Trois squelettes découverts lors de fouilles archéologiques à Québec en 1878

Le 30  août 1878, le Courrier du Canada publie un article à propos de la découverte de trois squelettes lors de fouilles sur le site de l’ancien collège des Jésuites, dont la démolition a débuté l’année précédente. L’auteur tente d’identifier ces squelettes.

Extrait de l'Opinion publique, 18 octobre 1877

Bâti en 1635, le collège fut reconstruit en 1647 après avoir été endommagé par un incendie en 1640. L’édifice a par la suite été utilisé comme caserne pour les troupes britanniques de 1776 à 1871. L’hôtel de ville de Québec est bâti sur ce site. Extrait de l’Opinion publique, 18 octobre 1877

Le Courrier du Canada, 30 août 1878

« LES OSSEMENTS HUMAINS DES CASERNES OU DU COLLÈGE DES JÉSUITES.

La découverte récente d’ossements humains aux Casernes des Jésuites a piqué la curiosité du publie en général, et surtout des antiquaires et de ceux qui s’occupent de recherches historiques.

Naturellement on s’est demandé qui furent ceux qui ont été enterrés là où ces ossements ont été trouvés, et quel était ce champ des morts?

Une étude assez attentive que j’ai faite à ce sujet me porte à croire que les ossements des trois squelettes découvertes, avec deux crânes seulement, sont ceux du frère donné Jean Liégeois, du Père de Quen et du Père François de Peron, mort à Chambly, et dont les restes mortels furent envoyés à Québec pour y être inhumés.

Le lieu où les ossements ont été trouvés doit être l’emplacement de la chapelle bâtie en même temps que l’on construisait les autres parties du collège des Jésuites. Mais puisque la démolition de ce vénérable édifice, plus que deux fois séculaire s’achève, un précis historique sur la construction de ce collège ne sera pas hors de propos ici.

Disons d’abord, avec les savants abbés Laverdière et Casgrain, qu’il ne faut pas confondre la résidence ou le couvent de Notre-Dame de Recouvrance, brûlé ainsi que la Chapelle du même nom, en 1640, avec le collège (transformé plus tard en casernes) et dont on ne jeta les fondations que plusieurs années après.

La Chapelle de Notre-Dame de Recouvrance et la maison des Jésuites y attenant étaient situées sur le lieu où se trouve aujourd’hui la cathédrale anglicane. Dans l’incendie de 1640, chapelle et résidence furent détruites, les registres de l’état civil brûlé est, les Jésuites y perdirent tous leurs effets. « Nous avions ramassé dans cette maison, » écrivait le Père Lejeune, « comme en un petit magasin, tout l’appui et le support de nos autres résidences et de nos missions. Le linge, les habits et les autres meubles nécessaires pour vingt-sept personnes que nous avons aux Hurons étaient tout prêts d’être portés par eau dans ces pays si éloignés. »

Après cet incendie, les Jésuites se retirèrent pendant quelque temps à l’Hôtel-Dieu.

En 1637, les Pères de la Compagnie de Jésus en Canada, exposèrent à la Compagnie de la Nouvelle-France qu’ils voulaient bâtir un collège et séminaire pour instruire les enfants des sauvages, les Hurons résidant à 200 lieues de Québec leur en ayant envoyé six avec la promesse d’en envoyer un plus grand nombre, et aussi pour instruire les enfants des Français du pays, et que pour cela ils désiraient obtenir une concession de terre. La Compagnie de la Nouvelle-France leur accorda 12 arpents de terre à être pris à Québec, pour y bâtir un collège et séminaire, église, logements, etc., etc. Cette concession fût faite à une assemblée des directeurs de la Compagnie tenue à Paris, à l’hôtel du célèbre Fouquet le 18 mars 1637.

