Suggestions de lecture #vendredhist

Chaque vendredi, je partage sur Twitter (https://twitter.com/vickylapointe) mes lectures du moment ayant un lien avec l’histoire du Québec et des francophones d’Amérique du Nord. Ces publications sont identifiées par les mots-clics #vendredilecture et #vendredhist. Voici la liste des livres lus ou en cours de lecture depuis le 21 octobre 2016.

Bonne lecture (et bon salon du livre de Montréal pour les chanceux qui y vont) !

21 octobre 2016

Brève histoire des institutrices au Québec de la Nouvelle-France à nos jours par André Dufour et Micheline Dumont (Boréal)

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28 octobre 2016

Tom Nulty Le drame de Rawdon par Simon Riopel (Editions Québécor)

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4 novembre 2016

La vie est d’hommage – Jack Kerouac (Boréal) Toujours en cours de lecture…

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11 novembre 2016

La Francophonie nord-américaine sous la direction d’Yves Frenette, Etienne Rivard et Marc Saint-Hilaire (Presses de l’Université Laval) Un de mes livres préférés cette année…

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Et pour terminer, mes lectures du 18 novembre 2016.

Ethnologue de terrain de Pascal Huot (Editions Charlevoix)

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La semaine des musées 2015 (sélection de gazouillis)

Du 23 au 29 mars, plusieurs musées, centres d’archives, etc. à travers le monde participent à la Semaine des musées. Il s’agit d’un événement visant à « célébrer la culture sur Twitter ». Les utilisateurs de ce réseau social peuvent suivre les gazouillis grâce au mot-clic #MuseumWeek et aux mots-clics liés au thème du jour dont voici la liste.

Une quarantaine d’établissements québécois participent à cette semaine.

Ma journée préférée, côté québécois, a été celle de lundi. Le thème était ‘Secrets de musées’#secretsMW. Au programme: les coulisses et plusieurs objets de collection inusités. Côté européen, la journée #architectureMW (mercredi) était un délice pour les yeux. J’ai résisté à l’envie d’acheter mon billet d’avion et de faire le voyage.

Je vous propose quelques gazouillis qui ont retenu mon attention.

La Semaine des musées se termine dimanche.

Les étudiants et la police [Montréal, 1909]

Photographie | Université Laval, rue Saint-Denis, Montréal, QC, vers 1897 | VIEW-3022

Université Laval, rue Saint-Denis, Montréal, QC, vers 1897

La Patrie, 7 octobre 1909

LES ÉTUDIANTS ET LA POLICE

Plusieurs constables s’attaquent à la jeunesse étudiante, rue Saint-Jacques, hier après-midi


Un incident regrettable a marqué la manifestation sympathique que les étudiants de Laval ont faite hier aux journaux français de notre cité.

Après leur visite à la PATRIE, visite qui n’eut rien que d’amical, les jeunes manifestants se dirigèrent vers les journaux de la rue Saint-Jacques.

Au coin du boulevard Saint-Laurent, ils se trouvèrent en face d’un véritable bataillon de constables qui semblaient les attendre comme des individus suspects.

Les étudiants étaient ni nombreux qu’ils encombrèrent naturellement le coin de la rue Saint-Jacques, gênant ainsi la circulation.

Il y eut alors quelques vives altercations entre les policiers qui voulaient activer la circulation des passants et quelques étudiants qui n’entendaient pas se laisser mener à coups de bâtons.

Au milieu du tumulte il y eut des échanges de coups, heureusement, sans gravité.

M. Arthur Ecrément, député de Berthier au Parlement, qui se trouvait là, intervint auprès des policiers menaçants pour leur faire comprendre que la manifestation bruyante de la jeunesse universitaire n’avait rien de provoquant.

Les étudiants retournèrent ensuite à l’université, suivis de près par les constables qui voulurent les tenir en respect jusque sur le terrain même entourant l’université.

Des spectateurs de l’échauffourée d’hier entre les policiers et les étudiants affirmaient que la présence de la police aux manifestations n’est généralement pas désirable, attendu qu’elle provoque souvent des bagarres plutôt qu’elle n’assure le maintien de la paix.

La visite des étudiants aux bureaux de la Patrie – une tradition – est décrite en page 14.

