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Aventures extraordinaires d’une jeune fille de Rimouski en 1918

Le Progrès du Golfe, 31 mai 1918

VOLEUSE ET VAGABONDE
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ARRESTATION ET CONDAMNATION D’UN HOMMASSE
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CINQ ANS DE BAGNE

Une jeune fille du nom d’Eugénie Côté, originaire de Ste-Angèle de Mérici, après une vie d’aventures extraordinaires, a été condamnée le 18 mai par le Magistrat Fiset à cinq ans de pénitencier pour vol avec effraction et vagabondage.

Le mandat d’arrestation avait été signé par le magistrat sur la plainte de Frédéric-Joseph Astle, hôtelier de Petit Métis, accusant l’inculpée, sous le nom de Xavier Côté, d’avoir cambriolé la villa d’été de Madame John-Thomas Molson.

Cet « Xavier Côté » incarcéré dans la prison de Rimouski était vêtu d’habits masculins et avait toutes les apparences et les allures d’un homme véritable. Ce fut Madame Edouard Therriault, la matrone chargée de la garde des prisonnières, qui découvrit la supercherie et qui, confrontée en Cour avec l’accusé encore affublé de ses habits d’homme, l’identifia comme étant une ancienne prisonnière répondant au nom d’Eugénie Côté, qui purgea naguère une sentence de cinq mois dans la prison de Rimouski.

La Demoiselle s’avoua coupable et de cambriolage et de vagabondage; le magistrat la candamna [sic] sur-le-champ à cinq ans de bagne, et le pseudo-Xavier Côté fut réintégré dans la prison en attendant son départ pour le pénitencier.

Goûtant peu la discipline et la captivité de la géôle [sic], Eugénie Côté, qui n’avait pas encore dépouillé… le vieil homme – son costume féminin n’étant pas encore confectionné – réussit samedi à esquiver ses gardiens et à s’évader de la prison. Elle vécut deux jours en liberté provisoire, courant sa chance et s’efforçant tantôt de s’enfuir et tantôt de se cacher pour se soustraire aux poursuites.

Mais son signalement aviat [sic] été donné un peu partout.

Elle fut appréhendée dans la journée du 27 à St-Simon par deux MM. Gauvin, de cette paroisse, qui réussirent à la crocheter après une course épuisante et accidentée.

MM. Gauvin, prévinrent immédiatement le shérif D’Anjou et M. Ed. Therriault, de leur importante capture. M. Therriault se rendit immédiatement à St-Simon où il reprit possession de sa pupille, et malgré ses vociférations et ses résistances, la ramena au bercail peu apprécié qu’elle avait quitté si brusquement deux jours auparavant.

Eugénie Côté a depuis lors endossé, bien à contrecoeur, le vêtement féminin, qu’on lui a fait confectionner sur commande et qu’elle s’est, dans les premiers temps, sans doute pour se distraire, amusée à mettre en lambeaux.

« Venus » – c’est le petit nom de guerre sous lequel on désigne à Rimouski cette hommasse – est donc une récidiviste, puisqu’elle fut déjà condamné en 1916 à la prison, où elle est entrée le 14 novembre et d’où elle est sortie le 22 avril. Dans l’été suivant, (l’été dernier), elle fut envoyée au « Bon Pasteur », mais elle en désertait bientôt pour reprendre sa vie vagabonde et aventurière. C’est alors qu’elle se costuma en homme et qu’elle s’engagea aux chantiers et à la « drave » où elle travailla comme un homme et avec les hommes au service de la « Chaleurs Bay Mills », jusqu’au jour où l’envie lui prit de vagabonder et de cambrioler, ce qui lui vaut aujourd’hui cinq ans de travaux forcés au pénitencier.

Serait-ce cette jeune fille (recensement du Canada, 1911)?

