Les frères Bilodeau (1933)

Par Vicky Lapointe.

Jadis, l’industrie forestière faisait vivre bien des familles par chez nous. L’hiver, les hommes montaient aux chantiers où ils se faisaient bûcherons. Le bois récolté durant l’hiver était entreposé sur des cours d’eau. Au printemps, la fonte des glaces libérait ce bois destiné à l’industrie de la construction ainsi qu’à l’industrie papetière. C’était le temps de la drave. Les billots flottaient vers leur destination sous la supervision du draveur. S’il y avait embâcle, les draveurs dégageaient les billots à l’aide de gaffes, « des longues perches munies d’un crochet et d’une pique  à une extrémité » (Beaudoin, 2014). Sinon, ils utilisaient la dynamite.

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La drave = The Drive. Carte postale par Edmond-Joseph Massicotte, BANQ CP 032409

Le métier de draveur n’était pas sans danger. En 1932, deux Lachance de Lac-Etchemin ont perdu la vie en dravant. L’année suivante, d’autres jeunes hommes de par chez nous sont décédés en accomplissant cette tâche.

Le 20 mai 1933, treize d’employés de la Anglo-Canadian Pulp & Paper prennent place à bord d’une embarcation à rames. Ils sont sur la rivière Haute Savane, un affluent de la rivière Montmorency, à environ 40 milles au nord de Sainte-Brigitte de Laval près de Québec. Parmi eux, les frères Bilodeau de Sainte-Justine, Joseph, Jules et Henri ainsi qu’Édouard Gagnon de Sainte-Sabine.

En cas d’embâcle, ils ont emmené avec eux une certaine quantité de dynamite. 58 bâtons selon l’Action catholique. Malheureusement, un accident survient. La dynamite explose. Sept des treize occupants de l’embarcation sont tués sur le coup.

Il s’agit de:

  • Georges Aubé, Aubey ou Aubry, 25 ans, ingénieur forestier, Bathurst, Nouveau-Brunswick;
  • Joseph Imbeault ou Imbault, 39 ans, contremaître, 215 rue St-Paul, Québec;
  • Lionel Touchette, 21 ans, St-Férréol-des-Neiges;
  • Édouard Gagnon, 23 ans,  Sainte-Sabine (fils d’Aurèle Gagnon et Rosanna Couture);
  • Jules Bilodeau, 23 ans, Sainte-Justine;
  • Henri Bilodeau, 20 ans, Sainte-Justine
  • Henri Turgeon, 23 ans, Québec.

Rodolphe Bureau, de Sainte-Martin (Beauce), Alexandre Primeau, Québec, Paul Arthur Roy, Québec, Damase Morissette, Québec, Joseph Bilodeau, de Sainte-Justine et Louis Dupuis de St-Férréol-des-Neiges survivent à l’accident. Selon la Patrie et l’Action catholique, Rodolphe Bureau a perdu un oeil et a eu le tympan d’une oreille crevé. Des collègues de travail se sont portés à leur secours. L’endroit n’était pas facile d’accès, le docteur n’est arrivé que quelques heures plus tard sur les lieux de la tragédie.

Jules et Henri Bilodeau (fils de Charles Bilodeau et Marie-Anne Poulin) reposent dans le cimetière de Sainte-Justine, comté de Bellechasse, Québec.

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Monument funéraire de Jules et Henri Bilodeau, cimetière de Sainte-Justine, 2016. @Vicky Lapointe

Leur frère Joseph, qui a survécu à l’accident, est décédé le 19 avril 1991 et a été inhumé à Ste-Justine.

Bibliographie:

L’Action catholique du 22 mai 1933 (BANQ).

La Patrie du 22 mai 1933 (BANQ).

BEAUDOIN, Raymonde. La vie dans les camps de bûcherons au temps de la pitoune. Québec, Septentrion, 167 pages.

Répertoire BMS Sainte-Justine 1862-2012 par Germain Royer.

Les dangers de la drave [1932]

L’Action catholique, 18 juillet 1932

LE CADAVRE DE LACHANCE EST REPECHE

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Il a été retrouvé hier matin, dans la rivière Jacques-Cartier – Près de Stoneham – Par des pêcheurs.
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Les eaux agitées et énigmatiques de la rivière Jacques-Cartier ont rendu hier matin le cadavre du jeune Joseph Lachance de Ste-Germaine Dorchester qui s’était noyé en même temps que son frère en travaillant à la descente des billots pour le compte de l’Anglo-Pulp Co.

Le cadavre a été retiré des eaux en arrière de Stoneham par MM. Henri Bédard, Alex. Lebel, Joseph Marcoux et Lucien Marcoux, qui étaient en excursion de pêche dans le territoire environnant le cours d’eau de la rivière Jacques-Cartier.

Le corps de la victime était presque méconnaissable, mais les autorités de la morgue ont réussi à l’identifier grâce aux renseignements que possédait le Dr. F. Leclerc.

Les autorités de la morgue ont été prévenus aussitôt cette macabre découverte faite, et à bonne heure hier matin le fourgon de la maison Hubert Moisan ramenait le cadavre en ville. Une enquête sera tenue à trois heures aujourd’hui.

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