montréal, QC, vers 1910
Impression (photomécanique) | Attractions au parc Dominion, Montréal, QC, vers 1907 | MP-0000.861.2
Attractions au parc Dominion, Montréal, QC, vers 1907
Impression | Rue Notre-Dame, Montréal, QC, vers 1910 | MP-0000.1887.1
Rue Notre-Dame, Montréal, QC, vers 1910
Impression | Boulevard Saint-Laurent, Montréal, Qc, vers 1910 | MP-0000.816.1
Boulevard Saint-Laurent, Montréal, Qc, vers 1910
Impression (photomécanique) | Rue Bleury, Montréal, QC, vers 1907 | MP-0000.868.7
Rue Bleury, Montréal, QC, vers 1907
Impression | Boulevard Saint-Laurent, Montréal, QC, vers 1910 | MP-0000.816.5
Boulevard Saint-Laurent, Montréal, QC, vers 1910
Impression | Carré Viger, Montréal, Qc, vers 1907 | MP-0000.840.6
Carré Viger, Montréal, Qc, vers 1907

Impression | Vue de Montréal depuis l'un des belvédères du mont Royal, Montréal, QC, vers 1910 | MP-0000.877.2
Vue de Montréal depuis l'un des belvédères du mont Royal, Montréal, QC, vers 1910

Impression | Caserne centrale des pompiers, place d'Youville, Montréal, QC, vers 1910 | MP-0000.811.10
Caserne centrale des pompiers, place d'Youville, Montréal, QC, vers 1910

Ensuite Québec

Impression | Marché Montcalm, Québec, QC, vers 1910 | MP-0000.1152.8
Marché Montcalm, Québec, QC, vers 1910
Impression (photomécanique) | La basse-ville, la Terrasse Dufferin et le Château Frontenac, Québec, QC, vers 1907 | MP-0000.1159.8
La basse-ville, la Terrasse Dufferin et le Château Frontenac, Québec, QC, vers 1907
Impression | Rue Saint-Jacques, basse-ville, Québec, QC, vers 1910 | MP-0000.1160.10
Rue Saint-Jacques, basse-ville, Québec, QC, vers 1910
Impression (photomécanique) | Rue Champlain, Cap Diamant, Québec, QC, vers 1907 | MP-0000.1154.15
Rue Champlain, Cap Diamant, Québec, QC, vers 1907
Impression (photomécanique) | Rue Saint-Paul, basse-ville, Québec, QC, vers 1907 | MP-0000.1160.2
Rue Saint-Paul, basse-ville, Québec, QC, vers 1907
Impression (photomécanique) | La route vers Sillery, Québec, QC, vers 1907 | MP-0000.1161.3
La route vers Sillery, Québec, QC, vers 1907
Impression (photomécanique) | Jardin zoologique, chute Montmorency, environs de Québec, QC, vers 1907 | MP-0000.1169.1
Jardin zoologique, chute Montmorency, environs de Québec, QC, vers 1907
Impression | La Terrasse Dufferin et la glissade, Québec, QC, vers 1910 | MP-0000.1681.7
La Terrasse Dufferin et la glissade, Québec, QC, vers 1910
Impression | Vue des remparts depuis la côte de la Montagne, Québec, QC, vers 1910 | MP-0000.1153.6
Vue des remparts depuis la côte de la Montagne, Québec, QC, vers 1910

Le Musée McCord a mis en ligne 160 photos des frères Neurdein. En plus de Québec et Montréal, on y trouve des photographies de Toronto. C’est par ici.

Bibliographie

Maison Neurdein Frères, Paris [Page consultée le 26 novembre 2011] Adresse URL http://www.mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/fr/biographies/neurdein.html
Billets reliés

Les fêtes du tricentenaire de Québec en images (1908)

Photographies de Québec (1886-1910) par Frederick C. Würtele

Une petite touche d’Irlande au Québec (photos anciennes)

Le photographe Alexander Henderson (1831-1913)

Québec en 1870 par le photographe Louis-Prudent Vallée (1837-1905)

Photographie: Les Livernois (Québec, 1856-1974)

La collection photographique William Notman (19e et 20e siècle)

Annuaires Marcotte de Québec et leurs prédécesseurs, 1822-1920

Bibliothèque et Archives nationales du Québec a mis en ligne l’ Annuaire Marcotte de Québec et leurs prédécesseurs, 1822-1920.