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Arrestation du Dr Crippen à Pointe-au-Père, auj. Rimouski [31 juillet 1910]

La tragédie de l’Empress of Ireland, 29 mai 1914, en images

Le grand incendie de Rimouski, 6 mai 1950

Ces mystérieuses lumières à l’Ile aux Lièvres [1928]

La Patrie, 30 janvier 1928

CES LUMIÈRES A L’ILE AUX LIÈVRES
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Le « Mikula » est dirigé vers les lieux. – Des signaux mystérieux.
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QUEBEC, 30. (Du correspondant de « La Patrie ».). Les lumières mystérieuses qui ont été aperçues, il y a quelques temps, près de l’ile aux Lièvres, mais qui ont semblé disparaître dans la suite, ont été revues ces jours derniers et c’est probablement ce qui a décidé les autorités fédérales à dépêcher le brise-glace Mikula sur les lieux. Le navire a quitté Québec à 7.15hrs, samedi matin pour descendre dans la direction d’où viennent les lueurs.

Vendredi après-midi des citoyens dignes de foi qui demeurent à la Rivière du Loup ont informé le Département de la Marine que des lueurs apparaissaient de temps à autre aux alentours de Notre-Dame du Portage. On a aussitôt communiqué avec Ottawa qui a ordonné d’envoyer le Mikula sur les lieux afin de découvrir la cause de ces feux d’origine inconnue, ou sinon mettre fin aux commentaires qui se font depuis plusieurs semaines à ce sujet. Le brise-glace porte deux canots qui seront employés pour transporter quelques membres de l’équipage sur la tere [sic] ferme, car sur les bords de l’île, l’eau n’atteint pas une assez bonne profondeur pour permettre à un navire de mouiller. Une fois sur les lieux, on ne sait comment on procédera aux recherches, car ceci est laissé à l’entière discrétion des officiers du navire. On croit toutefois que le capitaine Hearn va contourner son navire autour de l’île aux Lièvres, qui s’étend sur une longueur de huit milles, et qui a une largeur de 3-4 de mille. Ces recherches dureront certainement plusieurs jours, car les officiers du brise-glace ont reçu ordre de se livrer aux recherches les plus minutieuses, et de faire ensuite rapport de leurs opérations à Ottawa.

Quelles sont les conclusions de l’équipe envoyée sur place?

L’Action catholique, 31 janvier 1928

LES LUMIÈRES SUR L’ILE AUX LIÈVRES
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UNE EXPLICATION
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Samedi matin le brise-glace « Mikula » quittait Québec sur les ordres du département de la marine, pour aller éclaircir le mystère de l’île aux Lièvres. Dans l’après-midi de samedi des hommes du Mikula explorèrent l’île en tous sens sans découvrir aucun être humain.

Le capitaine John Hearn, commandant du Mikula est convaincu que les lueurs étranges qui ont été vues par des personnes dignes de foi sont l’effet d’un mirage d’hiver, d’une nature particulière, causé par la rencontre au-dessus de l’île aux Lièvres des reflets des lumières de la Rivière du Loup, sur la rive sud et de St-Siméon de Charlevoix, sur la côte nord.

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Images du passé: Rivière-du-Loup

Toutes les images sélectionnées proviennent de Bibliothèque et Archives Canada

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Description de la seigneurie de Rivière-du-loup en 1815

De Québec à la Rivière-du-Loup en train [1876]

Les carillons touristiques de Rivière-du-Loup: des cloches qui ont une histoire

Visite d’Eleanor Roosevelt à Québec en 1933

Description de la seigneurie de Rivière-du-loup en 1815

Extrait de la Description topographique de la province du Canada avec des remarques sur le Haut Canada et sur les relations des deux provinces avec les Etats Unis de l’Amérique par Joseph Bouchette, publié en 1815.

RIVIERE DU LOUP (la seigneurie de), dans le comté de Cornwallis, à le St. Laurent en front, joint Granville et Lachenaye au sud-ouest, et la seigneurie de l’Ile Verte au nord-est; au fond elle est bornée par des terres en friche de la couronne; elle a près de cinq lieues de largeur sur deux de profondeur; elle fut accordée le 5 avril 1689, aux Sieurs Villerai et Lachenaye; Alexandre Fraser, Ecuyer, en est le propriétaire actuel. L’aspect général de cette seigneurie est inégale et montagneux, mais elle contient quelques vastes pièces de bonne terre labourable et de très belles prairies; elles sont divisées en plusieurs rangées de concessions, qui protent les noms de St. André Rivière du Loup, de St. Patrice Rivière du Loup, de Fraserville, Nouvelle Ecosse, St. George ou Cacona, St. André et St. Jacques: la première, une grande partie de la seconde, et un peu de la troisième, sont dans un très-bon état de culture et bien habités. Toute la seigneurie est abondamment boisée de hêtre, d’érable, de bouleau, et d’une grande quantité de pin.

