Un médecin morphinomane [Juin 1905]

Extrait de la Tribune de Woonsocket, Rhode Island, 23 juin 1905

VICTIME DE LA MORPHINE

BAY-CITY, Mich., 21 – Le Dr Binmore, de Montréal, s’est suicidé aujourd’hui dans un hôtel.

Le docteur, qui était depuis de longues années un morphinomane invétéré était venu ici pour suivre un traitement dont on lui disait le plus grand bien.

Le traitement ne donna aucun résultat. Désespéré de voir sa vie brisée par sa terrible passion, le malheureux résolut de mettre fin à ses jours.

J’ai pu trouver quelques informations supplémentaires sur le web à défaut de mettre la main sur l’acte de décès. Le Marshall News (Michigan) du 30 juin 1905 identifie la victime comme étant le Dr J. E. Binmore de Lewiston, Michigan, marié et âgée d’environ 40 ans.

Le Marshall Expounder (Michigan) du 30 juin 1905 nous apprend que Binmore était à l’hôpital depuis six mois pour traiter sa dépendance. A cause de ses problèmes de toxicomanie, Binmore et son épouse vivaient séparés, elle à Whitehall et lui à Lewiston.

Ces deux articles sont disponibles sur http://newspaperarchive.com/ (vous pouvez consulter quotidiennement deux articles sans frais).

Dans le recensement américain de 1900, on trouve un James E. Benmore qui habite à St. Louis, Missouri, en compagnie de son épouse Lizzie, originaire du Michigan. Né en mai 1870 au Canada (anglais), Benmore est  »physician » donc médecin. Il est arrivé aux États-Unis en 1898.

Dans l’annuaire Lovell 1894-1895 (Montréal), on trouve un Dr J. E. Binmore.

Extrait de l'annuaire Lovell 1894-1895

Extrait de l’annuaire Lovell 1894-1895

Si nous consultons le recensement du Canada de 1881, nous trouvons un James E. Binmore, 14 ans, habitant Montréal, St. Antoine Ward. La cheffe du foyer où il réside est Jane Grace Binmore, veuve. Je crois qu’il s’agit de Jane Grace Lockhart qui a épousé John Binmore en 1858 à l’église anglicane St. George de Montréal, ce même John est probablement  décédé en 1878 à Montréal). Dans l’annuaire Lovell  1875-1876, il est indiqué que John Binmore est employé par James Johnston  & Co.

Recensement canadien de 1881 – Montreal – Faubourg St-Antoine page 8

Et pour finir, dans la base de photos du Musée Mccord, on retrouve cette photo:

Photographie | J. E. Binmore, Montréal, QC, 1881 | II-59845.1

J. E. Binmore, Montréal, QC, 1881

Billets reliés

Le Traité élémentaire de matière médicale et guide pratique des Soeurs de Charité de l’Asile de la Providence [1870]

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Le Traité élémentaire de matière médicale et guide pratique des Soeurs de Charité de l’Asile de la Providence [1870]

Photographie | Maison-mère et chapelle des Soeurs de la Providence, rue Sainte-Catherine, Montréal, QC, vers 1890 | MP-0000.864.1

Maison-mère et chapelle des Soeurs de la Providence, rue Sainte-Catherine, Montréal, QC, vers 1890

L’asile de la Providence

Le bâtiment que vous voyez sur la photo ci-dessus est l’asile de la Providence. Il appartenait à la communauté des Soeurs de la Providence, d’abord appelée Filles de la Charité servantes des pauvres. Cet ordre a été fondé en 1841 par Emilie Gamelin. L’asile a quant à lui a été bâti en 1842.  Pendant plus de 120 ans, les nécessiteux et les malades y trouveront secours. Le bâtiment est acheté par la ville de Montréal en 1963 (construction du métro oblige).  Durant les travaux de démolition, le 16 décembre 1963, un incendie se déclare. Le terrain a ensuite servi de stationnement pendant une trentaine d’années. Aujourd’hui, on y trouve la place Emilie-Gamelin.

Place Emilie-Gamelin, auteur Jean Gagnon

Savoir médical

Maintenant, jetons un coup d’oeil au savoir médical des soeurs, savoir qui a été rassemblé dans le Traité élémentaire de matière médicale et guide pratique des Soeurs de Charité de l’Asile de la Providence , deuxième édition, 1870. J’ai sélectionné des passages concernant l’opium et la feuille de coca.

L’opium

L’opium est sans contredit le remède le plus précieux de toute la matière médicale, et celui dont l’usage est le plus fréquent.

C’est un des plus sûrs moyens de produire le sommeil et de calmer la douleur presque partout où elle se rencontre, et qu’elle qu’en soit la cause (page 516).

On le recommande dans les cas de  »choléra du pays », d’épilepsie, de pneumonie, de bronchite, de diarrhée, de dysenterie, de rhumatisme, des maladies de la prostate, de gonorrhée, de typhus et de gangrène, entre autres.

En 1908, il est devenu illégal au Canada d’importer, posséder ou vendre de l’opium, sauf pour un usage médicinal.

La feuille de coca

Les feuilles mâchées, en petite quantité, par les courriers, les voyageurs et les ouvriers mineurs, leur permettent de rester un jour ou deux sans prendre de nourriture solide ou liquide; elles calment la soif et la faim, soutiennent les forces; mâchées en quantité, elles agissent comme le vin; mêlées au tabac et mâchées, elles ont un effet analogue à celui du haschich. Elles ont un effet légèrement excitant.

Dose. La dose moyenne, prise en infusion, est de 3 à 4 drachmes*.

Les temps ont bien changé.

* drachme: Huitième partie de l’once, ou gros, dans les anciennes mesures de pharmacie (réf.)

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