Le tremblement de terre du 20 octobre 1870

Le 20 octobre 1870, il y eut un tremblement de terre d’une magnitude de 6,5 sur l’échelle de Richter et dont l’épicentre était situé près de Baie-Saint-Paul.

Dans le Canadien, journal publié à Québec, édition du 21 octobre 1870, on pouvait lire:

TREMBLEMENT DE TERRE

Hier, à 11 heures 25 minutes, l’alarme a été jetés [sic] dans  toutes les parties de la ville, par un tremblement de terre tellement violent que les bâtisses même les plus solides menaçaient de s’écrouler. Le mouvement d’oscillation paraissait être du Nord-Ouest au Sud-Est et créait sous les pieds un déplacement assez considérable pour faire chanceler. Tous s’accordent à dire que ce tremblement de terre qui a duré de 40 à 50 secondes, est le plus violent qui se soit fait sentir, depuis nombre d’années, en ce pays.

Dans toutes les parties de la ville, on voyait les gens en proie à la plus grande panique, sortir de leurs demeures, de leurs bureaux, et rechercher en toute hâte les lieux ouverts, où il n’y eut rien à craindre de la chute des murs.

C’est surtout dans les établissements où se trouvaient réunies un grand nombre de personnes, comme par exemple, au palais de justice, dans les manufactures, et les maisons d’éducation, que la confusion a été à son comble par suite de la terreur et de l’empressement que  chacun mettait à fuir le danger.

Si cet événement fut arrivé durant la nuit, il n’y a pas de doute que la panique, augmentée encore par les ténèbres, aurait pris des proportions qui auraient pu causer de graves accident.

Photographie | Vue de la Terrasse Durham depuis la rue Champlain, Québec, QC, 1870-1875 | MP-1976.6.10

Vue de la Terrasse Durham depuis la rue Champlain, Québec, QC, 1870-1875

De même, si ce tremblement de terre eut eu [sic] lieu mardi, pendant que la cathédrale était encombrée à l’extrême par la foule de fidèles qui se pressaient pour rendre leurs derniers hommages et leurs derniers respects à la mémoire de Mgr l’Archevêque de Québec, quels résultats affreux la panique n’aurait-elle pas causée!

Heureusement, à part un certain nombre de cheminées démolies dans quelques parties de la ville, et quelques femmes évanouies, il n’y a pas eut d’accident bien fâcheux et tout le monde en a été quitte pour la peur.

Voici, cependant, un rapport des principaux dommages causés:

Dans la rue Desfossés, St. Roch, la moitié de la cheminée de la maison occupée par M. Huot, marchand de grain, est tombée dans la rue, et un certain nombre de pierres en tombant sur la toiture, ajoutaient encore au bruit produit par le tremblement et à l’effroi  des occupants.

Plusieurs murs ont été fortement ébranlés dans la même rue et menacent de s’écrouler.

La maison occupée par M. Davis, même rue, a aussi eu sa cheminée à moitié renversée.

Chez M. Davidson, une grosse pierre s’est détachée de la cheminée et est tombée à quelques pouces  d’un cheval qu’elle aurait infailliblement tué, si elle l’avait atteint.

La même chose est arrivée chez M. Crémazie, librairie, rue Buade, où une pierre d’une grosse dimension, est tombée dans la rue.

La cheminée de la résidence de M. George Lemelin, encoignure des rues St. Dominique et St. Joseph, St. Roch, a été fendue du haut  en bas.

La cheminée de M. Vézina, épicier, et celle de M. Boily ont aussi souffert quelques dommages.

Photographie, diapositive sur verre | La ville de Québec depuis les Glacis, QC, vers 1870 | MP-0000.25.294

La ville de Québec depuis les Glacis, QC, vers 1870

Une ouvrière employée à la manufacture de MM. Woodley, a dans sa folle terreur sauté par une fenêtre.

Un pensionnaire de l’hôtel St. Louis s’est aussi laissé choir d’une fenêtre du 2me étages [sic]. La  frayeur, sans doute, lui avait donné des ailes, car il ne s’est fait aucun mal.