Ce ne fut qu’au printemps de 1647 que l’on commença à creuser les fondations du collège, dont la première pierre fut posée le 12 juin. « Ce même jour (12 juin 1647, » dit le Journal des Jésuites, » fut mise la première pierre au fondement du corps-de-logis des offices de la maison de Québec. »

[...]
Dans le mois de juillet 1650, on commença à travailler aux fondations de la chapelle, et le 18 octobre 1651, elle était assez avancée pour permette aux écoliers du collège d’y recevoir le gouverneur Lauzon.
[...]

Le 29 mai 1655, un grand malheur frappait les bons Pères; le frère donné Jean Liégeois était traîtreusement assassiné.
[...]

Ce jour-là, 29 mai, il était occupé dans les champs voisins de Sillery quand sept ou huit Agniés l’entourèrent tout à coup, le prirent sans résistance et lui percèrent le coeur d’un coup de fusil, dit le Journal des Jésuites; l’un d’eux lui enleva la chevelure et l’autre lui coupa la tête qu’il laissa sur place.

Le lendemain, les Algonquins trouvèrent son corps et l’apportèrent à Sillery d’où il fut transporté en chaloupe à Québec. Il fut exposé dans la chapelle, et le 31 mai, après l’office et la messe: « il fut enterré au bas de la chapelle, c’est-à-dire dans l’un des deux côtés où se trouve aujourd’hui l’autel de la congrégation des Messieurs. (Journal des Jésuites).
[...]

Rapport remis au premier ministre Gustave Joly de Lotbinière en 1879.

Relations de ce qui s’est passé lors des fouilles faites par ordre du gouvernement dans une partie des fondations du Collège des Jésuites précédée de certaines observations. Rapport remis au premier ministre Gustave Joly de Lotbinière en 1879.

Mais revenons aux inhumations dans la chapelle des Jésuites.

La première qui vient ensuite est celle du Père de Quen, qui mourut le 8 octobre 1659, des fièvres contagieuses apportées par un des navires d’outremer. C’est lui qui en 1647, découvrit le lac Saint-Jean.

[...]

Le Père de Quen fut enterré le 9 au matin [...] Il était âgé de 59 ans.
[...]

La [sic] 15 novembre 1665 arrivait à Québec, venant de la rivière Richelieu, un bâtiment qui apportait le corps du Père François du Perron, mort le 10 au fort St.-Louis [Chambly].

[...]

De ce qui précède, il appert que trois inhumations ont eu lieu dans la chapelle des Jésuites, et ce sont les seules dont il est fait mention dans le Journal des Jésuites, et il est assez probable que la place qui restait pour un corps ne fut pas remplie. Or, on a trouvé les ossements de trois corps, il me semble donc assez rationnel de conclure que ce sont ceux du frère Liégeois et des PP. du Quen et du Perron.

Estampe | Vue de l'église et du collège des Jésuites | M2485

Vue de l’église et du collège des Jésuites par Richard Short, 1761.

Il est vrai qu’on ne trouve que deux crânes, mais il faut se rappeler que le frère Liégeois avait eu la tête tranchée qui fut laissée sur la place, dit le texte; on peut conjecturer que les Agniés traînèrent plus loin le corps lequel fut retrouvé sans tête et enterré ainsi.

Quant à la position de la chapelle, le texte qui précède relatif au Père du Peron indique assez qu’elle était le long de la rue, et si l’on réfère à la carte de Québec, de 1660, on voit en effet la rue longeant comme aujourd’hui le terrain des Jésuites.

Enfin les fouilles que, sur la demande du Père Sanchez, du Dr Larue et de quelques autres, l’honorable M. Joly, avec un bon vouloir qu’on ne saurait trop louer, a ordonné de faire, mettent à nu les fondations d’un édifice parfaitement dessinées, là même où la tradition place la chapelle, et là où les ossements ont été découverts.

Je livre ces renseignements à la publicité sans en donner les conclusions comme absolument certaines, car il peut se faire que l’examen de ces ossements fait par des personnes compétentes, prouve qu’ils ne peuvent appartenir aux cords [sic] supposés; ou bien encore que d’autres études plus savantes et plus attentives des annalistes anciens, fassent arriver à des conclusions différentes.

