Un enlèvement au moyen de l’hypnotisme [1902]

Fugue ou enlèvement? A vous de décider.

La Patrie, 29 septembre 1902

UN ENLÈVEMENT AU MOYEN DE L’HYPNOTISME
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Albert Cuillerier, un jeune Montréalais, déclare avoir été entraîné à New-York par un homme étrange qui l’aurait magnétisé.
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Ses parents plongés depuis une semaine dans une anxiété inexprimable

Le jeune Albert Cuillerier, un garçon de quinze ans, joli, intelligent, l’idole de sa famille, est disparu de sa résidence, 35 rue St-Alexandre, depuis environ une semaine. Des démarches ont été faites auprès des autorités, dans toutes les principales villes du Canada et des États-Unis, et l’on a découvert que l’enfant était à New-York flânant, sans un sou, perdu dans la grande métropole américaine.

Mercredi dernier, il disparaissait subitement. On s’imagine l’inquiétude des parents, les recherches qu’ils firent effectuer partout, leurs craintes et leurs soupçons. Comme ils étaient à s’enquérir sur la disparition subite de leur fils, un voisin, ancien détective, vint les trouver et leur raconta que son garçon, à lui aussi, était parti de mystérieuse façon, depuis une huitaine. Il avait télégraphié à New-York et attendait des informations. Or, il advint que le chef de police américain, apprit à la famille désespérée que ses agents avaient trouvé dans une place publique un jeune garçon ont le signalement répondait fort à celui de leur fils, et qui disait venir de Montréal.

Des recherches plus sérieuses firent savoir que l’enfant trouvé là-bas était bien le jeune Cuillerier qu’on cherchait depuis si longtemps et qu’on avait ainsi découvert dans une ville étrangère, qu’il ne connaissait pas, et où il n’avait jamais manifesté l’intention de se rendre. Une lettre du disparu vint ensuite apprendre qu’il avait été emmené aux États-Unis par un homme aux allures étranges et mystérieuses, qui l’avait fasciné. Quand il est parti, il avait en portefeuille environ quinze dollars.

New York en 1902 par Irving Underhill. Library of Congress.

New York en 1902 par Irving Underhill. Library of Congress.

Les parents que nous sommes allés voir ce matin, ne savent comment expliquer cette disparition imprévue. Toutefois, ils ont des soupçons qui nous paraissent très vraisemblables. On se rappelle que, au mois d’avril dernier, le jeune Cuillerier avait été victime d’une tentative imprudente de magnétisme. L’enfant se trouve très disposé à ces dangereuses expériences, et sa mère s’est plainte souvent de ce que des étrangers, hypnotiseurs prétendus, s’en venaient exercer leur malhabile pouvoir sur son fils, qui s’y prêtait volontiers. Un jour, on l’avait endormi en se servant du magnétisme, et il avait fallu des heures d’effort pour le réveiller de son effroyable léthargie.

Cet accident, qui lui procura plusieurs jours de grave maladie, n’empêcha point le jeune Cuillerier de se prêter encore aux expériences des amateurs de sciences occultes. Il faut des mois entiers employés comme « sujet » dans une école de magnétisme, où tous les élèves, à tour de rôle, l’endormirent plutôt vingt fois qu’une. Ces fréquentes hypnotisations le rendirent de plus en plus sensible à l’influence magnétique, et il en était devenu à une condition telle qu’il suffisait d’un regard, d’un geste ou d’un mot pour provoquer instantanément chez lui le sommeil hypnotique.

Il lui est même arrivé plusieurs fois d’être endormi à distance et de recevoir alors des suggestions mentales auxquelles il obéissait comme si le magnétiseur se fut trouvé près de lui et lui eut donné des suggestions verbales.

Les parents de l’enfant ne doutent pas que ce dernier ait été attiré à New-York par le pouvoir hypnotique de quelque personne inconnue.

Mme Cuillerier se promet bien de ne plus laisser son fils exposé à de si effrayants périls, et voilà qu’elle soupçonne même un homme qu’elle connait, d’avoir profité de cette prédisposition au magnétisme que son enfant possède pour l’avoir emmené à New-York et lui avoir volé son argent, au cours de la route.

Le jeune garçon a écrit à ses parents, vendredi, une lettre touchante, qui demande de l’argent pour le retour et qui ne donne pour toute explication qu’il a été emmené à New-York par un « homme étrange ».

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A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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