Tragédie sur le Saint-Laurent: l’incendie du navire Montréal [1857]

Monument funéraire dédié aux victimes de l'incendie du Montréal. Cimetière Mount Hermon, Québec. Crédit: Vicky Lapointe, 2010
Monument funéraire dédié aux victimes de l’incendie du Montréal. Cimetière Mount Hermon, Québec.  Comme me l’a signalé un lecteur, la date sur le monument est incorrecte. Crédit: Vicky Lapointe, 2010.

Le Canadien, 27 juin 1857

CATASTROPHE EPOUVANTABLE

Un de ces coups affreux ménagés par la Providence pour nous rappeler de fois à autres la fragilité des choses humaines et nous faire courber le front devant les terribles et mystérieux secrets de l’avenir, est venu hier soir nous foudroyer par sa soudaineté. A peine le soleil venait-il de baisser sous l’horizon qu’un message spécial arrivant du Caprouge à l’Hôtel-de-Ville, annonçait au Maire et au Conseil Municipal en séance que le bateaux à vapeur le Montréal parti de Québec à 4 heures P. M. venait de périr par le feu sur la côte du Caprouge à une encablure du rivage avec la plus grande partie de ses passagers s’élevant à un nombre variant d’après divers rapports de 287 à 427.

[…]
Nous allons donner quelques édtails que nous devons un peu à nos propres informations, mais en grande partie au Morning Chronicle.

Peinture | Montréal depuis l'Île Sainte-Hélène. | M21212
Montréal depuis l’Île Sainte-Hélène v. 1852-53 par James Duncan. On y aperçoit le Montréal.

La nouvelle du désastre nous est arrivée vers huit heures et demie, hier soir. Le Montréal avait laissé Québec à 4 heures après midi. Quant à la cause du sinistre, les opinions varient jusqu’à présent; cependant, nous sommes heureux de le dire, l’opinion général est que le feu a pris accidentellement. On s’en est aperçu vers cinq heures vis à vis du Cap-Rouge. Une panique s’ensuivit tout naturellement. En même temps que l’on faisait tous les efforts pour maîtriser l’incendie, on mettait à l’eau les petits embarcations destinées au sauvetage des passagers. Le feu faisait des progrès d’une effrayant et invincible rapidité. En ce moment le vaqisseau était à peu près à 15 milles de Québec. On conçoit qu’il est impossible de décrire la scène de désordre, de confusion et de désespoir parmi les malheureux passagers qui tous cherchaient le moyen d’échapper à une mort certaine. Aux signaux de détresse, le Napoléon, en route aussi lui pour Montréal, se trouva sur le théâtre du désastre et recueillit quelques passagers. Le capitaine et l’intendant des vivrse se jetèrent à la nage et eurent le bonheur d’atteindre l’Alliance qui passait avec deux barges à sa remorque.

Il y avait à bord du Montréal à peu près 330 émigrants, quelques familles allemandes et autres passagers de chambre, nous n’avons encore entendu parler que de M. McLarent, geolier de Québec, dont on ignore le sort jusqu’à présent et de M. Phillips qui tout probablement et au nombre des morts. Il y avait plusieurs touristes Américains au nombre des passagers de chambre.

Le nombre des victimes n’est pas exactement connu; on le porte à 200 et même jusqu’à 250. Nous espérons que le temps contredira ces rapports qui au reste, comme cela est déjà arrivé en pareilles circonstances, pourraient bien être exagérés.

On avait trouvé ce matin neuf cadavres, dont cinq flottant sur le fleuve, et qui ont été transporté au Caprouge, dans la maison de M. Moïse Plante. On pense que M. Phillips, de la compagnie bien connue ‘Notcross and Phillips’ des Trois-Rivières est du nombre. Il y a aussi une femme, une allemande, et les trois autres sont des enfants, deux petits garçons et une petite fille de six ans environ. L’Alliance a sauvé quatre personnes qu’il a emmenées à Québec. Parmi elles se trouvent une femme qui a deux beaux-frères à St-Roch, une jeune femme écossaise, les autres sont des enfants.

[…]

Le vaisseau est brûlé jusqu’à flottaison; mais on espère trouve plusieurs corps dans la cale, à mer basse. L’Alliance est repartir ce matin à 4 heures.

Lorsque la nouvelle est arrivée ici hier soir, le Conseil siégait.
[…]

A minuit, le maire s’est rendu sur les lieux et a fait toutes les recherches nécessaires pour sauver les survivants, mais sans succès. Il est revenu à trois heures ce matin.
[…]

Postscriptum. – On nous assure à l’instant que le Napoléon a sauvé 200 personnes, dont 16 sont mortes à bord, durant le trajet.

Parmi les quarante-cinq cadavres qui viennent d’arriver dans l’Alliance, se trouve celui de notre pauvre ami, M. McLaren, geolier de Québec.

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Un commentaire

  1. cgma dit :

    A reblogué ceci sur Cercle Genealogique de Maisons-Alfortet a ajouté:
    Du côté du Canada.

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