Vue du pont de la Rivière-du-Loup.
Vue du pont de la Rivière-du-Loup par James Peachey v. 1785. Crédit: Bibliothèque et Archives Canada, no d’acc 1970-188-2142 Collection de Canadiana W.H. Coverdale

Elle est arrosée par de petits courans d’eau, mais le principal est la Rivière du Loup, qui prend sa source dans les montagnes, coule à peu près dans la direction du nord, et tombe dans le St. Laurent; les rivages des deux côtés sont élevés jusqu’à peu près trois quarts de mille de son embouchure, où ils deviennent bas et plats; des vaisseaux de 25 tonneaux peuvent la remonter jusqu’au pont, à la distance d’un peu plus d’un mille. La maison de Fraser, résidence du propriétaire de la seigneurie, est située au nord de l’entrée de la rivière. La grande route passe tout près de l’église St. Patrice, où elle fait un détour auprès d’une éminence, jusqu’au pont sur la Rivière du Loup, après quoi elle redescend sur le bord du St. Laurent, où elle continue son cours dans tout le reste de la concession.

Le long de cette route, il y a plusieurs rangées de champs bien cultivés, qui produisent des récoltes abondantes de toute sorte de grains, de nombreuses fermes avec de grands et solides bâtimens extérieurs, outre un grand nombre de maisons de particuliers. Dans toute cette vaste propriété il n’y a qu’une église; cependant dans la concession de St. Georges, près de Cacona, il y a une chapelle pour ceux que la distance prive d’aller régulièrement à l’église. Cacona forme une presque île, étant séparé de la terre ferme par un petit marais qui dans le printemps offre toujours un pâturage très fertile: sur la pointe de Cacona il y a plusieurs habitans. A environ quatre mille trois quarts de la Rivière des Caps commence le portage de Timiscouata, et comme c’est la seule route par terre de Quebec à Halifax, pendant une distance de 627 milles, elle est très-importante, et peut-être sera-t-on bien aise d’en avoir une description particulière. Elle fut ouverte pour la première fois en 1783, par le Général Haldimand, alors gouverneur, mais bien des personnes la considèrent alors si pleine d’obstacles et de difficultés qu’il serait impraticable d’y établir un passage régulier; cependant la persévérance, jointe aux attentions qu’on y a données de temps en temps, a clairement démontré le contraire, et elle forme à présent une communication susceptible à la vérité de très-grandes améliorations, mais qui est ouverte toute l’année, et par où passe toujours la malle d’Angleterre, quand elle a débarqué par le paquebot à Halifax.

Lisez la suite ici (cliquez).

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De Québec à la Rivière-du-Loup en train [1876]

Collision [Intercolonial, entre le Bic et Rimouski, mars 1889]

L’or de la Californie: l’épopée des Rioux de Trois-Pistoles (1849-1852)

La légende de la montagne à Fournier (Matapédia, 6 juin 1831)

Le rapatriement [1875]

Le 23 février 1875 est voté par le gouvernement de Charles-Eugène Boucher de Boucherville l »Acte pour encourager les Canadiens des Etats-Unis, les immigrants européens et les habitants de la Province à se fixer sur les terres incultes de la Couronne». Un an plus tard, Le Canadien fait le bilan.

Le Canadien, 11 mai 1876

REPATRIEMENT

La politique du repatriement a fait merveille, et le gouvernement qui l’a inaugurée aura droit à une bonne page dans l’histoire du Canada. Les efforts tentés pour diriger ici l’émigration européenne ont coûté des sommes considérables et n’ont rien produit de fort appréciable. Il faudrait donc en finir tout-à-fait avec cette politique. Il y a sans doute de braves gens, des ouvriers et des industriels honnêtes qui nous viennent de l’Europe. Mais il y a danger que la Commune et la libre-pensée nous envoient de très mauvais sujets. Notre opinion est formée sur ce point, et pour un, nous conseillons au gouvernement de ne plus dépenser un centin pour l’émigration européenne.

