Émeute sanglante à Montréal le 9 juin 1853

La Minerve, 11 juin 1853

« DE NOTRE EXTRA D’HIER MATIN
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LECTURE DE CAVAZZI!
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EMEUTE SANGLANTE!

Grand nombre de
MORTS ET BLESSÉS
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La scène disgracieuse arrivée à Québec lundi, à l’occasion d’une lecture de l’ex-moine Gavazzi, s’est renouvelé au milieu de nous hier soir; mais nous avons la douleur d’ajouter que les conséquences en ont été de beaucoup plus fatales. Avec les opinions que nous avons de ce M. Gavazzi, cet apostat renommé, on ne peut s’attendre que nous ferons la tentative de pallier son effronterie, sa persistance audacieuse à défier les croyances et les préjugés religieux d’une population comme celle de Montréal et de tout le Canada, lors même qu’il est bien prévenu que sa présence produira plus de mal que de bien, lorsqu’il sait qu’il sera cause de trouble et de désordre. La simple charité chrétienne, s’il a jamais su bien la pratiquer, comme on l’enseigne dans les monastères qu’il a pu fréquenter, devait lui prescrire une conduite différente. »

[…]

Publicité annonçant la conférence de Gavazzi. Extrait du Montréal Witness du 8 juin 1853.

Publicité annonçant la conférence de Gavazzi. Extrait du Montréal Witness du 8 juin 1853.

L’auteur reproche ensuite aux Protestants d’avoir invité Gavazzi à Montréal.

« Hier soir, l’apostat Gavazzi paraissait devant un auditoire nombreux réuni à Zion Church; une foule immense entourait cette église. Les autorités avaient fait leur devoir. Les hommes de la police étaient à leur poste. Les troupes se trouvaient à deux minutes du lieu de réunion. La lecture commença à six heures et demie. Jusque vers les huits heures et un quart tout se passa régulièrement. Les autorités avaient, paraissait-il, réussi à ramener à des sentiments pacifiques cette multitude dont on redoutait la haine et la fureur, mais à peine l’heure où devait se disperser l’auditoire arrivait, que quelqu’excitation se manifesta dans la foule. Les autorités craignant qu’on n’obstruât le passage aux personnes réunies dans l’église, intervinrent et voulure faire rétrograder celles qui se trouvaient au dehors.

Gravure | La troupe tirant sur la foule, émeutes Gavazzi, Montréal, QC, 1853 | M710

La troupe tirant sur la foule, émeutes Gavazzi, Montréal, QC, 1853 par John Henry Walker

Il s’ensuivit nécessairement quelque confusion. Mais tout porte à croire qu’il n’en fut arrivé aucune conséquence déplorable, sans la venue malencontreuse de personnes armées dep istolets et de fusils qui apparurent soudainement au seuil de l’église; sans provocation aucune, ces personnes, tirent feu sur la foule et un jeune homme du nom de Gillespie, tomba frappé à mort par une balle qui lui fracassa le crâne. D’autres au nombre de deux ou trois, furent plus ou moins sévèrement blessés. Le désordre fut alors à son comble et il s’ensuivit une mêlée générale. Malgré les efforts de la police, dont le chef reçut une pierre au front et plusieurs coups de bâton sur la tête, le tumulte allait toujours croissant. Les troupes à la réquisition des autorités furent en un instant sur les lieux. L’acte de riot fut immédiatement lu. Ici nous devons nous arrêter un moment. Beaucoup de citoyens paisibles qui regardaient à quelque distance ce qui se passait alors, sans se douter le moins du monde que lecteur eut été donnée de l’acte de riot, se trouvèrent exposés au feu des troupes. La décharge eut lieu dans un moment où peu de monde s’y attendait, et par suite de cette précipitation, quelques personnes furent sévèrement blessées, au nombre desquelles il s’en trouve dont on désespère de conserver la vie.

Il faut dire aussi que les personnes sur le lieu de l’émeute pouvaient plus facilement juger de l’opportunité d’un tel ordre que celles qui en étaient plus éloignées.

Durant la première tentative qui fut faite pour entrer dans l’église il y eut une mêlée sérieuse entre la police et la foule; plusieurs coups de feu, fusils et pistolets, furent tirés et la foule fut repoussée avec deux ou trois morts ou blessés. Voici les noms de quelques unes des victimes:

 

James Welch, mort.

Beaudoin, homme de police blessé dangereusement.

Daniel McGrath et James Joyce, tous deux grièvement blessés.

Peter Gillespie, mort.

McCaulay et Wallace, grièvement blessés.

