Le raid de St. Albans [1864]

Un épisode de la Guerre de Sécession.

La Minerve, 21 octobre 1864

L’EXPEDITION DE ST. ALBANS

Nous avons publié hier matin, dans les dépêches de la nuit, le récit d’un coup de main sans exemple depuis le début de la guerre: un parti de maraudeurs a passé la frontière, à St. Albans, et à quatre heures de l’après-midi, a enfoncé trois banques, volé des sommes considérables, une vingtaine de chevaux, et fait feu sur plusieurs personnes qui ont voulu s’opposer à leurs vols.

La troupe reprit de suite la route du Canada. La police s’est immédiatement mise à leur poursuite. Une dépêche reçue hier matin annonce que six de ces maraudeurs ont été arrêtés à Stanbridge. Nous avons reçu hier d’autres détails qui nous permettent de donner un rapport plus complets.

Le compte-rendu suivant de cette audacieuse expédition a été adressé au consul américain:

Depuis deux ou trois jours, un certain nombre de personnes, au nombre de trente environ, arrivaient à St. Albans, par détachements de deux ou trois, sur différents trains, et se rendaient aux hôtels. Leurs habits étaient ceux des voyageurs ordinaires, et rien chez eux n’attirait l’attention du public. Aujourd’hui, vers 3 heures, et en même temps, des détachements de 5 hommes chaque, entrèrent aux trois banques, armés de revolvers qu’ils présentèrent aux Caissiers ou ceux qui les représentaient, et les menaçants de faire feu de suite, s’ils tentaient de faire du bruit ou de donner l’alarme. Toute résistance était inutile. Dans deux banques il n’y avait qu’un homme et dans l’autre il y en avait deux. Ils ont enlevé aux banques tout l’argent qu’ils purent trouver. Les voutes et les coffres-forts furent ouverts, et prirent en tout à peu près $150,000 à $200,000. En même temps leurs compagnons se rendaient aux hôtels et aux étables de louage et prenaient des chevaux nécessaires pour fuir au Canada. Mais comme cette opération se faisait en plein jour, elle ne se termina pas sans résistance. Une demi douzaine de coups de pistolets sur M. Fuller, propriétaire d’écuries de louages et sur M. Field, le propriétaire de l’hôtel américain. Ils tirèrent aussi sur M. Morrisson, en passant dans la rue, et lui firent une blessure qu’on a lieu de croire fatale. M. Huntington fut aussi blessé à la hanche.

Photographie | Les assaillants de St. Albans à la porte de la prison, Montréal, QC, 1864 | I-14018.1

Les assaillants de St. Albans à la porte de la prison, Montréal, QC, 1864

Aussitôt qu’ils eurent enlevé les chevaux, ils prirent la direction du Canada par le chemin de Sheldon, ce qui fit supposer qu’ils avaient l’intention de voler la Banque de Missisquoi, et d’atteindre le Canada par Franklin et Pigeon Hill ou Frelighburg. Autant qu’on peut s’assurer de leur route, tous venaient au Canada. Sur le chemin de planches, ils tirerent sur une jeune fille à côté du chemin. Ils menacerent de brûler la gare et d’autres bâtisses, mais ils crurent probablement que les délais leurs seraient désavantageux. Il n’y avait ni fusil ni pistolet dans le village; mais une demi heure après leur départ, 12 ou 15 personnes qui avaient réussi à se procurer des fusils se mettaient à leur poursuite. A mi-chemin de Sheldon, ils apprirent que les voleurs n’avaient pas plus d’un demi mille d’avance, quelques-uns des chefs paraissaient n’avoir d’autre but que de piller les banques, mais d’autres semblaient disposés à commettre tous les crimes, et ne pas devoir reculer même devant le meurtre.

Les Banques ont offert une récompense de $10,000 à celui qui ferait découvrir les voleurs.

Voici une autre dépêche adressée plus tard au consul américain:

St. Albans, 20 oct.
Nous avons arrêté deux voleurs de ce côté-ci des lignes et les avons mis en prison; on a trouvé sur eux, un montant considérable. Des deux côtés des lignes, la police est sur l’éveil pour opérer les arrestations. Notre gouverneur est très content d’apprendre que les autorités canadiennes montrent tant de célérité.

Le président de la banque de St. Albans est venu à Montréal hier matin à deux heures, et s’est rendu, accompagné du consul américain, chez M. le juge Coursol qui a donné instruction au chef de police Lamothe et au détective O’Leary de se rendre à Stanbridge par le premier train. Ce voyage eut un bon résultat, et à 6 heures du matin, deux voleurs étaient arrêtés. On disait seulement qu’un huissier du nom de Lunt et un autre homme du nom de Morey avaient été tués, probablement en opérant l’arrestation.

