Quelques évasions signées Bis Belleau [Québec,1869-1871]

Photographie | Rue Saint-Jean, Québec, Qc, 1865 | I-17501.1

Rue Saint-Jean, Québec, Qc, 1865

Pierre ”Bis” Belleau était un criminel impénitent, basé à Québec. Consultez le registre des prisons de Québec au XIXe siècle et vous verrez qu’il avait l’habitude de séjourner derrière les barreaux.

Aujourd’hui, nous allons voir comment étaient rapportés ses exploits dans le journal le Canadien publié à Québec, en nous concentrant sur les années 1869-1871… Un vrai feuilleton!

Plusieurs évasions

En 1869, il était très actif.

D’abord, le 12 mai, on procède à son arrestation alors qu’il se trouve dans le quartier Montcalm à Québec. Il avait dérobé le contenu du coffre-fort du bureau du Grand Tronc (chemin de fer).

Mais comme on conduisait le prévenu à la prison, celui-ci échappa  à la vigilance de ses gardiens, et dirigeant sa course dans les rues du faubourg St. Louis, il put distancer ceux qui le poursuivaient de manière à leur faire perdre ses traces.

Source: Le Canadien, 14 mai 1869.

Le 25 mai, il est capturé, rue Ste-Geneviève.

Le 18 juin, il réussit à s’évader.

INTRAITABLE- Bis Belleau, de célèbre mémoire, a réussi encore  une fois à tromper la vigilance de ses gardiens. On se rappelle qu’il avait à subir un emprisonnement de six mois, pour s’être échappé de la garde de l’officier qui l’avait en charge, et qu’il avait été dûment claquemuré. Et bien, armé d’une lime et de quelques autres instruments qu’il avait réussi à cacher, il a pu couper et arracher deux pièces du grillages de la croisée de sa cellule et mercredi dans la nuit, il a effectué son évasion sans que les gardes en eussent connaissance. Plus que cela, comme Bis Belleau est un homme qui aime la compagnie, il a emmené avec lui un autre prisonnier; c’est un soldat qui ayant reçu l’ordre d’aller ferrer le cheval de son maître, l’avait vendu dans le faubourg St. Jean.

Un autre rapport met en scène un troisième personnage, ce serait un détenu pour dette qui se serait enfui avec les deux individus ci-dessus, et qui, dans ses moments de loisirs, aurait fabriqué les clefs qui ont servi à ouvrir les portes des cellules.

Source: Le Canadien, 18 juin 1869.

Photographie | Monument à Wolfe et prison en construction, Québec, QC, vers 1875 | MP-0000.1676

Monument à Wolfe et prison en construction, Québec, QC, vers 1875

Encore une fois, Belleau a été retrouvé et remis en prison. Mais, on dit ”jamais deux sans trois”.

EVASION- Le fameux Bis Belleau a encore une fois réussi à s’échapper de la prison, dans la matinée d’avant hier. Cela fait la troisième fois. Il a escaladé une cheminée de 24 pieds de hauteur et est descendu ensuite par le paratonnerre comme un fluide électrique, et cela en plein jour, et personne ne la [sic] vu. La police est à ses trousses.

Source: Le  Canadien, 6 août 1869

Une longue cavale

Cette fois-ci, le prisonnier sera en cavale un peu plus longtemps.

BIS BELLEAU – Bis Belleau tire du grand. Evidemment, il sait maintenant qu’il est un grand personnage, et il agit en conséquence. Il a envoyé ces jours derniers un télégramme à Québec, informant ses amis et les nombreuses personnes qui s’intéressent à lui et plus particulièrement la police, que son auguste personne était arrivée saine et sauve de l’autre côté de la frontière, et qu’il ne pouvait pas dire encore bien précisément à quelle époque il viendrait reprendre le logement que madame la police lui offre avec tant d’empressement et de générosité. Il n’a pas dit non plus si c’est par le paratonnerre qu’il fera son entrée quand il reviendra prendre ses appartements à l’hôtel de Notre Souveraine dame la Reine.

Bis Belleau veut, paraît-il, respirer l’air de la liberté pendant quelques temps, pour se rafraîchir les poumons. Il veut aussi étudier les institutions américaines pour voir en quoi elles l’emportent sur les nôtres. Peut-être finira-t-il par renoncer à son allégeance à Sa Majesté et par devenir annexioniste.

Source: le Canadien 9 août 1869.

[note: on parlait beaucoup d'annexion aux États-Unis à l'époque, d'où le commentaire ironique du journaliste]

Années 1860. « Près de ville et terrace » - On y voit un marché de la basse-ville, les murs de la citadelle en arrière-plan, les bâtiments commerciaux de J. Hinds, d'A.W. Lebel et de James A. Quinn ainsi qu'un stand de légumes en avant-plan. Credit: Ellison & Co./Bibliothèque et Archives Canada/PA-148800

Un mois plus tard, Bis Belleau est aperçu à Québec. Et le journaliste du Canadien est toujours en grande forme.

BIS BELLEAU DANS NOS MURS – Bis Belleau est réellement revenu il y a une couple de jours, de son voyage de touriste dans la république voisine. Il parait que ces quelques semaines d’absences avaient parus des siècles à ses amis et amis du faubourg St. Jean, car le soir même de son arrivée, un grand bal fut donné en son honneur dans un petit hôtel de la rue Richmond. D’aucuns disent même qu’avant tout, qu’on lui a présenté une adresse de félicitation, à laquelle Bis a répondu avec beaucoup de bonheur et d’apropos. On sait que c’est dans cette partie que Bis compte le plus d’amis.