Hutchisson, mort.

Crosby, Clarke, mort.

Hudson, mort.

Adams, fils du conseiller Adams, mortellement blessé.

J. O’Neil, blessé sans espoir.

Clare, blessé à la jambe.

M. Hibbert, de la Longue-Pointe, blessé au pied.

Patrick Guy, blessé au talon.

Chipman, blessé au côté.

Stevenson, sévèrement blessé à l’épaule.

Un neveu de M. McKay, rue St. Paul, blessé à la jambe.

Un homme inconnu mort, dans la maison du Dr. McDonell.

Sidney Jones, légèrement blessé.

Un jeune homme a été tellement blessé qu’il a fallu lui amputer les jambes, à l’Hôpital.

Photographie | Émeute Gavazzi, place du marché à foin, Montréal, QC, gravure, 1853, copie réalisée vers 1910 | MP-0000.812.2

Émeute Gavazzi, place du marché à foin, Montréal, QC, gravure, 1853, copie réalisée vers 1910

On comprend facilement qu’il y a eu une foule d’autres blessures plus ou moins graves, car après le feu, on vit les cabs se rendre en toute hâte en grand nombre, chez tous les divers médecins de la ville. Il nous est impossible pour le moment de constater l’étendue du malheur. Nous le pourrons dans le cours de ce jour.

Nous sommes informés que l’ordre donné aux troupes de tirer sur la foule ne venait pas du maire, et nous croyons que les autorités civiques ont fait de grands efforts pour prévenir le conflit. Nous espérons qu’on va prendre des moyens efficaces pour empêcher le renouvellement de pareilles scènes, puisqu’il est impossible de compter assez sur le bon esprit des gens.

Gavazzi a été reconduit de l’église au St. Lawrence Hall, au milieu de deux haies de soldats qui ont passé la nuit en face de cet édifice. La résidence du maire, et la station de police ont aussi été gardées par les troupes durant la nuit.

Nous regrettons d’apprendre que Gavazzi annonce une seconde lecture pour ce soir, et nous demandons en grâce à nos co-religionnaires de le laisser ne paix régler ses affaires de conscience comme il l’entend. Que l’affreuse tragédie d’hier soir ne se renouvelle pas.

AUTRES DETAILS SUR L’ÉMEUTE SANGLANTE
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Depuis que notre extra d’hier est écrit, nous avons pu nous procurer les renseignements suivants:

James Pollock, homme âgé, a été tué, plusieurs balles lui ayant traversé le corps.

W. H. Clare, teneur de livres chez MM. Lyman & Cie, droguistes, qui a reçu une balle au pied, a été obligé de se faire faire une amputation au pied.

Pendant que M. Sidney Jones parlait à quelqu’un, presque vis-à-vis, l’Elise Zion une balle vint lui enlever le pouce.

Un jeune homme du nom de Benally, apprenti chez Alex. Wallace,a reçu une balle dans le pied gauche. On ne croit pas la guérison possible.

Un autre jeune homme, du noms de McRae, fils de James McRae, blessé. On ne croit pas qu’il survivra à ses blessures.

Un autre jeune homme du nom de Clendinen, employé dans le bureau du journal le Sun blessé à la jambe.

Une autre personne du nom de Little, teneur de livres chez MM. Savage & Cie, a reçu deux blessures, une dans le côté droit et l’autre dans le dos et un coup de couteau sur la tête. On ne croit pas qu’il survive à ses blessures.

Wm. Lennon a été poignardé; on désespère de le sauver.

Andrew Thompson, fils de W. Thompson, manchonnier, frappé dans le bras gauche. »

Billets reliés
LA PRISON DE BORDEAUX EN 1912

EMEUTE DU 1ER AVRIL 1918 CONTRE LA CONSCRIPTION [QUÉBEC]

L’ENTERREMENT DE JOSEPH GUIBORD [MONTRÉAL,1875]

UN AIR DE FAR WEST CHEZ JOE BEEF [MONTRÉAL, NOVEMBRE 1887]

Emeute du 1er avril 1918 contre la conscription [Québec]

Le 24 juillet 1917 est adoptée la Loi de la conscription. Les veufs ou célibataires de 20 à 35 ans sans enfant devront rejoindre l’armée. La mesure est impopulaire au Québec. Le 28 mars 1918, la police procède à l’arrestation de Joseph Mercier parce qu’il ne peut fournir son certificat d’exemption. Cette arrestation attise la fureur de bien des gens. Dans les jours qui suivent, on assiste à plusieurs manifestations. La manifestation du 1er avril aura une issue tragique. L’armée tire sur la foule: quatre morts (George Demeule, Edouard Tremblay, Honoré Bergeron et Alexandre Bussières) et plusieurs blessés. Voici comment le journal Le Canada a rapporté les évènements.

