Un incendie dévastateur au Saguenay-Lac-Saint-Jean, 19 mai 1870

Feu au Saguenay – On nous informe que plusieurs grands incendies ont éclaté dans les bois du comté du Saguenay, le long de la rivière. Dans Saint-Alphonse, grands nombres d’habitants ont perdu leurs granges avec tout leur contenu. Il y a eu aussi une vingtaine de maisons de brûlées. Le quai de St. Alphonse a été détruit par les flammes ainsi que l’hôtel de la Baie des Ha! Ha! Il n’y avait pas d’assurances. On évalue à 50 000$ les pertes causées par l’incendie.

Extrait du journal Le Canadien,  25 mai 1870, p.3

A ce  moment-ci, on ne saisit visiblement pas toute l’ampleur de la catastrophe. Il faut attendre la prochaine édition du Canadien pour avoir un portrait plus juste de ce qui s’est passé.

Le tout débute le 18 mai 1870. Des colons qui habitent à la Rivière de l’Ours (auj. Saint-Félicien) font un feu d’abattis. Le printemps a été sec dans la région et on vient de connaître trois journées très chaudes.  Le vent se lève et un incendie se déclare, un incendie comme il y en a tant à l’époque. Or, la nuit suivante, il y a un orage.  Une partie de l’incendie est éteint, mais  les vents forts se remettent de la partie durant l’avant-midi du 19. Durant les heures qui suivent, le brasier s’étend de Saint-Félicien à Grande-Baie.

Les gens trouvent refuge où ils le peuvent:

On n’avait évidemment qu’une pensée : l’eau.  Les lacs, les rivières, les marécages, les puits, quand ce n’était pas le fumier humide ou la purée nauséabonde des patates gâtées dans le fond des caves.  Avec quelques effets que les femmes avaient pu emporter dans leurs tabliers, les familles s’étaient réfugiées au bord de l’eau.  Là on s’arrosait, on s’enveloppait d’étoffes trempées, on se plongeait, agrippés à des épaves ou à des broussailles. D’autres se réfugiaient dans les caveaux à patates, au fond des coulées ou en des lieux déserts.  Un tel se passait la tête dans une chaudière pour pouvoir respirer, une autre y laissait son chignon, un troisième y perdait la moitié de sa barbe.  Avec leur piété instinctive, la plupart se défendaient avec des croix clouées sur les murs extérieurs, piquées en terre, serrées sur leurs poitrines ou encore avec des statuettes, des images, des scapulaires. (réf)

Canadian Illustrated News, 25 juin 1870

Canadian Illustrated News, 25 juin 1870

Il y aurait eu sept victimes dont José Fortin, Tommie Fortin (fils du précédent), Alexandre Morin, Narcisse Morin et Wilfrid Lavoie. Une source parle aussi de quatre familles d’Amérindiens qui auraient péri (réf). Plusieurs personnes souffrent de brûlures. Environ 4500 personnes ont tout perdu: maisons, nourriture, réserve de bois et animaux. Des ponts sont détruits. Deux églises ont brûlées, dont celle de Chambord.

Parmi ceux qui ont réussi à sauver leur famille, il y a Xavier Desharnais. Sa femme avait accouché le matin du 19 mai. Lorsque le feu s’est déclaré, il a pris femme et enfant, les a enveloppé dans une couverture et les a transporté jusqu’à un marécage où ils ont passé la nuit. Vous pouvez lire d’autres témoignages sur cette triste journée ici.

Les habitants de Chicoutimi aidèrent les sinistrés en leur envoyant des vivres et des vêtements.

Le Ministère de l’agriculture et des Travaux publics mandata Pierre-Claude Boucher de La Bruère pour aller constater l’ampleur des dégâts. Il participa à l’organisation des secours.

L’archevêque de Québec, Charles-François Baillargeon, par une circulaire, demanda aux curés d’inciter leurs paroissiens à faire des dons de nourriture, de vêtements et d’argent pour aider les sinistrés du Saguenay. Vous pouvez lire cet appel ici.

David et William Price, industriels du bois, donnèrent argent, vivres et bois. Il y a eu des collecte de grains de semence et de provisions en Côte-du-Sud et dans Charlevoix, d’où étaient originaires les colons (la colonisation avait débuté à la fin des années 1830). Les exemples d’entraide et de générosité se multiplièrent. En tout, 45 000$ en argent et 80 000$ en vivres furent récoltés au Québec, en Ontario et aux Etats-Unis pour le Saguenay. (réf)

Photograph | Hebertville, Lake St. John, QC, about 1903 | VIEW-3550

Hébertville en 1903. 50 familles d’Hébertville perdirent tout lors de l’incendie de 1870 et 28 autres perdirent soit des granges, des maisons ou des étables.

Et la reconstruction put débuter, non sans obstacles. On manquait de tout, mais les colons persévèrent. Et le Saguenay put continuer son développement.

Bibliographie

Anonyme. [en ligne] Le Grand Feu à Roberval, tiré de Histoire de Roberval. [Page consultée le 1er janvier 2011 et n’est plus en ligne]

Le Canadien, 25 mai et 27 mai 1870.

BLANCHET, Patrick. « 1870 : le grand feu du Lac-Saint-Jean ». Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, n° 82, 2005, p. 26-30

TREMBLAY, Victor. Histoire du Saguenay depuis les origines jusqu’à 1870. La société historique du Saguenay, no 21, 1968 (nouvelle édition), 476 pages. Adresse URL

Billets reliés
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Bibliothèque numérique: Les classiques des sciences sociales de l’Université du Québec à Chicoutimi

Histoire de la villégiature et du tourisme au Québec

Les chroniques d’histoire locale et régionale dans les journaux québécois

A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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