Il parait que la police aurait bien voulu être aussi de la partie, mais l’invitation lui étant venue trop tard, elle ne put se rendre au lieu de réunion qu’à 6 heures du matin, mais à ce moment, Bis, pour clore le bal, venait de danser la contredance de Sir Roger de Coverley et avait déjà pris congé de ses hôtes.

Les personnes qui ont eu l’honneur d’assister à cette noble réunion, s’accordent à dire que Bis était habillé de la manière la plus fashionable et qu’il portait un riche étalage de bijouterie, chaîne d’or, bague, épingle, diamant, etc.

Il a été vu dans la croisée d’une certaine maison de la rue Ste. Geneviève. La police accompagnée de plusieurs résidents du quartiers [sic], s’y est rendue pour y faire une recherche, mais Bis avait disparu on ne sait comment.

Source. Le Canadien, 8 septembre 1869

La terrasse Durham. 1870. Source: Bibliothèque et Archives Canada

Bis Belleau continue de mystifier la police. Et le journaliste de nous faire rire en décrivant l’ambiance du conseil de ville de Québec.

EXPLOITS DE BIS – Il faut de la variété en tout. C’est ce que Bis Belleau comprend aussi bien que tout autre. Il aime beaucoup, lui aussi, les scènes à sensation. Blasé de la monotonie des petites scènes tantôt tragiques, tantôt comiques, tantôt amoureuses, des citoyennes de Sébastopol et autres lieux qu’il honore de sa présence, il voulut, vendredi soir, faire diversion.  Il savait que les pères de la cité excellaient dans leur genre et que parfois ils étaient palpitants d’intérêts pendant leurs délibérations. Bis s’est donc rendu au conseil de ville vendredi soir, pour y passer une soirée agréable.

Il se plaça dans les galeries, côte à côte avec les nombreux spectateurs et les hommes de police qui y sont placés pour réprimer les trop chaleureux applaudissements de la foule, lorsque nos édiles se laissent aller à des élans d’éloquence et menacent de s’arracher les yeux, ou le nez, comme il est arrivé encore ce soir là. En effet, l’échevin Hall pour mettre son nez à l’abri des attaques du conseiller O’Hare qui voulait le lui arracher, fut obligé de le menacer de le faire arrêter.

Les conseillers et chevins n’en étaient pas rendus au point où leur bile s’échauffent [sic] le plus, c’est-à-dire, vers la fin de la séance, lorsque parmi la foule, Bis entendit prononcer son nom. Un voisin l’avait reconnu.

Bis, en homme sage et prudent, crut que le moment était venu de déguerpir. Il partit au quick-march. En descendant l’escalier, il heurta de front un individu qui montait et qui le reconnut aussitôt. L’alerte fut donnée et les polimen [sic] abandonnèrent précipitamment leurs postes pour se mettre à la poursuite de Bis.

Mais Bis est bon courreur [sic] et les hommes de police le savent mieux que tout autre. Après quelques enjambées, il était déjà hors de vue. Cependant cette courte apparition de Bis parmi les gens visibles, fit qu’une escouade de policemen passèrent la nuit à faire des recherches dans Sébastopol, St. Sauveur et autres lieux pour retrouver l’invisible Bis. Mais sur le jour, les gardiens de l’ordre public, convaincus que celui qui peut descendre par un paratonnerre, comme un fluide électrique, pouvait bien ne pas toujours être insaisissable, reprirent la route de la station, l’oeil morne et abattu.

On raconte qu’une couple de jours auparavant, de bonne heure le matin, deux policemen rencontrèrent Bis prés de l’église de la congrégation de St. Roch. Cette fois, Bis voulut bien leur permettre de poser leurs mains profanes  sur sa personne. Il se laissa approcher et saisir. Nos deux policemen, fiers de leur capture, ne voulut pas se mettre en marche de suite de peur de voir leur proie leur échapper. Ils firent demander à la station voisine,  un renfort de deux de leurs confrères avec menottes et cordes pour lier leur prisonnier.

Bis, le front calme et serein, jetait des regards placides sur ces deux gardiens qui, placés chaque côté de lui, lui tenaient les deux bras fortement empoignés. Mais dans l’intervalle ils sentirent, dit-on, sous l’étreinte de leur main nerveuse, les chairs de Bis s’amollir, se rapetisser, se fondre pour ainsi dire, puis devenir presqu’à rien.

On prétend, – nous donnons ce fait sous toute réserve, car nous n’y étions pas, – qu’au même instant, ils virent une boule lumineuse monter avec la rapidité de la foudre, par le paratonnerre de la maison voisine, mais sans explosion, et aller se perdre dans un nuage orageux qui se trouvait au-dessus.

Pendant longtemps, les gardiens de la paix publique, les menottes et les cordes dans les mains, avaient leurs regards fixés sur le nuage. Ils espéraient voir Bis redescendre de la même manière qu’ils l’avaient vu monter, mais Bis était dans les régions célestes et avait oublié pour le quart d’heure les affaires de ce bas monde.

Enfin, on vit les quatre policemen reprendre d’un pas tranquille et lent, la route de la station, comprenant plus que jamais que Bis n’était pas un homme aisé à prendre.

Source. Le Canadien, 13 septembre 1869.

Photographie | La Citadelle depuis la Terrasse Dufferin, Québec, QC, 1872 | I-76325

La Citadelle depuis la Terrasse Dufferin, Québec, QC, 1872

Le 27 septembre 1869, le Canadien rapport que Bis a été vu à l’angle des rues St-Jean et St-Augustin, faubourg St-Jean.

Deux jours plus tard, Bis Belleau fait une apparition… remarquée.

