Les Fils de la Liberté attaqués par le Doric Club [Montréal, 1837]

La Minerve, 9 novembre 1837

ASSEMBLEE DES FILS DE LA LIBERTE – OUTRAGES "CONSTITUTIONNELS"- DESTRUCTION DE L’IMPRIMERIE DU VINDICATOR, ETC.

Il y a maintenant dans l’atmosphère politique quelque chose de sombre et de menaçant pour l’avenir. Toutes les autorités établies ne semblent pouvoir maintenir le règne des abus qu’à force de duplicité, d’injustices et de lésions. Nos lois sont foulées aux pieds, nos réclamations méprisées, nos concitoyens persécutés, et comme si ce n’était assez de cela, une oligarchie, une faction ose encore ajouter aux souffrances du pays l’insolente prétention de vouloir faire la loi à la grande masse du peuple.Il semble que le gouvernement et cette oligarchie s’entendent pour nous opprimer, pour nous arracher, à nous et à nos enfants, notre patrimoine, et asseoir sur les ruines de nos libertés l’empire du petit nombre sur le grand, de l’aristocratie-singe sur la démocratie, des brutales passions sur les droits et la justice. Boirons-nous le calice jusqu’à la lie?

Lundi les Fils de la Liberté devaient se réunir, non pas en assemblée extraordinaire, mais en assemblée mensuelle et fixée d’avance à des époques déterminées par un règlement spécial de l’Association. Le but de cette réunion n’était pas non plus de troubler le repos publics, comme l’ont dit mensongèrement les journaux de la faction, mais de passer des résolutions exprimant les opinions de nos jeunes concitoyens, d’une manière paisible et avec tout l’ordre convenable, comme ils l’avaient déjà fait et ainsi qu’ils en avaient indubitablement le droit. Eh bien! notre magistrature, dont la très grande majorité est bureaucrate, quoiqu’elle ait été nommée par le gouvernement actuel que le Canadien voudrait pourtant nous faire croire favorable aux intérêts du peuple, notre magistrature, disons-nous, lança une proclamation qu’elle fit afficher le dimanche, au milieu d,une paix profonde, défendant aux citoyens de s’assembler, de porter des bannières et de faire de la musique dans les rues. Cette proclamation fut imposée au public sous le prétexte frivole qu’on avait de bonnes raisons de croire que des personnes malveillantes voulaient attenter à la tranquilité publique. Ces appréhensions singulières paraissent avoir été communiquées aux magistrats par quelque tory, on ignore ce qui a pu les inspirer à celui-ci, si ce n’est toutefois une petite circulaire adressée individuellement à une section des Fils de la Liberté par leur chef, les invitant à se réunir dimanche en face de l’église "pour quelque affaire importante." C’est ici le lieu de dire que le Courier, l’organe du parti whig, a eu l’impudeur de donner cette circulaire, qui n’était évidemment qu’une affaire particulière et qui ne regardait qu’une fraction de l’association, comme quelque chose de sinistre et d’extraordinaire en vue d’exciter les passions de ses fanatiques partisans.

Cette circulaire n’était bien certainement pas de nature à donner des appréhensions de troubles et d’attentats à la paix publique, puisqu’il n’y était dit tout simplement: vous êtres requis de vous trouver en tel lieu, à telle heure, "pour affaires importantes" et qu’on n’y faisait nullement allusion au lendemain, jour auquel la proclamation se rapportait. Quoiqu’il en soit de cet incident, dans ses rapports avec la mesure des juges de paix, toujours est-il que leur allégation d’attentats n’était qu’un misérable prétexte pour lancer leur proclamation et empêcher par là les Fils de la Liberté de s’assembler; car rien au monde ne justifiait leurs feintes appréhensions, et, comme nous l’avons dit déjà, jamais la ville n’avait jusque là joui d’une paix plus profonde. Les Fils de la Liberté voulaient s’assembler paisiblement et se disperser de même après avoir disposé de leurs procédés.