Extrait de l'édition 1860-1861 de l'Annuaire Marcotte, p.185

Toujours sur le même site, il y a les Annuaires Lovell  de Montréal et sa banlieue (1842-1999).

Archives Canada nous présente aussi une collection d’annuaires du XIXe et du XXe siècle (avec moteur de recherche). On y retrouve, entre autres, le Guide (directory) de la cité et du district de Trois-Rivières 1867-1868, le Lovell’s Province of Quebec Directory de 1871 et l’Almanach des adresses Cherrier de la Ville de Québec de 1886.

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7. Ces gens qui ont marqué notre histoire: Henri Julien, illustrateur

Déchiffrer un document historique sans douleur (ou presque)- Ressources en paléographie

Ce n’est pas tout le monde qui apprécie le tramway (Québec, 2 octobre 1865)

Dès le 18 août 1865, les gens de Québec pouvaient emprunter le transport en commun pour leurs déplacements. On utilisait alors un système de tramway hippomobile.

Tiré par deux chevaux, le premier véhicule circule sur des rails de bois. En passant par les rues Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Joseph, il relie les marchés Champlain et Jacques-Cartier à la barrière Saint-Ours (aux environs du boulevard Langelier) (Réf, ville de Québec)

Photographie | Rue Saint-Jean en direction de la porte, Québec, QC, vers 1890 | MP-1994.26.36
Tramway hippomobile, Rue Saint-Jean, Québec, QC, vers 1890. Auteur. Livernois.

Mais le tramway ne faisait pas le bonheur de tout le monde.

Extrait du journal Le Canadien, mercredi 4 octobre 1865

BRIGANDAGE

Lundi soir, vers huit heures, comme le char no1. du chemin de fer urbain passait devant le marché Jacques-Cartier, St. Roch, des pierres furent lancées contre lui. Quelques vitres furent brisées et une dame faillit être blessée. La chose doit avoir été concertée d’avance, vu que les pierres arrivèrent simultanément des deux côtés de la rue. Nous espérons que la police parviendra à mettre la main sur les auteurs de cet acte inqualifiable.

Le même jour, le Journal de Québec rapporte aussi l’incident.

Dans la soirée de lundi, comme le char de la compagnie à lisses passait vis-à-vis le marché Jacques Cartier, des pierres lancées simultanément de chaque côté de la rue sont venues le frapper. Plusieurs stores ont été brisés et un homme a, dit-on, été blessé grièvement; une pierre a passé près de la tête d’une femme et est allée tomber dans le char. On dit que la compagnie va prendre des mesures pour découvrir les coupables. Nous espérons qu’ils seront découverts et qu’ils seront punis comme ils le méritent.

Selon la rumeur, les vandales à l’origine de l’incident étaient des  »charretiers mécontents de la concurrence ». (Source, Québec 1608-2008, Les chroniques de la capitale, année 1865).

Et non, ce n’est pas tout le monde qui voulait un tramway à Québec…

Bibliographie

Jean-Marie Lebel, Québec 1608-2008, Les chroniques de la capitale, Québec, Presses de l’Université Laval, 2008

Ville de Québec. [En ligne] Les tramways [Page consultée le 20 novembre 2011] Adresse URL

Jean Breton. Société d’histoire d’autobus du Québec [En ligne] Premier service de transport urbain à Québec. (1865) [Page consultée le 20 novembre 2011] Adresse URL

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Cimetière Saint-Charles à Québec

Exposition virtuelle: Naître et grandir à Québec 1850-1950

Quelques personnages connus et moins connus de l’histoire de Québec – capsules audio

Québec en 1870 par le photographe Louis-Prudent Vallée (1837-1905)

Expositions virtuelles des archives de la ville de Québec

Photographie: Les Livernois (Québec, 1856-1974)

Photographies: Centre de ressources pour l’étude des Cantons-de-l’est/ Eastern Townships Resource Centre

18 décembre 1874: élection d’un natif de Mascouche à la mairie de Los Angeles

Prudent Beaudry. Source: Metro Transportation Library and Archive sur Flickr

Le 18 décembre 1874, Prudent Beaudry, né le 24 juillet 1816 à Mascouche, devint maire de Los Angeles, Californie. Il occupa ce poste pendant deux ans. Son frère Jean-Louis fut quant à lui maire de Montréal de 1862 à 1866, de 1877 à 1879 et de 1881 à 1885.