ENCORE ET TOUJOURS BIS BELLEAU – Le Chronicle d’hier dit que Bis Belleau s’est promené plusieurs heures durant, sur la plateforme, un de ces derniers soirs, habillé en fille. L’habillement qu’il portait était des plus à la mode.
Source: le Canadien, 29 septembre 1869

Eventuellement, il fut retrouvé par les forces policières et remis en prison pour quelques temps.

PERSONNEL- Bis Belleau dans nos murs ces jours derniers. Mais malheureusement au milieu des ovations dont il a été l’objet, de la part des citoyens et citoyennes de Sébastopol, appelé autrement coin flamant, Bis a perdu sa prudence accoutumée au point de prendre quelques verres de trop et de faire du tapage. La police appelée sur les lieux a pu capturer Bis qui ne s’est rendu cependant qu’après la plus vigoureuse résistance.

En se rendant à la station, Bis a déclaré a[sic] ses gardiens et à ceux qui faisaient qu’il fallait de toute nécessité qu’il retournât aux États Unis au plus tard la semaine prochaine.

C’est hier matin, vers 2 heures, que l’arrestation a eu lieu.

Il parait que le geôlier a découvert, dans la journée d’hier, qu’un prisonnier, amis de Bis, avait scié avec un couteau une des pentures de la porte de sa cellule. Les gardiens de la prison redoublent de vigilance.

Source: Le Canadien, 20 avril 1870

Photographie | La porte Saint-Jean vue de l'extérieur, Québec, QC, 1867 | MP-0000.259.1

La porte Saint-Jean vue de l'extérieur, Québec, QC, 1867

A sa sortie, il se tint tranquille pendant quelques mois, mais il finit par reprendre ses vieilles habitudes. Le 8 février 1871, il fut condamné à 5 ans de prison pour vol, à purger à Kingston. Et effectivement, lors du recensement de 1871, c’est là qu’on le retrouve (profession indiquée: ”painter”). Je n’ai pas trouvé d’informations sur ce qui est advenu de lui après 1871.

Bibliographie

Le Canadien 14 mai, 26 mai, 18 juin, 6 août, 9 août, 8 septembre, 13 septembre , 27 septembre, 29 septembre 1869, 20 avril 1870, 8 février 1871

The Morning Chronicle, 8 février 1871

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Le tremblement de terre du 20 octobre 1870

Le 20 octobre 1870, il y eut un tremblement de terre d’une magnitude de 6,5 sur l’échelle de Richter et dont l’épicentre était situé près de Baie-Saint-Paul.

Dans le Canadien, journal publié à Québec, édition du 21 octobre 1870, on pouvait lire:

TREMBLEMENT DE TERRE

Hier, à 11 heures 25 minutes, l’alarme a été jetés [sic] dans  toutes les parties de la ville, par un tremblement de terre tellement violent que les bâtisses même les plus solides menaçaient de s’écrouler. Le mouvement d’oscillation paraissait être du Nord-Ouest au Sud-Est et créait sous les pieds un déplacement assez considérable pour faire chanceler. Tous s’accordent à dire que ce tremblement de terre qui a duré de 40 à 50 secondes, est le plus violent qui se soit fait sentir, depuis nombre d’années, en ce pays.

Dans toutes les parties de la ville, on voyait les gens en proie à la plus grande panique, sortir de leurs demeures, de leurs bureaux, et rechercher en toute hâte les lieux ouverts, où il n’y eut rien à craindre de la chute des murs.

C’est surtout dans les établissements où se trouvaient réunies un grand nombre de personnes, comme par exemple, au palais de justice, dans les manufactures, et les maisons d’éducation, que la confusion a été à son comble par suite de la terreur et de l’empressement que  chacun mettait à fuir le danger.

Si cet événement fut arrivé durant la nuit, il n’y a pas de doute que la panique, augmentée encore par les ténèbres, aurait pris des proportions qui auraient pu causer de graves accident.

Photographie | Vue de la Terrasse Durham depuis la rue Champlain, Québec, QC, 1870-1875 | MP-1976.6.10

Vue de la Terrasse Durham depuis la rue Champlain, Québec, QC, 1870-1875

De même, si ce tremblement de terre eut eu [sic] lieu mardi, pendant que la cathédrale était encombrée à l’extrême par la foule de fidèles qui se pressaient pour rendre leurs derniers hommages et leurs derniers respects à la mémoire de Mgr l’Archevêque de Québec, quels résultats affreux la panique n’aurait-elle pas causée!

Heureusement, à part un certain nombre de cheminées démolies dans quelques parties de la ville, et quelques femmes évanouies, il n’y a pas eut d’accident bien fâcheux et tout le monde en a été quitte pour la peur.

Voici, cependant, un rapport des principaux dommages causés:

Dans la rue Desfossés, St. Roch, la moitié de la cheminée de la maison occupée par M. Huot, marchand de grain, est tombée dans la rue, et un certain nombre de pierres en tombant sur la toiture, ajoutaient encore au bruit produit par le tremblement et à l’effroi  des occupants.

Plusieurs murs ont été fortement ébranlés dans la même rue et menacent de s’écrouler.

La maison occupée par M. Davis, même rue, a aussi eu sa cheminée à moitié renversée.

Chez M. Davidson, une grosse pierre s’est détachée de la cheminée et est tombée à quelques pouces  d’un cheval qu’elle aurait infailliblement tué, si elle l’avait atteint.

La même chose est arrivée chez M. Crémazie, librairie, rue Buade, où une pierre d’une grosse dimension, est tombée dans la rue.

La cheminée de la résidence de M. George Lemelin, encoignure des rues St. Dominique et St. Joseph, St. Roch, a été fendue du haut  en bas.

