La fête des orangistes à Montréal en 1877

La Minerve, 12 juillet 1877

« LE 12 DE JUILLET. – La célébration de la fête des orangistes n’a pas été accompagnée des désordres que l’on redoutait, quoiqu’on ait déjà à déplorer une victime.

La procession n’a pas eu lieu, mais toute la matiné [sic] une foule nombreuse a stationné dans la rue St. Jacques, en face de la loge orangiste, et sur la rue Dorchester devant le Knox Church, où le service du jour a été célébré. Les orangistes s’y sont rendus par petits groupes, et sans insignes, ce qui a empêché les troubles, et ils sont sortis sans être inquiétés.

Vers une heure, au moment où on pensait d’une certaine façon que tout danger avait disparu, on vint annonce à la station centrale de police qu’un homme venait d’être tué en face du magasin de M. Clendinneng, rue McGill, au coin de la rue Craig. Les renseignements que nous avons reçus sur cet événement sont tellement contradictoires que nous ne les donnons que sous toutes réserves, sauf à rétablir la vérité dans notre prochaine édition.

Page frontispice du Canadian Illustrated news  du 21 juillet 1877.

Page frontispice du Canadian Illustrated news du 21 juillet 1877.

Vers une heure et demi un individu poursuivi par plusieurs personnes s’est précipité dans le magasin de M. Clendinneng et a essayé de se débarrasser de ses agresseurs en les frappant. Au même moment une détonation, suivie de plusieurs autres, se fit entendre et il tomba frappé d’une balle qui l’atteignit à la tête. La foule se dispersa presqu’aussitôt et lorsque la police arriva tout était rentré dans le calme.

Acte de sépulture de Thomas Lett Hackett. Registre Christ Church Cathedale, Family Search

Acte de sépulture de Thomas Lett Hackett. Registre Christ Church Cathedale, Family Search

Un nommé Giroux a été blessé gravement à la cuisse et on assure qu’une femme a été atteinte.

Le défunt a été transporté à la morgue de la rue Perthuis et par les papiers qu’on a trouvé sur lui on a établi qu’il se nommait J. L. Hackett et qu’il était employé chez M. MacMaster, marchand de peintures. Il paraît âgé de 23 ans.

Thomas Lett Hackett. Canadien illustrated news, 28 juillet 1877

Thomas Lett Hackett. Canadien illustrated news, 28 juillet 1877

On prétend qu’il portait à la boutonnière un ruban couleur orange, mais ce renseignement n’est pas confirmé.

La conduite du chef de police a été admirable; sachant parfaitement qu’un déploiement de force ne ferait qu’irriter la foule, il a consigné ses hommes dans les stations, tout en dépêchant dans les différentes rues où on redoutait des troubles, des émissaires qui le mettaient au courant des événements.

Il faut espérer que ce déplorable événement sera le seul que nous aurons à mentionner. »

Pour ce qui est des funérailles, vous pouvez lire le compte-rendu publié dans la Minerve. Le texte qui suit a paru dans le Canadien de Québec.

Le Canadien, 17 juillet 1877

L’ENTERREMENT DE HACKETT

« L’enterrement de Hackett, tué à Montréal, jeudi dernier, dans les circonstances que l’on connaît, a eu lieu hier après-midi, à trois heures. Les orangistes, au nombre de cinq ou six milles, ont suivi le convoir funèbre. Plusieurs cents orangistes étaient venus du Haut-Canada, pour la circonstance. La marche de la procession a été protégée par la police et les militaires.

Procession funéraire lors de l'enterrement de T. L. Hackett. Canadien illustrated news, 28 juillet 1877

Procession funéraire lors de l’enterrement de T. L. Hackett. Canadien illustrated news, 28 juillet 1877

Il n’y a pas eu de troubles sérieux durant l’enterrement. Il y a eu un moment d’émoi sur la rue St. Jacques. Une femme orangiste ayant voulu faire sentir un lis jaune à une femme irlandaise, celle-ci a arraché le bonnet à sa voisine. Des cris de « au meurtre » se sont fait entendre et une panique s’en est suivie. Un homme a été arrêté et une vieille femme s’est fait renverser et contusionner.

Il y a eu quelques autres bagarres le long de la route suivie par la procession. Heureusement, on n’a aucune perte de vie à déplorer.

Le soir, on prétend que des orangistes qui s’en retournaient à la Pointe St. Charles ont été attaqués près du pont Wellington. Un jeune homme a été blessé par deux balles, dont l’une l’a atteint au cou et l’autre dans le dos. Le blessé a été transporté à l’hôpital. »

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A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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