Pour en savoir plus sur le parcours de cet homme, visitez la page qui lui a été consacrée sur le site des Remarquables oubliés de Radio-Canada. Pour notre plus grand plaisir, l’émission est encore en ligne (écoutez l’histoire de Prudent Beaudry). Et il y a aussi sa page Wikipédia.

Mais avant Beaudry, Damien Marchessault, né le 1er avril 1818 Saint-Antoine-sur-Richelieu, fut maire de Los Angeles, de 1859 à 1860 et de 1861 à 1865 plus précisément. Il est quant à lui décédé en 1868 à Los Angeles, dans des circonstances tragiques (texte en anglais).

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L’or de la Californie: l’épopée des Rioux de Trois-Pistoles (1849-1852)

Chronicling America – les journaux historiques américains

Robert Chambers, le dernier maire anglophone de Québec (1809-1886)

Photographie: Les Livernois (Québec, 1856-1974)

L’Incendie de l’asile de Beauport, 29 janvier 1875

L’Institut universitaire en santé mentale de Québec a porté plusieurs noms: Asile de Beauport, puis Québec Lunatic Asylum, Asile des aliénés de Québec, Asile Saint-Michel-Achange, Centre Hospitalier Robert-Giffard.

Le 29 janvier 1875, cet institut du chemin de la Canardière a été le théâtre d’un incendie qui a fait plusieurs victimes.

Source: L'Opinion publique, 25 février 1875

Dans le Canadien du 30 janvier 1875 a été publié l’article suivant:

INCENDIE DE L’ASILE DE BEAUPORT

PERTES DE VIE

IMMENSE PERTE DE PROPRIETE

VAINS EFFORTS POUR SAUVER L’ASILE

LES DERNIERS DETAILS

Hier soir, vers sept heures et demi, notre ville a été jetée dans l’émoi.  »L’Asile de Beauport est en feu! tel est le cri qui nous a glacé d’effroi. Un incendie est toujours terribles, mais l’incendie d’un incendie d’aliénés a quelque chose d’épouvantable.

Plusieurs  mille personnes sont parties presqu’en même temps pour le lieu du sinistre. Le chemin était littéralement couvert de voitures et de piétons. Rien de plus lugubre que le spectacle qui se présentait aux yeux de ceux qui se dirigeaient vers la conflagration. Toute la campagne entre Québec et Beauport était illuminée comme en plein midi, mais c’était une lumière qui faisait frayeur. Un immense nuage de fumée, couleur de feu, était suspendu au-dessus de l’Asile. On aurait dit que le ciel était en flamme.

SCENES NAVRANTES

Notre reporter est arrivée à l’asile au moment où l’on transportait les folles à la bâtisse destinée aux hommes; car c’est à l’aile est occupée par le département des femmes que le feu a pris naissance. Nous avons vu bien des incendies, nous avons la moitié d’une ville dévastée par le feu, mais nous n’avons jamais rien vu d’aussi triste que le spectacle dont nous étions témoin hier soir.  »Comment pourra-t-on jamais décrire cette scène » s’est écrié de nos amis, en voyant le terrible panorama qui se déroulait devant nos yeux.

Imaginez plusieurs cent femmes déjà privées de la raison et rendues furieuses par la vue des flammes qui dévoraient leur seul refuge. Imaginez ces pauvres infortunées, arrachées, à moitié vêtues, de leurs cellules, transportées par un froid intense à une distance de plusieurs arpents. Les unes pleuraient, les autres riaient, d’autres encore poussaient des cris de désespoirs.