Billets reliés
Parade des étudiants de l’Université de Montréal et enterrement du béret [1930]

Incendie à l’Université de Montréal [22 novembre 1919]

Et c’est le retour en classe… (Images de l’éducation à Montréal 1867-1931)

Incendie à l’Université de Montréal [22 novembre 1919]

Enseignant recherché [Baie-du-Febvre, 1832]

Quelles compétences devaient avoir les maîtres d’école en 1832? Une annonce publiée dans le journal Le Canadien du 21 janvier 1832 en donne un aperçu.

« On a besoin immédiatement dans la Paroisse de St. Antoine de la Baie du Fèbvre d’un MAITRE D’ÉCOLE qui puisse enseigner la Lecture, l’Écriture, les premiers principes de l’Arithmétique et la Grammaire Française; celui qui pourrait enseigner l’Anglais serait préféré. On exige qu’il ait de bonnes moeurs, qu’il soit catholique, et qu’il ait de bonnes recommendations. S’adresser au Syndic Soussigné.

FOURNIER Ptre. »

Billets reliés
Une visite de l’inspecteur d’écoles [Maskinongé, 1896]

La gratuité scolaire [1909]

Faciliter l’éducation au Bas-Canada [1821]

Le salaire des enseignants en 1900

Une visite de l’inspecteur d’écoles [Maskinongé, 1896]

Extrait du Rapport du surintendant de l’instruction publique de la province de Québec pour l’année 1895-96. p. 7 et 8.

« M.E. Béland.

Maskinongé, 28 juillet 1896.

Monsieur le Surintendant,
J’ai l’honneur de vous soumettre mon premier rapport sur l’état des écoles de mon district d’inspection, pour l’année terminée au premier juillet courant.

J’ai visité deux fois toutes les écoles sous mon contrôle, à l’exception de neuf que je n’ai pu visiter qu’une fois.

Tout étant nouveau pour moi, je n’ai que peu de chose à dire sur les changements et les progrès qui ont pu s’opérer dans les écoles depuis le dernier rapport de mon prédécesseur.

J’ai eu tout spécialement pour objet en faisant mes visites de constater s’il existait des défectuosités dans l’administration des écoles de mon district. Je suis convaincu que le besoin le plus pressant est l’amélioration des salles de classe et du matériel servant à l’enseignement.

Rien de plus triste que ces salles basses, mal éclairées et malsaines, dans lesquelles une partie de la jeunesse de nos campagnes est condamnée à passer plusieurs années, et où les enfants sont entassés les uns sur les autres. A peine l’école est-elle commencée que l’air y est vicié, et le maître et les élèves y sont en souffrance.

A propos des emplacements d’écoles, je dirai que, dans bien des endroits, ils sont si petits qu’on pourrait dire qu’il n’y en a pas.

Pendant que les rares municipalités ont pourvu leurs écoles du matériel prescrit par la loi et les règlements du Conseil de l’Instruction publique, d’autres n’en ont qu’une partie, et le plus grand nombre est en défaut sous ce rapport. Je m’en suis occupé d’une manière toute spéciale, et j’ose espérer qu’il y aura amélioration à ma prochaine visite.

Je tâche d’introduire dans toutes les écoles le système des bons points. Tant de bons points par semaine pour assistance régulière, pour application, sagesse, bonne conduite, etc., etc., et je promets qu’à chaque visite je donnerai des récompenses à ceux qui en auront gagné le plus. Je conseille de remplacer les punitions ordinaires par des amendes en points, punition toujours bien sensible pour un élève qui a du coeur.

J’ai à déplorer un trop grand nombre d’écoles confiées à des institutrices incompétentes. Dans ces écoles, les titulaires passent leur temps à faire réciter des leçons par coeur. Elles font apprendre la grammaire aux élèves les plus âgés, sans jamais leur donner un mot d’explication; la géographie s’enseigne aussi sans carte, et gare à l’élève qui manquerait un mot! Pour l’histoire et les autres matières, elles suivent la même méthode; les enfants deviennent des machines à apprendre, mais non des hommes habitués à réfléchir.

Cet état de choses vient principalement de la triste habitude que beaucoup de commissaires pratiquent en engageant leurs institutrices au rabais, au détriment d’institutrices de mérite qui se voient obligées de s’engager à vil prix ou de rester sans emploi.