Le Canada, 2 avril 1918

SCÈNES SANGLANTES

LES SOLDATS DE TORONTO TIRENT SUR LA FOULE ET LES MITRAILLEUSES ENTRENT EN SCENE – TROIS MORTS ET DE NOMBREUX BLESSES DE PART ET D’AUTRES- CENTRE ARRESTATIONS A SAINT-ROCH

JUSQU’ICI LES AUTORITES MILITAIRES ADMETTENT QUE QUATRE SOLDATS SONT GRAVEMENT BLESSES

LES EMEUTIERS DU HAUT DES TOITS LANCENT DES PIERRES ET TIRENT SUR LES REGIMENTS D’INFANTERIE ET DE CAVALERIE

UN HOPITAL CREE D’URGENCE

(Dépêche speciale)

Québec, 1, Notre ville, est, ce soir, le théâtre d’une véritable guérilla. Favorisés par une brume épaisse qui empêche de voir à vingt pieds, les émeutiers ont recommencé leurs terribles exploits avec une violence et une audace qui relèguent dans l’ombre tout ce qui s’est passé jusqu’ici. Plusieurs opérations ont été opérées.

C’est dans les quartiers St-Roch et St-Sauveur que se passent les scènes les plus déplorables dont Québec ait été témoin depuis bien des années.

Sur le Boulevard Langelier et sur cette partie de la rue St-Joseph qui s’étend de cet endroit à l’intersection de la rue St-Vallier, on se bat depuis plusieurs heures, à la baïonette, à coups de carabine et même de mitrailleuse. Plusieurs morts ont été enregistrés et les blessés sont très nombreux, tant chez les militaires que chez les civils.

De bonne heure, dans la soirée, les autorités militaires avaient pris leurs précautions. Des piquets avaient été échelonnés sur les principales places publiques, surtout dans la partie basse de la ville, dans les quartiers mentionnés plus haut.

Plusieurs magasins de quincaillier ont été saccagés, notamment chez Cantin et chez Lajeunesse.

On prétend que les manifestants ont une bonne provision de munitions. Ils ont démontré, ce soir, en tirant à profusion sur les troupes qui ont dû recourir même aux mitrailleuse à plusieurs reprises.

Un brave ouvrier qui revenait paisiblement de son ouvrage a été tué; il a nom Arthur Laperrière et demeurait à St-Sauveur.

Victime: George Desmeule, 15 ans. La Patrie, 3 avril 1918

Victime: George Desmeule, 15 ans. La Patrie, 3 avril 1918

On rapporte qu’un capitaine commandant un des piquets de la garde militaire a aussi été tué. Ils nous a été impossible de nous procurer son nom. Plusieurs soldats et civils ont été blessés. L’ambulance a été appelée maintes fois. Des alarmes ont été sonnées à divers avertisseurs au cours de la soirée pour des commencements d’incendie que les pompiers ont pu heureusement éteindre sans trop de dommages.

Dans tous les autres quartiers, le calme a régné et, conformément aux exhortations des autorités religieuses, civiles et militaires, on voyait peu de gens dans les rues. Ce qui confirme l’impression que ce sont bien des étrangers qui sont les meneurs de cette bande d’émeutiers, c’est que les actes de violence s’aggravent tous les jours.

Pour qui connait la population de Québec, on sait que les appels judicieux faits au bon sens et à la raison, de la part de toutes les autorités, surtout religieuses, suffiraient pour obtenir le calme et la modération demandées. Il peut bien arriver que des désordres se commettent, mais pas de la gravité de ceux qui ont été enregistrés depuis quelques jours et pas avec une persistance comme celle que l’on constate. Toutes sortes de rumeurs ont circulé au cours de cette sanglante mêlée. On disait que Lavergne avait été arrêté et conduit à la citadelle. La rumeur avait probablement été lancée à dessein par certains meneurs avec l’intention de monter davantage les esprits. Elle a été niée par les autorités. De fait, Lavergne a été rencontré sur la rue, tard, dans la soirée, et il a déclaré n’avoir pas été molesté.

La résidence du Dr Jos. Gosselin, sur la rue St-Valier, à l’intersection de la rue Bagot, a été transpercée de plusieurs balles, de même que par les projectiles des mitrailleuses. Appelé plusieurs fois pour donner des soins aux blessés, vu que le combat se livrait en face de sa résidence, il n’a pas pu sortir sur le seuil même, tant était fournie la fusillade. Avec sa famille, il se réfugia à l’étage supérieur, trop heureux de s’en tirer seulement avec des dommages à sa propriété.

