Explosion au Parlement [Québec, 11 octobre 1884]

Photographie | Vue de la ville de Québec depuis l'escalier de la Citadelle, QC, vers 1884 | VIEW-1465
Vue de la ville de Québec depuis l'escalier de la Citadelle, QC, vers 1884

Dans ce cas-ci, on ne parle pas de députés qui se chamaillent, mais d’une explosion bien réelle…

Dans le Canadien du 13e octobre 1884, on lisait ceci:

LA DYNAMITE A QUEBEC
EXPLOSION DU PARLEMENT

DOMMAGES CONSIDERABLES

TERRIBLE PANIQUE

Il ne manquait plus à Québec, pour le signaler à l’attention universelle, qu’une explosion de dynamite, et c’est précisément ce que nous avons eu aujourd’hui.

A l’heure qu’il est, de partout le globe, on sait, grâce aux communications télégraphiques, que le Parlement de Québec, qui n’est même pas terminé, à été l’objet de la malveillance de dynamiteux.

Cet événement, aussi impromptu que terrible, est arrivé à une heure moins un quart, alors que les nombreux ouvriers employés   aux édifices parlementaires s’en allaient, après avoir dîné sur le pouce, reprendre leurs travaux.

Une terrible détonation s’est soudain fait entendre et a été répétée jusque dans la gorge des Laurentides. Cela ressemblait ni à la foudre ni à un coup de canon, et cependant on entendait dire à quelques personnes que c’était l’annonce du départ du transatlantique.

L’incertitude n’a pas été d’une longue durée, car comme l’éclair la nouvelle s’est aussitôt répandue dans la ville que le parlement venait de sauter.

Un instant après, une foule immense, anxieuse de connaître les détails de la catastrophe, stationnait en face des édifices parlementaires, sur la pelouse qui s’étend devant la partie en construction.

Des pierres de toutes les grosseurs jonchaient le sol il y en avait une qui pesait pas moins de 200 livres et qui portait des traces non équivoques de dynamite.

Au deuxième étage de la façade de l’édifice, la dernière fenêtre au sud et contiguë aux bâtisses départementales, n’existait plus. La pierre était enlevée autour sur une largeur de deux pieds. De plus, le mur était lézardé et disjoint en tout sens.

En pénétrant à l’intérieur de l’édifice, on était frappé des dégâts qu’avaient causé l’explosion.

En effet, chacun a pu voir et peut encore voir que dans les bureaux, les portes de quelques secrétaires ont été brisées et que la plupart des vitres sont cassées. Partout, le parquet est jonché de débris.

En sortant dans la cour intérieure, on demeure terrifié en voyant  tout autour des bâtisses les vitres brisées et jusqu’aux châssis enfoncés et flottant dans le vide.

Enfin, dommage énorme, le mur d’arrière opposé à la façade où l’explosion a eu lieu, est repoussé d’environ trois pouces sur une  certaine étendue, et tous deux devront être démolis et reconstruits.

Les dommages doivent s’élever par conséquent à une  quinzaine de mille piastres.

Voici maintenant ce qui a été possible d’apprendre jusqu’ici sur les causes de cette terrible catastrophe, qui aurait certainement eu des conséquences lamentables si elle fût arrivée une demi-heure plus tard, alors que tous les ouvriers sont au travail.

Ce matin, un ouvrier du nom de Petit travaillait au deuxième étage du parlement, lorsqu’il aperçut sur le plancher une petite valise qui lui paru assez singulier de trouver en cet endroit mais dont il ne s’occupe pas autrement que pour la placer plus loin, parce qu’elle lui nuisait.

Nous croyons cependant qu’il la fit voir à un de ses compagnons nommé Parent.

On comprend que cette espèce de valise n’était ni plus ni moins qu’une machine infernale qui devait faire exploser à heure fixe.

Par qui cet engin destructeur a-t-il été déposé là? Mystère?

M. Charlebois a travaillé à son bureau, hier soir, avec ses employés, jusqu’à onze  heures, et il n’a rien vu de suspect.

Dans la soirée, M. Lefebvre, comptable chez MM Beaudet & Chinic, a vu sortir des nouvelles bâtisses quatre individus.

Un ouvrier qui se trouvait sur le toit du parlement au moment de l’explosion, a été lancé sur la gouttière des édifices départementaux où il a eu le bonheur de se cramponner.

Un menuisier nommé Elzéar Martel a reçu au cou une pierre grosse d’un demi pouce qui a pénétré dans les chairs et qu’à extraite le Dr Jackson. La blessure n’est pas dangereuse.

M. Charlebois lui-même a failli y passer.  Au moment de l’explosion, il écrivait à son bureau, le dos tourné à la fenêtre.

Celle-ci a été enfoncée par une pierre et les débris ont été projetés dans toutes les directions.

Les dégâts ne se sont pas bornés au parlement, où les murs intérieurs sont tous démantelés. Les vitres ont été brisées jusque dans la rue Lachevrotière et dans tout le voisinage immédiat des édifices parlementaires.

Inutile de dire que cette catastrophe extraordinaire a mis toute la population sur pied.

Photographie | Édifices du Parlement, Québec, QC, vers 1890 | VIEW-2343.A
Édifices du Parlement, Québec, QC, vers 1890

Mais ce n’est pas tout..

SECONDE EXPLOSION

NOUVEAUX DOMMAGES

A peine notre population affolée était-elle revenue de ses émotions qu’une seconde détonation se faisait entendre. Il était trois heures moins le quart, juste deux heures après la première explosion.

