Les déménagements du 1er mai [1908]

Photographie | Jour de déménagement (?),  Évincement (?),  Montréal, QC, vers 1930 | MP-1978.107.150
Jour de déménagement (?), Évincement (?), Montréal, QC, vers 1930

Quel est le meilleur moment de l’année pour déménager? Voici l’opinion de deux experts.

Le Canada, 11 mars 1908

Les déménagements du 1er mai
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DEUX OPINIONS AUTORISÉES EN FAVEUR DU PROJET DE LOI LACOMBE RELATIF AU CHANGEMENT DE CETTE DATE.
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POURQUOI NE DÉMÉNAGERAIT-ON PAS LE 1ER SEPTEMBRE?
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M.F. X. Saint-Germain, courtier en immeubles, 70 rue Saint-Jacques, interviewé par un représentant du ‘Canada’, donne comme suit son opinion du projet de loi Lacombe, relatif à la date des déménagements.

« Je suis en faveur d’un changement, de deux changements même, si tant est, toutefois, qu’on puisse forcer un propriétaire à louer sa maison à date fixe et empêcher les locataires de déménager et, partant, de louer ailleurs, en n’importe quel temps de l’année.

Je comprends qu’on veuille changer cette vieille coutume de déménager au mois de mai, mais je ne suis pas pour le déménagement au mois de juillet, époque des vacances, non seulement pour les riches, mais pour bon nombre de nos ouvriers. Impossible d’aller à la campagne, en temps de déménagement, car une fois la nouvelle installation faite, il est trop tard pour songer à la villégiature.

Quant à la question des écoles, il faut remarquer, d’abord, que les familles qui partent d’un bout de la ville, pour aller résider à l’autre, sont le petit nombre. On reste généralement près de son ouvrage, de ses affaires, et la plupart ne changent même pas de quartier, ce qui n’éloigne pas beaucoup les enfants de l’école qu’ils fréquentent. Mais enfin, il y en a qui s’éloignent et le premier de juin, comme date de déménagement, obvierait à l’inconvénient, vu qu’à cette date, l’année d’étude est virtuellement finie. C’est la préparation aux vacances.

Et puis, le mois de juin remédierait aussi à l’inconvénient de chercher à louer dans le plus dur temps de l’année, surtout – et c’est ici le second changement que je demande si l’on n’accordait qu’un mois pour louer, pour laisser visiter les maisons. Un mois est amplement suffisant. Dans trois mois, on loue une maison, puis on la remet, et ainsi de suite. Sans compte que les locataires qui déménagent se font souvent fatiguer inutilement, par les curieuses, voire même par des voleurs.

Photographie | « Jour de déménagement », Montréal, QC, vers 1930 | MP-1984.105.17
« Jour de déménagement », Montréal, QC, vers 1930

Quand on saura qu’on a qu’un mois pour trouver à louer, on se hâtera et tout se fera plus vite. Et le mois de mai, dont les premiers jours ne sont pas toujours propices au transport des meubles, a une température assez belle pour la « chasse aux loyers » et, durant ce mois, on fait le ménage et puis on prend des vacances.

J’opte donc pour le mois de juin comme mois de déménagement.

M. Saint-Germain, qui compte trente-trois ans d’expérience, non seulement dans le commerce, mais aussi dans la location de propriétés, et il soutient que ce sont ses confrères que l’on devrait consulter en la matière.

M. Edouard Beaudry

M. Edouard Beaudry, agent d’immeubles, qui a son bureau avec l’échevin L. A. Lapointe, nous disait, il y a quelques semaines, bien avant qu’il fut question du projet de loi Lacombe, qu’il était en faveur des déménagements le 1er septembre. Selon lui, le premier septembre est la date la plus propice. Le locataire aurait trois beaux mois d’été pour chercher des maisons, et en entant dans une maison, le 1er septembre, les études des enfants ne sauraient être interrompues, puisqu’on arriverait dans le nouveau quartier avant même l’ouverture des classes.

Mais, il y a plus. La visite des logements, telle qu’elle se fait actuellement, est une cause de nombre de maladies. Les portes s’ouvrent fréquemment et il se fait des courants d’air, alors que souvent, les enfants se traînent à terre. Quelquefois, les femmes sont malades et sont obligées d’endurer ces ennuis. De plus, les longues robes entrent dans les maisons, toute l’humidité et les saletés des trottoirs.

Il se déclare des maladies fort graves dans les familles, dont on ne peut s’expliquer la provenance, alors que si ces visites faites en février et mars cessaient, on verrait ces mêmes maladies diminuer de moitié.

C’est certainement là une cause très suffisante en faveur du changement, et l’on est en droit de s’étonner que les bureaux d’hygiène municipaux ou provinciaux, ne soient pas intervenus plus tôt, dans l’intérêt même de la santé publique.

Quant à l’empêchement d’aller en villégiature, à cause de l’ennui de chercher des maisons l’été, il n’est guère sérieux.

Ceux qui vont assez loin pour venir difficilement à la ville ou n’y pas venir du tout, ne sont pas ceux qui déménagent souvent, parce qu’ils sont propriétaires. Quant aux autres leurs affaires les appellent à la ville quatre jours sur sept et il leur est facile de consacrer quelques heures à se chercher des logements, beaucoup plus faciles à trouver et à visiter, [illisible] qu’il fait grand soleil, que les rues sont propres, que tout est ouvert et que verdures et floraisons, [illisible]embellissent les sites. Propriétaires comme locataires ont tout intérêt à se prononcer en faveur du mois de septembre pour les déménagements.

Telles sont en substance les raisons que nous énumérait M. Edouard Beaudry, il y a déjà quelques semaines de cela.

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