En maintes occasions, j’ai constaté que MM. les commissaires oublient que la loi leur impose l’obligation de visiter les écoles régulièrement, et, plusieurs municipalités ne tiennent pas compte des règlements qui fixent le commencement des vacances au 15 juillet. Plusieurs écoles ont été fermées dès la fin de juin; c’est pourquoi je n’ai visité qu’une fois les écoles de Shawenegan et de St-Mathieu.

Bien qu’il y ait plusieurs municipalités pauvres dans mon district d’inspection, permettez-moi, Monsieur le Surintendant, de vous recommander d’une manière spéciale la municipalité de St-Mathieu dans le comté de St-Maurice. Les contribuables de cette paroisse sont pleins de bonne volonté, mais ils sont tellement pauvres qu’il leur est impossible de maintenir leurs écoles si le gouvernement ne leur accorde pas une aide supplémentaire un peu plus considérable.

Avant de terminer, permettez-moi de vous dire que je dois beaucoup de reconnaissance à un grand nombre de curés pour la bienveillance qu’ils m’ont témoignée en voulant bien m’accompagner à quelques-unes de leurs écoles, et en appuyant les recommandations que je croyais bon de faire.

J’annexe à ce rapport la classification des municipalités scolaires, par ordre de mérite, conformément au paragraphe 14 de l’article 13 des règlements scolaires:

Rapport

Extrait du Rapport du surintendant de l’instruction publique pour l’année 1895-96, p.8.

Veuillez agréer, Monsieur le Surintendant, l’expression la plus entière de mon dévouement.

J’ai l’honneur d’être, etc.,
EVARISTE BÉLAND, Insp. d’écoles.

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En 1913-1914, que voulait-on que les jeunes Canadiens-français lisent?

Des commissaires scolaires incompétents? [St-Gervais, 1845]

Boisson sous la tribune de l’institutrice [Mont-Albert, 1936]

Le salaire des enseignants en 1900

Pose de la pierre angulaire de l’université Laval [Québec, 1854]

Photographie | Université Laval, Québec, QC, 1908 | VIEW-4335

Université Laval, Québec, QC, 1908

Le Journal de Québec, 20 septembre 1854.
« Jeudi matin aura lieu la pose de la pierre angulaire de l’Université-Laval. A neuf heures ont chantera une messe pontificale à Notre-Dame de Québec, et immédiatement après l’on procédera à la pose de la pierre; puis s’ouvrira la première session spéciale de l’Université.

Est-il besoin d’inviter les citoyens de Québec à prendre part à cette imposante cérémonie, et à montrer par leur présence combien ils apprécient les efforts des prêtres qui ont déjà instruit tant de générations; combien ils comprennent la grandeur de l’oeuvre nouvelle, de ses espérances et ses brillantes destinées? Les évêques de la province ecclésiastique sont ici pour prendre part à cette grande inauguration.

Le temps n’est pas éloigné où la réputation de cette Université attirera de tous les pays de nombreux élèves qui proclameront sa gloire et son utilité. Rien dans ce but, ne sera épargné pour la faire grande et forte.

Une tente immense a été dressée dans la cour du Séminaire pour recevoir le concours des citoyens, et plus ce concourt [sic] sera grand plus le spectacle sera imposant et plus il dira qu’on a compris l’oeuvre et qu’on l’apprécie. C’est cette appréciation, c’est l’opinion qui fera sa force au début.

Le Journal de Québec, 21 septembre 1854.

Début des cours de droit à l'Université Laval. Le Journal de Québec, 21 septembre 1854.

Début des cours de droit à l’Université Laval. Le Journal de Québec, 21 septembre 1854.

UNIVERSITÉ LAVAL

L’inauguration de cette Université a eu lieu aujourd’hui. La cérémonie a cmomencé par une grand-messe célébrée par Sa Grâce, Mgr. l’Archevêque de Québec, en présence de la plupart de NN. SS. les évêques de la province ecclésiastique de Québec, d’un nombreux clergé, et d’une foule de laïques de toute condition, de tout âge et de tout sexe, désireux de contribuer par leur présence à la solennité d’une fête nouvelle dans les annales du Bas-Canada. Après la messe, le clergé suivi des professeurs des facultés de droit et de médecine et des étudiants de ces facultés, tous en costume académique, s’est rendu sur le lieu où se construit la bâtisse de l’Université, dont la première pierre a été posée par Mgr. l’Archevêque. Après cette cérémonie, la procession s’est rendue dans la vaste cour du Séminaire élégamment préparée et ornée, et Son Excellence le gouverneur-général, étant arrivée, des diplômes de docteurs en droit et en médecine, et de bacheliers es-art ont été conférés par l’Université et distribués par Lord Elgin.
[…]

