Fermons ces maisons publiques le dimanche! [1821]

Le Canadien, 15 août 1821

Quebec, 7 août 1821

Mr. L’EDITEUR

Permettez-moi de vous communiquer quelques reflexions relativement à la conduite de quelques uns de nos Aubergistes licenciés en vertu d’un pouvoir qui leur est accordé par l’autorité civile. L’amour de la tranquillité publique et du bien en general sont les seuls et uniques motifs qui me vous les font envoyer. Je veux, en particulier, faire allusion à une de ces maisons publiques tenues à une petite distance de la place du marché de la Haute-Ville, qui offre, le Dimanche comme les autres jours, le spectacle le plus dégoutant de la depravation complète des moeurs.

Il me semble, Mr. l’Editeur, que d’après une de nos loix existantes, il est defendu aux aubergistes de distribuer des liqueurs fortes le saint jour du Dimanche, et cette loi mise en force devroit contribuer à rendre de tels excès moins communs; il est triste qu’elle ne soit pas observee avec plus d’exactitude. Il suffiroit aussi d’une surveillance plus exacte pour obliger les aubergistes à veiller au moins avec plus de soins à ce qui se passe dans leurs maisons, qui le plus souvent sont le repaire et le debordement de l’immoralité. Il seroit tems de porter remède à quelques uns de ces inconveniens qui se multiplient et grossissent tous les jours, il faut avouer pourtant que le nombre de ces établisssemens n’excederoit pas nos besoins reels, s’ils étoient mieux gouvernés et conduits de manière à répondre à l’object en vue par la loi. Il est inutile d’entreprendre de tracer le tableau des scènes sales et dégoutantes qui se passent journellement dans quelques-uns de ces temples élevés au vice, sous les yeux mêmes de ceux qui sont preposés au maintient du bon ordre sans encore avoir la douleur de les voir se repeter le saint jour du Dimanche. Ces allegués, Mr. l’Editeur ne sont malheureusement que trop vrais; j’en appelle à vous même, au temoignange de votre propre conscience. Ne voyez-vous pas le Dimanche plus de personnes ivres que les autres jours! Oui, sans doute, et la raison en est bien évidente: les lois civiles et religieuses interdisent le travail en ce jour, pour que ceux qui sont sujets se livrent entièrement aux exercices de leur differente religion, et qui au contraire courent en foule se precipiter dans ces asiles de la débauche et du libertinage. Vous sentez donc avec moi, Mr. l’Editeur, la nécessité pressante de ternir fermées, le Dimanche, toutes ces maisons publiques.

S.E.U.

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A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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