Dans le premier cas je serait le premier à m’incliner devant la science, et dans le second je ferait bien aisément le sacrifice de mon amour-propre à la vérité historique.

T. P. Bédard.

P.S. Comme deux journaux ont affirmé que des trois squelettes, un devait être celui d’une religieuse hospitalière, je me suis adressé à une des dames religieuses de l’Hôtel-Dieu pour lui demander des informations à ce sujet et je viens de recevoir d’elle la note suivante qui prouve clairement que la religieuse à laquelle il a été fait allusion a été enterrée dans le caveau de l’église des Jésuites et non pas dans la chapelle.
[...] « 

Pour en savoir plus:

Relations de ce qui s’est passé lors des fouilles faites par ordre du gouvernement dans une partie des fondations du Collège des Jésuites précédée de certaines observations. Narcisse-Henri-Édouard Faucher de Saint-Maurice, Québec, 1879.

« Faucher de Saint-Maurice, pionnier de l’archéologie historique au Québec » Marcel Moussette, Les Cahiers des dix , n° 61, 2007, p. 81-106.

Plaque du collège des Jésuites (Répertoire du patrimoine culturel du Québec, MCCQ)

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LES DÉMOLITIONS À QUÉBEC [1871]

DÉCOUVERTE SUR LE SITE DE L’ANCIEN CHÂTEAU ET FORT ST-LOUIS À QUÉBEC EN 1854

TRANSLATION DES OSSEMENTS DES SOLDATS FRANÇAIS MORTS SUR LES PLAINES D’ABRAHAM [1854]

DES OSSEMENTS RETROUVÉS À L’ANSE AU FOULON [1924]

Une esclave soupçonnée d’être à l’origine de l’incendie de Montréal [1734]

L’extrait suivant provient d’une lettre écrite le 16 octobre 1734 par Sr Duplessis de Sainte-Hélène, supérieure de l’Hôtel-Dieu de Québec. La destinataire est probablement Madame Hecquet de la Cloche à Abbeville.

Revue Canadienne volume 12. Montréal, Quinn & Dunn, 1875, p. 188-189

« Il faut vous dire quelque chose du Canada païs de croix et de souffrances, la ville de Montreal a encore été affligée d’incendie comme en 1719, à l’exception qu’il y eut autrefois pres de cent maisons brulées, et que cette année il n’y en a que 49, mais des mieux bâties et des plus riches, il y en a qui tous seuls ont perdu plus de 500,000 liv. l’hotel Dieu dont les Rses ne sont pas de notre ordre a été envelopé dans cet accident, ces pauvres filles n’ont presque rien sauvé, tout ce qu’on pû faire fut de tirer les malades des sales et en fort peu de temps, car le feu ne dura pas plus d’une heure et demye, on a mis les Rses dans une maison d’emprunt, elles vont par un chemin couvert a une petite chapelle de la Ste Vierge qui leur sert d’eglise mais elles sont obligées de traverser la rüe pour aller servir les malades dans une maison de loüage ou on a pratiqué une sale, elles ont supporté avec affliction avec beaucoup de vertu, on espere que la cour leur aidera a se retablir, les habitants de la campagne se sont portes a lenvi a les aider a se rebatir en leur apportant des poutres des solivaux des planches &c. c’est une neigesse qui par malice a mis le feu chez une dame sa maîtresse (1), qui a causé tous ces malheurs elle a été accusée et convaincüe de ce crime, et condamnée à être pendüe, puis brulée apres sa mort, elle a été executée à Montréal apres avoir d’elle même demandé bien des pardons publiquement avec de grandes marques de douleurs, elle est morte dans de fort bonnes dispositions. (2)

(1) Madame Decouagne, veuve de M. Poulin de Francheville.