Divers discours ont été prononcés en cette mémorable circonstance, par Son Excellence lord Elgin, par Sa Grâce Mgr l’Archevêque de Québec, par monsieur le Recteur de l’Université et par l’hon. A. N.Morin, doyen de la faculté de Droit.

Le temps ne nous permettant pas de donner un description plus détaillée de cette magnifique et imposante cérémonie, non plus que les discours prononcés en cette occasion, nous le ferons dans notre prochain numéro.  »

Pour en savoir plus sur l’histoire de l’Université Laval, cliquez ici.

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PARADE DES ÉTUDIANTS DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL ET ENTERREMENT DU BÉRET [1930]

INCENDIE À L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL [22 NOVEMBRE 1919]

INVENTAIRE DES RESSOURCES ETHNOLOGIQUES DU PATRIMOINE IMMATÉRIEL (IREPI) DE L’UNIVERSITÉ LAVAL

FACILITER L’ÉDUCATION AU BAS-CANADA [1821]

Une visite à l’Institution des sourdes-muettes de Montréal en 1880

La Minerve, 2 juin 1880

COMMUNICATION
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UNE VISITE À L’INSTITUTION DES SOURDES-MUETTES, RUE ST. DENIS.

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M. le Rédacteur,

Cette institution, l’une des plus importantes que possède la ville de Montréal, fut fondée en 1851 par les Soeurs de la Providence [sic¸], aidées et encouragées par Mgr. Bourget, alors évêque de cette ville.

Ces bonnes soeurs étaient pauvres des biens de la terre, mais elles étaient riches en dévouement.

Ce qu’eurent à endurer de privations, de travail, et d’inquiétudes de toutes sortes, les premières directrices de cette institution, personne ne le sait que’elles-mêmes.

Ce que l’on sait, c’est que la vie de ces apôtres de la charité n’a pas été longue et que toutes sont allées recevoir bien vite la récompense due à leur dévouement.

Cette oeuvre des sourdes-muettes a progressé en dépit de toutes les difficultés et aujourd’hui la maison se compose de 36 religieuses, quelques maîtresses laïques et 165 élèves internes.

Le programme des études est des plus complets. L’enseignement se donne en français et en anglais, au choix des parents. L’arithmétique, la géographie, l’histoire, la doctrine chrétienne, les ouvrages manuels, la couture, le tissage, la broderie, la tenue du ménage, etc. etc., et toutes les autres branches d’une éducation complète sont enseignées avec soin, et on peut ajouter: avec succès.

Cet enseignement, outre qu’il est très difficile et pénibles pour celles qui le donnent, est encore très dispendieux, à cause du personnel considérable qu’il exige, et des auteurs et instruments indispensables pour enseigner avec fruit.

En général, une classe ne peut se composer de plus de dix élèves. C’est autant qu’un maîtresse peut en instruire à la fois.

Quand à la difficulté d’arriver à l’intelligence de ces pauvres enfants, elle est si grande, elle exige tant d’efforts, tant de contention d’esprit, qu’il faut de la part des religieuses, une persévérance et un dévouement dont on peut difficilement se faire une juste idée. Car il ne s’agit pas seulement ici, comme dans l’enseignement ordinaire, de développer des connaissances qui existent déjà dans l’intelligence; il faut pour ainsi dire créer des idées nouvelles, et enseigner des choses dont les sourdes-muettes n’ont pas même la connaissance la plus éloignée. Aussi on s’use vite à ce genre de travail, et la mort prématurée des premières supérieures de cette institution, prouve ce que je viens de dire.

