Les historiens et l’information numérique

computerNous vivons à une époque où plusieurs tentent de restreindre leur consommation de papier, que ce soit pas conscience écologique ou pour bien pour des raisons de budget. Par exemple, des périodiques et des journaux sont publiés uniquement sur internet. Des conseils municipaux utilisent des ordinateurs portables pour échanger des fichiers lors de réunions plutôt que d’imprimer des centaines de pages. L’utilisation du papier ne cessera pas à court terme, mais les gens se tourneront de plus en plus vers des solutions numériques. Je me pose la question suivante: quel impact aura l’information numérique (courriels, médias sociaux) sur le travail de l’historien?

Du papier au format numérique

L’historien, bien souvent, travaille avec des documents en format papier. Avec l’utilisation massive de l’informatique, il se retrouvera de plus en plus confronté à des documents produits par ordinateur et diffusés par internet.

Est-ce que tous les documents numériques seront accessibles? Non. Pensons aux emails. Votre nom d’usager et votre mot de passe ne sont pas publics, à moins que vous soyez très négligent. Aussi, la quantité d’information numérique peut en freiner l’analyse. Par exemple, qui va prendre le temps d’analyser les 8000 gazouillis de quelqu’un, même s’il s’agit d’un personnage qui aura laissé sa marque dans l’histoire? Et pourtant, des informations intéressantes peuvent se glisser dans ces gazouillis. Ces derniers permettent de mieux connaître les intérêts d’une personne, ses opinions, sa personnalité…

Anciennement, on pouvait étudier la correspondance papier d’un personnage important. Maintenant, que fait-on si la correspondance des gens d’aujourd’hui est essentiellement par e-mail et messages sur les réseaux sociaux?

L’information numérique, qu’est-ce que ça vaut?

Internet nous bombarde d’information. Souvent, des informations non-vérifiées sont relayées par cette technologie. On s’emporte et hop, on veut être parmi les premiers à transmettre l’info, on laisse le bon sens de côté et l’information circule… Par exemple, le décès de l’acteur américain Patrick Swayze a été annoncé des centaines de fois par des gazouillis sur Twitter il y a quelques semaines, information qui s’est révélée fausse.

Internet peut amplifier l’impact d’un écrit. Une lettre d’opinion publiée dans un journal version papier peut ne susciter aucune réaction, mais le même texte publié sur un blogue peut engendrer de solides discussions.

Notons que les internautes peuvent échanger leurs commentaires et publier des textes sur des sujets ignorés par les médias… Internet peut se révéler un intéressant complément aux sources d’information traditionnelles.

Accordez-vous la même importance à un document sur support numérique qu’à un document imprimé sur du papier? L’important, c’est de rester critique face à tout document .

Conserver les informations pertinentes

J’aimerais bien que Bibliothèque et Archives nationales du Québec produise un document du genre A l’abri de l’oubli, mais pour les informations numériques. Faut-il conserver tous ses documents électroniques? Et après, comment fait-on pour se retrouver dans toutes ces informations? J’ai bien hâte de voir si nos courriels seront encore lisibles dans 50 ans. La technologie évolue si vite… Le risque existe que des données numériques soient perdues, faute d’équipement pour les conserver et les lire. Certains peuvent aussi effacer ces données, les croyant sans valeur. Les gens du domaine des sciences de l’information vont avoir à traiter, conserver et rendre accessible ces données.

Conclusion

En somme, l’historien devra s’adapter à la technologie. De nouveaux types de sources apparaissent grâce à l’internet. Il lui faudra adapter ses pratiques et entamer une réflexion quant à l’utilisation des documents numériques en histoire.

Source de l’image: Commission scolaire de Laval

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Projets de numérisation dans le domaine culturel: le guide du groupe Minerva

Le projet Minerva a pris naissance en 2002. Il a été lancé par le ministère italien de la culture, mais s’étend maintenant à une bonne partie de l’Europe. Ce projet vise à contribuer à la numérisation du patrimoine culturel européen. Ainsi, le groupe a publié en 2004 un document fort utile, intitulé Guide des bonnes pratiques, document destiné au milieu culturel (bibliothèques, archives, musées)

Ce guide traite des étapes entourant un projet de numérisation:

  • la planification
  • la sélection, la manipulation et la numérisation des documents
  • la préservation des contenus numérisés
  • les métadonnées
  • la diffusion du contenu numérisé
  • les droits d’auteur
  • la direction d’un projet de numérisation

Ce document de 35 pages est une bonne introduction à la gestion de projet de numérisation. Il prodigue plusieurs conseils pertinents. Le mot-clé est planification!