Les élèves de diverses écoles de la cité, affolés par la terreur, se sont enfuis de leurs classes en pleurant, et criant, courant en toute hâte chez leurs parents.

Les soldats de la citadelle ne se sont pas montrés plus braves que les autres en cette circonstance. Ils sont sortis de leurs casernes en toute hâte. Ils s’attendaient à voir une partie de la maçonnerie des fortifications qui donne sur le fleuve, s’écrouler avec grand fracas, en bas du cap. La sentinelle placée à la poudrière sur l’Esplanade, s’est enfuie, croyant à une explosion.

Les plats-fonds de neuf appartements se sont écroulés, à l’Hôpital de la Marine, causant un dommage de $250.

Différents télégrammes, reçus hier, dans le cours de l’après-midi, établissent que ce tremblement de terre s’est fait sentir sur une grande étendue, et partout, à la même heure,  avec une égale violence.

Photographie | L'escalier casse-cou, Québec, QC, vers 1870 | MP-0000.321.2

L’escalier casse-cou, Québec, QC, vers 1870

Ces dépêches mandent qu’il s’est fait sentir, à Montréal, aux Trois-Rivières, à la Rivière du Loup (d’en bas,) à Berthier, à Sorel, à St. Jean à Rouses Point, à Boston, à l’Orignal, à Sherbroke (sic), au Coteau Landing, à St. André, à Ste. Catherine, à Richmond, à New York,  à Shenectady, N. Y.,  Troy, etc.

Il n’y a eu aucun choc à Ottawa. La main qui a dirigé cet événement a cru, sans doute, qu’il ne fallait pas troubler nos ministres et agent d’émigration, qui sont en pleine délibération en ce moment, dans la capitale fédérale.

Le choc n’a pas été senti non plus à Albany.

Un de nos correspondants, nous écrivant de Plessisville, nous informe que le tremblement de terre a commencé là à 11.30 AM temps de Montréal, et qu’il s’y est fait sentir 1. minutes 50 secondes.

L’Evenement, comme toujours, a parlé de cet accident avec un ton de légèreté impardonnable.

 »Depuis l’église de St. Roch jusqu’au Parc, dit-il, il n’y a presque pas de cheminées qui soient restées debout ».

Il a de plus jeté l’alarme dans l’esprit de bien des personnes qui ont été toute la nuit sur l’alerte.

 »Des géologues distingués, dit-il encore, avaient prédit ce tremblement de terre.

 »De leur avis, il y aura probablement une autre secousse, cette nuit ou demain. »

Il est permis d’être léger, et de tourner au vent des événements, mais pas au point d’en imposer ainsi à la crédulité des gens et de les effrayer ainsi.

Bibliographie

Ressources naturelles du Canada [en ligne] Le séisme de Charlevoix du 20 octobre 1870 [Page consultée le 11 février 2012] Adresse URL

Sécurité publique du Canada [n’est plus en ligne] Tremblements de terre importants des XIXe et XXe siècles [Page consultée le 11 février 2012]

Billets reliés

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Explosion au Parlement [Québec, 11 octobre 1884]

Une bombe nucléaire larguée dans le Saint-Laurent (St-André de Kamouraska, 10 novembre 1950)

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A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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4 commentaires pour Le tremblement de terre du 20 octobre 1870

  1. J’ai bien aimé…

    Ceci m’a fait sourire…

    Heureusement, à part un certain nombre de cheminées démolies dans quelques parties de la ville, et quelques femmes évanouies,

    Merci Vicky de nous faire découvrir des pans de notre petite histoire.

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  2. nuage1962 dit :

    C’était quand meme un fort tremblement de terre … encore chanceux qu,il n’y a pas eu plus de dégats ..

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  3. @nuage1962 C’est l’un des plus forts que l’on ait eu au Canada depuis que les données sont comptabilisées. C’est le plus fort ressenti au XIXe siècle. Et aucun mort d’après ce que j’ai lu jusqu’ici.
    @Pierre Les dames ne prenaient pas assez de vin St-Michel, pilules rouges et autres remèdes miracles

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