Election mouvementée dans Québec Centre [Québec, 5 août 1872]

Extrait du Canadien, édition du 7 août 1872

BULLETIN ELECTORAL

QUEBEC CENTRE

La votation a eu avant-hier dans Quebec Centre et s’est terminée par l’élection de M. Cauchon (Joseph-Edouard Cauchon), à une majorité de 270 voix.

Joseph-Edouard Cauchon en 1875. Source: Wikipédia et Bibliothèque et Archives Canada

Malgré les meilleures dispositions  dont ont pu faire preuve les chefs des deux partis, il y avait une telle excitation, une telle passion parmi le peuple, qu’il s’en est suivit des désordres où il y a eu du sang versé et même perte de vie.

Durant la première partie de la journée, il y avait égalité de force entre les partis, que la victoire a été longtemps indécise, et ce n’est que lorsque le parti Ross (James Gibb Ross) a vu que la victoire lui échappait, qu’il s’est alors livré à des excès qui comme toujours ont donné lieu à des représailles.

Les premiers désordres ont eu lieu vers une heure, au poll de la rue d’Aiguillon où un parti de forts à bras a essayé, sans succès, de s’emparer du poll.

Repoussés sur ce point, ils se sont organisés de nouveau, les uns armés de revolver, les autres d’assommoirs et de pierres, puis se sont précipités à l’improviste sur le poll de la rue Couillard. Là, la partie ne pouvant pas être égale, puisqu’au coups de revolvers, le parti Cauchon ne pouvait répondre que par des pierres.

James Gibb Ross vers 1880. Source: BANQ et Wikipédia

Ce dernier poll tomba donc entre les mains du parti Ross, mais l’officier rapporteur a pu s’échapper avec ses livres. Ce poll, en conséquences, a dû  être clos à 2 1/4 heures.

Le parti Cauchon chassé sur ce point s’est organisé s’est dirigé en forces sur le faubourg Saint Jean, et s’est emparé des polls; mais là, comme dans la rue Couillard, les officiers rapporteurs ont pu se retirer avec leurs livres, et la votation a été arrêtée.

De sorte que vers trois heures de l’après-midi, les polls, moins deux ou trois, ont dû se fermer, mais partout les officiers rapporteurs ont pu emporter avec eux leurs livres intacts.

La foule, dans le paroxysme  de la fureur, et n’ayant plus à suivre les péripéties de la votation, crut n’avoir rien de mieux à faire que de s’organiser en camps de Cauchon et de Ross, et de se livrer des combats où l’ont fit un libre usage de revolvers, de pierres et de lèche coquins.

Ce triste genre d’amusements se continua jusque vers 7 1/2 heures du soir, et le nombre de ceux qui ont reçu des blessures a dû être assez grands, car à chaque pas on rencontrait des combattants couverts de sang, la figure toute meurtrie.

La passion était portée à un tel point parmi cette foule compacte et furieuse, qu’on eut dit qu’elle ne désirait que du sang et rien d’autre chose que du sang.

Malheureusement, le tout ne s’est pas borné à des blessures de peu de gravité; nous avons à enregistrer une perte de vie: James Grandle, fabricant de voile, du Cap Blanc, appartenant  au parti de Ross, et porteur d’un drapeau, reçu une balle dans le côté gauche qui mit fin à ses jours.

La police  a bien fait son devoir en cette occasion, mais le nombre de combattants était si grand, le combat était engagé sur tant de points différents, qu’elle était, pour ainsi dire, impuissante et ne pouvait rétablir l’ordre par tout à la fois.

Les endroits où les combats se sont engagés avec le plus d’acharnement ont été les alentours du cimetière anglais, sur la rue Saint Jean. Certains des combattants s’étaient réfugiés dans ce cimetière et abrités par les murs et les arbres qui s’y trouvent, ils déchargeaient leurs revolvers sur leurs ennemis qui étaient dans la rue, sans être exposés aux coups de ces derniers.

Parmi ceux qui ont été le plus grièvement blessés, se trouve M. Pope, qui représentait M. Cauchon au poll de la rue Couillard. Ce monsieur a reçu un coup d’assommoir, qui l’ont mis dans un bien triste état.

Un jeune Fitzpatrick a reçu une balle dans la joue.

Un M. Frenette a eu la peau de la tête sillonnée par une balle.

Clavet, Ernst et Robitaille, de la police provinciale, ainsi  que deux autres de leurs confrères, ont été sérieusement maltraités.

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