Le vol du siècle [1er avril 1924, Montréal]

L’Action catholique, 2 avril 1924

AUDACIEUX ACTE DE BANDITISME DANS LA METROPOLE
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Deux hommes tués, dont un bandit – Un messager de la Banque d’Hochelaga blessé- Un vol de plus de $140,000 – Une vive fusillade en plein jour
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On a fait des arrestations.

Montréal,2 – Une bande de brigands composée de 4 à 8 hommes armés s’est emparée d’une somme d’environ $140,000 (exactement $142,288), (notre: 1 990 415,09 aujourd’hui) hier après-midi. Au cours de cet acte de banditisme deux hommes ont été tués et un autre blessé. Les bandits ont attaqués une automobile de la Banque d’Hochelaga montée par des messagers en tournée de collection.

Henri Cléroux, décédé lors du vol. La Patrie, 2 avril 1914

Henri Cléroux, employé de la banque, décédé lors du vol. La Patrie, 2 avril 1914

Les morts sont: Henri Cléroux, âgé de 24 ans, chauffeur , qui demeurait au No. 3045-A de la rue St-Dominique, et Henry Stone, un des bandits alias Ward, alias Warent, alias Powell, âgée de 43 ans, qui était reconnu internationalement comme un contrebandier et un vendeur de drogues. On dit qu’il a été détenu au pénitencier d’Atlanta et qu’il a réussi à s’échapper alors qu’il était en route pour San Francisco à Atlanta pour purger une autre condamnation. Il a été deux fois aux mains de la police de Montréal et lorsqu’il fut arrêté pour la première fois, il déclara qu’il était de Chicago.

Roland Fortier, employé de la banque, blessé lors du vol. La Patrie, 2 avril 1924

Roland Fortier, employé de la banque, blessé lors du vol. La Patrie, 2 avril 1924

M. Roland Fortier, 28 ans, domicilié au No 188 rue de la Visitation, messager de banque, a été blessé à la main, mais sa blessure n’est pas grave.

M. Maurice Thibodeau, autre messager de la banque, a eu son paletot percé en plusieurs endroits par les balles, mais il n’a pas été atteint lui-même. Il y avait trois messagers dans l’automobile de la banque, avec le chauffeur.

Comme c’était le premier du mois et qu’il y avait des milliers de chèques à payer, les employés de la banque se rendaient du bureau principal de la banque aux succursales. L’automobile renfermait $246,100 en argent, sous forme de billets de un à vingt dollars. Cet argent était suffisamment protégé, d’après l’inspecteur-en-chef Lamarre, qui a déclaré hier soir qu’une assurance de $500,000 avait été prise dans deux grosses compagnies.

Les précautions les plus extraordinaires avaient été prises par les bandits. Ils se sont servis de trois chars pour accomplir leur raid. Ils avaient aussi avec deux des chaines qui furent attachées en travers du souterrain pour arrêter l’automobile. Un des bandits grimpa sur sa machine et coupa les fils de la compagnie du tramway.

Entrée du tunnel Ontario. La Patrie, 2 avril 1924

Entrée du tunnel Ontario où a été perpétré l’attentate. La croix blanche (à droite) indique l’endroit où s’étaient postés les bandits. La Patrie, 2 avril 1924

D’après M. Roland Fortier, le messager blessé, qui a été interrogé chez lui, hier soir, les détectives avaient prévenu la banque qu’un hold-up était projeté contre l’automobile des collections et du 1er au 15 mars les détectives avaient constamment suivi la machine de près.

- »Le 15 mars », a raconté M. Fortier,  »les détectives nous assurèrent que tout danger était passé et depuis ce temps nous avons voyagé seuls ».

Lucien Brunet, employé de la Banque d'Hochelaga. La Patrie, 2 avril 1924

Lucien Brunet, employé de la Banque d’Hochelaga. La Patrie, 2 avril 1924

M. Fortier a ajouté qu’après la fuite des bandits, il sauta de sa machine avec Lucien Brunet, le 3e messager, pour ramasser Cléroux, mais qu’un constable du Pacifique Canadien, qui les avait aidés contre les voleurs quelques instants auparavant, ouvrit le feu sur eux.  »Il tira une couple de coups », dit M. Fortier,  »avant que M. Thibodeau eut pu lui faire comprendre que nous étions les messagers. Les coups ne portèrent pas.

M. Thibodeau était le seul en uniforme. Les autres étaient en habits de civils. Lorsque la foule se ramassa à cet endroit Fortier fut saisi par quelques personnes et en fut relâché que sur les instances de Thibodeau qui leur déclara que c’était son compagnon.

On peut avoir une idée du nombre de balles qui furent tirées, quand on sait que la police a compté au moins 22 trous de balles dans la carrosserie de l’automobile de la banque.

On a vu quatre des bandits s’éloigner à toute vitesse dans une grosse automobile lorsque la fumée de la fusillade se dissipa.

Vingt minutes après on trouvait cette même machine abandonnée le long du chemin, dans la partie extrême nord de la ville. Elle contenait le corps du bandit identifié plus tard comme étant Harry Stone. Il gisait en travers du siège d’arrière, avec une balle dans le coeur.

Harry Stone. Extrait de La Patrie, 2 avril 1924

Harry Stone. Extrait de La Patrie, 2 avril 1924

Cléroux a trouvé la mort lorsqu’il sauta de son siège et commença à faire feu sur les assaillants avec son revolver. Il partit à la course pour chercher du secours, mais tomba bientôt atteint au cou par une balle. Il a rendu le dernier soupir au moment où on l’admettait à l’Hôpital Notre-Dame.

Le 23 juin, le juge C.-A. Wilson condamne Giuseppe Serafini, Louis Morel (un ancien détective de la police de Montréal), Tony Frank, Frank Gambino, Mike Valentino et Leo Davis à être pendus le 24 octobre pour ce vol. Davis et Valentino verront leur sentence être commuée en emprisonnement à vie quelques heures avant le moment prévu pour l’exécution.

On peut voir sur le site du Musée virtuel du Canada quelques pièces à conviction dans cette affaire.

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