La cheminée de M. Vézina, épicier, et celle de M. Boily ont aussi souffert quelques dommages.

Photographie, diapositive sur verre | La ville de Québec depuis les Glacis, QC, vers 1870 | MP-0000.25.294

La ville de Québec depuis les Glacis, QC, vers 1870

Une ouvrière employée à la manufacture de MM. Woodley, a dans sa folle terreur sauté par une fenêtre.

Un pensionnaire de l’hôtel St. Louis s’est aussi laissé choir d’une fenêtre du 2me étages [sic]. La  frayeur, sans doute, lui avait donné des ailes, car il ne s’est fait aucun mal.

Les élèves de diverses écoles de la cité, affolés par la terreur, se sont enfuis de leurs classes en pleurant, et criant, courant en toute hâte chez leurs parents.

Les soldats de la citadelle ne se sont pas montrés plus braves que les autres en cette circonstance. Ils sont sortis de leurs casernes en toute hâte. Ils s’attendaient à voir une partie de la maçonnerie des fortifications qui donne sur le fleuve, s’écrouler avec grand fracas, en bas du cap. La sentinelle placée à la poudrière sur l’Esplanade, s’est enfuie, croyant à une explosion.

Les plats-fonds de neuf appartements se sont écroulés, à l’Hôpital de la Marine, causant un dommage de $250.

Différents télégrammes, reçus hier, dans le cours de l’après-midi, établissent que ce tremblement de terre s’est fait sentir sur une grande étendue, et partout, à la même heure,  avec une égale violence.

Photographie | L'escalier casse-cou, Québec, QC, vers 1870 | MP-0000.321.2

L'escalier casse-cou, Québec, QC, vers 1870

Ces dépêches mandent qu’il s’est fait sentir, à Montréal, aux Trois-Rivières, à la Rivière du Loup (d’en bas,) à Berthier, à Sorel, à St. Jean à Rouses Point, à Boston, à l’Orignal, à Sherbroke (sic), au Coteau Landing, à St. André, à Ste. Catherine, à Richmond, à New York,  à Shenectady, N. Y.,  Troy, etc.

Il n’y a eu aucun choc à Ottawa. La main qui a dirigé cet événement a cru, sans doute, qu’il ne fallait pas troubler nos ministres et agent d’émigration, qui sont en pleine délibération en ce moment, dans la capitale fédérale.

Le choc n’a pas été senti non plus à Albany.

Un de nos correspondants, nous écrivant de Plessisville, nous informe que le tremblement de terre a commencé là à 11.30 AM temps de Montréal, et qu’il s’y est fait sentir 1. minutes 50 secondes.

L’Evenement, comme toujours, a parlé de cet accident avec un ton de légèreté impardonnable.

”Depuis l’église de St. Roch jusqu’au Parc, dit-il, il n’y a presque pas de cheminées qui soient restées debout”.

Il a de plus jeté l’alarme dans l’esprit de bien des personnes qui ont été toute la nuit sur l’alerte.

”Des géologues distingués, dit-il encore, avaient prédit ce tremblement de terre.

”De leur avis, il y aura probablement une autre secousse, cette nuit ou demain.”

Il est permis d’être léger, et de tourner au vent des événements, mais pas au point d’en imposer ainsi à la crédulité des gens et de les effrayer ainsi.

Bibliographie

Ressources naturelles du Canada [en ligne] Le séisme de Charlevoix du 20 octobre 1870 [Page consultée le 11 février 2012] Adresse URL

Sécurité publique du Canada [en ligne] Tremblements de terre importants des XIXe et XXe siècles [Page consultée le 11 février 2012] Adresse URL

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Comment déranger les députés [Québec, 12 février 1836]

Le 12 février 1836, un journaliste de mauvaise humeur, Philippe-Ignace-François Aubert de Gaspé,  décida de perturber quelque peu les débats parlementaires. Il avait eu quelques semaines auparavant une altercation avec le député de Yamaska, le Dr Edmund Bailey O’Callaghan. Cela lui avait valu un séjour d’un mois en prison.

Aubert de Gaspé est par la suite revenu à Québec, voulant se venger de l’affront qu’on lui avait fait. Il décida donc de perturber les débats en utilisant une méthode… très odorante.

Il se rendit une première fois au parlement (avec un complice?), pris l’échelle, monta et tenta de projeter à l’intérieur une bouteille contenant de l’asa foetida. Il réussit à casser les deux premières vitres d’une triple vitre, mais la bouteille demeura entre la deuxième et la troisième vitre où on l’a trouva le matin suivant.

In the course of last night, some evil disposed person or persons, attempted to throw a pint bottle of assafoetida, through one of the windows of the Sitting Hall of the Assembly, so that it might fall upon the stove. The ladder, used for lighting the lamps, at the door of the building,  was taken to enable the perpetrator to reach the windows, and his knowledge of the locale appeared to be perfect, as the panes he broke were directly above one of the stoves, but he had not calculated upon the resistance of tripple windows, for having fractured two panes of glasse, the third resisted the bottle, which fell, broken, between the inner and the center ??shes, where it was found this morning by the Messengers. The perpetrators, probably were alarmed, as they absconded without effecting their purpose; had a few drops of the liquid fallen upon the stove, the effluvia would have prevented the Hall from being used for weeks. As it is, this wanton infraction of the privileges of Parliament, has been attended with no more serious consequences than the fraction of two panes of glass, which have been already replaced. Source. Quebec Mercury, 11 février 1836.

Pourquoi une bouteille d’asa foetida? Parce que cette charmante plante dégage une odeur d’oeufs pourris.