Les troubles se sont continués jusqu’à une heure avancée de la soirée.

Vers minuit, les troupes réussirent à vaincre la résistance des émeutiers et à faire une centaine de prisonniers qui ont été conduits à la citadelle sous bonne escorte.

Nous apprenons, à l’instant même, que la loi martiale va être incessament proclamée. Les autorités ont préparé les plans à cet effet dès ce matin.

Victime: Edouard Tremblay. La Patrie, 3 avril 1918

Victime: Edouard Tremblay. La Patrie, 3 avril 1918

Le général Lessard entend bien user toutes les ressources dont la loi dispose en ces occasions pour établir dans la vieille capitale l’ordre et la paix. Quelques groupes de manifestants se sont réunis à Limoilou quelques instants après l’arrestation de leurs copains, mais ils ont été dispersés par la police municipale.

Maintenant que le calme est rétabli, on sait que quatre citoyens ont été tués, du nom de Lapierre, Tremblay, Hamel et Trépanier.

LA CAVALERIE CHARGE LES ÉMEUTIERS

Québec, 1er- Tous les citoyens de Québec ont été avertis qu’il était dangereux de sortir dans la rue, ce soir. Tous les journaux ont conseillé à leurs lecteurs de ne pas sortir, et d’empêcher de sortir ceux qui sont sous leur contrôle.

Le  »Soleil » disait:  »C’est une question vitale. – Des magasins ont été pillés et les gens énervés sont armés de revolvers. Les soldats ont été calmes jusqu’ici, mais personne ne peut garantir qu’ils le seront toujours. Au moment où les autorités croiront devoir employer la force, il est bon que les innocents soient épargnés, et les curieux devraient demeurer chez eux. »

Les autorités militaires ont publié des avis dans les journaux, et ont averti les gens que toute assemblée illégale est défendue et que les personnes coupables sont punissables d’emprisonnement.

Les citoyens ont été avertis de ne pas quitter leurs demeures ce soir. Toute personne requise de prêter main-forte et qui refuse est passible de condamnation comme les émeutiers eux-mêmes. L’avis se termine par l’expression de l’espoir qu’il ne sera pas nécessaire de recourir à des mesures extrêmes, mais l’avis déclare que les autorités militaires sont décidées de faire leur devoir.

Plusieurs citoyens qui ont été menacés comme mouchards ont nié ce fait dans les journaux.

Victime: Honoré Bergeron. La Patrie, 3 avril 1918

Victime: Honoré Bergeron. 49 ans. La Patrie, 4 avril 1918

Malgré cet avis, les troubles ont repris ce soir; les militaires ont arrêt un homme, et sont à la recherche de plusieurs autres. Bon nombre de suspects ont été mis sous arrêt.

La cavalerie a chargé un groupe d’émeutiers sur la rue St-François, vers le carré Jacques-Cartier et les a obligés à reculer. Cinq arrestations ont été faites.

LES SOLDATS BLESSE [SIC]

Au cours de cette charge, les soldats suivants ont été blessés: Maybe, Toronto, frappé à la tête par une brique; Jack Mentel, Halifax, une balle au-dessus de l’oeil droit; J.L. Pellerin, Guysboro, N.-E., frappé à la tête par une brique; St. George Checkley, Greenwich, Conn., une balle dans la jambe, et Leroy Johnston, Toronto, une balle dans la mâchoire.

LES MITRAILLEUSES ENTRENT EN SCÈNE.

Québec, 1er. – Malgré les avertissements des autorités militaires, les émeutiers se sont rassemblés ce soir, et les soldats ont dû en venir aux prises avec eux. Les soldats qui ont chargé la foule, viennent de Toronto.

Bon nombre de soldats ont été blessés au cours de la bataille, et plusieurs prétendus émeutiers ont été mis sous arrêt.

Pendant la journée, les soldats ne se sont pas montrés dans la rue, mais vers la fin de l’après-midi, ils se sont installés à différents points de la ville. On isola la Haute Ville de St-Roch, par une ligne de troupes.

Quatre cents hommes, du 2ème C.O.R., sous les ordres du major Mitchell étaient stationnés sur le carré Jacques-Cartier.

Un escradons [sic] des Dragons Royaux, sous les ordres du Lieutenant Arnoldi, se tenait prêt, dans les environs.

