Un amusement stupide [Montréal, 1902]

La Patrie, 24 septembre 1902

UN AMUSEMENT STUPIDE
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Un conducteur de tramway à moitié ivre, parcourt la ville en déchargeant dans toutes les directions un revolver de gros calibre
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On désarme à la fin le dangereux individu
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Un nommé Joseph Hurteau, conducteur de tramway, a été traduit en Cour du Recorder et condamné à $6 d’amende et aux frais de la cause ou à 20 jours de prison. L’offense dont il s’est rendu coupable est sans contredit l’une des plus originales et des plus dangereuses qu’il soit possible d’imaginer. Le 6 septembre, vers dix heures du soir, il montait en uniforme à bord d’un tramway de la rue Amherst, et se plaçait sur un banc en arrière. Tout à coup il sortit de sa poche un revolver de gros calibre et se mit à tirer dans la rue, à la grande frayeur des dames qui se trouvaient dans le char, et des passants que l’on rencontrait. Il tira sur la rue Dufferin, sur la rue Mont-Royal, monta à bord d’un tramway de la rue Saint-Denis, tira encore à deux reprises, revint sur la rue Amherst, et déchargea son arme en passant à l’angle des rues St-André et St-Hubert. Il fallait voir tout le monde fuyant devant cet énergumène, appelant la police et disparaissant dans toutes les cours voisines.

Photographie | Tramway no 662, hangars Saint-Henri, Montreal Street Railway, QC, 1905 | MP-1986.53.2

Tramway no 662, hangars Saint-Henri, Montreal Street Railway, QC, 1905

Hurteau se rendit de nouveau sur la rue Rachel, non sans avoir lancé quelques balles dans diverses directions, histoire de n’en pas perdre l’habitude. Devant l’étal de boucher de M. Papineau, rue Rachel, les détonations devinrent si fréquentes qu’on résolut de mettre fin à cette furie devenue pas drôle du tout. Soudain l’individu pénétra dans l’étal, avec à la main son revolver encore fumant, qu’il promena devant la figure des dames qui se trouvaient là. M. Papineau, impatienté, menaça de le livrer à la police, et Hurteau s’enfuit. Mme Papineau en est restée nerveuse et malade pendant quelques jours.

On alla sa plaindre au poste de police No 14, et la tâche très difficile de recueillir la preuve de cette cause fut confiée au caporal Morin, qui s’en acquitta à merveille. Grâce au dévouement et à l’habileté qu’il prodigua dans le rassemblement des témoins, Hurteau était amené en cour, hier après-midi, et condamné après avoir plaidé coupable et offert comme simple explication qu’il était éméché ce soir-là.

Il serait à désirer qu’il me s’éméchât plus.

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A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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