L’Abbé J.-N. Dubois et la prohibition totale [1919]

Le 10 avril 1919, la population du Québec est invitée à se prononcer par référendum sur la légalité de la vente de vin et de bière.

Le Clairon, 18 avril 1919

L’ABBE J.-N. DUBOIS ET LA PROHIBITION TOTALE

Le visiteur des écoles catholiques de Montréal nous dit:
 »Vous me demandez mon opinion au sujet de la vente de la bière et des vins légers. Vous pouvez dire à vos lecteurs que je suis carrément opposé à la prohibition totale. Je me défie de ces lois coercitives qui entravent la liberté individuelle. En matière de régime alimentaire, aussi bien que dans l’ordre plus élevé de la conscription scolaire et de l’instruction automatique des enfants du peuple. Gardons nos libertés. Elles nous ont coûté assez cher!

En Europe, et dans la plupart des pays civilisés, l’usage de la bière, du cidre et des vins légers est profondément ancré dans les moeurs populaires.

 »Si au Canada, en notre belle province de Québec surtout, l’ouvrier remplaçait tous les alcools frelatés par ces vins réconfortants que la France va pouvoir nous expédier à des conditions de plus en plus avantageuses, il y aurait un regain de santé et de vitalité. La bière est aussi une boisson saine et hygiénique. Qu’on ne parle pas d’abus! On peut abuser de tout, même des choses les plus sacrées. L’abus ne donne pas droit au bon usage de disparaître.  »Abusus non tollit usum ».

 »L’idéal serait d’abolir la vente au verre, dans certains estaminets qui deviennent trop souvent les refuges de l’oisiveté et du vice- et de faire l’éducation du peuple, en lui démontrant que c’est à l’occasion des repas surtout, que les vins légers et la bière sont, non seulement un excellent condiment, mais encore de véritables boissons nutritives et alimentaires ».

 »Sous ce rapport, comme sous bien d’autres, d’heureux progrès ont été réalisés et il appartient à nos gouvernements et aux vrais d’éducateurs de favoriser la diffusion des bons principes d’hygiène de morale et de saine liberté. »

(Cf. La Presse, 7 avril).

Le Clairon, 25 avril 1919

QUELS VINS POURRONT-NOUS BOIRE?

Un grand nombre de gens se demandent ce qu’il leur sera permis de boire, après le 1er mai, en vertu du résultat de la consultation populaire qui a eu pour résultat une majorité de 127,000 pour l’usage des vins et des bières.

Nous savons fort bien que la loi nouvelle permettra la vente de bière pourvu qu’elle ne contienne pas plus de 5,46 pour cent d’alcool preuve; du vin pourvu qu’il ne contienne pas plus de 15,09 pour cent d’alcool preuve. Comme nous ne sommes pas tous experts en vins et liqueurs, un grand nombre de citoyens sont anxieux de savoir à quoi rime ce langage technique et désireraient savoir au juste quels sont les vins qu’il leur sera permis de consommer.

Voici les principaux vins alcooliques fermentés qu’il nous sera permis de boire

Pourcentage
L’Oport 15
Vin de cerise 14
Vin de table (claret) 8 à 14
Bourgogne 8 à 14
Sauterne 11
Vins du Rhin 7 à 15

Quant à la bière, celle que nous buvons actuellement contient environ 4% d’alcool- on pourra donc la renforcer en vertu de la loi. Par contre, l’ale devra être affaiblie, puisque celle consommée à l’heure actuelle contient de 6 à 9% d’alcool; le porter d’usage courant contient de 4 à 5% d’alcool, donc aucun changement à faire quant à cette boisson.

(L’Administration, 19 avril 1919)

Pour en savoir plus sur la prohibition, lisez La bouteille « maudite »La prohibition à Québec au début du siècle, article de Robert Germain paru dans Cap-aux-Diamants

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