Comment punissait-on les gens coupables de haute trahison au 18e siècle? Voici l’histoire de David McLane

Les chefs d’accusation

David McLane, en ce 7 juillet 1797, aurait certainement voulu être ailleurs qu’à Québec. Il est accusé d’un crime grave, celui de haute trahison, car il aurait conspiré contre la vie du roi Georges III et aurait rejoint ses ennemis. Ces accusations ont été divisées en 14 chefs, qui sont les mêmes pour les deux accusations et que voici.

  1. Que le prisonnier, fit le projet, avec diverses personnes inconnues, de solliciter les ennemis du Roi, d’envahir la Province;
  2. Qu’il sollicita les ennemis du Roi d’envahir la Province;
  3. Qu’il conspira avec les ennemis du Roi à exciter une rébellion dans la Province ;
  4. Qu’il conspira avec diverses personnes inconnues à aider et à assister, et à séduire les sujets du Roi pour aider et assister les ennemis dans une invasion de la Province;
  5. Qu’il excita et sollicita divers sujets du Roi à se joindre dans la rébellion préméditée, et à assister les ennemis dans une invasion de la Province;
  6. Qu’il excita et sollicita diverses personnes (n’étant point sujets) à élever une guerre contre le Roi dans la Province, et à assister l’ennemi dans l’invasion projetée;
  7. Qu’à cet effet il engagea réellement plusieurs personnes;
  8. Qu’il fit le projet, avec d’autres, d’introduire des armes et munitions dans la Province;
  9. Qu’il prit des connaissances sur la disposition des sujets du Roi envers le gouvernement, dans l’intention d’en informer l’ennemi;
  10. Qu’il prit connaissance de la force de Montréal, et des moyens par lesquels cette ville pourrait être investie par l’ennemi, dans l’intention de le communiquer aux ennemis;
  11. Qu’ayant les informations et les connaissances mentionnées dans les deux derniers Actes ouverts ci-dessus,  il laissa la Province, afin d’en faire part à l’ennemi;
  12. Qu’il rentra dans la Province, clandestinement sous le nom feint de Jacob Felt;
  13. Qu’il fit le projet de prendre par surprise les fortifications et la garnison de la cité de Québec; de faire massacrer inhumainement les sujets du Roi, et de livrer la ville entre les mains de l’ennemi: et;
  14. Que dans ces vues et intentions il entra dans la cité de Québec, le 10 de Mai dernier.

Qui est David McLane?

David McLane est né aux États-Unis ou en Écosse vers 1767. Il a été marchand à Providence, Rhode Island, mais a fait faillite. Au moment de son arrestation, il est marié et père d’un moins une fille. Il a fait plusieurs allez-retour entre la province de Québec et son pays vers 1796-1797. Il est arrêté à Québec le 10 mai 1797 chez John Black, celui-là même qui l’a dénoncé aux autorités.

Le procès

Pierre-Auguste Adet. Ambassadeur de la France aux États-Unis 1795-1797. Présumé contact de McLane. Source: Wikipédia

La Couronne présente six témoins:  William Barnard, Elmer Cushing, François Chandonet, Thomas Butterfield, Charles Frichette et John Black. McClane aurait tenté de les inciter à prendre part à une révolte contre le gouvernement de la province de Québec. Ils témoignent de propos incriminants tenus par McLane à Montréal, au Vermont et à d’autres endroits. Elmer Cushing rapporte que le  »Prisonnier l’informa qu’il était employé par Mr. Adet le ministre François à Philadelphie, pour seconder le projet d’envahir le Canada au printemps, avec une flotte et une armée do 10,000 hommes » (réf). Québec et Montréal étaient visés. Cushing affirme aussi avoir vu un papier appartenant à McLane portant la signature du ministre français et qu’en cas de réussite, McLane aurait été nommé gouverneur de Montréal.

McLane aurait confié à François Chandonet son intention d’introduire dans la province suffisamment d’armes et de munition pour la révolte. Et il aurait aussi dit à John Black qu’il avait l’intention de mettre du laudanum dans la liqueur des troupes de la garnison de Québec. Rien de moins! McLane a prétendu à plusieurs reprises s’appeler Jacob Felt.

Pour sa défense, McLane explique ses allées et venues au Canada par des occasions de commerce en partenariat avec son frère et pour fuir ses créanciers [ce qui explique l’alias Jacob Felt]. Pour ce qui est de ses liens avec le ministre Adet, il raconte une histoire d’héritage laissé par son beau-frère en France. Il a bel et bien posé une question au témoin Frichette à propos d’un possible soulèvement des Canadiens, mais cette question était purement d’intérêt économique, car une révolte aurait nuit à ses visées commerciales.

L’avocat assigné à McLane, Mr Pyke, (l’autre est Mr. Franklin) avoua lui-même être inexpérimenté en matière judiciaire.

Une sentence qui fait frémir

Le jury ne délibéra pas pendant longtemps et rendit son verdict: coupable!

La sentence était évidemment la mort. Mais une mort atroce.