Appliquons au repatriement toutes les ressources dont nous pouvons disposer et nous arriverons à des résultats bien autrement satisfaisants.

La première colonie de repatriement a produit des merveilles, l’expression n’est pas exagérée. Il y a un an, les townships de Ditton, Chesham et Hamberton n’étaient pas habités par plus de quatre-vingt familles. A cette heure la population s’élève à trois milles âmes! Ne sont-ce pas là des résultats magnifiques?

Nous espérons que le gouvernement continuera avec activité et énergie ce mouvement de repatriement.

Les bases d’une autre colonie seront jetées ce printemps dans le comté de Témiscouata. Nous comptons sur une politique large de la part du cabinet De Boucherville.

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La colonisation de l’île d’Anticosti réussira-t-elle? [1878]

Projet d’une colonie belge dans le Canton de Langevin [1871]

Faut-il permettre aux Doukhobors de s’établir au Lac-Saint-Jean? [1890]

Des nouvelles d’une paroisse de colonisation: Saint-Zacharie de Metgermette [1881]
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Collision [Intercolonial, entre le Bic et Rimouski, mars 1889]

Extrait du Courrier de Fraserville (Rivière-du-Loup) 21 mars 1889

COLLISION

Une terrible collision a eu lieu mardi dernier, sur l’Intercolonial, entre le Bic et Rimouski. L’express d’Halifax, avec une vitesse de quarante miles à l’heure, est venue à la rencontre d’un train de marchandises qui courait trente à trente cinq milles.

La rencontre s’est faite dans une courbe de la voie, ce qui a empêché les deux trains de se voir.

Les deux engins ont été mis en pièces. Mais les chars n’ont pas éprouvé de grands dommages, sauf deux ou trois chars du convoi de marchandises qui ont été renversés de fond en comble.

Les morts sont au nombre de quatre.

Ce sont: Whitney, l’ingénieur de l’express, qui a eu le crâne complètement emportée à partir de la hauteur des yeux. Il est resté assis sur son siège.

Cet ingénieur résidait ici et était le fils unique de M. Whitney, principal mécanicien des usines de l’Intercolonial à Moncton.

On dit qu’il devait se marier sous peu avec une jeune fille de Fraserville.

son corps a été transporté à Moncton hier.

Fohy, chauffeur sur l’express, a littéralement été écrasé.

Il demeurait ici avec sa mère et un frère, aussi emploué sur l’Intercolonial.

Horace Michaud, conducteur de convoir de marchandises.

Il était dans l’engin de ce convoi lors de l’accident.

Arthur Levesque, chauffeur de ce train.

Ces trois derniers demeuraient à Fraserville. Le conducteur Michaud est marié et laisse une épouse et un enfant. Levesque et Fohy ne sont pas mariés.

Leurs corps sont arrivés hier sur un train spécial.

Parmi les blessés, on compte Alfred Jolivet, ingénieur du train de marchandises. Levesque, serre-freins sur le même train. Leurs blessures sont graves quoique non mortelles.

Jolivet a eu le crâne défoncé en arrière de la tête et l’oeil gauche sorti de l’orbite.

Levesque a une jambe et un bras cassés avec des contusions internes.

Photographie | Pont du chemin de fer Intercolonial à Rimouski, QC, 1875 | MP-0000.1828.16
Pont du chemin de fer Intercolonial à Rimouski, QC, 1875

Il n’y a pas de blessés parmi les passagers sur l’express.

On dit même que le choc ne s’y est pas fait beaucoup sentir. Cela est dû au sang froid et à l’énergie du malheureux Whitney qui réussit à faire jouer les freins air brakes dans le court instant (une couple de secondes) qui s’est écoulé entre la vue du tram qui venait à sa rencontre et la collision.

Aussi au fait que la rencontre a eu lieu dans une courbe, ce qui a eu pour effet de faire dévier la force de la pesanteur des deux trains et d’amortir le choc.

C’est la plus terrible collision qui se soit vue sur l’Intercolonial depuis l’ouverture de ce chemin.