D’ailleurs, il y a ici plus que le travail matériel, il y a le dévouement et la charité; et cela à tel point que chacune des maîtresses de cette institution peut dire avec vérité à ses chères élèves, ce que disait St. Paul: « Quelle est celle d’entre vous qui souffre quelque chose que je ne souffre pas moi-même. »

Pour bien comprendre la raison de ce dévouement de la part de celles qui se sont vouées par choix à l’oeuvre si difficile de l’enseignement des Sourdes-Muettes, il faut se rappeler que personne peut-être n’est plus digne de pitié que ces infortunées. La sourde-muette est dans un état de contrariétés et de souffrances morales continuelles. Elle a toutes les mêmes misères que nous; elle a de plus toutes ces inhérentes à son infirmités; elle se croit rejetée et méprisée. Elle ne peut communiquer son mal; il faut qu’elle souffre seule. La consolation que l’on trouve à épancher son coeur dans le coeur d’un ami lui est refusée. Elle est isolée au milieu de ses semblables. Ses souffrances sont sans consolation. Pourquoi souffre-t-elle? elle n’en sait rien, car ses espérances ne sauraient s’élever vers le ciel. La vie future, la rédemption sont pour elle des choses qui n’existent point. Voilà la sourde-muette avant son éducation. Mais l’éducation opère dans ces âmes une transformation, je dirait même presqu’une création nouvelle. Aussi, avec quelle avidité et quel bonheur, nous disent les maîtresses, ces âmes s’ouvrent-elles à la connaissance de la religion. Quel épanouissement dans ces coeurs jusque là fermés au bonheur!

On reproche quelque fois à cette institution de faire trop souvent appel à la charité. On dit qu’elle ne devrait pas recevoir plus d’élèves qu’elle ne peut en soutenir. Si ceux qui font ces reproches pouvaient connaître et sentir toute l’étendue des besoins et des souffrances de ces pauvres enfants comme le font leur maîtresses dévouées, bien sûr, ils ne tiendraient pas ce langage. Si on savait ce qu’il en coûte à ces bonnes religieuses de refuser l’entrée de leur maison à l’une de ces pauvres du Divin-Maître qui cherchent partout l’aumône de l’intelligence des choses célestes et des remèdes aux maux qui les accablent, et qui, dans cette province, ne peuvent trouver ce trésor indispensable à la vie morale que dans l’institution dont nous parlons, les paroles de reproches se changeraient en paroles de félicitations; car nous savons que le dévouement, quand il est connu, ne manque jamais de sympathie au milieu de notre peuple si éminemment chrétien et charitable.

Depuis longtemps, on entendait parler de progrès réalisés en Europe dans l’enseignement des sourds-muets. Les dévouées religieuses désiraient ardamment [sic] faire bénéficier leurs élèves de ces nouvelles inventions. Mais que faire, comment encourir les dépenses d’un voyage en Europe, quand l’établissement n’a pas les moyens de rencontrer les frais d’administration journalière.

Là encore le dévouement montra ce qu’il pouvait faire.

L’institution a pour aumônier un prêtre dévoué qui depuis plusieurs années a donné de force et d’énergie au succès de l’oeuvre des Sources Muettes.

Voyant le désir des religieuses était légitime, il résolut de s’adresser à quelques amis qui lui fourniraient le moyen de passer en Europe, sans que l’Institution encourût aucune dépense. Son appel fut entendu, et il quitta Montréal en Novembre 1878, pour visiter les différents pays de l’Europe, où la science de l’enseignement des Sourds-Muets est censée avoir progressé d’avantage. Il passa 9 mois en Europe ayant consacré tout ce temps à l’étude des différents méthodes d’enseignement. Il visita 37 établissements, réussit à se procurer quelques auteurs très-rares et très-précieux, et à créer des relations très-avantageuses pour son établissement. On peut donc assurer qu’aujourd’hui l’Institution des Sourdes-Muettes de Montréal offre à ses élèves tous les avantages de meilleurs établissements d’Europe et d’Amérique.

Une seule chose fait défaut, les ressources pécuniaires. Le nombre toujours croissant de Sourdes-Muettes qui demandent leur admission, rend nécessaire l’agrandissement des bâtisses actuelles. Mais comment bâtir, quand les revenus sont déjà insuffisants pour couvrir les dépenses journalières. Toutefois les Religieuses ne se découragent pas; ce qu’elles ont fait dans le passé leur donne confiance dans l’avenir, Dieu leur viendra en aide, c’est leur ferme espérance.

