De l’éducation des filles [1896]

Quelles compétences la jeune femme bien élevée devait-elle posséder en 1896?

Extrait de l’Etoile du Nord, 24 septembre 1896

VOS FILLES

Nos filles doivent avoir une éducation solide, non seulement à l’école mais encore à la maison. Donnez leur l’expérience aussi bien que la théorie.

Enseignez-leur la cuisine, non pas cette cuisine fantaisiste qui détériore l’estomac, mais cette bonne cuisine bourgeoise qui donne la force et la santé.

Apprenez-leur à laver, à repasser, à repriser leurs bas, coudre des boutons, à faire elles-mêmes leurs costumes et à porter des corsages qui ne les étranglent pas.

Apprenez-leur l’économie et la direction d’un budget modéré. Montrez-leur à tenir des comptes, à se faire une idée de la valeur de l’argent et à savoir où il passe.

Enseignez-leur comment on achète, vérifie sa facture et l’on s’assure que l’on reçoit bien la marchandise pour la valeur de son argent.

Dites-leur qu’une femme en matinée d’indienne qu’elle a payée est vingt fois plus respectable qu’en robe de soie et dentelle n’acquittera jamais la note.

Apprenez leur à juger sainement les choses, à se méfier de leur imagination et surtout à ne pas agir sans réflexion.

Enseignez leur que le plus grand malheur est d’épouser un homme sans principe, sans religion, sans conscience.

Si elles se marient de la sorte, elles ressembleront à un navire désemparé, sans boussole ni pilote.

Si vos moyens le permettent, faites leur apprendre la musique et les arts d’agréments. Insistez surtout sur de bonnes lectures journalières. C’est par la lecture que l’on s’instruit et que l’on devient à même de figurer dans un salon, de prendre part à une conversation et que l’on éviite [sic] de commettre à chaque instant des impairs qui vous ridiculisent.

Enseignez à vos filles à se mêler de leurs affaires et jamais de ce qui ne les regarde pas. La curiosité a perdu notre aïeule Eve.

Dites-leur bien surtout que le bonheur en ménage dépend des principes reçus dans l’enfance et du caractère de l’époux.

si vous suivez ces conseils, vous donnerez à la société de bonnes et excellentes petites femmes au lieu des poupées d’étagères qui ne sont bonnes qu’à parader sur le bord d’une loge de théâtre et qui ne savent même pas faire une soupe aux tomates.

Billets reliés

Les femmes parfaites [1905]

La lecture des mauvais livres [1880]

Neuf règles conjugales [1930]

Les commandements de la ménagère [1906]

Publicités

A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
Cet article, publié dans Éducation et lieux de transmission du savoir, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.