Inauguration de l’Asile des aliénés de Beauport [1850]

En 1845 a été fondé à Beauport un asile dit provisoire. Il a été aménagé dans le manoir bâti pour Robert Giffard. L’asile déménage quelques années plus tard. Transportons-nous en 1850 alors que le nouvel asile est inauguré.  L’article donne une image très positive de l’asile, exagérée, même.

Le Canadien, 17 mai 1850

UNE FÊTE EXTRAORDINAIRE – Le nouvel Asile des Aliénés à Beauport, sur la terre appartenant autrefois au juge de Bonne, a été inauguré mardi soir par une fête d’un genre nouveau, à laquelle MM. les docteurs James Douglas, Morrin et Frémont, propriétaires de cet établissement, avaient invité l’élite de la société de Québec. Environ quatre cents personnes profitèrent de cette invitation pour visiter le lieu de séjour et de soulagement offert par ces médecins distingués à la plus grande infortune dont l’humanité puisse être atteinte.

Le vaste et bel édifice, éclairé au gaz depuis le rez-de-chaussée jusqu’au dôme, et situé à deux milles environ de Québec, présentait de loin, à la nuit tombante, un coup d’oeil féérique. En y arrivant sur les huit heures, au lieu des cris sauvages et déchirants qu’on s’imaginerait entendre émaner du triste séjour de 170 aliénés, nos oreilles furent agréablement frappées des sons joyeux d’une musique harmonieuse; et après avoir traversé plusieurs appartements tapissés et meublés avec élégance et brillamment éclairés, nous trouvâmes les pensionnaires de l’établissement, de l’un et de l’autre sexe, réunis dans une grande pièce, à l’aile occidentale de l’édifice, occupés à danser. Cette occupation, qui contrastait si étrangement avec les idées qu’on se fait de leur état moral, ils s’y livraient avec autant d’ardeur et de plaisir que pourraient le faire les plus sages de ceux auxquels ils devaient plus tard céder la place. Plusieurs hommes et femmes se groupèrent autour de nous, et en causant avec eux familièrement et de manière à les mettre à leur aise et à leur inspirer de la confiance, nous pûmes nous convaincre, au milieu des divagations de leurs esprits et des romans étranges que nous débitaient quelques-uns d’entr’eux, qu’ils jouissaient de tout le bonheur compatible avec leur triste état, et que les habiles directeurs de cette institution possédaient le véritable secret du traitement de leur maladie. Une femme, entr’autres, qui nous dit être arrivée depuis peu de temps de Montréal, et qui savait bien pourquoi elle était là, nous dépeignit le bonheur dont elle jouissait dans son malheur, avec des accents qui auraient porté cette conviction dans l’esprit le plus prévenu contre l’établissement. L’affection qu’ils témoignent pour leurs bienfaiteurs, et la docilité avec laquelle ils obéissent au moindre signe de leur volonté, en sont d’ailleurs des preuves suffisantes.

Après cette causerie, nous visitâmes toutes les parties de l’édifice, depuis la cuisine, les caves et les lieux d’aisance jusqu’aux mansardes, accompagnés de M. le docteur Frémont, qui mit la plus grande complaisance à tout montrer et expliquer, et nous pûmes admirer l’ordre, la propreté qui règnent partout, la prévoyance et l’attention avec lesquelles tout est disposé pour la santé et le confort des malades, les moyens adoptés pour la salubrité de l’établissement, pour y amener de l’eau pure, pour l’éclairer, le chauffer et l’aérer, et le soin avec lequel tout est fini jusque dans les moindres détails. Nous avons visité quelques-uns des établissements les plus renommés de ce genre dans les États-Unis, tels que le M’Lean Asylum près de Boston, le Retreat for the Insane près de Hartford, où l’on s’est aussi fait un plaisir de nus tout montrer: ces hospices célèbres et richement dotés peuvent sans doute loger des pensionnaires opulents d’une manière plus somptueuse; mais sous le rapport de l’économie intérieure et de l’adaptation aux fins d’une pareille institution nous ne les croyons pas aussi complets, aussi parfaits que l’Asile de Beauport.

Vers dix heures, les aliénés se retirèrent, en apparence très-satisfaits, et la compagnie alla se rafraîchir dans une autre partie du bâtiment où de longues tables, dressées dans un vaste corridor servant de promenade, étaient chargées de pâtisseries et autres bonnes choses, et ornées de distance en distance de cactiers et autres plantes en fleur, provenant de la serre du docteur Douglas.
[…]

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