Guide des bonnes pratiques du groupe Minerva, version 1.3

Pour des guides plus exhaustifs sur le thème de la numérisation dans le domaine culturel, je vous suggère
Ninch guide to good practice, Humanities Advanced Technology and Information Institute (HATII) Université de Glascow et National Initiative for a Networked Cultural Heritage (NINCH)
Digital History: A Guide to Gathering, Preserving, and Presenting the Past of the Web (Center for History and New Media (CHNM)
Numérisez vos collections : Guide à l’intention des gestionnaires chargés de la planification et de la mise en œuvre de projets d’informatisation, Réseau canadien d’information sur le patrimoine (RCIP)

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Le guide essentiel pour les projets de numérisation en histoire

Digital History: a Guide to gathering, preserving and presenting the past on the web a été créé par Daniel J. Cohen et Roy Rosenzweing, deux professeurs d’histoire ayant participés à des projets de digitalisations historiques et associés à la Center for History and New Media (CHNM). Il vise à aider les historiens à planifier, créer et faire connaître un site internet à vocation historique, ce qui n’est pas une mince tâche.

L’utilisation de l’internet ne fait pas l’unanimité chez les historiens. Les auteurs présentent les préjugés entretenus et y répondent en présentant es différentes étapes et considérations qui entrent en jeu dans la diffusion efficace de l’Histoire via internet. Cohen et Rosenzweing présentent un court historique du web.

Les auteurs font ensuite un portrait de l’Histoire sur le net. Trois genres de sites sont présentés: les sites mettant en ligne des sources (archives, exposition virtuelle, films, travaux académiques, essais), les sites consacrés à l’apprentissage et l’enseignement de l’Histoire et pour terminer, les sites de discussion et les sites organisationnels.

La partie suivante s’intéresse aux différentes étapes de la gestion d’un projet internet en histoire. Quelles technologies utiliser et quelles méthodes doit-on utiliser pour mettre du contenu en ligne? Il est bien important de planifier son projet avant de le réaliser. Les auteurs suggèrent de visiter des sites semblables à ce que l’on veut réaliser et ainsi, comprendre ce qui fonctionne et ne fonctionne pas lorsqu’on met du contenu historique sur le web. Ensuite, ils se penchent sur ce qui est à souhaiter concernant l’aspect visuel d’un site et présentent quelques logiciels (aucun n’est un logiciel open-source) pour la création de sites internet. On discute aussi de l’intégration de contenu multimédia, des bases de données, de l’hébergement du site internet, de l’adresse URL, du nom du site ainsi que de la planification du budget du projet.

La numérisation du matériel est ensuite abordée. On présente ses avantages et désavantages, les différents procédés, comment présenter le matériel digitalisé et surtout, qui doit se taper le boulot?

Une section du site aborde la question du design, plus particulièrement le look du site, la navigation la structure et l’accessibilité du site.

Une des dernières sections traites de l’audience. Comment rejoindre son public, publiciser sont site, le référencement et la fidélisation de l’audience sont abordés.

Digital History contient aussi une annexe présentant de façon plus techniques les bases de données et les langages PHP et XML.

Commentaires:

Ce site est un must pour quiconque veut mettre du contenu historique en ligne. Il aborde les bases de la gestion de projet. J’ai apprécié le sérieux et la rigueur des auteurs. Des notes de bas de pages complètent le texte. Idéal quand on veut en savoir plus… Ils citent et montrent des captures d’écran de nombreux sites internets en exemple, ça permet de voir ce qui se fait en matière de digitalisation de l’Histoire. Ils donnent de nombreux conseils judicieux et partagent généreusement avec nous leur savoir, acquis suite à leur participation à de nombreux projets de digitalisation en histoire. J’ai par contre été déçue de l’absence de mention des ressources open source. Et oui, il est possible de faire des sites internet sans Photoshop et Dreamweaver. Pensons à Gimp et NVU…

Adresse du site: http://chnm.gmu.edu/digitalhistory

Une version papier est aussi disponible dans les bonnes librairies.

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Ninch Guide to Good Pratice

Le projet Ninch Guide to Good Pratice (http://www.nyu.edu/its/humanities/ninchguide/ )a été initié par la Humanities Advanced Technology and Information Institute (HATII), University of Glasgow et la National Initiative for a Networked Cultural Heritage (NINCH). La version en ligne de ce guide de digitalisation des sources date de 2002. Il demeure toutefois un incontournable pour la planification de ce genre de projet.

La page d’accueil est aérée, sans frioriture, un peu à la google. Les sections sont clairement indiquées. On retrouve des sections sur la gestion des droits, la planification du projet, la numérisation et la gestion des images, etc.

Les sections sont parsemées de liens pour approfondir le sujet traité. Il y a de nombreuses  »checklists » pour souligner les points à ne pas oublier et les questions à se poser.

On peut consulter le Ninch guide sous sa forme internet ou bien télécharger le guide en format pdf.

Simple, va droit au but, ne cherche pas a épater la galerie, efficace, ce site demeure un modèle du genre, tant par sa présentation que son contenu.

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