Portrait de la mortalité à Sainte-Justine en 1893-1895

C’est en 1894 que la paroisse de Sainte-Justine (comté de Bellechasse, Québec) connaît le plus grand nombre de décès de son histoire, soit 46. De quoi ces paroissiens sont-ils décédés?  Quel groupe d’âge a le plus été touché? Voyons ce que nous apprennent les registres catholiques.

Quelques statistiques

Les registres de Sainte-Justine débutent en 1864. 27 ans plus tard, selon le recensement canadien, le village compte 609 habitants, majoritairement des cultivateurs. Théophile Trudel en est le curé.

Le graphique suivant montre le nombre de décès enregistrés chaque mois à Sainte-Justine de 1893 à 1895. Les données de 1893 (un total de 24 décès) incluent cinq décès survenus à la mission voisine de Sainte-Rose-de-Watford. Dès 1894, cette mission a ses propres registres. Notez que l’année 1895 est plutôt calme avec seulement 11 décès.

graphiquedeces1894stejustine

Examinons les données de 1894.  Mai est le mois où il y a le plus de décès (10) suivis de février, juillet et septembre (5). Cette année-là, les morts sont généralement portés en terre (ou mis dans le charnier si la terre est gelée) le lendemain de leur décès. En 1893 et en 1895, le délai est plutôt de deux jours.

Voyons maintenant le graphique suivant qui représente l’âge au décès.

mortaliteagestejustine1894

Sans surprise, la mortalité infantile est importante. Des enfants décèdent le jour de leur naissance. Certains sont ondoyés par madame Olivier Labbé (née Sophie Cloutier) ou par la sage-femme Gagné de Sainte-Germaine-du-Lac-Etchemin. Madame Angélique Couture, épouse de François Chabot, est décédée en 1894 à l’âge vénérable de 92 ans.

Perdre un membre de la famille

Certaines familles ont particulièrement été éprouvées durant cette période. En voici quelques exemples.

Évangéliste Turcotte et Délima Provost de Sainte-Rose de Watford perdent deux enfants, Marie-Alma et Marie-Anne, à une semaine d’intervalle, en mai 1893.

Chrysogome Vermette et son épouse Mathilde Saint-Pierre décèdent à quelques mois d’intervalle en 1893.

Alphonse Poliquin et Aurélie Provost perdent deux enfants, Alphonsine et Henri, à une journée d’intervalle, en novembre 1893.

Charles Chabot et Georgina Turgeon perdent deux enfants, Évangéline et Éva. Évangéline décède le 24 janvier 1894 et Éva le 7 mars 1894.

Théodore Tanguay et Adèle Godbout voient leur fille Ledia décéder le 6 avril 1894 et leur fils Théodore Rosario meurt 10 jours plus tard.

Philias Tanguay et Césarie Nadeau  perdent deux filles, Ledia et Justine, décédées respectivement le 23 et le 27 avril 1894.

Un enfant décédé aux États-Unis est enterré à Sainte-Justine durant cette période. Joseph Adélard Lessard (quatre mois et 27 jours), fils d’Amédée et de Marie Brochu, est décédé à Manchester, Maine, le 20 mai 1893. Son enterrement a eu lieu le 23 mai de la même année. Sainte-Justine étant située près de la frontière du Maine, il était courant que certains paroissiens aillent travailler aux États-Unis.

Acte de sépulture de Lessard. Registres de Sainte-Justine, sépulture no 7, septième feuillet. Family Search

Acte de sépulture de Joseph Adélard Lessard. Registres de Sainte-Justine, sépulture no 7, septième feuillet. Family Search

Deux femmes décèdent peu après leur accouchement. Célanire Perreault, la première épouse de mon arrière-grand-père Philias Lachance, meurt quelques jours après avoir accouché de sa fille Joséphine. Mon arrière-grand-père s’est remarié en avril de la même année. Oliva Gagnon, épouse de Louis Bisiers, âgée de 32 ans, meurt huit jours après avoir accouché d’un garçon qui n’a vécu que quelques heures.

Le premier médecin à pratiquer à Sainte-Justine fut J.-Emile Cayouette qui y installa sa pratique en 1906. Le Livre-souvenir du 125e anniversaire de Sainte-Justine mentionne aussi que les gens du village pouvaient consulter Léon Morin, qui avait la réputation d’être un « guérisseur ».

Conclusion

Les registres sont muets quant aux causes de décès à cette époque. On ne peut que spéculer: maladies infantiles, complications après un accouchement, etc. En 1894, l’intervalle entre le décès et l’enterrement passe de deux à un jour. Ce sont majoritairement des enfants faisaient parfois partie de la même famille qui décèdent durant ces années. Ce n’est qu’en 1916 que Sainte-Justine connaîtra un nombre de décès presque aussi élevé qu’en 1894. 45 paroissiens décéderont alors.

 

Sources: Registres de Sainte-Justine, Family Search et Livre-souvenir du 125e anniversaire de Sainte-Justine (1987).

A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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4 commentaires pour Portrait de la mortalité à Sainte-Justine en 1893-1895

  1. Très intéressant. Pour les causes de décès, avez-vous accès aux enquêtes de coroner? Ça ne répondrait peut-être pas à toutes les questions, mais avec un peu de chance vous pourriez peut-être y retrouver quelques détails sur les causes de décès. Continuez votre travail. C’est très intéressant.
    Eric Veillette

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  3. Merci! J’ai accès à la base de données des enquêtes des coroners hébergée sur le site internet de BANQ. Avant 1900, il n’y a que deux dossiers pour Ste-Justine, des enquêtes menées en 1879 et 1882 (congestion des poumons et épilepsie). Je vois que les dossiers des coroners concernant le district judiciaire de Beauce sont au Centre d’Archives de Québec. J’habite un peu loin, mais lors d’une prochaine visite à Québec, j’espère avoir la chance de parcourir ces dossiers.

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  4. Clovis Paquin dit :

    Ma mère me mentionnait que la typhoide était souvent en cause, particulièrement chez les enfants. Le lait de vache non pasteurisé, l eau du puits sont souvent en cause. Dans les années 1930, le gouvernement institua un programme d allaitement maternernel: La goutte de lait

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