On a dû entasser presque toutes les aliénées dans  un seul appartement. Ceux qui n’ont pas vu ce triste assemblage, ne pourront jamais s’en former une idée. Nous n’essaierons pas de le dépeindre. Nous dirons seulement que nous avons admiré le dévouement et le courage des gardiens et des gardiennes qui ont fait des merveilles pour conserver l’ordre, et cela au péril même de leur vie, car on peut facilement croire qu’un appartement remplis de folles, rendues doublement folles par la peur, n’est pas absolument un lien de sûreté.

ACTES HÉROÏQUES

Notre reporter a pu converser un instant avec M. Vincelette, gardien de l’Asile. Une de ses mains était enveloppée dans un mouchoir ensanglanté.  »Ce n’est rien » dit-il.  »Dieu merci, nos pauvres enfants sont sauvées. Nous avons eu bien de la misère pourtant. Elles ne voulaient pas déménager; elles se cachaient partout, sous les lits, dans les passages, partout.

La dernière fois que je suis retourné dans la partie de la bâtisse où le feu a pris naissance, j’ai failli y rester avec mes deux enfants. Je m’étais avancée dans une chambre et j’avais réussi à empoigner deux folles qui ne voulaient point sortir; mais une fois rendu dans le passage, je ne pus plus trouver l’escalier, la fumée m’étouffait, m’aveuglait. Heureusement, un de mes hommes était resté à la tête de l’escalier. Il me tira vers lui, et je suis tombé dans l’escalier avec mes deux enfants. Voilà comment je me suis fait mal à la main. Mais ce n’est rien.  »[...]

L’ORIGINE DU FEU

 »Comment et où le feu a-t-il pris naissance? »  »Je ne puis vous dire positivement comment. Je crois que c’est une de nos patientes qui a mis le feu à son lit; je ne peux pas m’expliquer la chose autrement. Quand je l’ai découvert, l’incendie avait déjà fait des progrès considérables. Le feu a pris naissance tout à fait en arrière de la bâtisse principale. J’ai envoyé tout de suite en ville demander du secours.  »

LE PROGRES DES FLAMMES

Pendant ce temps, les flammes faisaient de rapides progrès. L’élément destructeur avait envahi toute la partie est de la grande bâtisse et menaçait la partie centrale et la partie ouest. Une pompe à bras était, pendant longtemps, tout ce que l’on eût pour retarder la marche de l’incendie.  D’ailleurs, il n’y avait qu’une citerne qui fut bientôt tarie. Son Honneur le maire [Note: Célestin Marcoux] était l’un des premiers hommes rendus sur les lieux. Il donna ordre de suite de faire venir la pompe à vapeur. Mais les chemins étaient très mauvais et cette pompe mis bien du temps à venir. Et l’incendie faisait de plus en plus son chemin; le tiers de l’Asile n’était plus qu’un brasier.

LES ENVIRONS DE L’ASILE

Le magnifique terrain qui entoure l’Asile était jonché de meubles; une foule immense se tenait  auprès, le chemin était encombré de voitures. Plusieurs centaines d’hommes s’organisèrent en corps de sauvetage et se mirent à sortir les effets de la partie menacée par le feu.

UN INCIDENT

Quatre ou cinq hommes avaient traînés une grande armoire de l’Asile et l’avaient déposée à terre. Quelle ne fut pas la surprise de tous de voir une pauvre folle sortir de cette armoire et se jeter au milieu de la foule en jetant des cris perçants. Encore une de sauvée, disait-on; fait cela fait craindre qu’il n’y ait plusieurs autres qui, cachées dans quelques coins de la grande bâtisse, périront dans les flammes.

VAINS EFFORTS

Vers dix heures, la pompe à vapeur était rendue à Beauport. Cette pompe était la seule planche de salut qui restât.  »Si nous pouvons atteindre la rivière St-Charles avec cette pompe, disait son Honneur  le Maire, nous pourrons sauver les deux tiers de la bâtisse. Si non, tout est perdu. On a pu atteindre la rivière, mais il n’y avait plus que de la glace et de la vase.  On se transporta en toute hâte à une citerne, située à quelques distance en arrière de l’Asile. On disait que cette citerne contenait 25 mille gallons d’eau mais au bout de quelques minutes, elle était tarie. On se rendit donc de nouveau à la rivière St-Charles où l’on fit une chaussée avec des matelats dans l’espoir d’obtenir assez d’eau pour faire fonctionner la pompe à vapeur. Vain espoir.