(2) Cette négresse, née en Portugal, avait été achetée dans la Nouvelle Angleterre. Pour plus de détails, voir Faillon, Vie de Melle Mance, vol. II, p. 219. Je trouve dans les Mss. de Sir Hippolyte Lafontaine, le texte de la sentence rendue à Montréal le 4 juin 1734:

« … La dite Marie Joseph Angélique accusée est déclarée suffisamment atteinte et convaincue d’avoir mis le feu à la maison de la dite Demoiselle Francheville, ce qui a causé l’incendie de partie de la ville, pour raison de quoy elle est condamnée à faire amende honorable nue, en chemise, la corde au col, tenant en ses mains une torche ardente du poids de deux livres au devant de la principale porte et entrée de l’Eglise paroissiale de la dite ville de Montréal, où elle sera menée et conduite par l’Exécuteur de la haute justice dans un tombereau servant à enlever les immondices ayant écriteau devant et derriere avec le mot « incendiaire » et là nue teste et à genoux déclare que méchamment elle a mis le feu et causé le dit incendie dont elle se repent et en demande pardon à Dieu, au Roy, et à justice, ce fait avoir le poing coupé sur un poteau qui sera planté au devant de la dite Eglise, après quoy sera menée par le dit Exécuteur dans le même tombereau à la place publique pour y être attachée à un poteau avec une chaîne de fer et brûlée vive, son corps réduit en cendres et icelles jetées au vent ».

Sur appel interjeté au Conseil Supérieur, cette sentence fut adoucie: la coupable n’eut pas le poing coupé, et ne fut brûlée qu’après sa mort.

Pour en savoir plus:
La torture et la vérité: Angélique et l’incendie de Montréal

De Remarquables oubliés: Marie-Josèphe-Angélique

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Ann Wiley, bourreau (1775, Détroit)

Février, mois de l’histoire des Noirs

Francis Zuell, victime d’un brutal assaut [Québec, 20 septembre 1864]

Cyberenquête – La torture et la vérité: Angélique et l’incendie de Montréal

Un assassinat à l’Ile d’Orléans [1663]

Extrait de Histoire de l’Île d’Orléans par Louis Philippe Turcotte, p. 62-63. Québec, 1867.

Au mois de mai 1663, M. Gourdeau (Jacques Gourdeau de Beaulieu) fut cruellement assassiné par un de ses serviteurs, qui, pour cacher les traces de son crime, incendia la maison de son maître. Le meurtrier, après avoir subi son procès, fut condamné à être fouetté et ensuite fusillé sur la potence. Le Journal des Jésuites raconte ainsi cet horrible crime:

« Le même jour (29 mai 1663) sur les 9 ou 10 heures du soir, fut brûlé en sa propose maison de l’isle d’Orléans le sieur de Beaulieu avec un sien valet, par accident du feu…

« Juin. – Il se trouva que le feu qui avait pris à la maison du sieur de Beaulieu n’était pas par accident mais par méchanceté d’un valet, après avoir tué son maître et un autre valet son camarade; il fut convaincu et condamné à avoir le poing coupé, pendu et brûlé, et Monsieur le Gouverneur se contenta de la mort à la potence, après avoir été fouetté par le bourreau il fut fusillé le 8 de Juin ».

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Pehr Kalm, un Suédois en Nouvelle-France (1748)

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Translation des ossements des soldats français morts sur les plaines d’Abraham [1854]

Le Journal de Québec, 8 juin 1854

LA TRANSLATION DES OSSEMENTS DES SOLDATS FRANÇAIS MORTS AU COMBAT EN 1760, DANS LES PLAINES D’ABRAHAM.

A neuf heure, les différentes sections de la Société Saint Jean Baptiste se réunissaient sur le Champ de Mars, autour du char funèbre, entre deux baies de pompiers et de soldats. Les côtés du catafalque étaient ornés de deux magnifiques trophées de fusils, de sabres et de baïonnettes, et sur le devant était un petit tableau de M. Légaré, représentant la victoire des français.

Les coins du poêle étaient portés par les seize messieurs suivants: les honorables A. N. Morin, E. Pascal Taché, R. E. Caron, de Sales Laterrières, Jean Chabot, P.J.O. Chauveau, et MM. de Salaberry, Chs Panet, McDonald, dép. adj. général; Jacques Viger, Cauchon, Garneau, Faribault, Légaré, Dumoulin et L.G. Baillairgé.