Nonobstant les obstacles ainsi jetés sur leur route, les Fils de la Liberté résolurent d’un commun accord de se conformer aux règlemens de leur association. Lundi matin, les chefs firent prévenir leurs sections respectives de se réunir aux lieu et heure fixés, à l’hotel Vigent, quoique les "constitutionnels" eussent eu l’insolence de tapisser pendant la nuit les coins des rues de placards invitant les gens à s’assembler sur la place d’Armes, à midi, pour "étouffer, disaient-ils, la rébellion à sa naissance !!!"

Les Fils de la Liberté se rendirent donc partis en détails et partie en corps à leur assemblée, mais comme leur but n’était pas de créer du tumulte, ils ne portèrent ni musique ni bannières. Ils s’y rendirent paisiblement et dans le plus bel ordre. Une seule section, celle No 1, fut insultée sur son passage, par la canaille rassemblée sur la place d’Armes. Il en résultat une rixe entre deux ou trois individus des deux partis où les Fils de la Liberté eurent le dessus et chatièrent de la belle manière ceux qui les insultaient. La démêlée fût devenue générale si les autres membres du Doric Club eussent avancé, mais ils n’eurent pas le courage d’attaquer de front, la colonne inébranlable des patriotes, pour secourir ceux ou celui des leurs (car nous ne sommes pas sûre du nombre) qui s’étaient risqués. A part ce petit incident, il n’est rien arrivé, que nous sachions, qui mérite la peine d’être signalé dans la marche de celles des autres sections qui allèrent en corps au rendez-vous.

Vers deux heures de l’après-midi, les Fils de la Liberté, réunis au lieu indiqué, ouvrirent leur assemblée dans la cour. Le Président s’étant placé au fauteuil, il fut prononcé plusieurs discours et adopté plusieurs résolutions que l’on trouvera ailleurs dans cette feuille. On pourra se convaincre en les lisant, que le projet allégué par les magistrats dans leur proclamation et par les tories dans leurs journaux, de troubler le repos public n’existait que dans l’esprit de ceux qui le désiraient peut-être pour se donner l’occasion de provoquer les Fils de la Liberté, et faire parader la force militaire, à la faveur de laquelle les tories savent si bien manoeuvrer. L’assemblée se passa donc dans le plus grand ordre: le calme, l’harmonie ne fut pas un instant troublé de la part des membres. Après la passations des résolutions, les procédés étant considérés comme terminés, les deux tiers, environ, des assistans se retirèrent? par la rue Notre-Dame, non pas en corps, mais individuellement, les uns après les autres.

Peu de temps après (alors la réunion, diminue d’environ deux tiers comme on vient de le dire, se composait d’a peu-près cinq cents membres), peu de temps après, disons nous, et au moment où il était question de lever la séance, plusieurs pierres, lancées de la rue St. Jacques, pardessus la porte de cour qui donne sur cette rue, tombèrent, quelques-unes sur les toits des bâtimens contigus, d’autres au milieu de l’assemblée où elles blessèrent même quelques-uns des assistans. On alla voir de suite qui pouvait se rendre coupable d’une aussi honteuse action, et un rassemblement de constitutionnels (les mêmes qui s’étaient réunis sur la Place d’Armes pour "étouffer la rébellion à la naissance") que l’on aperçut auprès, sur les derrières, sur St. Jacques, indiquait suffisamment quels étaient les agresseurs. Les pierres furent bientôt suivies des cris, car elles étaient à peine tombées que les constitutionnels hurlaient déjà à la porte de cour qu’ils frappaient à coup redoublés avec des bâtons et des pierres; ils insultaient les Fils de la Liberté, qu’ils défiaient hautement au combat en les traitant de lâches, de poltrons, etc.