A une heure et demi du matin, lorsque notre reporter laissé l’Asile, le feu avait envahie toute la bâtisse principale; la coupole était tombée, le toit s’écroulait, on n’espérait plus sauver aucune partie de la bâtisse.

DES ELOGES

Avant de terminer ce triste compte-rendu, nous devons faire des éloges de ceux qui ont fait tout ce que l’homme pouvait faire pour arrêter ce terrible incendie. Nos braves pompiers, et les soldats de la citadelle qui se sont rendus de bonne heure à l’asile, ont fait des merveilles. Quand au Dr Roy [François-Elzéar Roy], sa conduite a excité l’admiration de tous. [...]

En septembre de la même année, l’asile fût reconstruit.

Gravure parue dans le Canadian Illustrated News du 20 février 1875.

26 femmes sont décédées dans l’incendie.

  • Marie Prussien, 72 ans, de Québec
  • Caroline Boucher, 31 ans, de Québec
  • Euphémie Turcotte, 32 ans, de Québec
  • Virginie Leclerc, 24 ans
  • Angèle Desrosiers, 25 ans
  • Zéphirine Deblois, 38 ans
  • Philomène Vézina, 32 ans, de Saint-Roch,
  • Adèle Brisson, 34 ans, de Saint-Germain de Rimouski
  • Mary Clarke, 45 ans
  • Odile Laberge, 26 ans, Saint-Thomas de Montmagny
  • Julie Elie dit Le Breton, de Saint-Anselme (Dorchester)
  • Mary Newall, 30 ans
  • Sarah Cormier, 67 ans, de St-Joseph (Carleton-St-Omer)
  • Henriette Corriveau, 24 ans, de Québec
  • Anastasie Legault, 24 ans.
  • Josephte Dutilly, 58 ans, de St-Jean-Baptiste de Rouville
  • Mary Cogan, 29 ans
  • Luce Dorion, 65 ans, de Québec
  • Ellen Kennipeck, 60 ans
  • Adélaïde Reault, 48 ans
  • Margaret Parker
  • Honora Wilmoth, 46 ans
  • Eliza Buchanan, 50 ans, de Québec
  • Marie Massicotte, 53 ans, de Saint-Antoine-de-la-Baie-du-Febvre
  • Joséphine Saint-Pierre, 24 ans, de Sainte-Louise-de-L’Islet
  • Zoé Bazin, 34 ans, de  Saint-Vallier-de-Bellechasse

Source: Les enquêtes des coroners des districts judiciaires de Beauce, 1862-1947, de Charlevoix, 1862-1944, de Montmagny, 1862-1952, de Québec, 1765-1930 et de Saint-François (Sherbrooke), 1900-1954, BANQ

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Explosion au chemin de fer de la Baie des Ha! Ha! [14 avril 1910]

Explosion à Hochelaga [26 mai 1888]

L’incendie du Laurier Palace (Montréal, 9 janvier 1927)

L’incendie de l’hospice Saint-Charles [Québec, 14 décembre 1927]

Trois-Rivières brûle! 22 juin 1908

Explosion au chemin de fer de la Baie des Ha! Ha! [14 avril 1910]

Voici une histoire qui illustre bien les risques auxquels s’exposaient les hommes qui ont travaillé à la construction du réseau ferroviaire du Québec.

Nous sommes en 1910. On construit alors le chemin de fer entre Chicoutimi et la Baie des Ha! Ha!

Dans le journal La Patrie du 15 avril 1910, on pouvait lire l’article suivant:

EPOUVANTABLE CATASTROPHE A BAGOTVILLE DE CHICOUTIMI

Les entrepreneurs Stanislas Gagné et O’Brien ainsi que quatre ouvriers sont tués par l’éboulement d’une grande étendue de terre – Plusieurs blessés

Dépêche spéciale de La Patrie. Chicoutimi, Qué, 15 – Une terrible explosion de dynamite et de poudre s’est produite, hier, à Bagotville, sur la ligne du chemin de fer en construction de la Baie des Ha Ha!

