Mise en garde contre les auberges [Québec, 1847]

Le Canadien, 24 mars 1847

SUR LES AUBERGES

 »Le nombre d’auberges surtout de celles dont il est presqu’impossible de donner une description fidèle, est très grand; et le mal qu’elles produisent est incalculable. » – L’honble juge MONDELET.

Personne n’ignore que le plus grand nombre des auberges ne sont qu’une source de désordres et de démoralisation pour le peuple. Qui n’a pas été témoin des querelles, des disputes, de ces scènes honteuses et deshonorantes dont ces maisons sont le réceptacles? Elles ne sont pas seulement une école du vice et du libertinage, mais encore un gouffre où vont s’engloutir nos richesses. C’est là que le père de famille va dépenser l’héritage de ses enfants; là, nos jeunes gens, après avoir travaillé en vain, épuise leurs forces, après s’être gâté l’esprit et le coeur par toute sorte de vices, voient se perdre en peu de jours un argent qui aurait pu leur procurer un établissement honorable.

Ne serait-il pas du devoir de chaque particulier de faire tout en son pouvoir pour faire disparaître entièrement ces sortes de maisons ou pour en diminuer graduellement le nombre chaque année? On objectera peut-être que les auberges sont nécessaires au voyageur… Mais les voyageurs ne pourraient-ils pas loger dans des maisons de pension ou de tempérance? Dans plusieurs villes des États-Unis de l’Amérique du Nord où l’on a réussi à abolir les licences, les voyageurs n’y reçoivent-ils pas l’hospitalité comme autrefois! D’ailleurs, la plupart de nos aubergistes sont des personnes qui se sont ruinées, et qui n’ont pas eu assez de conduite pour vivre sur une belle propriété: la taverne leur est restée comme une ancre de miséricorde. Or, on n e doit pas s’attendre que des semblables gens soient capables de bien servir le public. Nous avons vu avec plaisir dans la liste des licences, publiée dans la Gazette officielle, que dans un bon nombre de paroisses, il n’y en avait aucune. Entr’autres, il faut louer toutes les paroisses qui composent le comté de Rimouski d’avoir réussi à ce purger de semblables fléaux. Il est malheureux qu’on n’en puisse pas dire autant de plusieurs autres paroisses, entr’autres celles de Saint-Jean-Chrysostôme qui en compte 11, celle de la Pointe-Levi 21, la cité de Québec, outre celle de Stadacona, en a 170 pour sa part; ce qui donne une auberge pour 128 personnes d’après le dernier recensement!!!

Il faut espérer que les magistrats et autres officiers nommés par la loi pour recommander les personnes qui veulent obtenir des licences se serviront de leur autorité et de leur influence pour faire disparaître de la ville et des campagnes ces maisons si nuisibles aux intérêts temporels du peuple et si préjudiciables à la morale et à la religion. La conscience d’être utiles à leur pays et de faire cesser un grand nombre de crimes leur donnera le courage d’agir contre les préjugés du peuple et leur fera mépriser les clameurs insensées des personnes que l’intérêt ou la passion portera à blâmer leur conduite. Nous finirons par cette autre citation de l’honorable juge Mondelet:  »Comment peut-on espérer de jamais voir régner la vertu, la sobriété, l’industrie et la paix, si l’on tente le peuple, si l’on met à sa disposition les moyens de fonder et de soutenir de maisons de la pire sorte, où l’on perd tout sentiment moral.  »
X.

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