Le petit bonhomme sans tête de l’Ile-aux-Grues

Pas de publication dimanche; de retour le 28 décembre 2013.

Dans son Histoire de l’île aux Grues (PDF), l’abbé Béchard mentionne la curieuse histoire que voici.

« Un spectre à forme humaine,
Maigre, pâle, et vers nous se traînant avec peine,
S’avance en nous tendant ses suppliantes mains.
Nous regardons; ses maux dans ses traits sont empreints
Sa barbe à flots épais descend sur sa poitrine:
Quelques sales lambeaux que rattache une épine,
Ses cheveux négligés tout montre un malheureux ».

Le spectre de Delille, (dans sa traduction de l’Enéide, livre III) ne ressemblait pas à celui de l’Ile-aux-Grues. Celui-ci avait la forme d’un homme petit et replet; la tête était invisible. Ses habits consistaient en un pantalon gris et un habit noir, qu’il porta toujours tout le temps qu’il se montra aux regards épouvantés des insulaires, c’est-à-dire le long espace de 30 ans. Il semble difficile de croire qu’un mauvais plaisant eût voulu et pu jouer cette mascarade pendant tant d’années. Il ne parlait jamais, et on lui donna le nom de petit bonhomme sans tête, qu’il porte encore.

Demandez, sur l’île, des informations du petit bonhomme, et tout le monde vous comprendra: plusieurs personnes encore vivantes, l’ont vu maintes fois. La première qui le vit, fut Catherine (Catin) Gagné, mariée, plus tard, à Alexandre Normand: elle est morte, aujourd’hui, et elle a sans cesse soutenu, jusqu’à sa dernière heure, qu’elle avait bien vu ce gnome tel que je viens de le dépeindre, et tel que plusieurs autres personnes affirment l’avoir vu.

La place favorite du petit bonhomme et le seul endroit où on l’a vu, est sur la côte qui domine la basse ville, entre la demeure de Joseph Vézina et celle d’Antoine Rodrigue: il n’y a que 3 arpents entre ces deux maisons. On l’a vu marcher sur la neige molle, dans les champs ou à côté du chemin, et ne laisser aucune empreinte. Il y avait, dans son marcher, l’allure délicate et légère du chat.

Lorsque M. Quertier, le premier curé de l’île, vint se fixer ici, en 1836, il y avait déjà 20 ans que le petit bonhomme sans tête se montrait aux insulaires; mais, en vrai et digne farfadet, gnome ou revenant qu’il était, il ne sortait que la nuit. M. Quertier, dit-on, rit beaucoup du petit bonhomme sans tête et de ceux qui croyaient et affirmaient l’avoir vu; mais on rapporte aussi qu’il finit par ne plus en rire, et qu’il crut, lui aussi, qu’il y avait quelque chose de surnaturel dans cette apparition.

Le petit bonhomme disparut en 1841, et on ne l’a point revu depuis, au grand contentement des insulaires qui redoutaient sa rencontre, quoiqu’il ne parlât jamais et se montrât toujours inoffensif, bien son petit bonhomme, enfin.

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Auteur : Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.