Décès du Dr Wilfrid Derome, pionnier de la médecine légale [1931]

La Patrie, 24 novembre 1931

UN GRAND SAVANT DISPARAIT EN LA PERSONNE DU DOCTEUR W. DEROME, MEDECIN LEGISTE
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Il s’était rendu célèbre dans toute l’Amérique par ses expertises dans les plus fameuses causes de meurtre. – Concours efficace qu’il apporta à la police de Montréal à maintes reprises.- Carrière scientifique bien remplie
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Wilfrid Derome. La Patrie, 24 novembre 1931

Wilfrid Derome. La Patrie, 24 novembre 1931

Un savant de réputation internationale vient de disparaître en la personne du docteur J.-W. Derome, qui dirigeait depuis dix-sept ans le laboratoire de médecine légale et de police technique du gouvernement provincial et était en même temps médecin expert de la cour du coroner à Montréal. Le docteur Derome est mort à 2h 10 ce matin, à l’hôpital Notre-Dame. Il succomba à l’urémie. C’est jeudi dernier qu’il entrait à l’hôpital dont il fut interne, chef du laboratoire et membre à vie. Depuis lors on avait conservé peu d’espoir à son sujet. Hier soir, on vit que sa fin était proche et les membres de sa famille furent mandés à son chevet.

C’est surtout comme médecin légiste expert que le regretté disparu s’était créé une grand réputation, non seulement au Canada, mais aussi à l’étranger.

Lorsqu’il fut nommé médecin autopsiste de la Cour du coroner, le docteur Derome était alors le substitut du docteur Dugas, dont la santé laissait à désirer, et du docteur D.-D.MacTaggart. Après la mort du docteur Dugas, le docteur Derome continua à agir comme substitut du docteur Villeneuve qui avait été nommé médecin légiste expert à la cour du coroner. Mais, deux ans plus tard, le docteur Villeneuve démissionna et le docteur Derome le remplaça.

NOMME EN 1914

En 1914 le gouvernement provincial fonda le laboratoire de médecine légale et de police technique et le docteur Derome fut placé à la tête de ce nouveau service. Depuis lors le docteur Derome consacra toutes ses énergies au travail technique et scientifique de la police. Bien qu’attaché au service provincial, il accorda fréquemment son concours à la police de Montréal, surtout dans les causes de meurtres d’une particulière difficulté. Ainsi l’aide du docteur Derome fut tres [illisible] dans les causes célèbres des bandits du fameux hold-up à la banque d’Hochelaga, des bandits de Saint-Sulpice, de Coulombe, etc.

Le docteur Derome était un expert en armes à feu de toute première valeur et, à cause de cela, ses services furent requis dans des causes de meurtres à plusieurs reprises en dehors de la province et même aux États-Unis. Plusieurs fois il fut l’expert de tout premier plan dans des procès fameux dans toute l’Amérique. Il y a quelques mois à peine, il était appelé en Colombie Anglaise pour éclairer la justice sur un meurtre absolument mystérieux commis en cette province.

SES OEUVRES

Le docteur Derome écrivit de nombreux articles sur le côté technique de la recherche des criminels. Notons deux brochures fort importantes qu’il a laissées sur ce point et intitulées  »Le lieu du crime » et  »Les armes à feu ».

Le champ d’activité du docteur Derome devient bientôt trop considérable pour un seul homme. Aussi un chimiste lui fut-il d’abord adjoint dans la personne de M. Franchère Pépin. Puis, plus tard, le docteur Rosario Fontaine fut nommé son assistant. Puis un photographe et d’autres experts furent ajoutés au laboratoire provincial.

Notons en terminant que le docteur Derome reçut à plusieurs reprises des offres alléchantes pour aller exercer sa science aux États-Unis. Mais il refusa toujours, préférant demeure dans notre province.

SA CARRIERE

Voici maintenant quelques notes extraites de Biographies de Ouimet, sur le grand savant, mais d’une modestie remarquable, que fut le docteur Derome.

Né à Napierville, le 19 avril 1877, du mariage de Médard Derome, cultivateur, et de Philomène Fortin, il fit son cours classique au collège de Montréal, puis au collège Sainte-Marie, et enfin au séminaire de Joliette, où il obtint le degré de bachelier ès-arts et 1898. Gradué en médecine à l’Université Laval de Montréal, en 1902, il fut d’abord interne à l’Hôpital Notre-Dame (1903-1904), puis démonstrateur d’histologie à l’Université (1904-1908). Gradué de l’Université de Paris en 1909, il fut nommé professeur titulaire de médecine légale et de toxicologie à l’Université de Montréal en 1910 et chef du laboratoire de l’Hôpital Notre-Dame, la même année. Il était médecin consultant de l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, directeur du laboratoire de médecine légale et de police technique depuis sa fondation en 1914 et médecin expert près des tribunaux. Auteur d’un  »Précis de médecine légale », 1920, il était membre à vie de l’Hôpital Notre-Dame, membre à vie du Cercle Universitaire, vice-président de la Société Médicale de Montréal.
[…]
Le défunt était Président de la Société Canadienne Française de Médecine industrielle en 1928 puis en 1930, membre de l’exécutif de la Société Canadienne de Médecine industrielle (Union de l’anglaise et de la française), sous la présidence du docteur O. Mercier.

Il fut  »Associate Editor » du  »American Journal of Police Science » dont le 1er numéro Janvier 1930, fut publié à Chicago, sous l’égide du Northwestern University Press, 357, East Chicago, Ave. ILLINOIS.

Membre correspondant de la Société de Médecine Légale de France, à partir de 1912.

Membre honoraire de  »International Medico-Legal Association » (25 septembre 1931).

Il avait épousé le 16 août 1909, Catherine Dubuc, fille de John Dubuc. De ce mariage sont nés Gabrielle et Léon Derome. Sa résidence était à 512 rue Cherrier.

Les funérailles auront lieu vendredi matin. Le service sera chanté, à 9 heures, en l’église Saint-Louis de France.

L’édifice Wilfrid-Derome, à Montréal, abrite le Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale.

Le Prix Wilfrid-Derome est décerné par la Société canadienne des sciences judiciaires.

Jacques Côté a consacré à Wilfrid Derome un livre intitulé Wilfrid Derome Expert en homicides.

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Wilfrid Derome (1877-1931) fondateur du premier laboratoire de médecine légale d’Amérique du Nord

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3 réponses à Décès du Dr Wilfrid Derome, pionnier de la médecine légale [1931]

  1. Ping : Bloguer ou ne pas bloguer » Une lucarne vers une lucane

  2. Geneviève dit :

    Très intéressant d’ailleurs l’ouvrage de Jacques Côté sur Derome!

  3. En effet! Côté a écrit un ouvrage extraordinaire, vraiment bien documenté, et riche en détails. Il a un vrai talent d’écrivain, et la précision d’un historien. À lire!

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