Sur la terrasse la foule était immense, et les canons qui comme par souvenirs semblaient demander à vomir la foudre, et ces officiers et ces soldats qui donnaient avec tant d’empressement leur brillant concours à cette grande fête nationale, et ces drapeaux glorieux d’une époque effacée, et ce soleil si radieux et comme joyeux d’éclairer cette grande démonstration de la mort et du néant, avaient une majesté et une sublimité qui s’élevaient au-dessus de la pensée humaine et que notre plume ne saurait définir.

Jamais on n’avait rien vu de semblable dans Québec et jamais non plus occasion n’avait été plus favorable par une pareille fête. Les soldats anglais (le 66e et le 71e,) rendaient hommage aux os victorieux de Français, au moment où les Anglais et les Français se battaient pour une cause commune sur le sol de l’ancien monde.

Le Dr. Robitaille à qui nous devons l’organisation de cette fête, le commissaire ordonnateur de la Société Saint Jean-Baptiste, était partagé entre les mille détails de l’ensemble, et répondait à tout.

A dix heures, le char funéraire, traîné par six chevaux couverts de noir, s’ébranla et prit la direction de la rue Saint-Louis, pour gagner la cathédrale.

Combien de spectateurs dans les rues, combien aux fenêtres des maisons! Sur le champ de mars seul il y avait plus de dix mille spectateurs.

Arrivés devant l’hôtel du gouvernement, le convoi s’arrêta et l’honorable Louis Panet, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, adresse à Son Excellence, l’Administrateur du gouvernement l’allocution suivante:

VOTRE EXCELLENCE

« La société Saint Jean-Baptiste, qui représente la grande masse de la population canadienne-française, désire particulièrement offrir à Votre Excellence ses plus vifs et ses plus sincères remerciements pour l’appui signalé que votre Excellence lui a si libéralement et si spontanément donné dans tout ce qui a été fait pour atteindre le but de cette grande et importante solennité.

« L’intérêt particulier que Son Excellence, ainsi que toute la garnison, a pris au succès et à l’éclat de cette démonstration, sans égard aux préjugés nationaux et sans nullement s’enquérir qui, dans l’occasion dont nous célébrons la mémoire, étaient les vainqueurs et qui étaient les vaincus, doit pour toujours éteindre et mettre au néant tout reste d’antipathie nationale, s’il en existait encore dans l’esprit de quelques-uns de nos compatriotes; et de tels procédés de la part de Votre Excellence feront plus pour amener entre les deux origines les bons rapports mutuels et la fusion complète des sentiments, que tout ce qui a été dit et fait pendant le dernier demi siècle. »

Son Excellence répondit à ce discours de la manière suivante:

« Monsieur le président et messieurs de la société Saint Jean-Baptiste,
« Il est extrêment [sic] agréable pour moi, ainsi que pour chacun des soldats que vous avez invités à prendre part à cette intéressante cérémonie, d’avoir à remarquer les efforts que votre société a faits pour honorer la mémoire de braves combattants morts sur le champ de bataille.

« Il importe peu de recherche à laquelle des deux armées rivales ont appartenu ces hommes valeureux. L’histoire a enregistré le fait qu’ils sont morts glorieusement en accomplissant leur devoir envers leur roi et leur patrie, et cette considération suffit pour accorder à leurs restes toute marque de respect et de vénération.

« Je vous souhaite, messieurs, le meilleur succès possible dans le grand oeuvre que vous venez d’entreprendre. »

Alors le concours se dirigea vers la cathédrale.

Jamais cette Eglise, mère du Canada, qui repose depuis 210 ans sur le roc de la vieille capitale, n’avait revêtu un deuil pareil. L’immense nef du centre, depuis l’autel jusqu’à l’orgue, était tendu de noir et de blanc, et quatre bandes mi-blanc mi-noir, partant d’un même point de la voûte et descendant en forme de mausolée sur la bière, avaient un incomparable effet de lugubre grandeur. Le cercueil était élevé sur neuf marches, placées au centre de l’Eglise, tout prêt de la chaire, et recouvert d’un mausolée, sur lequel mille lumières concentraient l’éclat de toute cette pompe funèbre. En avant était une estrade pour recevoir Mgr. l’Archevêque et le clergé.

