Un incendie suspect [Tétreaultville, 1914]

L’histoire suivante s’est déroulée à Tétreaultville, un quartier de Montréal que l’on appelle aujourd’hui Mercier-Est.

La Patrie, 2 janvier 1914

ATTENTAT CRIMINEL

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Le vieux chateau Tait, habité par deux solitaires anglais, à Tétreaultville, est détruit par un incendie que l’on croit avoir été allumé par un ancien domestique – Le mobile du crime serait la vengeance
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DU PETROLE SUR LES PLANCHERS
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Fier et sévère, ayant résisté au temps, on pouvait encore mardi dernier, voir le château Tait, situé tout près de la grande route, à Tétreaultville.

Cette belle propriété appartenait à Mme Tait, veuve de l’ancien commissaire du Port. Elle faisait l’orgueil de cette jeune municipalité. Personne ne passait là sans dire: « Tiens! nous voilà au château! ».

Depuis la mort de son époux, Madame Tait avait pris l’habitude d’aller passer l’hiver à New York, où elle donne des leçons de piano, car c’est une excellente musicienne, une artiste fort prisée, dans le grand monde yankee.

L’été, se reposant de son travail artistique, elle revient généralement à Montréal, avec Mlle Frederica, sa fille. Toutes deux sont une bénédiction pour les gens du voisinage et chacun aime les deux chatelaines charitables qui savent à si justes titres gagner le coeur de la population.

Or, tout récemment, vers la fin de l’automne, à l’époque ou les grands arbres chevelus commençaient à se dépouiller, les gens regardaient non sans tristesse, les volets clos, le sol tout aquarellé des feuilles aux tons multicolores, et l’on reprenait le thème de chaque année: « Ah! voyez, les chatelaines n’y sont plus! »

Puis, un beau jour, la maison reprit un air de vie, et l’on apprit que deux anglais, des parents ou des amis de confiance, habitaient le château.

Gens forts discrets, vivant d’une vie économe et d’un caractère peu communicatif, ils firent le désespoir des commères qui n’avaient aucun aliment pour leurs boniments de voisinages.

Tout ce que l’on savaient, c’est qu’ils avaient loué le château. On connaissait leur épicier, mais comme ils n’étaient pas très loquaces, le négociant n’en connaissait pas plus long que les autres.

Mercredi après-midi, plusieurs personnes se rappellent que les deux locataires de la chatelaine sortirent ensembles et on les vit, entre quatre et cinq heures, se rendre à l’épicerie de M. Durocher.

Là, nous racontent l’épicier, ils achetèrent de l’huile. Ils échangèrent des compliments de nouvelle année avec le négociant, puis ils réintégrèrent leur logis.

On ne les a pas revus depuis!

Voici où le mystère devient tragique.

Soudain, dans la nuit de mercredi, une alarme appelle les pompiers au château. On juge de l’émotion du voisinage, quand on vit les pompiers arriver à cet endroit.

Le feu avait dû longtemps couver à l’intérieur avant qu’on ne le découvrit du dehors, car tout le château n’était qu’un immense brasier quand on commença la lutte pour l’éteindre.

On manda en toute hâte la pompe à vapeur, du poste No 11, laquelle rendit de grands services. Quand enfin on eut maîtrisé l’élément dévastateur, on pénétra à l’intérieur du château et l’on fit une enquête sommaire.

Où étaient les anglais?

Avaient-ils péri dans les flammes?

S’étaient-ils enfui?

Les pompiers n’en découvrirent aucune trace.

En examinant minutieusement, on remarqua que de l’huile avait été répandue sur les planchers et aussitôt à tous les esprits la présomption fut que l’incendie avait été criminellement allumé. On découvrit aussi, un fait assez extraordinaire et qui semble confirmer l’hypothèse émise par les pompiers, c’est que les fournaises ne chauffaient pas.

Des renseignements recueillis aux alentours, près des voisins, chez les marchands, il en résulte ceci: l’incendie aurait été allumé par quelqu’un qui se serait vengé.

Il y a quelques temps, les deux anglais avaient comme domestique un nègre. Or à la suite d’un mécontentement, d’un différend survenu entre lui et ses maîtres, une querelle survint. Le nègre fut congédié.

Avant de disparaître de la localité, il raconta à plusieurs personnes qu’il saurait bien se venger.

Comme dans la journée de mercredi, des gens ont vu le moricaud dans les environs du château, on croit que c’est lui qui aura mis le feu.

D’un autre côté les circonstances changent l’hypothèse. Les Anglais achètent de l’huile, les planchers en sont imprégnés, le château brûle et ses locataires disparaissent.

Ont-ils péri? Se sont-ils enfuis?

Ce mystère a jeté la population de Tétreaultville dans une profonde perturbation.

La Patrie, 3 janvier 1914

LES ANGLAIS N’ONT PAS ÉTÉ BRULÉS
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RICKARD ET ROSEBURG, QUI HABITAIENT LE CHÂTEAU DE TÉTREAULTVILLE, ONT ÉTÉ REVUS APRÈS L’INCENDIE DE MERCREDI SOIR
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UNE AFFAIRE MYSTÉRIEUSE
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Désormais l’on est assuré que les deux Anglais: C. W. Rickard et D. Roseburgh, qui habitanet le vieux château de la veuve de l’ancien commissaire du port Tait, ne sont pas morts, et n’ont pas péri dans les flammes. Ni l’un ni l’autre n’étaient dans la maison brûlée.

M. Langlois, un marchand quincailler du voisinage, a déclaré que Rickard était chez lui peu après que le feu ait commencé. Les enfants de M. L. Morin confirmèrent le fait en disant qu’ils ont vu sortir les deux hommes vers 4 heures trente, et qu’ils ne sont pas revenus.

Rickard et Roseburgh sont deux Anglais arrivés au Canada récemment. Ils avaient loué le château Tait et ils venaient de faire construire une serre. L’installation électrique venait d’être achevée. Mme Tait qui habite New York l’hiver, était de passage à Montréal, samedi, et elle alla visiter son logis.

Mercredi après-midi, les enfants de M. Morin, un voisin, virent partir les deux hommes qui déclarèrent s’en aller à la ville. Le soir entre 8 et 9 heures, Rickard visita le magasin de M. Longtin. La fille du patron fit remarquer que le feu était chez lui, ce à quoi Rickard répondit: « Je suis pressé je m’en vais au théâtre. »

Les pompiers ne trouvèrent personne dans la maison. Roseburgh a été revu jeudi par M. O. B. Dupéré, auquel il a demande de l’argent contre un chèque de $10,000 de la banque de Toronto.

La cause de leur disparition est inexplicable.

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3 commentaires

  1. Votre texte sur l’incendie du Château Tait en 1914 à Tétreaultville est incomplet. J’ai écris le texte au complet dans l’Histoire du quartier Longue-Pointe et Tétreaultville. Et ce bout de texte que vous avez écrit est la même page que j’avais envoyé au journal électronique Pamplemousse Mercier-Est . J’ai un bout d’histoire toute les semaines dans ce journal,

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  2. Monsieur, tout ce que j’ai fait, c’est retranscrire deux articles de la Patrie à partir des numéros mis en ligne sur le site de BANQ. Je n’avais pas la prétention de raconter l’histoire au complet.

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  3. Madame vous avez toute ma compréhension , continuez votre merveilleux travail.

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