Inauguration de la prison des femmes [Maison Gomin] à Québec en 1931

La Maison Gomin. L'Action catholique, 24 octobre 1931

La Maison Gomin. L’Action catholique, 24 octobre 1931

L’Action catholique, 24 octobre 1931

INAUGURATION PROCHAINE DE LA PRISON DES FEMMES
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Les Soeurs du Bon Pasteur en prendront charge dans quelques jours. – Les travaux ont été exécutés en fice [sic] fice a l’aspect d’un ancien Château Féodal- L’édi- [sic]
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CELLULES POUR CENT PRISONNIÈRES
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La Prison des femmes est maintenant terminée. Bientôt, peut-être, la semaine prochaine, les dernières formalités seront remplies et les RR. SS. du Bon Pasteur prendront charge de cet édifice. Arrivant d’une visite faite de cette construction toute fraîche, nous voudrions apprécier brièvement l’oeuvre de l’architecte Chenevert et du constructeur Frs. Jobin.

L’américanisme nous envahit dans tous les domaines, y compris le domaine de l’architecture. Mais les architectes en sont pas toujours responsables de cette évolution rapide. Bien des constructeurs imposent de suite à ceux de qui ils réclament des plans, le style yankee qui dépare l’aspect général de notre rocher centenaire.Et comme nous avons déjà critiqué le goût pour le moins douteux avec lequel certains de nos édifices publics étaient construits, on nous permettra bien de féliciter de suite M. Chenevert de son retour vers le passé. M. François Jobin de son exécution scrupuleuse et l’hon. Ministre Francoeur d’avoir accepté un projet qui tranche franchement avec la plupart de nos édifices publics de construction récente.

La Prison des femmes est un véritable château féodal du Moyen-Age. La photographie que nous reproduisons aujourd’hui dira mieux que nos commentaires les beautés extérieures de cet édifice, le premier que l’hon. Francoeur ait fait construire depuis sa nomination comme Ministre des Travaux Publics. Et pour rencontrer de suite les objections, nous ajouterons que M. François Jobin, aidé de M. Albert Dubé, a élevé et terminé cette maison en l’espace de douze mois exactement. Le coût total y compris l’achat d’un immense terrain, se chiffre à $350,000 et pas un extra n’as été ni réclamé ni donné.

Loin de nous de vouloir flagorner qui que ce soit; mais la Prison des Femmes est à l’honneur de l’Architecte Chênevert, de son aide l’ingénieur Wilfrod Dubé, de l’entrepreneur M. François Jobin, de son assistant M. J. Dubé, et surtout de l’hon. Francoeur qui a eu le bon goût de trouver excellente la conception moyen-âgeuse du projet Chênevert.

Et maintenant, donnons quelques supplémentaires sur cette construction qui sera en usage incessamment.

Le terrain sur lequel se dresse la prison est de 1,200 pieds par 400. La bâtisse elle-même mesure 172 par 36, plus une cour de 40 par 84. L’édifice est composé de deux parties nettement distinctes: la résidence des religieuses et la Prison proprement dite, la résidence pourra accommoder une vingtaine de personnes.

La prison proprement dite comprend trois sections différentes: section des juvéniles, section des détenues et section des prévenues. La partie centrale est réservée à l’administration et une magnifique chapelle gothique est au quatrième. Les Soeurs auront accès à la chapelle par en avant et les prisonnières par en arrière. Les appartements de l’aumônier sont aussi dans la partie centrale.

La partie du soubassement comprend le chauffage, les réfrigérateurs, les chambres des transformateurs, la buanderie, la cantine. L’installation est partout des plus modernes, et a été faite par la maison Jobin et Paquet lté. La grande cuisine est en bas mais il y a cuisinette à chaque étage, lesquelles sont reliées par un monte-charge un petit ascenseur fort commode.

Il y a accommodation pour cent prisonnières.

Toute la construction est en béton armé et à l’épreuve du feu. Tous les matériaux employés sont de provenance canadienne et généralement provinciale. La pierre utilisée vient de Deschambault. Le bois est de l’acajou.

Les plancher de la prison sont en  »Hallcomb » avec plinthes également en composition, cependant que les planchers de la résidence sont en linoléum.

Comme il convient, la décoration est sobre. On serait peut-être porté à croire que l’intérieur doit être un peu tortueux mais l’apparence extérieure n’affecte aucunement le côté pratique la disposition intérieure.

Les cellules ne sont pas toutes aussi sévères. Il en est pour les prisonnières paisibles; d’autres pour celles qui se soumettraient pas ou mal à leur sort; d’autres sont tapissées de cuir pour les furieuses. Les condamnées à mort auront leur cachot spécial s’il y en avait un jour.

Les prisonnières paisibles seront traitées légèrement. Elles auront des salles de récréation et pourront évoluer assez librement dans la partie qui leur sera réservée.

Les cellules réservées aux plus pacifiques sont de véritables chambres qui ont chambres qui ont accès à une chambre de toilette moderne. Les autres auront des toilettes intérieures.

Nous ne voulons pas entreprendre une description extérieure. Le lecteur n’aura qu’à regarder une reproduction de la photographie pour apprécier la beauté de ce style féodal breton du XIVe siècle. Ajoutons cependant que le point de vue de la tour est magnifique. Cette tour s’élève à 90 pieds et domine un toit de cuivre d’un fini très artistique et un paysage aussi varié qu’enchanteur.

On peut se rendre en prison par le chemin Ste-Foy et la route du Bois Gomin.

Comme nous le disions au début, M.Chenevert et son ingénieur M. Dubé n’ont rien sacrifié au modernisme si ce n’est l’accomodation intérieure. M. François Jobin, l’entrepreneur M. Dubé n’ont rien sacrifié au modernisme si ce n’est l’accomodation intérieur. M. François Jobin, l’entrepreneur et M. Albert Dubé, son assistant, ont suivi scrupuleusement les plans des architectes. Ils ont construits en douze mois et sans demander un seul extra. La bâtisse a été remise à l’hon. Francoeur à qui cette construction plaît par son style et par la qualité des travaux qui l’ont édifiée. Bientôt, ces jours-ci, les RR. SS. du Bon Pasteur s’y installeront pour y prendre soin des prisonnières.

Pour en savoir plus sur l’histoire de la Maison Gomin, consultez le répertoire du patrimoine culturel du Québec.

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A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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