Lord Monck a aussi donné instruction à Sir Williams de prêter, au moyen des troupes, tout le secours qui serait jugé nécessaire pour l’arrestation des voleurs
__

(PLUS RÉCENT.)

Burlington, Vermont, 20

Huit personnes de celles qui ont envahis St. Albans, volés les Banques et massacrés les citoyens, ont été arrêtés à Stanbridge et Farnham, Bas-Canada; on a trouvé sur eux $50,000. Les autres complices ont été vus sur la route et seront probablement arrêtés.

Nous apprenons qu’une nouvelle force de police sous le commandement du chef de la police riveraine, M. McLaughlin, laissait Montréal par le convoi de l’après-midi pour se rendre à la frontière. On ajout [sic] même que M. Coursol était parti.
[...]

La Minerve, 22 octobre 1864

NOUVEAUX DETAILS SUR L’AFFAIRE DE ST. ALBANS

Comme nous l’avons annoncé hier, M. le juge Coursol a laissé Montréal avant hier après-midi pour se rendre à Stanstead [Stanstead], dans les townships de l’Est, accompagné d’un employé du Bureau de Police, pour prendre sur les lieux mêmes toutes les dépositions qui seraient nécessaires. Ils ont dû venir avec les prisonniers qui ont été arrêtés. Le nombre total jusqu’à présent est porté à 14, dont 12 arrêtés en Canada et 2 à St. Albans. Sur ce nombre, un a été arrêté avant-hier mati à Farnham et conduit à la prison de St. Jean; on a trouvé sur lui $3,000 en or et en greenbacks. On a trouvé sur un autre, arrêté à Waterloo, au moment où partaient les chars, deux paquets contenant $6,000 en greenbacks et trois revolvers. Un troisième a été ramené de Farnham hier matin et a aussi été logé dans la prison de St. Jean. Un quatrième enfin, sur lequel on a trouvé $2,000, a été arrêté à St. Jean même. M. Coursol a laissé hier matin St. Jean pour Farnham. Les six prisonniers, arrêtés à Stanbridge, ont aussi été incarcérés dans la prison de St. Jean.

Le sergent Hunter et cinq hommes sont partis avant-hier, et ont été placés avec plusieurs hommes com-Lacolle, me partis sic] de surveillance à St. Jean, près de Rouse’s Point et à Richmond, pour empêcher les enrôlements à l’étranger.

[...]

Nous apprenons aussi que le colonel Conally a reçu instructions de se mettre, ainsi qu’une partie de ses hommes, à la disposition de nos autorités et de marcher sur la frontière s’il en est besoin.
[...]

A la vue de la vigilance, de l’empressement et des précautions prises par notre gouvernement dans cette affaire, à la vue de l’activité qu’il déploie, nos voisins seront certainement satisfaits et trouveront notre conduite digne d’une nation amie. Nous devons dire aussi qu’ils le reconnaissent et que plusieurs journaux ont parlé avec beaucoup d’éloges de cette conduite.

P.S. Le nombre des prisonniers incarcérés dans la prison de St. Jean est de 15 ou 16.

Le procès des accusés débute à St-Jean, puis se transporte à Montréal, mais le 13 décembre, coup de théâtre!

Minerve, 14 décembre 1864

ELARGISSEMENT DES PRISONNIERS DU SUD

Personne ne supposait que l’affaire de St. Albans aurait un dénouement aussi soudain; et il est fort singulier qu’on ne se soit pas prévalu plutôt de l’heureux expédient d’hier. Chacun se présentait la question sous une autre forme et il paraissait bien entendu que les débats auraient trait surtout au caractère des belligérants. Nous ne sommes pas plus avancés sur ce point qu’il y a un mois, et cependant voilà les prisonniers bien et duement mis en liberté. On a trouvé leur arrestation irrégulière. Nous approuvons la décision de la cour; mais ce jugement qui leur rend la liberté ne les met pas à l’abri de tout danger, et ils feraient bien de ne point négliger les mesures de prudence.

Le jugement tel que rendu a causé dans le public une vive satisfaction. La dernière séance de la cour a été très animée. Aussitôt que le juge Coursol eut rendu son jugement, la foule qui se pressait, oubliant le decorum, s’est mise à applaudir de tout coeur, et des cris de triomphe accompagnèrent Young qui se lança gaiement dans un sleigh de louage, pour jouir une bonne fois du grand air.

Un souper devait leur être donné hier soir.
Voir les procédés de la cour dans une autre colonne.

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