Visite d’Eleanor Roosevelt à Québec en 1933

L’Action catholique, 12 juillet 1933

L’EPOUSE DU PRESIDENT DES E.-UNIS NOUS VISITE
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MME F.-D. ROOSEVELT, ARRIVÉE DANS LA VIEILLE CAPITALE HIER SOIR, A REÇU LES JOURNALISTES AU CHÂTEAU-FRONTENAC- EN ROUTE POUR LE NOUVEAU-BRUNSWICK- VISITE DU MUSÉE DE LA PROVINCE ET À L’ÎLE D’ORLÉANS- ELLE NE SE RENDRA PAS À MONTRÉAL.

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(Par Alfred Hardy)

Eleanor Roosevelt, 20 juillet 1933. LOC
Eleanor Roosevelt, 20 juillet 1933. LOC

Madame Franklin Delano Roosevelt, épouse du Président des États-Unis, qui, de par sa position sociale, est considérée à juste titre comme la première femme en Amérique, a bien voulu consentir à accueillir ce matin dans ses appartements du Château Frontenac les représentants de la presse locale.

L’entrevue a eu lieu à 10 h.30 soit quelques heures après que cette hôtesse distinguée fût descendue d’une routière de luxe qu’elle conduisit elle-même du Lac Placide aux portes du grand hôtel dominant le promontoire de la Vieille Capitale. En effet, madame Roosevelt est arrivée ici un peu avant minuit, hier, en compagnie de mademoiselle R. Hickak de Washington, une amie intime qui l’accompagne dans un voyage d’une quinzaine, un véritable voyage de vacances que l’on fait sans itinéraire défini.

Par l’entremise de MM. Johnston et Cashman, respectivement gérant et assistant-gérant du Château Fronteanc, nous avons rencontré madame Roosevelt où elle venait de terminer un petit déjeûner dans la suite  »1,201 » au deuxième étage du somptueux hôtel. Il y avait avec deux confrères Mademoiselle McNaughton du  »Chronicle-Telegraph » et M. Jean-Marc Denault du  »Soleil ». En voyant entrer les reporters, madame Roosevelt dépose sur un fauteuil un sac-à-main bleu au-dessus duquel on pouvait voir deux broches à tricot, et de la laine, puis elle se leva immédiatement pour lier connaissance avec ses premiers visiteurs du jour. Madame Roosevelt portait une robe d’été avec souliers de sport.

Après s’être excusée d’avoir fait attendre un peu les journaliste – et ce, dans un langage réflétant une modestie et une franchise qui ne font que réhausser son prestige – madame Roosevelt nous entretint de son voyage de vacances.

– » Je n’ai aucun programme défini » dit-elle,  »aux reporters qui venaient de prendre place sur un chesterfield. Je fais un voyage d’une quinzaine de jours en compagnie d’une amie intime; non pas de ma secrétaire, car elle même est en vacances et elle ne m’accompagne jamais dans ces circonstances. Vous me demandez combien de temps je serait à Québec. Franchement je n’ai rien décidé à ce sujet. Je voyage en touriste tout simplement avec ma compagne. Nous nous arrêtons là où il nous semble bon de vivre, et nous partons chaque jour sans itinéraire défini. Peut-être quitterons-nous Québec demain avant-midi, mais encore il n’y a rien de décidé. J’irait probablement visiter Ste-Anne de Beaupré, et en quittant votre ville, je me dirigerait vers le Nouveau-Brunswick pour faire un bref séjour à Cambobello où nous possédons un cottage, et à St-Andrews-by-the-Sea où je ferait un collection de souvenirs.

 »Est-ce que vous prévoyez être en mesure de faire un bref séjour dans la Métropole » avons-nous demandé alors à Mme Roosevelt?

 »Malheureusement, non » répondit Mme la Présidente.  »Je ne me trouverai pas à passer dans cette direction en retournant à Washington ».

Nombreuses furent les questions posées dans la suite par les reporters, mais en aucun temps de la conversation Mme Roosevelt ne commenta les problèmes internationaux ou les problèmes financiers et autres sujets auxquels son mari, le Président des États-Unis, est intimement lié.

Mme Roosevelt, qui fut une institutrice de marque, parla brièvement de sa carrière, ajoutant qu’elle portait encore un vif intérêt à l’éducation des enfants, et qu’elle ne manquait jamais une occasion de les encourager de quelque manière que ce soit.

La première femme en Amérique s’est rendue ce midi, visiter le Musée provincial après une brève promenade en ville dans une antique calèche. Sur l’invitation du consul américain à Québec, elle ira faire le tour de l’Ile d’Orléans au cours de l’après-midi.

Madame Roosevelt, qui est très familière avec les arts domestiques, espère pouvoir disposer de quelques minutes pour visiter notre Ecole des Beaux-Arts qui est un si joli monument à la petite industrie de chez nous. Au moment où cette hôtesse distinguée nous parle de ces choses, on vient annoncer l’arrivée de Son Excellence l’hon. M. H.-G. Carroll, Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec, accompagné de madame Carroll et du Lieutenant-Colonel D.-B. Papineau, aide-de-camp. Avec nos confrères, nous remercions madame Roosevelt de ce cordial accueil qui nous a tous profondément touchés, et l’entrevue prend fin. Nous retournons à l’ascenseur du Frontenac encore étonnés de cette parfaite simplicité de cette bonté, et de cette grâce admirable que nous a révélée une conversation de quelques minutes avec la première citoyenne en Amérique.

L’Action catholique, 14 juillet 1933

MME ROOSEVELT PARTIE HIER POUR LA RIV.-DU-LOUP

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Après avoir visité le sanctuaire historique de Ste-Anne de Beaupré, madame Franklin Delano Roosevelt, épouse du président de la République américaine s’est dirigée hier vers la Malbaie en compagnie de son amie intime, mademoiselle L.-A. Hichack. La  »première femme en Amérique » conduisait elle-même sa routière de sport. Vers cinq heures et demie, elle s’engageait sur le bateau-passeur pour se diriger vers la Rivière-du-Loup. Dans cette ville, l’épouse du président des États-Unis a été accueillie par M. le maire C.-E. Dubé, et madame Dubé, puis elle s’est retirée à l’Hôtel St-Louis. Aujourd’hui, madame Roosevelt visitera la Rivière-du-Loup et les centres environnants, et elle se dirigera probablement vers la Gaspésie.

Deux hautes personnalités du monde civil se sont rencontrées à la Pointe-au-Pic. Madame Roosevelt venait de traverser ce centre de villégiature quand madame W.-H. Taft, épouse d’un ancien président des États-Unis y arriva en automobile pour se diriger à sa résidence d’été. Cependant ces deux femmes distinguées n’ont pu renouer leurs relations à cet endroit, comme madame Roosevelt s’est trouvée à quitter la Malbaie une heure avant l’arrivée de madame Taft.

En 1960, René Lévesque s’est entretenu avec Eleanor Roosevelt. On peut voir l’entretien ici.

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