Cette catastrophe n’est dûe à la faute d’aucun ancien employé.

Mais on nous dit que le pauvre conducteur Michaud a montré un peu de négligence. Si cela est vrai il en a été bien cruellement puni.

Voici d’après les dernières nouvelles la véritable cause de ce triste accident.

Il est laissé à la discrétion des conducteurs de partir d’une station pour aller rencontrer un train régulier à une station voisine pourvu qu’ils aient le temps nécessaire de se rendre à cette station, avec en plus une avance de 15 minutes. Une fois rendu au Bic le conducteur Michaud avait cinquante cinq minutes pour rencontrer l’express à Rimouski, ce qui lui donnait 35 minutes pour franchir la distance entre les deux places et au delà de 15 minutes pour se mettre sur la voie d’évitement à Rimouski. C’était suffisant, et le conducteur Michaud donna ordre de partir du Bic.En chemin la neige ralenti sa marche considérablement et rendu un peu plus bas que le Sacré Coeur, il ne lui restait plus que cinq minutes pour se rendre à Rimouski avant l’Express d’Halifax.

Alors, au lieu d’arrêter son convoi et de faire porter des signaux en avant pour avertir l’express- ce qui aurait été plus prudent – se fiant sur le retard problématique de ce dernier train, il fit forcer la vapeur pour le devancer à Rimouski.

Malheureusement, l’express était à temps, elle repartir de Rimouski avant que le convoi de Michaud n’y fut arrivé et le rencontra en chemin.

De là la collision, les nombreuses pertes de vies, et les dégâts considérables que nous avons la douleur d’enregistrer.

Puisse cette catastrophe servir d’exemple pour longtemps.

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Arrestation du Dr Crippen à Pointe-au-Père, auj. Rimouski [31 juillet 1910]

Une bombe nucléaire larguée dans le Saint-Laurent (St-André de Kamouraska, 10 novembre 1950)

En ligne! Le Progrès du Golfe 1904-1970 Journal du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie

L’explosion d’Halifax, Nouvelle-Écosse, 6 décembre 1917

La légende de la montagne à Fournier (Matapédia, 6 juin 1831)

Extrait de la Complainte de Fournier

Jeunes gens, vous croyez peut-être

Que la mort est éloignée;

Comme vous, je croyais être 

Sur la terre, bien des années.

Trompé comme beaucoup d’autres,

Croyant toujours me sauver

Vous apprendrez par les autres

Que je viens de me noyer.

Source: Notes historiques sur la Vallée de la Matapédia par Joseph-Désiré Michaud, 1922, p. 50.

Le chemin Kempt et Frédéric Fournier

Coucher de soleil sur la rivière Matapédia, face au terrain de camping d'Amqui © Jean-Paul Quimper, Le monde en images, CCDMD.

La Complainte de Fournier est inspirée d’un événement tragique, survenu il y a bien longtemps, dans la région de la Matapédia. Le Fournier de la complainte s’appelait Frédéric Fournier. Il était un arpenteur âgé de 22 ans, natif de Saint-Jean-Port-Joli. Il était l’une des personnes chargées de planifier le tracé du chemin Kempt et d’en surveiller la construction. Le chemin Kempt a été «le premier chemin terrestre qui liait toute la région du fleuve St-Laurent aux Provinces Maritimes» (réf). On avait entrepris les travaux l’année précédente. Il était prévu en 1831 de continuer le tronçon partant du Lac Matapédia jusqu’à Ristigouche.

Fin mai 1831, Frédéric Fournier et ses compagnons de voyage se rendirent au Lac Matapédia. Des Micmacs devaient les approvisionner en vivres. Or, on les attendit en vain. Devant impérativement se rendre à Restigouche, les hommes construisirent un radeau pour traverser le lac et la rivière Matapédia.

Tout alla bien jusqu’au «Ruisseau sauvage», qui coule à mi-distance à peu près, entre Amqui et Lac-Au-Saumon. Mais à cet endroit, le cours de la rivière est très rapide, surtout dans les grandes eaux du printemps. Les liens qui retenaient les pièces du radeau construit à la hâte durent se rompre, ou bien l’embarcation elle-même chavira dans les rapides. Toujours est-il que les quatre malheureux plongèrent dans les flots. Trois d’entre eux furent assez heureux pour se cramponner aux branches du rivage et se sauver de la mort.