Les Fils de la Liberté ayant achevé leurs procédés, ils se retirèrent. En débouchant sur la rue St. Jacques, une grêle de pierres vint les assaillir une seconde fois (1). La faction bureaucrate était là au grand complet, les Fils de la liberté ripostèrent sur le même ton, et comme la faction récidivait, ils s’élancèrent sur elle et la firent retraiter précipitamment. Quelques coups de pistolet furent, dit on, tirés de part et d’autre, et une balle, (selon le Herald qui à son ordinaire rapporte tout de travers) s’alla loger dans la manche d’un des agresseurs. Nous ignorons si ce fait est correct, mais nous l’acceptons tel quel: si quelques uns de l’association des jeunes gens étaient munis de bâtons et d’autres armes pour se défendre, ils pouvaient être justifiables, car ils étaient menacés, comme nous l’avons fait remarquer en premier lieu, par un placard anonyme que l’on savait avoir été affiché par les membres de la société secrète appelée Doric Club.

Cependant, les aggresseurs s’étant ralliés revinrent un instant après la charge: ils étaient armés de pied en cap: la phalange patriote les repoussa une seconde fois, puis une troisième, et elle resta définitivement maîtresse du champ de bataille. La démêlée se fit dans la rue St. Jacques, la rue Notre-Dame et dans les rues transversales, à partir du marché au foin jusqu’à la rue St. Lambert, en face de la demeure de L.H. Lafontaine, écr., où le combat se termina. Ainsi l’on voit la distance parcourue par les combattans: les Fils de la Liberté furent fidèles à leur dévise, car, et nous le disons à leur gloire, ils ne se portèrent qu’EN AVANT, tandis que le Doric Club retraitait de toutes parts et presque toujours en désordre. C’était une curieuse scène que de voir les héros improvisés du Herald Chercher dans la fuite un salut glorieux! Ils rappelaient au souvenir des spectateurs ces troupeaux de moutons dont il est fait mention dans l’histoire du chevalier de la Manche. Au troisième effort, la déroute des constitutionnels fut complète. Les patriotes se rendirent, comme on l’a dit, jusqu’en face de la maison de Mr. Lafontaine, toujours en repoussant l’ennemi; là ils se dispersèrent.

Il faut remarquer ici que dès le commencement, et comme toujours, les constitutionnels firent voir qu’ils n’étaient pas décidés à suivre le bel exemple des réformistes en respectant les propriétés. On nous dit que des vitres ou des chassis ont été brisés le long de la route et notamment chez le Dr. Robertson, de sanglante memoire: c’est là le résultat des pierres qu’ils lançaient continuellement, quand les Fils de la Liberté leur en donnait le temps toutefois. Nous ne dirons pas que le champ de bataille était jonché de morts et de blessés, mais le sang dont la terre était partout rougie l’eut fait présumer. Quand on saura que la section des Fils de la Liberté qui se trouvait le plus exposée n’a eu que deux hommes de frappés, non dangereusement, mais de manière à saigner, on pourra juger de quel côté se trouvent "les pertes".

Nous faisons ici une pause pour féliciter nos jeunes concitoyens, les Fils de la Liberté, de la manière honorable et tout-à-fait comme il faut avec laquelle ils ont rempli leur devoir; car il ne faut pas l’oublier, ils ont été attaqués. Ils s’assemblaient pour exercer un droit sacré, celui de délibérer sur les affaires publiques. Ils vont paisiblement et même silencieusement au lieu de réunion. L’ordre, l’harmonie, règne parmi eux; une bande de forcenés les attaque, ils se défendent, ils la repoussent. Cela fini, ils se dispersent, et chacun d’eux s’en va chez-soi paisiblement comme il est venu, et sans avoir commis le moindre acte de spoliation ou de lâcheté! Voilà ce qu’on appelle se conduire noblement et en hommes dignes de la liberté! Que ne pouvons nous, hélas! en dire autant de nos adversaires politiques!