Les neufs évêques du Concile étaient présents dans le choeur avec leurs théologiens et tout le clergé de Québec. Ces augustes prélats et ces prêtres vénérables venaient, comme toute la population de Québec, rendre hommage à des guerriers qui n’étaient plus, comme autrefois les autorités d’une ville allèrent déposer les clés de cette même ville sur le tombeau de Duguesclin.

Le choeur dirigé par M. Stanislas Drapeau, chanta avec un ensemble admirable, surtout le Libera accompagné de l’orgue, joué par M. Ernest Gagnon.

Le coup d’oeil de l’église était le plus beau de toute la fête, et c’est dans les occasions d’une pareille solennité que le catholicisme déploie une incroyable grandeur et une incomparable majesté. Devant cette pompe du néant, Massillon aurait pu encore une fois s’écrier; « Dieu seul est grand! »

La cérémonie terminée, le convoi défila par la rue la Fabrique et la rue Saint-Jean. La foule des spectateurs allait toujours augmentant; la ville presque entière assista à ce grand spectacle et presque tous les chantiers furent fermés.

A une heure, le cercueil était déposé dans la fosse qui lui était préparée à deux milles de la cathédrale, sur la terre de Julien Chouinard, écr., dont l’hospitalité et les prévenances pour tous ceux qui faisaient partie de la fête, méritent une honorable mention et la reconnaissance de la société Saint Jean-Baptiste.

Le colonel Taché parla une heure durant, décrivant la bataille dans laquelle étaient tombés les morts qu’on honorait, et donnant les paroles de louanges à leur bravoure. Le discours fini, des hourras furent donnés aux armées alliés de l’Angleterre et de la France, à la milice canadienne, au colonel Taché et à M. Chouinard.

La cérémonie se termina par la bénédiction de la fosse par M. le curé de Québec, laquelle fut suivie d’une salve d’artillerie par les voltigeurs pompiers et de plusieurs décharges de mousqueterie par la troupe de ligne et les volontaires canadiens.

La précision avec laquelle ces pompiers ont tiré et le canon de fusil et le fusil a été remarquée par les chefs militaires.

Jamais dans aucune circonstance on a eu autant de volonté d’ensemble. L’église a donné toutes ses pompes comme l’a fait l’autorité militaire, et de cette volonté est sortie la plus belle fête qui se soit peut-être vue sur le sol du nouveau monde. Nous n’exagérons rien; s’il y a exagération elle se trouve dans l’impuissance à décrire cette fête qui laissera des impressions profondes dans les coeurs des habitants de Québec.

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1759: Du sentier de la guerre aux plaines d’Abraham

Fort Duquesne, fort français (Pittsburgh, Pennsylvanie)

Ecoutez 104 histoires de la Nouvelle-France …

Il y a 100 ans décédait le Marquis de Montcalm [Québec, 1859]

Une possédée en Nouvelle-France [1660]

Extrait du Journal des Jésuites, 25 décembre 1660

En ce moys fut amenée de Beauport Barbe Halé, infeftée d’vn demon folet depuis 5. ou 6 moys, mais à diuerfes reprifes; elle fut mife au commencement dans Vne chambre du vieux hofpital, où elle paffoit la nuit auec compagnie d’vne garde de fon fexe, &, quelque preftre &feruiteurs. Longa hiftoria, de qua alibi fufe.

Pour en savoir plus: Les petites choses de notre histoire. Quatrième série par Pierre-Georges Roy.