 »Que vous David McLane, soyez conduit au lieu d’où vous êtes venu, et de là vous serez trainé à la place d’exécution où vous devez être pendu par le col, mais non jusqu’à ce que mort s’ensuive; car vous devez être ouvert en vie, et vos entrailles seront arrachées et brûlées sous vos yeux; alors votre tête sera séparée de votre corps, qui doit être divisé en quatre parties; et votre tête ainsi  que vos membres seront à la disposition du Roi. Que le seigneur ait pitié de votre Ame.

L’exécution

Impression | Sur les glacis, Québec | M984.306.1379

Sur les glacis, Québec, 1880.

Le jour venu, son exécution eu lieu en haut  de la Côte à Cotton. (réf) McClane, habillé en blanc et coiffé d’un bonnet de même couleur, adressa quelques mots à la foule, recommandant son âme à Dieu. Deux heures plus tard, la sentence était entièrement exécutée sur le corps sans vie de McLane.

Le cadavre fut abandonné sur place, mais le soir, quatre citoyens, messieurs Chaloup, Lalilberté, Gauvreau et Barbeau enterrèrent le cadavre près de l’endroit où il avait été abandonné. En 1825, une fille de McLane serait venue à Québec réclamer une sépulture plus appropriée pour son père. Le corps était enterré à l’extrémité est de la rue Richelieu, près des glacis, entre la cour des Soeurs de la Charité et l’angle nord de l’école des frères.(réf)

A ce qu’il parait, on peut voir son fantôme, près du Musée de la Civilisation.

Bibliographie

Claude Galarneau, Dictionnaire biographique du Canada, 1771-1800 (Volume IV), McLane, David. Article en ligne

The trial of David McLane for high treason [microform] : at the city of Quebec, in the province of Lower-Canada, on Friday, the seventh day of July, A.D., 1797 (1797) imprimé par V. Vondenvelden, 136 pages.

Le procès de David McLane pour haute trahison [microforme] : devant une cour spéciale d’oyer et terminer à Québec, le 7me juillet, 1797 imprimé par J. Neilson à Québec (1797) http://www.archive.org/details/cihm_36952

Billets reliés

Le vinum colchici est dangereux pour la santé (Tabb’s Yard, Montréal, 1873)

Tu ne voleras point: l’histoire de John Hart (Québec, 10 novembre 1826)

Ann Wiley, bourreau (1775, Détroit)

Augustin Kennedy, déporté en 1826 aux Bermudes

 

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A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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3 commentaires pour Comment punissait-on les gens coupables de haute trahison au 18e siècle? Voici l’histoire de David McLane

  1. Bonjour Vicky, Félicitations pour ce blogue, particulièrement bien fait ! Content que tu m’en aies informé par l’entremise de Facebook.

    Concernant l’histoire de David McLane, il existe une source très importante: le récit d’Elmer Cushing, l’un des principaux témoins de l’affaire. Cushing publia en effet, en 1826, un témoignage intitulé : « An appeal, addressed to a candid public and to the feelings of those whose upright sentiments and discerning minds, enable them to  » Weigh it in the balance of the sanctuary »(1).

    L’ouvrage se présente comme une justification de son rôle de dénonciateur dans cette affaire, qui lui valut durant plusieurs années d’être ostracisé par les immigrants Américains au Canada, en particulier dans les Cantons-de-l’Est. Il essaya de publier son livre pendant longtemps, auprès de plusieurs imprimeurs, qui finirent par refuser de se compromettre avec Cushing.

    Son ouvrage fut finalement publié sur les presses de Silas Horton Dickerson, à Stanstead en 1826. (Dickerson était l’éditeur du premier journal de Cantons-de-l’Est, le « British Colonist and St. Francis Gazette », qui parut de 1823 jusqu’en 1834; il fut également le premier imprimeur à s’installer en Estrie). Le livre de Cushing raconte également ses approches infructueuses auprès des imprimeurs, jusqu’à ce que Dickerson consente enfin à produire l’ouvrage — témoignant en cela de la mauvaise posture dans laquelle sa dénonciation de David McLane l’avait placé auprès de ses compatriotes. En récompense de son témoignage au tribunal, on accorda à Cushing le comté de Shipton dans les Cantons-de-l’Est, ce qui explique sans doute pourquoi il fit appel à Silas Dickerson à Stanstead pour l’impression de « An Appeal… ».

    Le livre d’Elmer Cushing est disponible en ligne à l’adresse suivante:
    http://ia700400.us.archive.org/30/items/cihm_21197/cihm_21197.pdf

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  2. histoire_qc dit :

    Bonjour monsieur Rastoul! Je ne connaissais pas l’existence de cette publication, merci de me l’avoir signalé.

    Vicky Lapointe

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  3. Mark Thorburn dit :

    In case you are interested in learning more about David McLane, I wrote my Master’s thesis about him in 1993 which attending Portland State University in Portland, Oregon. At copy of the thesis is available at the Portland State University Library. Also, I’ve done some more research on McLane since then and hope, someday, to put everything together and put it all in a book.

    Cheers,

    Mark Thorburn

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