Dès qu’on vit les constitutionnels battus et fuyant de toutes parts, leurs amis les magistrats, qui étaient en session, se hatèrent de demander l’intervention du militaire. M. Shuter fut chargé de l’exécution de cet ordre, et il alla en conséquence mandier le secours des troupes, non pas pour protéger les Files de la Liberté attaqués car ils étaient partis, mais pour donner du coeur et de l’audace aux constitutionnels mis en déroute ainsi que le prouve leur conduite subséquente. Cette tentative de la part des magistrats de provoquer un 21 mai échoua, et ils durent éprouver un cruel désappointement: les Fils de la Liberté avaient gagné la victoire et étaient à peu près tous retirés, lorsque la force armée arriva.

Nous devons rectifier ici deux des nombreux faux allégués d’un journal bureaucrate qui dit que c’est la curiosité qui avaiat attiré une cinquantaine de constitutionnels près de l’endroit ou s’étaient assemblés les Fils de la Liberté. Ce ne peut pas être la curiosité, car ces constitutionnels étaient tous armés, et ils n’est pas possible que de simples curieux eussent jeté des pierres, frappé à coups de batons, hurlé et défié une assemblée de citoyens paisibles qui ne leur disaient rien et qu’ils ne voyaient même pas. Les constitutionnels attroupés en cet endroit n’étaient pas une cinquantaine, mais de beaucoup plus nombreux que les Fils de la Liberté: c’était en un mot l’assemblée de la place d’Armes qui s’était transportée près des Fils de la Liberté pour "étouffer" comme elle le disait dans son placard, la "rébellion à sa naissance".

Cependant le bruit que les troupes allaient venir s’étant aussitôt répandu, les chefs bureaucrates firent tous leurs efforts pour rallier de nouveaux les fuyards. A l’aide des troupes, ils se rallièrent, et ayant aperçu tout auprès quelques groupes de Canadiens dont plusieurs étaient des Files de la Liberté, ils se ruèrent sur eux, croyant se venger de la honteuse défait qu’ils venaient d’essuyer, mais ils ne réussirent qu’à demi, car les vingt à trente patriotes qui étaient là, s’étant aperçus à temps de l’attaque dont ils étaient l’objet de la part de plusieurs centaines de furieux, s’esquivèrent heureusement à l’exception de quelques uns qui ne purent se sauver. Ceux-ci furent inhumainement maltraités. Nous voudrions pouvoir borner ici cette narration, mais les faits que nous avons à citer sont trop importans pour être omis.

Après cette nouvelle prouesse, la bande constitutionnelle, qu’on peut appeler aussi bande des quarante voleurs, ainsi qu’on va le voir, résolut, forte qu’elle était de l’appui des magistrats et du militaire, d’aller exercer sur les propriétés d’autrui les vengeances qu’elle aurait voulu exercer sur les personnes elles-mêmes: elle se rendit en criant à la manière des sauvages, jusqu’à la maison de M. Dupuis, au coin des rues Sanguinet et Dorchester. Rendue là, cette bande commença par investir la maison, hurlant d’une façon épouvantable, menaçant et maltraitant tout ce qui se trouvait auprès. La maison dont il s’agit est à deux étages et en bois. Le haut est occupé par M. Gauvin, jeune et le bas comme épicerie par M. Gauthier. S’étant bien assuré qu’il n’y avait personne chez M. Gauvin, la bande jeta des pierres et brisa toutes les vitres et les chassis. Elle enfonça la porte qui conduit en haut, où quelques-uns des siens s’étaient introduits au moyen de cette de voie de fait VOLERENT et ENLEVERENT plusieurs effets tels qu’un fusil à sept canons, un fusil à deux canons et un autre à un seul canon, une épée et un drapeau sur lequel ces mots sont écrits: "En avant! Association des Fils de la Liberté." Toutes ces abominations furent commises par les constitutionnels et, fait digne de remarque, à la vue même d’une compagnie du régiment des Royaux, commandée par un officier qui se promenait nonchalamment à cheval près de la scène de dévastation!!!