Espérons que, pour le bonheur des pauvres Sourdes-Muettes, et la gloire de Montréal, dont leur institution est un des plus beaux ornements, leur espérance ne sera pas déçue.

C’est le voeu bien sincère d’un
VISITEUR

Montréal, 24 mai 1880.

Pour voir de quoi avait l’air l’institution 15 ans plus tard, consultez l’Album universel du 18 novembre 1905, page 3.

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Inauguration du refuge Meurling pour sans-abris [Montréal, 1914]

L’instruction des sourds-muets [1831]

L’incendie de l’hospice Saint-Charles [Québec, 14 décembre 1927]

La prison de Bordeaux en 1912

La gratuité scolaire [1909]

Enfants et leurs institutrices à l'extérieur d'une école de rang . - [Vers 1915]

Enfants et leurs institutrices à l’extérieur d’une école de rang . – Vers 1915 BANQ Cote : P19,S2,D17 Fonds Richard Ritchie

L’Action sociale, 9 octobre 1909

LA GRATUITÉ

La gratuité scolaire!

On commence à faire miroiter cette utopie devant les masses et, il n’y a pas longtemps encore, elle était favorablement accueillie par un groupe d’ouvriers réunis en congrès.

Ca ne vous coûtera rien, disait-on, et cette affirmation a toujours tant de succès!

Mais, en réfléchissant un peu, il faut bien finir par se demander qui paiera les frais de cette école où l’on se flatte d’envoyer les enfants sans rien payer. Car, enfin, onne peut prétendre que les maisons qui abritent des élèves s’élèveront sans frais, et s’entretiendront de même: ni que les instituteurs vivront d’air et de dévouement: ni que les livres s’imprimeront seuls et sans que des typographes, des pressiers, des marchands de papier, tous gens qui ont besoin de se loger, de se nourrir et de se vêtir, y mettent un peu la main.

L’enseignement coûtera donc quelque chose, et quelque chose qui augmentera d’année en année puisqu’on désire, fort légitimement d’ailleurs, que les classes soient de plus en plus spacieuses, de mieux en mieux aménagées, et les professeurs de plus en plus payés.

Qui paiera?

On taxera, disent ceux que la perspective de la gratuité éblouit. On taxera, et mon voisin célibataire, qui dépense tous ses revenus à se couler la vie douce paiera, et mon autre voisin, qui n’a pas d’enfants et possède une grosse fortune, fournira lui aussi sa part.

Très bien; mais il n’y aura pas que le célibataire et le ménage solitaire qui paieront. L’impôt sera réparti sur tous, sinon directement, du moins indirectement. On aura peut-être l’habileté de ne pas augmenter la taxe scolaire actuelle, ou même l’abolir, mais on tirera d’ailleurs les revenus suffisants pour parer à la nouvelle charge que l’Etat aura assumé.

Chaque verge d’étoffe coûtera quelques sous de plus, le prix de certaines denrées augmentera, et le coût de la vie, déjà si élevé depuis quelques années, montera encore.

Le célibataire et le ménage riche s’en sentiront bien, comme les autres, mais le pauvre, qu’on prétend soulager par l’école gratuite, par les livres gratuits, en souffrira aussi.

Auparavant il avait l’avantage, tout en vivant à meilleur marché, de faire instruire les enfants pour un prix minime, et même sans que celui lui coûte rien. Maintenant il jouira bien du même avantage, – en apparence-, mais le surcroît de taxe nécessité par le nouvel état de choses, il lui faudra le payer, non seulement pendant que ses enfants fréquenteront l’école, mais même avant qu’ils aient l’âge d’y aller, et encore après qu’ils en seront sortis.

Qui gagnera au change? quelques fonctionnaires, quelques fournisseurs, et c’est tout?

Il y a même quatre-vingt chances sur cent pour que le nouveau système grève très lourdement le budget, car on sait que les entreprises de gouvernement, on se mêle presque toujours un peu de politique ou de favoritisme, coûtent plus cher que les entreprises privées, surtout celles de plusieurs communautés où l’enseignement est donné à un prix presque nominal, et les livres imprimés à un bon marché exceptionnel.

Les faits prouvent bien cet avancé: Avant que la gratuité complète fut mise en pratique en France, le budget scolaire était de 116,403,520 francs (année 1881); en 1903, ce budget est monté à plus de 330 millions. Et cependant les statistiques montrent que de 1885 à 1895 le nombre des élèves des écoles primaires a diminué de plus de 210,000 dans les écoles gratuites de l’Etat. (1).

