La dormeuse de la rue Marie-Anne [Montréal, 1902]

Le cas d'Eva Roch a mystifié les médecins des États-Unis et du Canada. The North Platte semi-weekly tribune., 8 mars 1900
Le cas d’Eva Roch a mystifié les médecins des États-Unis et du Canada. The North Platte semi-weekly tribune., 8 mars 1900

La Patrie, 23 juin 1902

LE DERNIER SOMMEIL
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Eva Roch, la dormeuse de la rue Marie-Anne, est décédée hier
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Mlle Eva Roch, la célèbre dormeuse de la rue Marie-Anne, est décédée hier après-midi, à la demeure de ses parents, après quelques mois de maladie.

Ses accès de sommeil mystérieux avaient mis à néant la science de tous nos médecins, du Canada comme des États-Unis.

La première fois, Mlle Roch dormait pendant 28 1/2 jours, la seconde fois, 11 jours, la troisième fois, 5 jours, et la dernière fois, 35 heures.

M. le docteur Desroches, aidé de plusieurs confrères, pratiquera l’autopsie de la défunte, avec l’assentiment de la famille.

Cet article de la Patrie du 18 janvier 1899 explique bien comment les docteurs ont réussi à réveiller la belle endormie. Ils ont utilisé une méthode assez radicale.

La Patrie, 18 janvier 1899
La Patrie, 18 janvier 1899

Après vingt-sept jours de léthargie, Mlle Roch, la dormeuse de la rue Marie-Anne, a été tirée de son sommeil ce matin à 11 heures.

Le docteur Rivet a réussi enfin à opérer ce réveil qui ressemble à une résurrection.

Ce matin, le Dr Rivet, comme il l’avait décidé depuis quelques jours, a tenté une expérience décisive qui a été couronnée de succès.

Il s’est rendu à la demeure de la malade, accompagnée du docteur Simard et du docteur Lauzon, qui devaient l’assister, et, en présence de M. l’abbé Préfontaine, les trois médecins se sont mis en frais d’essayer sur la jeune fille l’effet du thermo-cautère, appareil employé en médecine pour faire des brûlures.

L’idée des médecins était de tracer avec des points de feu une double raie depuis la nuque jusqu’à la partie postérieure de la moëlle épinière, et, transversalement, d’une épaule à l’autre.

Après trois ou quatre applications de la pointe brûlante, la jeune fille a poussé un grand cri: « Maman! Qu’est-ce qu’ils font! »

Les médecins ont continué leur opération, fort encouragés de ce premier signe de retour à la vie, et bientôt, la maladie, tout-à-fait réveillée, s’est mise à crier de douleur à chaque nouvelle morsure du fer rouge. Elle appelait sa mère à son secours, sous la torture qu’elle ressentait des brûlures.

Cependant, ses yeux restaient appesantis comme par un reste de léthargie et se fermaient parfois.

Pour être certain que le réveil serait définitif, le docteur Rivest jugea nécessaire de continuer l’opération jusqu’au bout, quelque douloureuse qu’elle fut pour la patiente.

La jeune fille avait reçu plus de cinquante brûlures, toutes de peu d’étendue et absolument superficielles, lorsqu’on jugea l’opération terminée.
[…]
Pendant les premiers jours de la maladie, il [le docteur Rivet] a espéré que la malade se réveillerait d’elle-même et a résolu d’attendre. Mais quand il a vu que la léthargie se prolongeait outre mesure il a immédiatement demandé aux parents d’amener la malade dans un hôpital où il aurait pu la traiter comme doivent l’être les cas de cette nature.

Eva Roch. La Patrie, 12 janvier 1899,
Eva Roch. La Patrie, 12 janvier 1899,

La science prescrit comme moyen excellent pour tirer d’un sommeil prolongé les malades hystériques, les douches froides ou les applications électriques. Ces moyens ne pouvaient être employés que dans un hôpital, attendu qu’on ne trouve pas ailleurs les appareils nécessaires.

En outre, depuis neuf jours qu’une neuvaine était commencée à la cathédrale, sur la recommandation de Mgr Bruchési, pour le rétablissement de Mlle Roch, les parents ont refusé au médecin d’essayer aucun moyen scientifique pour la réveiller. Pleins de confiance en la prière, ils oubliaient que l’aide de Dieu ne vient jamais si bien que lorsqu’on s’aide sois-même.

[…]
Les pointes de métal employées pour la cautérisation sont en aluminium. On les chauffe à l’aide d’une lampe dont le feu est alimenté par un mélange d’alcool et de benzine.

Le docteur Rivet a été félicité du succès obtenu par un grand nombre de ses collègues. Le cas intéressant qu’il vient de conduire restera longtemps célèbre dans les annales de la médecine.

Eva Roch était la fille d’Antoine Roch et d’Angèle Leduc.

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