Après cette glorieuse action dictée sans doute par le British feelling (?) les constitutionnels se rendirent par la rue St. Denis jusqu’à à la demeure de l’honorable Mr. Papineau où ils laissèrent des marques de la haine instinctive qu’ils portent au noble défenseur des libertés coloniales, en brisant les jalousies et les fenêtres de sa maison, sans être le moins du monde inquiété par les juges de paix, ni les troupes. Fort heureusement, aucun membre de la famille ne fut atteint.

De là, les constitutionnels se rendirent rue Ste. Thérèse chez M. Louis Perreault, propriétaire du Vindicator, le seul journal de cette ville publié en anglais dans les intérêts du peuple. La haine qu’ils nourrissent contre ce papier était déjà bien connue, et ils l’ont prouvée d’une manière irréfragable le 6 novembre 1837. Le Vindicator, depuis qu’il existe, a toujours défendu la cause de la réforme avec autant de zèle que de talens. Il n’en fallait pas davantage pour lui attirer l’animadversion de ceux auxquels le règne des abus profite. Aussi a t-il toujours été en butte aux persécutions et aux brutalités de la faction et de ses suppôts. Rien n’a été épargné pour l’abattre ou lui nuire, mais rien n’a réussi, parce que, fort de son droit et de l’opinion publique, il était plus puissant que ses ennemies. Le trop juste châtiment moral qu’il a su leur infliger chaque fois qu’ils l’ont mérité, ce qui n’était pas rare, leur a inspiré un sentiment de vengeance inextinguible. Comme tous les moyens msi en jeu jusqu’à présent pour l’exercer leur ont faillit, ils ont résolu de pousser la violence au dernier point, suivant en cela l’exemple des gouvernans qui ont foulé aux pieds toutes les lois de l’état.

C’est dans cette intention que les tories se rendirent de chez M. Papineau au Vindicator, passant par la rue Notre-Dame et par conséquent devant le corps de garde où, remarquons-le bien, deux magistrats se trouvaient placés en vedettes comme pour "veiller à la tranquillité publique." ces magistrats se nomment, dit-on, M. M. Torton, Penn et Benjamin Holmes. La procession déboucha ensuite dans la rue St. Vincent vis-à-vis de laquelle tous les magistrats étaient assemblés en session; elle défila devant la Mess-House des royaux où se trouvaient plusieurs officiers, et entra enfin dans la rue Ste. Thérèse, sans avoir éprouvé la moindre contrariété de la part des juges de paix, ni des militaires.

Il fesait nuit alors. Les ouvertures du bureau et de l’atelier du Vindicator sont protégés par des portes et des contre-vents en tôle- M. Perreault demeure lui-même au deuxième étage, dont les croisées sont garnies de jalousies. Arrivée la, la bande constitutionnelle, ou le Doric Club, comme on voudra l’appeler, commença de suite par couper les pattes et les contrevents de tôle avec des haches dont elle avait eu la précaution de se munir pour l’occasion. Tandis qu’on brisait les jalousies et les carreaux de vitre à coups de pierre, d’autres enfonçaient les portes d’en-dedans ainsi que les fenêtres. Cela fait, ils pénétrèrent dans l’intérieur; ils s’emparèrent d’abord des ca[?] et répandirent les caractères au dehors, ils s’introduisirent ensuite forcément dans la chambre du rédacteur, où ils mirent tout en pièce, et ayant dépouillé les appartements de tout ce qu’ils contenaient de livres, de papiers, etc. ils s’enfuirent, laissant après eux des marques de leurs exploits glorieux et dignes de figurer dan les [?]tes consitutionnelles seulement. Les rues en face du Vindicator étaient littéralement couvertes des débris du butin que la bande n’avait pu emporter. Les dommages causés à l’établissement de M. Perreault sont évalués au moins à £500.

