Tu ne voleras point: l’histoire de John Hart (Québec, 10 novembre 1826)

Québec, au 19e siècle, était une ville où les criminels étaient très actifs. Tellement que plusieurs de ces voyous furent condamnés à être pendus haut et court, souvent pour des infractions qui nous paraissent aujourd’hui mineures, comme le vol d’un objet de faible valeur.

Un de ces voyous était John Hart.

L’armée ne réussit pas à tous…

John Hart naquit vers 1797 à Fredericton, Nouveau Brunswick, sixième d’une famille de dix. A l’âge de 10 ans, il s’enrôla dans le 104e régiment, où il demeura pendant 10 ans. Lorsque  son régiment fut dissout, il se joignit au 76e. Son passage dans ce régiment fut mouvementé. Il en fut expulsé  trois ans plus tard, à cause de son mauvais  caractère. Voyez-vous, il avait un peu trop tapé sur ses supérieurs, comportement évidemment déconseillé. Ses frasques lui valurent, outre l’expulsion, plusieurs coups de fouets (entre 600 et 700 selon cette source).

Restez loin des femmes de mauvaise vie, de l’alcool et du crime

Après son expulsion, John Hart tomba dans l’ivrognerie et la débauche. Ce mode de vie exigeant le força à trouver d’autres sources de revenus. Il dévoua donc ses temps libres à commettre plusieurs vols, 63 selon ses aveux. Vantardises? On ne le sait pas.

Au cours des années suivantes, il collectionna les peines en maison de correction. A une reprise, il fut condamné à 12 mois de maison de correction et à être brûlé dans la main pour avoir volé un poêle, son tuyau et autres babioles. Il a aussi une fois décidé d’administrer une correction à son ex-maîtresse Jane qui l’avait dépouillé de son argent. Notre homme était jaloux et mais  surtout, rancunier. Alors que la belle Jane était en compagnie d’un soldat, il  les frappa. L’arme: une oie! (Réf). Pensez-y lorsque vous passerez près de la  porte St-Jean, lieu du crime. Pour cet exploit inusité, il fut condamné à 10 jours de maison de correction.

Au marché, on fait de mauvaises rencontres

Estampe | Vue de la place du Marché et de l'église catholique, haute-ville, Québec, 1832 | M6981

Vue de la place du Marché et de l'église catholique, haute-ville, Québec, 1832 par Robert Auchmuty Sproule

Donc, John Hart sortit de la maison de correction pour une ixième fois. Evidemment, il trouva rapidement le moyen de s’attirer des ennuis. Un soir, au marché de la haute-ville, il croisa la route de monsieur Elliot. Ce dernier avait conversé abondamment avec Bacchus. Hart, n’écoutant que son bon coeur, aida le sieur Elliot à  se rendre chez monsieur English, où le dit Ellis résidait. Or, une fois arrivée à destination, Elliot accusa Hart de lui avoir dérobé son argent! Hart prit la fuite (il en avait l’habitude). Il ffut finalement arrêté au Neptune, une taverne. Hart fut condamné à six mois de prison et à être fouetté sur la place du marché entre 10 heures et midi, le 6 mai. Il devait être fouetté en compagnie d’Ambroise Provost, qui sera déporté quelques années plus tard en compagnie de Charles Chambers. Nicholas Mathieu, autre compagnon de déportation et complice de Chambers, allait être fouetté le 1er juillet suivant.

Tu ne voleras point… d’objets appartenant à l’Eglise!

Peu après, John Hart s’échappa en compagnie de trois détenus. Il fut repris deux jours plus tard  (Quebec Mercury, 21 janvier 1826). C’est en fouillant ces monsieurs que l’on retrouva plusieurs objets dérobés à la cathédrale catholique de Québec. Hart prétendit qu’il n’avait rien à voir dans tout cela, mais on l’expédia illico presto en prison.

Au terme des assises de septembre, il fut condamne pour vol sacrilège. Le vol sacrilège était un crime grave en regard de la loi de l’époque. John Hart reçut la sentence la plus déplaisante qui soit; il fut condamné à être pendu le 10 novembre 1826.

Conseils d’un condamné

Sur l’échafaud, le condamné adressa quelques mots à la foule. Il la mit en garde contre les conséquences d’une vie mouvementée comme la sienne. Aussi, il réitèra son innocence :

Plaise à Dieu que ma mort honteuse à laquelle vous me voyez entraîné par mes crimes, soit une leçon salutaire pour vous tous. C’est avec joie que je quitte une vie qui m’est devenue à charge, pour passer dans un meilleur monde; car je me flatte que par les mérites de notre sauveur; je serai bientôt dans le ciel. Je mérite à bon droit cette mort ignominieuse, en punition de mes crimes passés; mais je déclare ici en présence de vous tous, et devant un Dieu qui m’entend et qui va bientôt être mon juge, que je meurs innocent du crime pour lequel je vais souffrir.

Priez pour moi. Adieu.

Que Dieu ait pitié de mon âme. (Réf).

Vous pouvez lire une transcription de l’acte de décès ici (registre de l’Anglican Cathedral Holy Trinity Church de Québec).

Alors retenez la leçon! Et répétez après moi le septième commandement 😉

Bibliographie
Registres d’écrou des prisons de Québec au 19e siècle. Base de données de la BANQ

Québec Mercury, 1826.

Histoire de John Hart [microforme] : insigne voleur exécuté à Québec, le 10 novembre 1826, pour vole [sic] sacrilège dans l’église cathé drale catholique de Québec (1826) Adresse URL

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A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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3 commentaires pour Tu ne voleras point: l’histoire de John Hart (Québec, 10 novembre 1826)

  1. John Hart, en dépit de la sentence de pendaison qu’il a reçu, s’en est malgré tout tiré à bon compte puisque, quelques années plus tôt. en Europe, le vol d’objets de culte était puni de façon beaucoup plus sévère. On brisait tout d’abord tous les membres du supplicié avec une barre de fer et ensuite il était écorché vif sur la place publique (et je vous passe les détails que j’ai lu avec moult précisions dans le dernier roman de Ken Follet dans « Un monde sans fin » – la suite des « Pilliers de la Terre » mais qui est loin d’avoir l’ampleur du premier)

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  2. histoire_qc dit :

    Ouch! J’arrive très bien à imaginer ce qu’ils pouvaient faire.

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  3. James McKnight dit :

    Même au début du 19e siècle il était rare que quelqu’un trouvé coupable d’un crime autre que meurtre, viol ou haute-trahison reçoive la peine capitale. Dans le cas présent il est probable que les autorités judiciaires de Québec en avaient plein leur ‘casque’ des frasques de Mr Hart et décidé d’en finir avec lui une fois pour toutes. Peu de temps après la déportation à vie remplaça la peine de mort pour les récidivistes impénitents convaincus de crimes autres que meurtre et viol. Ce fut ce qui arriva à Charles Chambers qui fut déporté en Australie quelques années plus tard. Chambers, chef d’une bande de brigands qui terrorisaient la ville de Québec dans les années 1820-1830, avait pourtant été trouvé coupable de crimes plus crapuleux que ceux de Hart.

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