Voilà donc comme l’école, soi-disant gratuite, est en réalité plus onéreuse. Mais elle a bien d’autres inconvénients dont nous reparlerons car il y a lieu de revenir sur ce sujet d’un intérêt palpitant.
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(1) Turlin: Budget de l’Enseignement primaire.

Jules Dorion.

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Faciliter l’éducation au Bas-Canada [1821]

Étudier au séminaire en 1896

Le salaire des enseignants en 1900

Des commissaires scolaires incompétents? [St-Gervais, 1845]

L’instruction des sourds-muets [1831]

En 1913-1914, que voulait-on que les jeunes Canadiens-français lisent?

Étudier au séminaire en 1896

Le Collège Saint-Charles-Borromée de Sherbrooke vers 1895. Détruit pas un incendie en 1896; il a été reconstruit quelques mois plus tard.

Le Collège Saint-Charles-Borromée de Sherbrooke vers 1895. Détruit pas un incendie en 1896; il a été reconstruit quelques mois plus tard. Extrait de l’Annuaire du Séminaire St-Charles-Borromée, Sherbrooke 1895-1986.

Voici un extrait de l’Annuaire du Séminaire St-Charles-Borromée, Sherbrooke pour l’année académique 1895-1896  (voir p. 479 et suivantes). On y présente les règlements auxquels devaient se soumettre les étudiants fréquentant l’institution.

Pour obtenir la rentrée d’un élève,  il faut avoir payé tous les arrérages.

Les nouveaux élèves doivent présenter, pour être admis au Séminaire, un certificat de bonne conduite et de plus un certificat d’études s’ils viennent d’une autre maison d’éducation.

Les élèves dont les parents ne résident pas en ville doivent être pensionnaires internes. Dans certains cas, cependant, exception peut être faite à cette règle pour des raisons jugées très graves par le conseil du Séminaire. La maison de pension est tenue et dirigée par les Petites Sœurs de la Ste Famille. L’infirmerie se trouve dans cette maison et les pensionnaires internes n’ont aucun déboursé à faire tant que l’état de leur santé n’exige pas de veilles et de soins particuliers. Quant aux pensionnaires externes, ils doivent payer 50 centins par jour lorsqu’ils prennent leurs repas à l’infirmerie; la permission de rester à leur maison quand ils sont malades ne leur est jamais accordée. Lorsque le médecin déclare qu’une maladie est grave ou de longue durée, nous en avertissons les parents et si c’est possible, nous renvoyons l’enfant chez lui sinon nous le faisons transporter à l Hôpital.

Les dimanches et jours de fête, les élèves doivent porter une redingote noire, une casquette noire et un pantalon noir. On excepte cependant de cette règle les enfants qui ne sont pas encore d’âge à faire leur première communion.

Les élèves doivent avoir un habit de chœur.

Nous acceptons les élèves de croyance différente, mais ils sont sujets en tout et partout à l’ordre général du Séminaire.

Le système d’éducation est paternel; les professeurs s’efforcent d’unir la douceur à la fermeté et ils emploient de préférence les moyens de persuasion afin d’éviter autant que possible ceux de la contrainte. L’immoralité, l’insubordination, la paresse habituelle et les fréquentes absences non motivées sont des cas d expulsion.

A chaque trimestre, un bulletin de la conduite, de l’application et des progrès de l’élève lui est remis; les parents doivent le réclamer de lui s’il désirent en prendre connaissance.

Toutes les lettres aux élèves doivent être adressées au Séminaire; pour les envois d’argent, il vaut mieux les adresser directement au Procureur, c’est le moyen d’en avoir le reçu par le retour de la malle.

Lorsque les parents mettent en même temps trois frères au Séminaire, l’instruction est donnée gratuitement au troisième.

Après les examens de Noël, Monseigneur l’Evêque de Sherbrooke accorde aux élèves une vacance de quelques jours à la condition expresse qu’ils reviennent au Séminaire au jour et à l’heure convenus, et ce sous peine d’expulsion.

Comme cette faveur est accordée pour récompenser le travail des élèves, ceux qui, par manque d’application, auront subi des échecs à leurs examens, devront le réparer avant d’aller en vacance.

