Ce qu’on trouve dans l’eau que boivent les Québécois [1933]

L’Action catholique, 20 juillet 1933

CE QU’ON TROUVE DANS L’EAU QUE BOIVENT LES QUEBECOIS

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Hier, on en retirait le cadavre d’un noyé – Il y a quelques temps, on repêchait des chevaux et des vaches – Les restes des pique-niques – On se baigne partout. – Pourquoi notre eau potable est aussi mauvaise. – Un état de chose à améliorer

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Les milliers de gallons d’eau que les contribuables de Québec consomment chaque jour n’offrent peut-être pas toutes les qualités requises, mais si nous enquêtons quelque peu sur la provenance de cette substance, nous serons vraiment étonnés de constater que nous échappons chaque jour à de redoutables épidémies.

La population de notre ville ignore sans doute les nombreux abus qui se commettent présentement dans le domaine de l’aqueduc à Québec, car s’il en était autrement, elle ne tarderait pas à réaliser pourquoi notre eau est si mauvaise.

Ainsi, notre représentant apprenait ce matin que chaque jour depuis la période des chaleurs des milliers de personnes vont se baigner dans des lacs et rivières alimentant notre aqueduc, et ce par suite d’un amendement greffé à la charte de la ville, amendement qui permet le bain et la navigation dans un rayon de sept milles à vol d’oiseau au haut de notre prise d’eau. Hier au lac Beauport qui alimente notre fameux quarante pouces, on a retiré le cadavre d’un noyé. Evidemment, si le canotage et le bain avaient été défendus à cet endroit, rien de tel ne serait survenu.

Il y a quelques temps, un fermier a été poursuivi parce que des chevaux et des vaches morts avaient été trouvés dans une rivière alimentant l’aqueduc (heureusement que nous n’avons pas trouvé le licou des chevaux ou les cornes de la vache en ouvrant le robinet!) Les procédures prisent contre lui sont restées en panne, et on nous informe qu’elles n’auront pas de suites prochainement.

Les baigneurs font en même temps des pique-niques et ils lancent à l’eau les derniers vestiges de l’excursion sur plage. Chaque jour, dans ce rayon de sept milles où coule une eau qui serpente à travers champs pour gagner le quarante pouces, on se baigne sans répit, et les inspecteurs n’ont aucune autorité pour agir. Dans le passé, ils avaient juridiction sur ce territoire, mais des influences ont fait changer les choses, et aujourd’hui tout est toléré.

Que fera la ville pour améliorer cet été de choses? Nous l’ignorons, mais chose certaine c’est qu’il est temps d’enrayer ces abus, pour que nous cessions de boire de l’eau provenant de sources contaminées par des baigneurs et des cadavres. Apprendre ces choses n’a rien de savoureux, mais il faut faire la lumière.

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