N’ayant pas eu l’effet escompté, Aubert de Gaspé fit une deuxième tentative deux jours plus tard, avec le journaliste de l’Ami du Peuple, Napoléon Aubin, le 12 février. L’important, c’est de persévérer, à ce qu’il parait. On distribua l’asa foetida dans le parlement.

The mischeivous attempt of stifling the members of the Assembly out of their Hall, was again attempted last night and we are sorry to say with more success than on the former occasion, as assafoetida was sprinkled in different parts of the House. The person, we learn, has been seen and discovered, and the matter will be before the House this evening. The fellow, be he whom he may, who could be guilty of so low an annoyance, deserved to be visited with as severe a punishment as the House can inflict. Source. Quebec Mercury, 13 février 1836.

D’autres sources mentionnent que l’asa foetidia a plutôt été mis dans le poêle.

Malheureusement pour Aubert de Gaspé, cette fois-ci, un témoin le dénonça.

Pour éviter la prison, Aubert de Gaspé fuit alors au manoir de son père, Philippe-Joseph Aubert de Gaspé, à St-Jean-Port-Joli.  Il en profita pour rédiger L’influence d’un livre, le premier roman de notre littérature. Il partit ensuite pour Halifax, où il décéda le 7 septembre 1841.

Aubert de Gaspé a quand même réussi à emmerder joliment les députés, cette fois-là…

Bibliographie

Assemblée nationale du Québec [en ligne] Chronologie parlementaire depuis 1791 (1835-1836) [Page consultée le 5 février 2012] Adresse URL

Daniel Perron. « Gaspé fils, romancier et journaliste en Louisiane» Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, n° 68, 2002, p. 55

David M. Hayne.  «Philippe-Ignace-François Aubert de Gaspé» L’Encyclopédie canadienne, Adresse URL

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Aziz George Nakash, photographe arménien à Beauceville, Sherbrooke et Montréal (1892-1976)

George Nakash (192?) Credit: George Nakash, Senator Raymond Setlakwe collection, Library and Archives Canada, Archival Reference Number R12521-10, PA-215131, e010752254

Il y a plusieurs années de cela, on m’a donné une photocopie d’un acte datant de 1914.

Il s’agit d’un contrat passé devant le notaire Joseph-Ernest-Godfroy Bolduc à Beauceville. Dans cet acte, Aziz George Nakash autorise son frère Salim George à vendre deux maisons et des biens qu’il possède ”par indivis” (sans être divisé) avec ses frères et soeurs Shykry, Fared, Michel et Nazlya.

Il est indiqué sur ce document que Aziz George Nakash est artiste-photographe et qu’il réside à Beauceville.

En consultant le web, j’ai pu rassembler quelques informations sur ce photographe.

Il est né en 1892 à Mardin, Turquie. Il est d’origine arménienne

C’est le neveu de Aziz Setlakwe, un des premiers immigrants arméniens au Canada

Il a appris la photographie à Beyrouth, Liban.

Il a immigré en Amérique du Nord en 1913. Il a d’abord habité New York.

En 1918, il a ouvert un studio de photographie à Sherbrooke. (réf.)

Il a obtenu sa naturalisation le 8 juillet 1921.

En 1932, il s’est établi à Montréal.

Il était membre de la Royal Photographic Society of Great Britain  et de l’Association des photographes de la Province de Québec (Photographers’ Association in the province of Quebec).

Il est décédé à Montréal le 13 décembre 1976. Il était le mari de Florence Jarjour. Il était le père de Lally, Vivian et d’une autre fille dont je n’ai pu trouver le prénom (elle était madame Gay Scheib).  de Gay Garo, femme de Vitol Joseph Scheib. Merci à Sébastien Robert, de l’Institut généalogique Drouin pour l’information.

Aziz George Nakash est l’oncle du photographe renommé Yousuf Karsh.

Voici quelques photographies où l’on voit des Aziz George Nakash et des membres de sa famille, ainsi que des photos prises par lui-même.  La plupart des photographies ne sont pas datées. Elles proviennent de la collection du Musée McCord et de la collection du Senateur Raymond Setlakwe de Bibliothèque et Archives Canada

George Nakash et Nazlia Nakash, 192? Credit: George Nakash, Senator Raymond Setlakwe collection, Library and Archives Canada, Archival Reference Number R12521-9, PA-215130

Photographie | M. George Nakash, photographe, Montréal, QC, vers 1965 | MP-1982.133.129

M. George Nakash, photographe, Montréal, QC, vers 1965

Gratien Gélinas, 1938 Credit: George Nakash / Bibliothèque et Archives Canada / e000001111

Dr. John Hammond Palmer, un cardiologue de Montréal et Brigadier General durant la Deuxième Guerre mondiale. Credit : G. Nakash, Library and Archives Canada, Accession 1974-081, Arch ref. no. R4831-1

Garçon portant un imperméable Credit: George Nakash, Senator Raymond Setlakwe collection, Library and Archives Canada, R12521-2, PA-215106

Sans titre. Credit: George Nakash, Senator Raymond Setlakwe collection, Library and Archives Canada, R12521-5, PA-215109

Mère Marie-Thomas d'Aquin (1877-1963) Credit: George Nakash, Senator Raymond Setlakwe collection, Library and Archives Canada, Archival Reference Number R12521-3, PA-215107

Sans titre. Credit: George Nakash, Senator Raymond Setlakwe collection, Library and Archives Canada, Archival Reference Number R12521-4, PA-215108

Dorimène Brien. Credit: George Nakash, Senator Raymond Setlakwe collection, Library and Archives Canada, Archival Reference Number R12521-7, PA-215119

Photographie | Dorimène Brien, Sherbrooke, QC, 1922 | MP-1982.133.249

Dorimène Brien, Sherbrooke, QC, 1922. Epouse de John Samuel Bourque, successivement ministre des Terres et forêts, des Resources hydrauliques et des Finances sous Maurice Duplessis.