Notre reporter se rendit de suite sur les lieux et constata qu’une nouvelle cartouche de dynamite placée au second étage, au coin nord de la même façade venait de causer des dégâts considérables. Un immense bloc de pierres de taille, qui forme partie de la base de l’édifice a été sortie du mur qui reste chancelant.

En quelques minutes, il y avait foule sur le terrain et les bruits les plus sinistres étaient mis en circulation. Partout dans les groupes, on nous assurait qu’une dizaine d’hommes avaient été ensevelis sous des décombres provenant de la chute du mur de revêtement. Il n’en était rien heureusement.

Tout cette partie du mur est tellement brisée qu’elle devra nécessairement être démolie sans retard.

Le juge Chauveau était sur le théâtre du désastre au moment où nous le quittions.

On s’attend de minutes en minutes à une nouvelle explosion plus désastreuses que les deux premières. Un cordon d’hommes de police maintient les spectateurs à distance.

Des soldats et des ouvriers ont ensuite inspecté la bâtisse et n’ont rien trouvé.

Une récompense de 500$ était offerte à toute personne pouvant fournir des renseignements menant à l’arrestation des responsables de l’explosion.

Avis publié dans Le Canadien, 14 octobre 1884

Le lendemain, Le Canadien nous livre le témoignage d’une femme qui raconte qu’elle suspecte quatre de ses pensionnaires d’être impliqués dans l’affaire (voir page 1).

Selon le site web de l’Assemblée nationale du Québec:

 D’innombrables rumeurs courent sur l’identité des auteurs de l’attentat. Une enquête est menée, mais elle est abandonnée quelques mois plus tard, faute de piste. (Réf.)

Billets reliés

Québec en 1870 par le photographe Louis-Prudent Vallée (1837-1905)

Le domaine Spencer Wood (auj. Bois de Coulonge), Québec

Photographies de Québec (1886-1910) par Frederick C. Würtele

Histoire parlementaire du Québec

Évasion à la Citadelle de Québec, 16 octobre 1838

10 réflexions sur “Explosion au Parlement [Québec, 11 octobre 1884]

  1. Pierre Lagacé

    Very mysterious indeed my dear Watson…

    Excellent billet ce matin…

    Que dis-je!
    C’est toujours excellent.

    Moi les mystères ça m’intrigue toujours.
    Quel était donc le but visé par cet attentat?
    Sûrement pas un tour d’initiation d’étudiants de Laval.

    C’est quand même une histoire qui devrait avoir une histoire et passer à l’histoire.
    Ça ferait un beau roman ou du moins passer à Denis Lévesque.

    Merci de partager Vicky.

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  2. Pierre Lagacé

    Je vous lis tous les jours, du moins lorsque vous nous écrivez.

    Je veux partager ce billet avec vos lecteurs qui peuvent lire l’anglais.

    http://steanne.wordpress.com/2012/01/27/carl-robitailles-reply-to-heres-jerry/

    Un descendant de cet homme a retrouvé son ancêtre sur mon blogue Our Ancestors.
    Son arrière-arrière-grand-père Jerry Robitaille (Robetoye) a été cavalier dans l’armée américaine durant la guerre civile.

    Il partage avec moi.

    Nous ne sommes pas les seuls à partager la même passion pour l’histoire et nos racines.

    Pierre

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  3. Pierre Lagacé

    Vraiment bizarre que la suite de cette enquête.
    Je viens de lire le témoignage de la dame.
    Il faut quand même le faire et laisser une enquête d’une telle importance ne rien donner.

    Trouver le motif et vous trouverez les coupables.
    Pourquoi des Américains iraient faire sauter le Parlement?
    Représailles des Fenians?
    On voulait se venger de quoi?
    On prenait de gros risques en menant une telle opération.
    On avait prémédité le coup, c’est sûr et certain.

    Vraiment bizarre?
    J’ai hâte de lire le livre.

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  4. Pierre Lagacé

    Je trouve l’épilogue drôle…

    L’Assemblée législative siégera ensuite pendant quelques mois au Salon rouge (actuelle salle du Conseil législatif alors que celui-ci siège toujours à la bibliothèque) en 1885 avant que l’édifice soit finalement livré en 1886. Les premières rencontres dans les Salons actuels ont lieu le 8 avril 1886, avant la fin de la construction de la tour centrale. Le projet final de Charlebois aura finalement coûté 1 million de dollars à l’État québécois. Coûtant près de trois fois le prix estimé au départ et provoquant ainsi la colère de certains journalistes et observateurs, le gouvernement a décidé de restreindre ses projets de grandes célébrations prévues pour l’ouverture du bâtiment.

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  5. Thank you very much! 🙂 Il y a une Australienne qui m’a écrit une fois à propos de son ancêtre, qui avait été déportée en Australie, un dénommé Joseph Dolleur. Elle avait vu que je le mentionnais sur mon blogue. C’est toujours plaisant de voir qu’en publiant sur le web, on peut aider quelqu’un à trouver plus d’informations sur ses ancêtres ou sur un événement marquant.

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  6. Pierre Lagacé

    En lisant l’article, on peut découvrir des motifs…
    Selon moi, on a enterré l’affaire.

    On devrait ouvrir une commission d’enquête.

    Bon, je vous laisse tranquille avec mes commentaires.

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