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Le tricentenaire du mariage de Guillaume Couillard avec Marie Hébert [1921]

Il y a 100 ans décédait le Marquis de Montcalm [Québec, 1859]

Le Courrier du Canada, 16 septembre 1859

CENTIÈME ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE MONTCALM

Mercredi, la belle chapelle des Dames Ursulines était tendue de draps noirs aux larmes blanches et, au milieu de la nef de cette précieuse petite église, était élevé un catafalque recouvert d’un drap mortuaire parsemé de fleurs de lis d’argent – Le nouveau monument, dont nous avons donné la description, était fixé à sa place dans le mur de la chapelle près des balustres, du côté de l’Epitre, audessus de l’endroit-même où – sur l’indication d’une religieuse morte il y a plusieurs années, et qui avait été à l’âge de douze ans témoin témoin de la sépulture du héros – de l’endroit où disons-nous, les restes du chevaleresque commandant de la garnison de Québec furent déposés le 14 septembre 1859.

Quartier Vieux-Québec - Ursulines de Québec - Crâne de Montcalm - Reliquaire / Livernois Limitée . - Vers 1930. BANQ

Quartier Vieux-Québec – Ursulines de Québec – Crâne de Montcalm – Reliquaire / Livernois Limitée . – Vers 1930. BANQ Les restes du marquis (crâne et tibia) ont été transférés dans un mausolée du cimetière de l’Hôpital général de Québec en 2001.

Les Dames religieuses avaient fait exposer dans une chasse, le crâne du héros, retiré ? il y a quelques années de la tombe où reposait ses glorieuses dépouilles mortelles.

A sept heures et demie, une messe basse était dite pour le repos de l’âme du général marquis de Montcalm par M. l’abbé Lemoine, chapelain des Dames Ursulines. Du fond du cloître de ce couvent des Ursulines, dont l’histoire s’identifie avec celle des premiers temps du pays, s’élevaient, pendant l’office divin, les voix pures et touchantes des filles de Sainte Ursule qui ont rendu tant et de signalés services à la Nouvelle France et au Canada. Pour se rendre à la pieuse demande de Madame la marquise de Montcalm les bons Frères de la Doctrine Chrétienne du Québec et de la Pointe Lévis assistaient en corps à cette messe, à laquelle s’étaient aussi rendus beaucoup de personnes de la ville.

A deux heures de l’après-midi la cloche de l’église des Ursulines appelait encore les fidèles, pour assister à la cérémonie de l’absoute solennelle. Le R. P. Martin de la Compagnie de Jésus monta en chair et prononça l’oraison funèbre du Marquis de Montcalm. Il présenta la suite des événements de cette existence si pleine de services rendus à la religion et à la patrie et fit ressortir, dans l’homme illustre dont on vénérait la mémoire, le double caractère du soldat et du chrétien. Le prédicateur déroula avec tact et bonheur la suite de l’histoire de l’illustre guerrier, issu de cette noble race dont on a dit:  »Les champs de bataille semblent avoir été les tombeaux des Montcalm: » il fit assister son auditoire aux succès littéraires de la jeunesse de Montcalm, aux brillants débuts de sa carrière militaire, à ces combats d’où il sortait toujours couvert de gloire et d’ordinaire couvert de blessures; il le montra grand surtout à Carillon où il triompha – à force d’audacieuse intrépidité, – au point qu’il eut à répondre d’avoir tant osé, en disant:  » Si j’ai dans une position difficile mis de côté les règles ordinaires de la guerre, c’est que je me suis rappelé que l’audace enfante souvent les succès. »

 » Mais, a dit l’orateur, s’il nous est agréable de faire, dans la personne du Général Marquis de Montcalm, l’éloge du soldat défenseur de la patrie, il nous est encore plus consolant d’avoir à faire dans la personne de l’illustre mort, l’éloge du chrétien. » Puis le prédicateur a lu une lettre, écrite par le marquis de Montcalm à la Supérieure du Couvent de l’Hôtel-Dieu de Québec alors qu’il faisait la guerre dans le haut du pays, lettre dans laquelle le soldat sans peur, l’homme fort entre les forts demandait le secours des modestes prières de timides vierges et de faibles femmes. Rien n’est touchant comme les détails de la mort de Montcalm, alors qu’après avoir répondu à son chirurgien qui ne lui annonçait que quelques douze heures d’existence –  »c’est assez! »- il faisait à la hâte ses dispositions, remettait son commandement en d’autres mains, recommandait au général Murray les prisonniers français en lui écrivant:  »je fus leur père, soyez leur protecteur… » puis qu’enfin, tout entier aux soins du salut de son âme, il recevait les secours et les consolations de l’Eglise, pour aller se reposer dans le sein de l’Eternel d’une vie si agitée et si pleine de hazards.