Sans titre. Credit: George Nakash, Senator Raymond Setlakwe collection, Library and Archives Canada, Archival Reference Number R12521-8, PA-215120

Garçon aux yeux sombres Credit: George Nakash, Senator Raymond Setlakwe collection, Library and Archives Canada, Archival Reference Number R12521-6, PA-215110

Photographie | Edward et Peter Bronfman, Montréal, QC, 1946 | MP-1981.133.1.240

Edward et Peter Bronfman, Montréal, QC, 1946

Photographie | Dr Harry Ballon, chirurgien en chef, Hôpital général juif, 1952 | MP-1981.133.1.135

Dr Harry Ballon, chirurgien en chef, Hôpital général juif, 1952

Photographie | Albert Carlos Skinner, maire de Sherbrooke, QC, 1929 | MP-1982.133.256

Albert Carlos Skinner, maire de Sherbrooke, QC, 1929

Bibliographie

Rouben Paul Adalian. Historical Dictionary of Armenia. Scarecrow Press, 2010, 674 pages.

Base de données Naturalisation canadienne 1915-1951 de Bibliothèque et Archives Canada.

The Montreal Gazette, 15 décembre 1976.

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Et que la lumière fut! (Québec, 30 septembre 1885)

Les journaux, en cette fin de septembre 1885, consacrent beaucoup d’articles à l’épidémie de variole qui sévit à Montréal. Mais à Québec, le 30 septembre, c’est une nouveauté qui retient l’attention: l’éclairage électrique. Sigismund Mohr, de la Compagnie électrique, avait pour ambition de démontrer les avantages de l’électricité pour l’éclairage extérieur (et éventuellement obtenir des contrats). Ce soir-là, de l’énergie produite à partir des installations des chutes Montmorency servit à éclairer la Terrasse Dufferin à Québec. Les spectateurs ont apprécié.

Dans le Canadien du 30 septembre 1885, on pouvait lire un résumé de la soirée

La Lumière électrique

La grande exposition de lumière électrique si impatiemment attendue a eu lieu hier soir sur la terrasse Dufferin, avec un succès qu’ont applaudi 20 000 personnes. Quoique des myriades d’étoiles scientillassent au firmament, l’obscurité était profonde sur l’immense plate-forme, la compagnie du gaz n’ayant pas jugé à propos de faire concurrence pour cette fois à la lumière électrique ni à celle de la lune. On aurait dit un océan berçant ses flots noirs dans un vaste murmure qui se perdait au loin.

M. Mohr, l’actif et intelligent gérant de la compagnie, entouré du président M.A.  Thompson, des directeurs MM. D. C. Thompson, P. Garneau et Bell Forsyth, de plusieurs actionnaires parmi lesquels M. Borroughs, M. L. J. Demers et de quelques journalistes, attendait avec anxiété l’arrivée de son Honneur le lieutenant-gouverneur.

Photographie | La Terrasse Dufferin depuis le bureau de poste, Québec QC, vers 1885 | VIEW-1281

La Terrasse Dufferin depuis le bureau de poste, Québec QC, vers 1885

Celui-ci est arrivé à huit heures précises, accompagné de Mme Masson, de son aide-de-camp, le capt. Sheppard, et de plusieurs dames. Il a été salué par l’harmonie du 8e carabiniers royaux qui a joué  l’hymne national anglais.

Aussitôt, l’hon. M. Masson a été prié de transmettre le signal aux chutes Montmorency, au moyen d’une sonnerie électrique, et instantanément le fluide a fait surgir des ténèbres 34 foyers lumineux qui ont acquis en quelques secondes une puissance considérable. L’aspect de la terasse a été transformé comme par une baguette magique, et les acclamations ont éclaté de toute part, réveillant les échos paisibles de la nuit.

Le chef de police V(illisible), à qui l’on doit d’avoir jouit d’une soirée parfaitement paisible, a fait ouvrir par ses hommes un passage à travers la foule compacte qui se pressait d’un bout  à l’autre de la terrasse, et le cortège des invités s’est mit en branle à la lumière limpide des foyers électriques, qui aurait permis de distinguer une épingle sur le sol.

S’ensuit un résumé du  concert offert par le 9e Voltigeurs de Québec et l’harmonie du 8e Carabiniers royaux.

L’article se poursuit:

Le Canadien, 30 septembre 1885

L’expérience faite hier soir par la compagnie de lumière électrique de Québec et de Lévis a réussi au-delà de toute attente, et il est parfaitement établi aujourd’hui que malgré la déperdition de fluide qui se produit nécessairement sur un parcours de 34 milles de longueur, on obtient encore une lumière d’un brillant et d’une stabilité incontestables. Cette expérience consacre en outre la substitution énormément avantageuse de la force hydraulique à celle de la vapeur qui coûte beaucoup plus cher.
Nous ne doutons pas qu’après un succès aussi éclatant, dû en grande partie, nous aimons à le dire en toute justice, à la persévérance de M. Mohr, la compagnie ne fasse des progrès rapides et décisifs. La corporation de Québec sait maintenant à quoi s’en tenir, et nous espérons qu’elle n’hésitera pas davantage à éclairer nos rues à la lumière électrique. Cet admirable lumière sera aussi davantage employé à l’avenir, nous n’en doutons pas, dans les églises, les maisons d’éducation, les fabriques, les magasins, et même chez les particuliers. La compagnie réglera ses taux sur la somme d’encouragement qu’elle recevra.

