Désastreux incendie dans le quartier Champlain à Québec le 22 juin 1865

Le Canadien, 23 juin 1865

« DÉSASTREUX INCENDIE DANS LE QUARTIER CHAMPLAIN

ENVIRON 150 BATISSES BRULÉES

500 OU 600 FAMILLES SANS ASILES
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Hier l’après midi, cette partie de la cité connue sous le nom de Près de Ville ou Havre au Diamant a été le théâtre d’une des plus désastreuses conflagrations que nous ayons eue à enregistrer depuis longtempss [sic], causant la destruction de 90 à 100 maisons situées sur la rue Champlain et de 40 à 50 autres bâtisses de moindre importance bâtie sur les nombreux quais et slips le long du fleuve. On calcule qu’il y a entre 500 et 600 familles sans asile.

La conflagration a ravagé les deux côtés de la rue Champlain, depuis la maison d’école, près du quai Flanagan jusqu’à la résidence de Mdme. Kelly, 132 rue Champlain. A l’exception de quelques bâtisses dans le voisinage immédiat de l’endroit ou commença l’incendie, toutes les maisons des deux côtés de la rue étaient en brique ou en pierre. Toutes les maisons de cette localité étaient encombrées par la population; il y avait jusqu’à 6 ou 7 familles par maison; on peut figurer maintenant le nombre de ceux qui se trouvent ainsi brusquement jetés par le pavé. Les résidents de cette partie de la rue Champlain sont presque tous intéressés dans le commerce maritime du port.

Photographie | La rue Champlain, en bas de la Citadelle, Québec, QC, 1865 | I-17502.1
La rue Champlain, en bas de la Citadelle, Québec, QC, 1865

Quant à l’origine de l’incendie, on n’a que des conjectures à ce sujet. Il paraît que quelques minutes avant 1 heure, l’alarme se répandit que les flammes avaient fait irruption dans une maison en bois à deux étages situées sur le côté sud de la rue Champlain, à quelques distance de la bâtisse connue sous le nom de Bishop’s school. Il soufflait alors une forte brise de vent du sud-ouest et dans quelques minutes la bâtisse se trouva enveloppée par les flammes qui, chassées par le vent, s’élancèrent avec une violence extraordinaire dans la direction de la Basse-Ville. La sécheresse qui prévaut depuis quelques jours favorisait encore l’élément destructeur. La police et les compagnies du feu furent bientôt sur les lieux travaillant avec une incroyable énergie à combattre le feu. Durant la première demi-heure, on n’avait pas conçu de sérieuses inquiétudes dans le voisinage de l’incendie, qui était à peine remarqué du marché Champlain; mais vers 2 1/2 h. l’alarme devint générale; il y avait déjà 30 à 40 bâtisses détruites et le feu semblait se jouer des efforts extraordinaires de ceux qui le combattaient. Les personnes demeurant plus bas commencèrent à déménager et la confusion augmentée par la foule des curieux attiré par l’incendie devint très grande. Des détachements des régiments de la garnison furent envoyés pour porter secours. Les compagnies du feu et la police luttaient vainement contre les flammes. Enfermées dans une rue à peine assez large pour permettre à deux voitures de passer de front, travaillant au milieu de débris de maisons et de meubles, gênées par une multitude excitée d’hommes de femmes et d’enfants ou bloquées dans de dangereux passages du côté du fleuve, leurs efforts étaient rendus entièrement impuissants. Les soldats ont travaillé aussi avec beaucoup d’énergie à sauver des meubles et autres effets.

Photographie | Vue de la rue Champlain en direction nord, Québec, QC, 1865 | I-17504.1
Vue de la rue Champlain en direction nord, Québec, QC, 1865

Vers 3 1/2 h. presque tous les quais entre les deux points indiqués plus haut comme limites de l’incendie avaient été balayés par les flammes. Bon nombre de personnes occupant les maisons sur les quais furent surprises par le feu et ne purent échapper que par le côté de leurs résidences donnant sur le fleuve; et il a été heureux pour elles que la Police fluviale se soit trouvée dans le voisinage avec ses chaloupes; autrement, plusieurs auraient perdu la vie par l’eau ou par le feu. On était obligé de jeter dans le fleuve les animaux domestiques que des embarcations ramenaient ensuite aux slips situés plus bas. Une quinzaine de navires qui se trouvaient le long des quais durent être halés au large.

Ce ne fut que vers 5 1/2 h. que l’on put espérer que le feu ne dépasserait pas la limite indiquée plus haut. Une heure auparavant, il avait été question de faire sauter une bâtisse pour arrêter les progrès de l’incendie; le Col. McCrea, qui se trouvait sur les lieux, fit venir les matériaux nécessaires à cet effet et mit ses hommes à la disposition du Maire, qui fut d’avis d’attendre jusqu’à la dernière extrémité avant de recourir à ce moyen. Heureusement qu’on put s’en passer et le feu put enfin être maîtrisé. Peu après 6 heures, les compagnies du feu commencèrent à se retirer, l’incendie n’offrant plus de danger.

Photographie | La rue Champlain, en bas de la Citadelle, Québec, QC, 1872 | I-76345.1
La rue Champlain, en bas de la Citadelle, Québec, QC, 1872

Durant l’incendie, lorsque l’on parla de faire sauter une maison pour arrêter les progrès du feu, le bruit se répandit comme l’éclair que les magasins à poudre de la citadelle se trouvaient en danger d’être atteints par l’incendie; il s’ensuivit une panique extraordinaire au milieu de cette foule immense qui bloquait la rue Champlain; ce fut un sauve qui peut général; dans la confusion, nombre de personnes furent renversées et foulées aux pieds. Cette panique se propagea jusque dans le fauboug St. Roch et y cause une grande alarme qui heureusement fut de courte durée.

Par bonheur, il n’y a, autant que nous sachions aucune perte de vie à regrette dans ce désastreux incendie, malgré que plusieurs aient reçu des blessures plus ou moins graves.

Tous les secours possibles ont été portés aux infortunées victimes de l’incendie. Le clergé, le Maire et les principaux membres du Conseil Municipal et d’autres citoyens influents de la cité ont fait tout en leur pouvoir pour leur venir en aide.

On ne connait pas encore le montant des pertes; mais on peut dire qu’elles sont considérables. »

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