Généalogie de l’énigmatique Charles Chambers (première partie)

Charles Chambers était le chef d’une bande de voleurs qui a marqué la petite histoire du crime de la ville de Québec du 19e siècle. J’ai raconté leurs aventures ici (partie 1, 2, 3 et 4) .

On sait peu de chose à propos de Charles Chambers. Où est-il né? Quand? Quel a été son parcours? On peut toujours lire Cambray ou les Révélations du crime par François-Réal Angers (1836), mais jusqu’à quel point peut-on faire confiance à ce récit?

Pour trouver des informations sur Charles Chambers, j’ai pris comme point de départ son frère, Robert Chambers, dont j’ai tracé brièvement la biographie ici. En retraçant des actes concernant Charles ou Robert Chambers, son frère , j’escomptais trouver des renseignements sur eux et leur famille. Voici le résultat de mes recherches.

D’abord, que sait-on à propos de Charles Chambers?

Registre d’écrou de la prison de Québec au 19e siècle. Charles Chambers, en 1836, est désigné comme étant d’origine ethnique canadienne,  âgé de 24 ans et  mesurant 5′ 10 ¾ »

-Article La Bande de Chambers par Pierre-Georges Roy, Les petites choses de notre histoire. Sixième série, 1919. Dans cet article, Pierre-Georges Roy cite Cambray ou les Révélations du crime par François-Réal Angers. Il mentionne que Chambers a épousé Julie Gagné, catholique de 17 ans, le 2 juillet 1834. Il a un frère, Robert Chambers, né le 17 mars 1809, admis au barreau en 1834. Robert Chambers  est décédé le 1er janvier 1886 à Québec. En 1835, lors de sa première arrestation, Chambers avait environ 30 ans.

Le roman d’Angers mentionne le père de Charles Chambers, sans le nommer. Il était probablement vivant vers 1835-1836. Chambers habitait le quartier Saint-Roch.

Charles Chambers serait donc né au Canada entre 1805 et 1812 environ.

Son frère  Robert Chambers a été enterré au Mount Cemetery de Sillery (Québec). On peut consulter en ligne des informations tirées du  registre d’inhumation de ce cimetière pour le 19e siècle. Sa fiche nous apprend qu’il est né à Hull et qu’évidemment, il était protestant.

On fouille les actes

Le Fonds Drouin est une ressource importantes pour les actes de baptême, mariage et d’inhumation canadiens.

Dans le registre du Montréal (Presbyterian Saint Gabriel) de 1809, on trouve un Patrick Robert Chambers. Voici une retranscription de l’acte.

Robert Chambers of Hull (le mot qui désigne son métier est difficile à lire) and Hannah Kelly his wife had a son born on the seventieth day of March & was baptized this nineteenth day of August one thousand eight hundred & nine named Patrick Robert in presence of those witnesses. Signé R Chambers et Chm White*

Les informations concordent avec ce que l’on sait déjà sur Robert Chambers.

En consultant les actes de la ville de Québec, on peut établir une liste (probablement incomplète, par contre) des enfants de Robert Chambers et de Hannah Kelly, outre Charles et Robert. Il y a donc:

Mary Ann née 16 novembre 1796 à Québec

Anne née 9 septembre 1799 à Québec. La profession de Robert est alors  surveyor of the land

Robert décédé 7 février 1803 à Québec (pas de date de naissance).

Edward né 9 février 1804 à Québec décédé dans cette même ville le 17 novembre 1810.

Ils ont tous été baptisés à la Holy Trinity Church de Québec.

Aussi, il y aurait Elizabeth, décédée le 26 février 1823 à Québec âgée de 17 ans. Robert Chambers est parmi les témoins qui signent. Elle serait née vers 1806.

Autre cas problématique. On retrouve dans l’acte de mariage le 21 novembre 1825 de Caroline Chambers et de Gaspard Garneau à Québec la signature de Robert Chambers. Quel est son lien de parenté? Habituellement, si je ne me trompe pas, c’est le père  ou un membre important de la famille qui signe l’acte de mariage… Il existe une Marie Caroline Chambers née le 23 octobre 1805 à Terrebonne, fille de Frédéric Chambers et de Marie Waghner. Frédéric Chambers est décédé à St-Roch, Québec, le 11 août 1844. Caroline a épousé Gaspard Garneau et est décédée le 26 mars 1853 à Québec.