Comme nous l’avons déjà annoncé, l’expérience d’hier se renouvellera tous les soirs de la semaine, si le temps le permet, et il y aura concert comme hier soir.

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Oscar Benoit et la grève de Lawrence, Massachusetts (29 janvier 1912)

La grève

En 1912, Lawrence (Massachusetts) était une ville ou l’industrie du textile était bien implantée. Plusieurs immigrants de l’Europe et du Canada (beaucoup de Canadiens français), tout comme des États-Uniens, constituaient la main-d’oeuvre de ces usines.

Le 1er janvier 1912, une nouvelle loi entra en vigueur dans l’état du Massachusetts. La semaine de travail pour les femmes et les enfants était maintenant fixée à 54 heures par semaine, comparativement à 56. Les patrons n’ajustèrent pas le taux horaire des travailleurs, ce qui fit que la première paie de 1912 fut moindre qu’à l’habitude. Chaque sou gagné était important pour équilibrer le budget.

Les premières à débrayer furent les ouvrières de la Everett Cotton Mills, des Polonaises. C’était le début de la grève de Lawrence, dite du ”pain et des roses”. Plusieurs milliers d’ouvriers, en majorité des femmes, firent la grève pendant près de deux mois et demi.

Everett Millls, Extrait de Lawrence, Yesterday and Today, p. 153

*

Lawrence, Mass strikers parading in N.Y.C. 1911 Source: Library of Congress. Pendant la grève, des enfants de grévistes sont allés vivre à New York, permettant ainsi d'alléger les contraintes financières des parents qui purent ainsi poursuivre la grève.

Anna LoPizzo

Le 29 janvier 1912, les grévistes paradent dans les rues de Lawrence. Mais cela dérape. La gréviste Anna LoPizzo est tuée d’une balle. Joseph Caruso, Joseph Ettor et Arturo Giovannitti, des syndicalistes, sont tenus responsables de son décès. Mais, plusieurs témoins indiquent que celui qui a tiré le coup de feu fatal n’est nul autre que le policier Oscar Benoit, qui ne sera jamais accusé. Quant à Caruso, Ettor et Giovannitti, ils seront acquittés le 26 novembre 1912.

Tiré de The Trial of a New Society par Justus Ebert, p.115

Tiré de The Trial of a New Society par Justus Ebert, p.83

Oscar Benoit

Revenons à Oscar Benoit. Était-il de descendance canadienne-française? Dans le recensement américain de 1900, à Lawrence (Mass.), on retrouve un Oscar Benoit, policier, né en septembre 1853, marié à Mary vers 1876, père de 6 enfants, dont 3 vivants (Eugene, Wilfred, Anna), arrivé aux États-Unis en 1876 et originaire du Canada français. Possiblement naturalisé américain en 1880 (date de naissance indiquée: 13 sep. 1852, lieu de naturalisation, Lawrence). Celle que je crois être sa femme, Marie Ledoux, est décédée à Lawrence le 4 mai 1914.

Dans le recensement canadien de 1871, nous n’avons un seul Oscar Benoit, résident à St-Théodore d’Acton, Bagot. Il y a une Marie Ledoux à Saint-André d’Acton.  Je n’ai pas réussi à trouver la date et le lieu de son mariage avec Marie Ledoux.

Bibliographie

Wikipédia. [En ligne] 1912 Lawrence Textile Strike [Page consultée le 17 janvier 2012] Adresse URL

Wikipédia. [En ligne] Anna LoPizzo [Page consultée le 17 janvier 2012] Adresse URL

Bureau of Labor, Report on strike of textile workers in Lawrence, Mass., in 1912, Adresse URL

John Bruce McPherson. The Lawrence strike of 1912. Adresse URL

Speech of William D. Haywood on the Case of Ettor and Giovannitti, May 21, 1912 publié par le Ettor-Giovannitti Defense Committee. Adresse URL

The trial of a new society being a review of the celebrated Ettor-Giovannitti-Caruso case, beginning with the Lawrence textile strike that caused it and including the general strike that grew out of it par Justus Ebert (1912). Adresse URL

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Explosion au Parlement [Québec, 11 octobre 1884]

Photographie | Vue de la ville de Québec depuis l'escalier de la Citadelle, QC, vers 1884 | VIEW-1465

Vue de la ville de Québec depuis l'escalier de la Citadelle, QC, vers 1884

Dans ce cas-ci, on ne parle pas de députés qui se chamaillent, mais d’une explosion bien réelle…

Dans le Canadien du 13e octobre 1884, on lisait ceci:

LA DYNAMITE A QUEBEC
EXPLOSION DU PARLEMENT

DOMMAGES CONSIDERABLES

TERRIBLE PANIQUE

Il ne manquait plus à Québec, pour le signaler à l’attention universelle, qu’une explosion de dynamite, et c’est précisément ce que nous avons eu aujourd’hui.

A l’heure qu’il est, de partout le globe, on sait, grâce aux communications télégraphiques, que le Parlement de Québec, qui n’est même pas terminé, à été l’objet de la malveillance de dynamiteux.

Cet événement, aussi impromptu que terrible, est arrivé à une heure moins un quart, alors que les nombreux ouvriers employés   aux édifices parlementaires s’en allaient, après avoir dîné sur le pouce, reprendre leurs travaux.

Une terrible détonation s’est soudain fait entendre et a été répétée jusque dans la gorge des Laurentides. Cela ressemblait ni à la foudre ni à un coup de canon, et cependant on entendait dire à quelques personnes que c’était l’annonce du départ du transatlantique.

