Le tremblement de terre de San Francisco [18 avril 1906]

Le 18 avril 1906 avait lieu le grand tremblement de terre de San Francisco. D’une magnitude d’environ 8.2 sur l’échelle de Richter, il a fait plus de 3000 morts (réf.). Cette catastrophe a été relatée dans plusieurs articles de journaux d’ici, La Patrie ne faisant pas exception.

J’ai sélectionné quelques bribes d’articles publiés par La Patrie qui portent sur les canadiens-français qui étaient là lors de l’évènement.

Vue panoramique de San Francisco en 1906 après le tremblement de terre. Source. Wikipédia et National Archives and Records Administration

20 avril

Personnel
Parmi les Canadiens qui demeurent à San Francisco, mentionnons le Dr. Marquis et M. A. M. Bergevin. M. Bergevin est l’un des officiers du Bohemian Club, le club le plus fashionable de l’endroit. M. Bergevin logeait depuis une couple d’années au Palace Hotel avec sa femme et son enfant.

[…] Il y a une quinzaine de jours, il donnait de ses nouvelles au rédacteur de La Patrie. M. Bergevin était-il de retour à San Francisco hier? Nous l’ignorons. Il a été impossible de communiquer avec lui par télégraphe.

M. Pierre Bergevin, commerçant de bois, frère de M. Chs. Bergevin, de Québec, M. Hercule McKercher de Lanoraie, etc habitant San Francisco depuis un grand nombre d’années.

24 avril

UNE VICTIME DE LA CATASTROPHE

M. Arthur Poulin, établit depuis 20 ans à San Francisco a perdu ce qu’il possédait

LA VIE SAUVE

Sa maison est au nombre de celles qu’on a fait sauter avec de la dynamite

La Patrie, 24 avril 1906

M. et Madame P. Poulin, viennent de recevoir une dépêche de leurs fils Arthur qui habite San Francisco depuis 20 ans leur annonçant que lui, son épouse ainsi que son fils, âgé de sept ans, sont sortis du feu de San Francisco sains et saufs mais qu’ils ont tout perdus ce qu’ils  possédaient.

Ils devront s’embarquer ce soir  pour Montréal, de Berkeley, Californie, où ils se sont réfugiés après la catastrophe de mercredi dernier.

M. Arthur Poulin demeurait au No. 526 rue Harrison. Il était propriétaire de la maison qu’il occupait depuis quelques mois. Ce fut l’une des premières résidences que l’on fit sauter à la dynamite pour empêcher l’incendie de se propager au loin.

M. Poulin était contremaître aux entrepôts de la Eisen Vineyard co de San Francisco, entrepôts qui furent aussi détruit par le tremblement de terre et l’incendie.

La Patrie, 24 avril 1906

Le père de M. Arthur Poulin est M. Pierre Poulin, secrétaire trésorier de la Canadian General  Service & Colonisation  Co ayant ses bureaux d’affaires au no8 Boulevard Saint-Laurent.

Par l’entremise d’un autre de ses fils, demeurant à Seattle, il a, par mandat télégraphique fait tenir une somme de $300 ce matin à son fils Arthur qui partira de Berkeley ce soir pour revenir à Montréal

28 avril

MONTREALAIS A SAN FRANCISCO – M. CAMILLE MARTEL DONNE DE SES NOUVELLES

Un Montréalais, M. Camille Martel, autrefois marchand de machines à coudre dans cette ville et établi depuis environ deux ans à San  Francisco où il était le vice-président de la  »Market Street Bank » vient de donner de ses nouvelles.

Dans une carte postale datée d’Alley Springs, Colorado, le 21 avril, à l’adresse de sa soeur, mademoiselle Anne  Martel, de la rue St-Hubert, M. Martel s’exprime ainsi: Nous sommes tous sains et sauf et loin maintenant de tout danger. A plus tard, les détails de ce terrible évènement ». Signé  »Camille ».

M. Martel était à San Francisco avec sa femme et ses trois frères dont deux sont mariés. D’après la carte postale, tout la famille est en bonne santé.

1er mai

LES NOTRES À SAN FRANCISCO

Une description intéressante du désarroi qui a suivi la catastrophe

M.  Christophe Gamache, constable de la ville de Montréal, vient de recevoir une lettre de son fils Joseph établi à San Francisco depuis quelques mois.

San Francisco, 18 avril 1906. Source: Library of Congress

M. Gamache entretenait les plus sérieuses craintes sur le sort de son fils et de la famille de celui-ci. Aussi fut-il comblé de joie par la réception de cette lettre, écrite à la hâte, au crayon, mais peignant sur le vif le désarroi de la malheureuse ville au premier moment.

San Francisco, 22 avril 1906,

Chers parents,

Je vous aurais écrit tout de suite après le tremblement de terre, mais il n’y avait pas de communications postales. Je suppose que vous avez lu les journaux; ils ne peuvent exagérer notre position.

C’est une expérience que je ne vous souhaite jamais.

Ma petite famille est bien; nous avons pu nous sauver tous vivants et c’est déjà beau, car nous étions logés au centre même du désastre. Tout le monde courait dans la rue, mais plusieurs qui n’ont pas eu le temps de prendre la fuite, ont été écrasés. Il y a dans le sol des crevasses assez larges pour engloutir une maison.

Nous sommes actuellement nourris par le Gouvernement. On couche dans les rues et les parcs. Il y a chaque jour morts d’hommes par le fusil ou le pistolet.

Il y a eu au commencement beaucoup de pillages; mais ensuite les pillards qu’on trouvait en flagrant délit étaient tués sur le champ. Les soldats nous forcent de leur prêter assistance pour maintenir la paix et ensevelir les morts. Tout refus est puni de mort. Je suis réquisitionné pour retirer les cadavres. Ca commençait à empester dans le quartier détruit.

Il fait beau, c’est la seule chance que nous avons dans notre malheur. Des voitures passent, chargés d’aliments, les affamés se jettent dessus comme des sauvages, ma femme, mon enfant et moi, nous faisons comme les autres.

Que Dieu nous vienne en aide!

JOSEPH GAMACHE

No 1717, 18e Avenue, San  Francisco.

Et pour terminer, voici une vidéo tournée en 1906 montrant les dommages subis lors du tremblement.

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