Les deux entrepreneurs Gagné et O’Brien, ingénieurs civils et quatre travailleurs ont été tués; plusieurs autres ont été blessés.

L’accident est arrivé hier après-midi, à trois milles du village de Bagotville à l’endroit des Chutes, dans une coupe de terre pratiquée pour la construction de la ligne.

Une grande quantité de dynamite et 200 quarts de poudre éclatèrent, et un éboulis de terre sur une étendue de 75 000 verges en retombant, ensevelit le camp où dormait l’équipe de nuit.

Sous les décombres a été trouvé Stanislas Gagné, ingénieur, fils de François,  de Saint-Joseph d’Alma. Il fit ses études à l’Université de Toronto, et était l’associé d’O’Brien. – En outre des deux entrepreneurs, ont été tués un nommé Jennings, de Toronto et un Danois.

Un autre Danois et un Suédois, Wm Peterson, sont mourants.

Olsen, Suédois, a subit des lésions graves. Un nommé Soucy, de Sainte-Hedwige, Lac-St-Jean, a eu une jambe cassée.

Le 16 avril, le portrait de la tragédie se précise:

LE DESASTRE DE BAGOTVILLE

Quebec 16. Nous apprenons de Chicoutimi, que l’éboulement meurtrier de jeudi dernier à Bagotville a couvert un terrain de vingt arpent carrés sur une épaisseur d’environ dix pieds. La mine avait été chargée de cinq mille livres de poudre de dynamite. L’explosion a pris une direction autre que celle que l’on attendait et c’est ce qui explique le désastre.

Plus d’un millier de personnes ont visité les lieux hier malgré le mauvais état des chemins. L’endroit est à cinq milles du village de St-Alphonse et à neuf milles de la ville de Chicoutimi.

Trois bâtiments de cent pieds par trente ont été détruits et couverts par les débris. Jusqu’ici, deux victimes ont été retirées des décombres.

Ce sont deux Suédois dont les noms sont inconnus. Trois blessés, deux Suédois et un Canadien, du nom de Soucy, de St-Edwige, Roberval. Celui-ci n’a qu’une jambe fracturée.

Il reste deux victimes sous les décombres: un Suédois inconnu et m. Ladislas Gagné, ingénieur bien connu à Toronto, et dans toute notre région; les entrepreneurs du chemin de fer sont MM O’Brien et Jennings, de Toronto. Les fouilles sont poussées avec ardeur, mais on croit qu’il sera impossible de trouver les deux dernières victimes, si elles ne  sont pas toutes sous les décombres des bâtiments écroulés. Il y avait une cinquantaine d’hommes sur les lieux lors du sinistre. L’ingénieur Gagné était dans un des bâtiments, mais le cuisinier qui a réussi à se sauver était tellement transporté qu’il ne sait si Gagné est sorti.

Tancrède Gagné et J. T. Armand courtier, de Montréal, frère et beau-frère du jeune ingénieur Stanislas Gagné, sont partis pour la scène du désastre hier soir.

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Une du Quebec Chronicle du 15 avril 1910

Le corps de l’ingénieur Gagné a été retrouvé deux jours plus tard selon La Patrie du 18 avril. Il restait sous les décombres Olsen, père de famille. L’un des blessés, mourant, était  identifié comme étant un dénommé Torenfen. Dans l’édition suivante, La Patrie publie une autre liste des victimes: Ladislas Gagné (31 ans), Alex Robertson (40 ans), Marius Quinen (35 ans) et Olsen, 40 ans. Robertson et Quinen étaient de nationalité danoise. L’article précise que les travailleurs sur le chantiers étaient Italiens,  Finlandais et Suédois.

La tragédie de Bagotville a laissé sa marque dans la toponymie québécoise. Ainsi, l’événement est commémoré par le lieu-dit  L’Éboulis.

Vous pouvez voir ici de quoi avait l’air le réseau ferroviaire dans la région en 1913 (site du Ministère des Ressources naturelles du Canada).

Bibliographie

La Patrie, 15, 16 et 18 avril 1910

Noms et lieux fascinants du Québec [ressource électronique] / [COPAM] Concertation des organismes populaires d’alphabétisation en Montérégie, Châteauguay, Québec, 1998. Adresse URL

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