L’incertitude n’a pas été d’une longue durée, car comme l’éclair la nouvelle s’est aussitôt répandue dans la ville que le parlement venait de sauter.

Un instant après, une foule immense, anxieuse de connaître les détails de la catastrophe, stationnait en face des édifices parlementaires, sur la pelouse qui s’étend devant la partie en construction.

Des pierres de toutes les grosseurs jonchaient le sol il y en avait une qui pesait pas moins de 200 livres et qui portait des traces non équivoques de dynamite.

Au deuxième étage de la façade de l’édifice, la dernière fenêtre au sud et contiguë aux bâtisses départementales, n’existait plus. La pierre était enlevée autour sur une largeur de deux pieds. De plus, le mur était lézardé et disjoint en tout sens.

En pénétrant à l’intérieur de l’édifice, on était frappé des dégâts qu’avaient causé l’explosion.

En effet, chacun a pu voir et peut encore voir que dans les bureaux, les portes de quelques secrétaires ont été brisées et que la plupart des vitres sont cassées. Partout, le parquet est jonché de débris.

En sortant dans la cour intérieure, on demeure terrifié en voyant  tout autour des bâtisses les vitres brisées et jusqu’aux châssis enfoncés et flottant dans le vide.

Enfin, dommage énorme, le mur d’arrière opposé à la façade où l’explosion a eu lieu, est repoussé d’environ trois pouces sur une  certaine étendue, et tous deux devront être démolis et reconstruits.

Les dommages doivent s’élever par conséquent à une  quinzaine de mille piastres.

Voici maintenant ce qui a été possible d’apprendre jusqu’ici sur les causes de cette terrible catastrophe, qui aurait certainement eu des conséquences lamentables si elle fût arrivée une demi-heure plus tard, alors que tous les ouvriers sont au travail.

Ce matin, un ouvrier du nom de Petit travaillait au deuxième étage du parlement, lorsqu’il aperçut sur le plancher une petite valise qui lui paru assez singulier de trouver en cet endroit mais dont il ne s’occupe pas autrement que pour la placer plus loin, parce qu’elle lui nuisait.

Nous croyons cependant qu’il la fit voir à un de ses compagnons nommé Parent.

On comprend que cette espèce de valise n’était ni plus ni moins qu’une machine infernale qui devait faire exploser à heure fixe.

Par qui cet engin destructeur a-t-il été déposé là? Mystère?

M. Charlebois a travaillé à son bureau, hier soir, avec ses employés, jusqu’à onze  heures, et il n’a rien vu de suspect.

Dans la soirée, M. Lefebvre, comptable chez MM Beaudet & Chinic, a vu sortir des nouvelles bâtisses quatre individus.

Un ouvrier qui se trouvait sur le toit du parlement au moment de l’explosion, a été lancé sur la gouttière des édifices départementaux où il a eu le bonheur de se cramponner.

Un menuisier nommé Elzéar Martel a reçu au cou une pierre grosse d’un demi pouce qui a pénétré dans les chairs et qu’à extraite le Dr Jackson. La blessure n’est pas dangereuse.

M. Charlebois lui-même a failli y passer.  Au moment de l’explosion, il écrivait à son bureau, le dos tourné à la fenêtre.

Celle-ci a été enfoncée par une pierre et les débris ont été projetés dans toutes les directions.

Les dégâts ne se sont pas bornés au parlement, où les murs intérieurs sont tous démantelés. Les vitres ont été brisées jusque dans la rue Lachevrotière et dans tout le voisinage immédiat des édifices parlementaires.

Inutile de dire que cette catastrophe extraordinaire a mis toute la population sur pied.

Photographie | Édifices du Parlement, Québec, QC, vers 1890 | VIEW-2343.A

Édifices du Parlement, Québec, QC, vers 1890

Mais ce n’est pas tout..

SECONDE EXPLOSION

NOUVEAUX DOMMAGES

A peine notre population affolée était-elle revenue de ses émotions qu’une seconde détonation se faisait entendre. Il était trois heures moins le quart, juste deux heures après la première explosion.

Notre reporter se rendit de suite sur les lieux et constata qu’une nouvelle cartouche de dynamite placée au second étage, au coin nord de la même façade venait de causer des dégâts considérables. Un immense bloc de pierres de taille, qui forme partie de la base de l’édifice a été sortie du mur qui reste chancelant.

En quelques minutes, il y avait foule sur le terrain et les bruits les plus sinistres étaient mis en circulation. Partout dans les groupes, on nous assurait qu’une dizaine d’hommes avaient été ensevelis sous des décombres provenant de la chute du mur de revêtement. Il n’en était rien heureusement.

Tout cette partie du mur est tellement brisée qu’elle devra nécessairement être démolie sans retard.

Le juge Chauveau était sur le théâtre du désastre au moment où nous le quittions.

On s’attend de minutes en minutes à une nouvelle explosion plus désastreuses que les deux premières. Un cordon d’hommes de police maintient les spectateurs à distance.

Des soldats et des ouvriers ont ensuite inspecté la bâtisse et n’ont rien trouvé.

Une récompense de 500$ était offerte à toute personne pouvant fournir des renseignements menant à l’arrestation des responsables de l’explosion.

Avis publié dans Le Canadien, 14 octobre 1884

Le lendemain, Le Canadien nous livre le témoignage d’une femme qui raconte qu’elle suspecte quatre de ses pensionnaires d’être impliqués dans l’affaire (voir page 1).

Selon le site web de l’Assemblée nationale du Québec:

 D’innombrables rumeurs courent sur l’identité des auteurs de l’attentat. Une enquête est menée, mais elle est abandonnée quelques mois plus tard, faute de piste. (Réf.)

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