Tous les effets doivent, autant que possible, être marqués en toutes lettres, ou au moins de manière à être reconnus facilement.

Les élèves ont à leur disposition une bibliothèque où ils peuvent trouver, moyennant une légère contribution mensuelle, tous les livres de lecture dont ils ont besoin. Il ne leur est point permis d’en avoir d’autres sans l’autorisation de M. le directeur. Il y a de plus dans la maison un magasin où sont vendus les livres de classe, le papier et les autres choses nécessaires pour les études.

[…]

Les parents sont responsables de tout dommage causé par leurs enfants aux meubles, boiseries, etc. Le Séminaire ne recule pas devant les dépenses pour fournir aux élèves l’ameublement le plus perfectionné; mais d’un autre côté, il prétend qu’on en prenne le soin convenable. Les classes et la salle d’études ont été graduellement fournies de tables et de bancs qui offrent à l’étudiant tout le confort possible.

Et pour terminer, combien coûtait une année au séminaire?

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Extrait de l’Annuaire du Séminaire St-Charles-Borromée, Sherbrooke 1895-1986.

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En 1913-1914, que voulait-on que les jeunes Canadiens-français lisent?

Une école virtuelle: l’expérience de l’école au 19e siècleau Canada

Et c’est le retour en classe… (Images de l’éducation à Montréal 1867-1931)

Les manuels scolaires québécois

Faciliter l’accès à l’éducation au Bas-Canada [1821]

Le 1er janvier 1821, les habitants de la Rivière Chambly ont décidé de lancer une souscription pour que des enfants du coin puissent étudier au Collège de St-Hyacinthe. La Gazette de Québec a publié la liste des membres du comité chargé d’administrer l’argent ainsi que la liste des souscripteurs.

Le Canadien, 11 avril 1821

EDUCATION

Nous avons inséré dans la Gazette de ce jour les délibérations d’une assemblee des principaux habitans de la Rivière Chambly, tenue à St. Charles le 1er. du mois passé, pour conferer des moyens de faciliter l’éducation dans cette partie importante et si bien peuplée de la province.

C’est là la première assemblée de ce genre, que nous sachions avoir eu lieu dans nos campagnes. Nous esperons qu’elle formera une nouvelle ère dans l’histoire de l’éducation de ce pays, que l’exemple en sera suivi universellement, et qu’on persistera dans une si noble entreprise, jusqu’à ce que l’on ait triomphé de tous les obstacles qui ont retardé les progrès de l’éducation dans le Bas Canada; jusqu’à ce que chacun de ses habitans soit à portee d’acquérir, au moins, une éducation élementaire, et de se rendre plus utile à soi-même, à sa famille, et à son pays.

Ceux qui ont eux-mêmes le bienfait de l’éducation doivent leurs efforts réunis, pour cette entreprise, au grand corps du peuple, qui, sans quelque portion d’éducation, ne sauroit en apprécier les avantages; ils les doivent à la société, à leur pays, et nous oserions presque dire, en obéissance à la volonté d’une providence bienveillante et sage, qui a départi aux riches et aux pauvres, aux grands et aux petits, indistinctement, ces talens naturels si necessaires à la prospérité d’un pays, et a laissé à des moyens humaines le soin de leur développement, pour en tirer les services qu’ils sont destinés sans doute à rendre.

C’a été avec beaucoup de satisfaction que nous avons vu cette bonne-oeuvre commence loin de nos cités, au coeur de la campagne. C’est la première mesure publique d’une grande importance qui ait eu son origine hors des murs de Quebec et de Montreal. Puisse-t-elle être aussi la première qui ne sera jamais abandonnee, qui ne souffrira jamais de l’inconsideration, de la vacillation, ni de l’apathie! Quelle que soit la modicité de nos moyens au moment actuel; quelque difficulté, quelque incertitude qu’il y ait à former des fonds et à les voir appliquer à propos, par des associations volontaires; nous ne doutons point que le même jugement, le même patriotisme et la même liberalité qui, dans ce pays, distinguèrent les premiers colons en établissant des fonds permanens pour l’éducation de la jeunesse, ne réussissent encore à y pourvoir d’une manière efficace pour l’avenir.

Gazette de Quebec du 5 avril 1821.

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