Robert Chambers à Hull

Dans le livre Hull, 1800-1950, par Lucien Brault, on apprend p, 187, que le 27 août 1807, Robert Chambers ouvre la première classe de la région de Hull, dans la maison de Philemon Wright, fondateur de Hull. On sait qu’il a reçu son salaire jusqu’en juillet 1810. En  novembre, il est de retour à Québec où décède son fils Edward.

Robert  est né lors de cette parenthèse. Il n’a pas été baptisé à Hull, dont la colonisation en était à ses premiers balbutiements. Pour faire baptiser les enfants, il fallait aller ailleurs, à Montréal, par exemple. Je n’ai pas trouvé d’acte de naissance pour Charles, ni à Québec, ni à Montréal, pour la période 1805-1812, pour le moment. Où a-t-il bien pu être baptisé, s’il est né au cours de cette période?

D’autres traces de Robert Chambers

Dans les années 1820, un dénommé Robert Chambers appose sa signature sur deux actes de décès:

Dorothy, femme de Richard Chambers, âgée de 28 ans, décédée à Québec le 25 janvier1822.

Richard Chambers, décédé le  4 juin 1826 à Québec, âgé de 39 ans.

S’agit-il de Robert Chambers père? Quel est son lien de parenté avec Richard Chambers? Son frère? S’il s’agit du bon Robert Chambers, il aurait donc été  présent à Québec en 1822 et en 1826.

J’ignore quand est décédé le père de Robert et Charles Chambers.

Les recensements

Si on regarde du côté des recensements paroissiaux de la paroisse Notre-Dame de Québec, on retrouve le nom de Chambers à trois reprises: 1795, 1798 et 1805. Dans le registre des protestants de Québec, 1768-1786 (fonds Drouin), pour ce qui est des Chambers, il y a Anne, deux Charles, deux Elizabeth, Hariet, Mary Ann, Richard (stringer), Robert et Sarah. Mais il n’y a pas de Hannah Kelly (était-elle catholique?). Les dates ne concordent pas, mais le nom des enfants, oui. Dommage.

Julie Gagné et Charles Chambers

Charles Chambers a épousé Julie Gagné. Le contrat de mariage date du 2 juillet 1834.  Julie Gagné est la fille de Joseph Gagné, un boucher, décédé le 21 juin 1832 à Québec et de Charlotte Françoise Clavette. Le contrat n’indique pas de profession. Elle est désignée comme étant  »spinster » (demoiselle de bonne famille?).  La profession de Charles Chambers n’est pas indiquée. Il y est présenté comme étant célibataire et  »joiner » (fils de bonne famille?). [mise à jour] La signature du père de Chambers est un peu difficile à lire à cause de taches d’encre et de la qualité de l’image (problème rencontré souvent sur le site d’Ancestry…)

Julie Gagné est décédée le 1er mai 1836 à Québec. Son acte ne révèle pas la cause de son décès (et non, on en meure pas de chagrin, comme le veut la légende). Il indique par contre que le métier de Chambers était menuisier. Et qui signe l’acte de décès? Le futur célèbre prédicateur Charles Chiniquy! Le même Chiniquy qui prétendra des années plus tard avoir rencontré un membre de la bande à Chambers en Australie! [à classer dans la rubrique bobards]

Les Chambers de Eaton, des cousins?

Il existe un Charles Chambers qui a épousé le 22 octobre 1821 Martha Lebere et une Harriet Chambers unie à Henri Laberee le 26 février 1816. Les deux unions ont été célébrées à Eaton (aujourd’hui Compton). De plus, il y a une Hannah Kelly, veuve de Robert Chambers, qui est décédée au même endroit en 1852… Charles Chambers est décédé à Eaton le 29 avril 1866.

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Les chemins de la généalogie sont complexes, mais oh combien intéressants… Et Charles Chambers est toujours manquant. .. (deuxième partie de ce billet à lire ici)

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