Le mausolée Montcalm

Mausolée Montcalm au cimetière de l’Hôpital-Général de Québec. Source: CCNQ

Le prédicateur, après avoir dit à son auditoire combien est futile la gloire de ce monde, qui n’a pour l’homme aucune jouissance au-delà du tombeau, et avoir dit que Dieu seul et son éternité ont le droit de remplir notre pensée et le pouvoir de récompenser le chrétien, est descendu de la chaire au milieu du religieux silence de la foule qui remplissait la petite église et le nombreux clergé réunit dans le choeur.

A la suite du discours du R. P. Martin, un choeur, organisée par M. Gagnon, a d’abord chanté, avec accompagnement d’orgue, le Lacrimosa du Requiem de Mozart en quatuor. Monseigneur de (?) qui avait voulu lui-même officier, est alors venu, précéder de la croix et accompagné de ses assistants, se placer devant le catafalque et le choeur a entonné le Libera, à la suite duquel sa grandeur Monseigneur a procédé aux cérémonies de l’absoute qui ont terminé les exercices religieux pieux de cette journée de souvenirs religieux et nationaux. La foule s’écoula lentement, en jetant sur le monument et surtout le crâne exposé du marquis de Montcalm des regards recueillis et attendris.

Nous ne serions pas juste si nous laissions le sujet de cette fête sans rendre à notre vénérable ami, M. Faribault, la justice qui lui est due: c’est à l’initiative de ce pieux ami de notre histoire et de nos traditions que nous devons la belle fête qui a eu lieu hier, et chaque fois qu’on se rappellera cette solennité il sera juste d’associer à ce souvenir le nom de M. Faribault.

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Le général Richard Montgomery à Québec [31 décembre 1775]

Le tricentenaire du mariage de Guillaume Couillard avec Marie Hébert [1921]

L’Action catholique, 27 août 1921

ANNIVERSAIRE D’UN MARIAGE D’IL Y A 300 ANS
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ON A CELEBRE HIER, À QUEBEC, LE 3E CENTENAIRE DU MARIAGE DE GUILLAUME COUILLARD AVEC MARIE HEBERT
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Québec a célébré, hier, un troisième centenaire qui rappelle l’arrivée du premier colon Louis Hébert, et principalement le mariage de sa fille Marie Guillemette Hébert avec Guillaume Couillard de Lespinay.

Les descendants de ces deux familles n’ont pas voulu laisser passer l’année 1921 sans honorer de quelque manière ce centenaire d’un fait historique qui parque [sic] le commencement de la colonie.

Environ deux cents descendants de ces familles se sont réunis, hier, à Québec et ont fêté cet événement principalement par une cérémonie religieuse. Dans la chapelle des Révérendes Soeurs du Bon Pasteur, M. l’abbé A. Couillard Després a chanté, devant une nombreuses assistance, une grand’messse d’actions de grâces pour commémorer le 3ième centenaire de ce mariage.

Le sermon a été donné par le R. P. Marie-Antoine, franciscain, dont le texte se trouve en page intérieure.

Dans l’après-midi, tous les descendants de la famille Couillard-Hébert se sont rendus sur la place de l’Hôtel de ville, où des gerbes de fleurs furent déposées au pied du monument, l’une par l’Hon. Caron, au nom des cultivateurs de la Province de Québec, la deuxième par les descendants de la famille, et une troisième par les Soeurs de l’Hôpital de l’Hôtel-Dieu.

L’abbé Couillard-Després remercia tous les assistants de leur patriotisme, puis la foule se dispersa.

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