Source: Joseph-Désiré Michaud Notes historiques sur la Vallée de la Matapédia, p. 49

Et le quatrième passager du radeau, Frédéric Fournier, fut emporté par les flots. C’était le 6 juin 1831.

Fournier retrouvé

Quelques mois plus tard, des Amérindiens trouvèrent le cadavre de Frédéric Fournier dans la rivière Matapédia, près d’une montagne. Il portait une bague avec les inscriptions F. F. ce qui permit de l’identifier. Ne pouvant lui enlever cette bague, on lui aurait coupé la main que l’on l’aurait amenée au curé de Rimouski, Thomas-Ferruce Picquart dit Destroismaisons. En attendant que la famille du défunt vienne réclamer sa dépouille, on enterra Fournier près de l’endroit où on l’avait découvert.

Or, la famille Fournier ne réussit pas à rapatrier le corps à Saint-Jean-Port-Joli. Ce qui donna lieu à une légende peut-être vraie, qui sait?.

Quelques années plus tard, quand la route du chemin Kempt fut terminée, les parents du jeune arpenteur seraient venus exhumer son corps de sa première sépulture et auraient tenté de la transporter dans le cimetière de sa paroisse natale. Le cadavre retiré de sa fosse, fut placé dans une voiture attelée de deux chevaux. Quand il fut temps de partir, on commande les bêtes, mais elles refusèrent d’obéir. On eut beau les fouetter, les fouetter encore, elles ne voulurent pas avancer d’un seul pas… On comprit, dit la légende, que la montagne à Fournier avait adopté le pauvre jeune homme et qu’elle ne voulait plus le laisser aller… On tenta cependant une autre expérience. Le cadavre fut placé dans un canot conduit par deux Indiens, qui essayèrent de remonter le cours de la rivière Matapédia. Mais les deux Indiens eurent beau faire ployer leurs avirons sous le poids de leur corps, le canot refusa d’avancer… On n’insista pas davantage et l’on remit le cadavre dans la fosse.

Source: Joseph-Désiré Michaud Notes historiques sur la Vallée de la Matapédia, p. 54

La montagne près d’où repose Frédéric Fournier fut donc appelée la Montagne à Fournier pour commémorer son souvenir.

On dit aussi qu’en 1864, un des frères de Fournier aurait voulu ramener la dépouille, mais comme il ne restait que quelques ossements, on aurait décidé de le laisser sur place et d’ériger un enclos et une croix pour marquer l’endroit. On y trouve de nos jours une croix et une plaque récente (voir la photo à la fin de l’article suivant) où il est inscrit

Ci-gît Frédéric Fournier
arpenteur et lieutenant, (D. Z. M.?)
Noyé le 6 juin  1831
âgé de 22 ans

La légende et la complainte

Cet événement tragique a donné lieu à la légende de la Montagne à Fournier dont vous pouvez lire une version ici (sélectionnez légendes, puis La montagne à Fournier).

Autre version de la légende de la montagne à Fournier , écrite par Ernest Bilodeau et publiée dans Un Canadien errant, édition de 1915.

Texte complet de la Complainte à Fournier.

Bibliographie
La légende de la montagne à Fournier.  [Page consultée  le 5 septembre 2011] Adresse URL

Municipalité de Ristigouche Sud-Est. [En ligne] Histoire du Chemin Kempt [Page consultée  le 5 septembre 2011] Adresse URL: http://www.ristigouchesudest.ca/fr-ch-kempt.html

Pierre-Georges Roy, Les petites choses de notre histoire. Septième série, Lévis: [s.n.], 1919, 301 pages. Adresse URL: http://www.ourroots.ca/f/page.aspx?id=691808

Joseph-Désiré Michaud,  Notes historiques sur la Vallée de la Matapédia, Val-Brillant, Québec: La Voix du Lac, 1922, 241 pages. Adresse URL:  http://www.ourroots.ca/f/page.aspx?id=4035338

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