Détournement de fonds [Québec,1888]

Extrait du Progrès de l’Est, 4 septembre 1888

DETOURNEMENT DE FONDS

Les journaux de Québec nous apprennent une nouvelle à sensation dans le monde de la finance.

Samedi dernier, pendant que les directeurs de la Banque nationale tenaient une assembléee, la nouvelle s’est répandue qu’un des employés venait de s’enfuir aveec une somme que l’on portait à $10,000. Le concussionnaire était M. F. X. Audy, assistant-receveur de la banque.

Samedi matin, il s’est rendu au bureau à neuf heures, comme d’habitude, et il s’est mis au travail, mais vers dix heures, il a pris une somme d’environ $1,330 en billets de $10, et il est parti sans rien dire à personne. Un autre employé qui s’est aperçu du fait, en a averti le caissier M. Lafrance, qui a lui-même communiqué la chose à Son Honneur le juge Chauveau, et celui-ci s’est empressé d’envoyer les agents de la sûreté Fleury et Walsh à la Banque Nationale, où ils ont reçu toutes les informations qui pouvaient leur être utiles. Ils se sont de suite mis en campagne, et une heure après ils se lançaient dans toutes les directions, assistés du détective Morrisson, des sergents Lonchamp et Bussière, et des gardiens de la paix Routhier et Théberge qui connaissaient tous M. Audy et qui s’étaient mis en civils. En même temps, la police de Lévis était notifiée et se mettait aussi à l’oeuvre sous la conduite du chef Denis.

Dans l’après-midi, vers quatre heures, M. Hébert, organiste, a rencontré M. Audy à l’angle des rues Ste-Claire et d’Aiguillon et il lui a dit quelques mots. Sa démarche n’avait rien d’extraordinaire. Il paraissait venir de St-Roch et il s’est dirigé vers la barrière Ste-Foye. A peu près dans le même temps, il a avoué à un de ses beaux-frères qu’il avait soustrait une forte somme d’argent à la banque et il prétendait que sa position n’était plus tenable. Près de $6,000 ont été restitués le même jour. M. Audy n’a pas été revu depuis et on pense qu’il s’est suicidé dans les bois de Ste Foye. Il est âgé d’environ 38 ans.

D’après le Canadien du 3 septembre, Audy était comptable en chef jusqu’à ce qu’on le rétrograde au rang d’assistant-comptable car des irrégularités avaient été constatées.

On apprend dans le Canadien du 4 septembre  qu’Audy ne serait pas mort mais qu’il se serait plutôt caché dans la ville. Ensuite, il semble que des amis d’Audy aient réussi à amasser de l’argent pour rembourser la Banque nationale (8 septembre) et qu’Audy n’ait finalement pas été mis en état d’arrestation.

Et ensuite?

Essayons d’en apprend un peu plus sur François-Xavier Audy. Dans l’annuaire Marcotte de la ville de Québec édition 1886-1887, il n’y a qu’un seul François-Xavier Audy. Il est commis clerk et habite rue Saint-Jean, no 368. Il n’y a aucun François-Xavier Audy dans l’édition 1889-1890. L’édition du 3 septembre du Canadien nous apprend qu’il est marié et qu’il a 8 enfants.

Si vous jetez un coup d’oeil aux actes de mariage à Québec, plus particulièrement le 15 juin 1875, vous trouverez celui de François-Xavier Audy, commis à la Caisse d’économie de Notre-Dame de Québec et de Virginie Thibault fille d’Amable et de Virginie Garneau. Fils de Louis-Jean-Etienne Audy, manchonnier et de Geneviève Letarte, il est né le 18 février 1853 à Québec. Dans l’acte de naissance de leur fille Laura, il est indiqué que F.-X. Audy travaillait comme commis à la banque nationale.

Leur fils Emile, né le 3 juin 1876,  s’est marié à Chicago en 1904. En 1920, selon le recensement américain, François-Xavier et Virginie Audy vivent à Chicago.

François-Xavier est décédé le 1er novembre 1928 à Chicago et sa femme Virginie  est décédée le 13 mars 1937 dans cette même ville.

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4 commentaires

  1. Pierre Lagacé dit :

    Beau travail de filature…

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  2. S.Chartrand dit :

    Quelle enquête ! Vraiment passionnant !

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  3. Merci! J’aime bien voir ce qui arrive à ceux qui ont fait partie de l’actualité, lorsque les choses redeviennent plus calme.

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