La St-Jean-Baptiste fêtée en grand à Woonsocket, R.I. [1890]

L’Independant, 27 juin 1890

LE 24 JUIN A WOONSOCKET
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L’UNE DES PLUS BELLES DEMONSTRATIONS QUI AIENT EU LIEU DANS LA NOUVELLE-ANGLETERRE
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VINGT FANFARES ET ET UNE CINQUANTAINE DE SOCIÉTÉ PARADENT DANS LES RUES
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La société Saint-Jean-Baptiste de Woonsocket n’avait pas célébré sa fête patronale d’une manière solennelle depuis l’an 1882, c’est-à-dire il y a huit ans. A cette époque elle avait pour président notre estimé compatriote M. le Dr Jos. Hills et sous la présidence duquel aussi la célébration avait été organisée. Le magnifique succès obtenu lors de la célébration de 1881 avait couronné les efforts des organisateurs et avait valu une haute réputation à notre société St. Jean Baptiste. Depuis cette époque chaque fois que notre société a figuré dans quelques processions elle a toujours maintenu sa réputation sous tout rapport. Lorsqu’il y a quelques mois on entreprenait la tâche d’organiser une célébration nationale à Woonsocket pour le 24 juin 1890, il s’agissait d’un travail difficile et délicat qui devait requérir le succès voulu pour maintenir la haute renommée de nos compatriotes d’ici.

Nous l’avons déjà dit dans des rapports antécédents que le comité exécutif de l’organisation travaillait avec courage et prenait toutes les précautions possibles pour assurer le succès de la fête. Aussi sommes-nous heureux de pouvoir déclarer à haute voix que ce travail, ce dévouement et ces efforts déployés par le comité exécutif a été couronné du plus grand succès mardi dernier. Le comité exécutif de l’organisation de la fête était composé de Philippe Boucher, Prés.; Gaspard Drainville, 1er Vice-prés.; Jos. Provancher, 2ème Vice-Prés.; Jos Vézina, Sec.-arch. ; Davidas Tétrault, Ass.-sec.-arch.; G.A.Laporte, Sec.- Corr.; Adona Dufresne, Ass.-sec.- Cor.; G.A. Gers, Trés.; Jos. Lassalle, Ass.-trés: Honneur donc à ces messieurs et à tous ceux qui ont travaillé à l’organisation de notre belle démonstration. La journée du 24 juin 1890 restera sans aucun doute à jamais mémorable dans les annales canadiennes de Woonsocket. Dès une heure matinale on voyait circuler dans nos rues des groupes de compatriotes, la figure rayonnante de joie et le coeur plein de patriotisme. La plus grande activité régnait et tous semblaient attendre avec impatience l’heure où des frères de race et patriotes comme eux devaient venir s’unir à eux pour fêter ensemble le grand jour des Canadiens-Français. Cette heure arriva enfin et de temps à autre une locomotive traînant une longue file de chars nous amenait des milliers de ces patriotes venant de toutes parts. Jamais encore Woonsocket n’avait vu tant d’étrangers défiler dans ses rues, et jamais aussi elle n’avait été témoin d’une si belle démonstration comme elle devait l’être ce jour-là.

Pour fêter la St-Jean, il faut être bien habillé. Extrait de l'Indépendant, 20 juin 1890
Pour fêter la St-Jean, soyez bien habillé. Extrait de l’Indépendant, 20 juin 1890

Toutes les manufactures, les écoles et une grande partie des magasins étaient fermés. Les beaux arcs érigés ci et là et les magnifiques et riches décorations que l’on voyait partout, tout nous annonçait que Woonsocket devait être le spectacle d’une grande et belle démonstration. Plusieurs milles de chemin dans les quartiers canadiens étaient balisés et notre ville ne pouvait offrir un aspect plus gai et solennel. Le temps couvert que nous avons eu le matin nous donna un peu à craindre, mais tous nos doutes furent bientôt dissipés lorsque le soleil dévoila les nuages.

Si nos compatriotes étaient de jour-là pleins d’enthousiasme nos autres concitoyens l’étaient aussi et tous paraissaient être unis à nous pour fêter notre fête nationale. Américains, Irlandais, Anglais et Canadiens tous avaient la main dans la main et semblaient ne former qu’une seule et même nation.

A 8:30 heures les sociétés St. Jean Baptiste, l’Institut Canadien-Français, la Garde Richelieu et le Cercle National Dramatique se rendirent à l’église du Précieux Sang où une grand’messe solennelle fut chantée. M. l’abbé Gaboury de Centreville, R.I. officiait assisté des Révds. Leclerc de Woodlawn et P. McKlaughlin de Slatersville R.I. comme diacre et sous-diacre. Le Révd. E. Lessard de l’église du Précieux Sang figurait comme maître des cérémonies. Le choeur sous la direction de M.J. U. Giguère et Mme Giguère, organiste, assisté du choeur Notre-Dame de Central Falls rendit avec succès la messe de Werner. Les soli de la messe furent admirablement bien rendus par Delles Flora Poliquin, Emma Gers et Mde Emile O. Paradis Soprano et Dlle Marie-Louise Tétreault et Allina Tétreault alo. A l’offertoire nous eûmes l’avantage d’entendre la belle voix de notre jeune cantatrice aveugle, Delle Eugénie Tessier dans l"Ave Maria" de Chérubini. Elle fut accompagnée par M. Emery Lavigne de Montréal.

M. Lavigne exécuta aussi de magnifiques morceaux d’entrée et de sorie, et sut faire raisonner [sic] l’orgue en maître. Le sermon de circonstance a été donné par le Révd. H. Deslauriers de la paroisse du Précieux Sang. Le savant prédicateur nous a démontré le patriotisme au pont de vue religieux et intéressa son auditoire au plus haut degré. Son sermon fut un vrai chef-d’oeuvre d’éloquence, et nous regrettons de ne pouvoir le publier in extenso sur le présent numéro.

Au cours de son sermon il dit que certaines nations et certains peuple semblaient être l’objet d’une protection particulière de la part de Dieu qui leur confiait des missions spéciales, que la mission du peuple canadien-français était de conserver intacte et de propager la foi catholique romaine et qu’aussi longtemps qu’ils seront fidèles à cette mission le Seigneur sera avec eux, mai que si jamais ils oubliaient leur mission, ils subiraient le sort des enfants d’Israël, et de bien d’autres nations qui ont brillé pendant un temps d’un grand éclat, mais qui sont aujourd’hui humiliées ou disparues entièrement.

L’article se termine par la liste des participants au défilé de la St-Jean.

A lire: Débuts de la colonie franco-américaine de Woonsocket, Rhode Island (1920) par Marie-Louise Bonier.

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