Un fait digne de remarque, c’est que cette oeuvre de destruction ait pu se consommer pour ainsi dire sous les yeux des magistrats et des troupes sans que de leur part il n’ait été fait la moindre tentative pour l’arrêter. De la scène [?]u dégât au palais de justice, où les juges de paix étaient assemblés, la distance est très courte: c’est tout si elle excède deux arpens; et on sait que le corps de garde avoisine ce dernier édifice. La nuit était calme et on pouvait entendre à une très grande distance le bruit que fesaient les dévastateurs. Le militaire était sur pied, et de nombreuses sentinelles, bordant chaque coté de la rue Notre-Dame dans les environs du corps de garde, se promenaient silencieusement le fusil sur l’épaule, les magistrats étaient là, et cependant personne ne bougea pour offrir quelque protection aux citoyens dont on détruisait les propriétés, et pour rétablir la paix, quoi qu’il fut absolument impossible que les magistrats et les militaires n’entendissent pas le vacarme effrayant qui se fesait à quelque pas de là.

Mais on sera bien plus étonné lorsqu’on saura que deux citoyens, mus par le désir de protéger les propriétés, se rendirent à la garde et avertirent de ce qui se passait les deux magistrats qui s’y tenaient, (les mêmes dont nous avons donné les noms) et que ces juges de paix refusèrent nettement d’envoyer quelques soldats pour disperser l’attroupement et empêcher la dévastation !!!

Nous apprenons avec le plus vif regret que cette attaque aura pour conséquence immédiate de faire suspendre la publication du Vindicator pendant une ou deux semaines. Le dernier numéro n’a pu sortir qu’hier: rien ne manque aux pages extérieures, mais l’intérieur du journal sous le rapport typographique se ressent beaucoup du mal fait à l’établissement, car le milieu seul est imprimé, le reste est en blanc. Les matières qui devaient le remplir étaient prêtres pour mardi à l’ordinaire: il ne restait plus qu’à les mettre sous presse: elles se composaient d’une correspondance de Londres, de divers articles éditoriaux et de plusieurs communications. Mais des Visigoths et des Vandales les ayant brisées, et jetés les types aux vents, elles en purent voir le jour. Nous apprenons en même temps avec plaisir que [illisible] ne sera pas fatal, et que la suspension du journal du pays le mieux rédigé ne sera que momentanée. Loin de l’avoir abattu, le coup funeste que l’on a eu l’intention de lui porter, lui imprimera une nouvelle énergie.

Nous avons oublié de dire que dès que le Doric Club fut rallié, il se rendit à plusieurs reprises en face de la demeure de M. Joshua Bell, respectacle citoyen bien connu par ses talens et son patriotisme. M. Bell demeure rue Notre-Dame. Les constitutionnels s’attroupèrent sous ses fenêtres et lui lancèrent des pierres et toutes lessales injures dont on les sait si prodigues. M. Bell ayant ouvert un de ses jalousies au deuxième, leur présenta un fusil en les menaçant de faire feu sur le premier qui oserait le molester. Ils n’eurent pas plutôt aperçu le bout du fusil qu’ils s’éloignèrent précipitemment. C’est de là qu’ils allèrent briser la maison de M. Dupuis, etc.

Nous sommes forcés, faute d’espace, de supprimer quantitué d’autres faits et quelques articles relatifs à l’affaire de lundi.
__

(1) Un habitant des Townships de l’est qui se trouvait là par hazard et qui n’était nullement intéressé, nous dit à nous même depuis qu’il avait vu les constitutionnels jeter des pierres les premiers et que les patriotes n’usèrent que du droit de représailles. L’aggression par le parti tory est un fait tellement bien constaté que les journaux bureaucrates seuls osent dire le contraire. Plusieurs tories renforcés ont avoué que l’aggression venait des constitutionnels.

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