Le moulin de Metgermette [Sainte-Aurélie, 1874]

Aujourd’hui, on visite Sainte-Aurélie, toute jeune paroisse en 1874, et plus particulièrement son moulin. De nos jours, vous pouvez visiter le Vieux moulin de Metgermette.

Extrait de la Colonie française de Metgermette par André-Napoléon Montpetit, publié en 1874

Un mot maintenant des travaux exécutés ou en voie d’exécution. Avant de conduire deux cents familles dans la forêt il fallait au préalable leur préparer des logements séparés. Or, deux cents maisons, sans compter une chapelle, un marché, une maison d’école, des ateliers etc., ne se construisent pas en un jour. Avec le temps donné, trois ou quatre mois, il était de toute impossibilité’d équarrir ou de scier de long la masse de bois requise pour d’aussi grands travaux. Ce que voyant du premier coup d’oeil, M. Vannier décida de bâtir un moulin à scier le bois qui put répondre non seulement aux besoins du premier établissement, mais encore à ceux de toute la colonie. M. Larochelle, député de Dorchester, fut chargé de bâtir le moulin. A son frère M George Larochelle fut confiée la direction des travaux sous les ordres de M. Vannier.

Le temps pressant il fallut se se mettre à l’oeuvre dans la plus mauvaise saison au cœur même de l’hiver. Pour creuser l’assiette où poser le cadre du bâtiment il fallut miner des masses de roc et de terre gelée aussi dure que le roc. Le creusement de la dalle dût s’opérer de la même façon. Vers la fin de janvier dernier, lorsque je visitai Metgermette pour la première fois, je posai la première cheville dans la charpente du moulin pour relier les premiers pontons, les grandes pièces au cadre. Six semaines plus tard tout le moulin était debout, le mécanisme placé et prêt à être mis en opération. C’est la construction la plus considérable et de beaucoup la plus importante de l’établissement. Il mesure 60 pieds sur 40 et comme bien on le pense il n’entre dans sa charpente que du bois de premier choix. Du châssis au faîte, sa hauteur est de 36 pieds. Deux jeux de scies (gangs) une scie ronde à découpage, un double ledger, une meule à affûter les scies, une machine à latte,s une autre à godendards y sont installées. Toutes ces diverses machines reçoivent l’impulsion d’une turbine de 42 pouces de diamètre et d’une force de 65 chevaux achetée de la célèbre maison Lefuel d’Oshawa. La chute d’eau, de quatorze pieds, peut être au besoin élevée de trois à quatre pieds. Une dalle creusée dans le roc vif, boisée en bois de cèdre d’une largeur de douze pieds et d’une longueur de deux cents pieds conduit les eaux du lac Abénakis, suspendues par une forte chaussée, jusqu’au moulin. La chaussée, construite en fortes pièces de cèdre de pin et d’épinette, est épaulée par trois quais massifs en queue d’aronde remplis de pierres et de gravier. Elle peut résister aux plus rudes assauts.

On nous dira peut être que ce moulin n’est pas extraordinaire après tout. Qu’il soit bien et solidement construit rien d’étonnant à cela; les frères Larochelle ont fait depuis longtemps leurs preuves dans ce genre de travaux; que la charpente soit de bois trié, rien d’étonnant encore, au milieu d’une si belle forêt; d’accord là dessus mais si l’on réfléchit un peu, si l’on songe à la distance qui sépare les villages les plus voisins et surtout la ville de Québec, où il a fallu de toute nécessité se procurer les outils, le fer, les machines, etc., sans compter les vivres, le fourrage etc.,  du lieu où ces travaux ont été exécutés, il faut avouer que les résultats obtenus sont plus qu’ordinaires, presque surhumains. Et des chemins? pas autres que ces chemins de sucrerie dont j’ai parlé, où il a fallu faire passer des machines d’un poids énorme, la turbine entre autres qui pèse 3,600 livres.

Tel que vous le voyez dans la photographie que je vous envoie, le moulin est pour ainsi dire à l’état de squelette. Sa charpente ne porte encore que la couverture et les trois planchers du rez-de-chaussée du premier et du second étages; on lui a laissé le soin de compléter lui-même sa toilette, de se tailler une robe dans les milliers de billots qui l’entourent ou qui flottent sur le lac sous la protection de fortes estacades.

Billets reliés

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A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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