On s’attendait à ce que Armand Lavergne fit un discours, ce soir, au Carré Jacques-Cartier, mais le chef nationaliste a respecté l’ordre des autorités militaires, défendant les assemblées.

Les troubles commencèrent quelques temps après que les soldats eussent occupé leurs postes. Du haut des maisons, des briques furent jetées sur les soldats, et des coups de revolver retentirent. Aussitôt, les soldats chargèrent sur la foule, et arrêtèrent huit hommes.

Plusieurs hommes tirèrent sur les soldats, et disparurent dans la foule. Un soldat s’en est tiré presque miraculeusement. Il accosta un émeutier qui lui braqua son revolver dans le front, mais malgré les efforts de l’individu, le révolver ne voulut pas fonctionner.

La cavalerie a chargé plusieurs fois, sabre au poing, mais aussitôt qu’elle se retirait, la foule revenait de plus en plus compacte.

A environ cent pieds de la gare du Canadien Pacifique, les soldats furent attaqués à coups de révolvers et de briques, et plusieurs furent blessés. Les soldats reçurent ordre de tirer.

Comme les blessés devenaient nombreux, on ouvrir un hôpital temporaire à l’édifice du Merger, dont les majors Tassé et St-Amand prirent la charge.

Un brouillard s’est abattu sur la ville, et les émeutiers, à la faveur de la nuit se cachent dans les passages de cours et tirent sur les soldats. Ceux-ci ripostent chaque fois. Mais, comme les fusils ne donnent aucun résultat, les mitrailleuses entrent en scène.

Un soldat de Toronto, Leroy Johnston, a reçu une balle à la mâchoire.

A dix heures et demie, les émeutiers ont sonné de fausses alarmes, les soldats se sont rendus sur les lieux et ont découvert le truc.

Victime: Alexandre Bussières. La Patrie, 6 avril 1918

Victime: Alexandre Bussières. La Patrie, 6 avril 1918

Les jeunes gens arrêtés ont donné les noms et les adressent [sic] suivantes:
Albert Bérubé, 339 Aragon; Joseph Mate, 4 Ste-Thérese; Adolphe Bernier, Chemin Ste-Foye; Irenée Harboin, 106 Morin; J. J. Giguère, 56 Châteauguay; Joseph Lachance, 3 Dargenson; Emile Boisbriant, 11 Dupont.

Tous déclarent n’avoir pris aucune part à l’émeute.

Les prisonniers ont été reconduits aux quartiers généraux par un régiment du Nouveau-Brunswick. Sur son parcours, ce régiment a été attaqué, mais aucun soldat n’a été gravement blessé.

Aucune liste officielle des morts et des blessés n’a été publiée, et il est probable que le nombre en soit plus considérable qu’on ne le croit.

TROIS MORTS

Arthur Laperrière a été frappé en plein coeur et est mort instantanément. Le coup a été tiré par un militaire. Laperrière n’avait rien à faire avec l’émeute, et retournait chez lui après son travail.

Chassés du carré Jacques-Cartier, les émeutiers se sont reformés à quelques deux cents pieds dans la rue de la Couronne, et ont attaqué une ambulance qui transportait un soldat blessé.

Sur la rue Masson, le magasin de quincaillerie Lajeunesse a été pilé.

Les émeutiers et les soldats continuent d’échanger des coups de feu, et le brouillard facilite la fuite des émeutiers après qu’ils ont tiré. Deux civils ont été blessés.

Un peu plus tard, les émeutiers ont pénétré dans l’épicerie Cantin, sur la rue Dorchester, et se sont emparé de bouteilles de liqueurs.

A St-Roch, la bataille a été dure: trois civils et cinq soldats ont été blesséés et cent hommes ont été arrêtés.

La bataille a duré huit heuures et demie jusqu’à une heure après minuit, et les émeutiers ont tiré du revolver sur les troupes. Les militaires qui ont tiré sur les perturbateurs avec une mitrailleuse ont eu des difficultéés à localiser les émeutiers à cause du brouillard.

A minuit, un nommé Georges Hamel, sur la rue de la Couronne a été tué, et Valère Létourneau, de St-Sauveur, a été blessé.

La police a été informée qu’un nommé Trépanier a été tué, après le pillage du magasin Lajeunesse, et un autre, A. Tremblay, avait été blessé.

La milice a fermé la salle de jeu Frontenac, et 75 jeunes gens ont été mis sous arrêt.

Billets reliés

Base de données: Soldats de la Première Guerre mondiale – CEC (BAC)

Le Dr Norman Bethune relate son expérience de la guerre civile espagnole [Montréal,1937]

Des Canadiens français ont participé à la Guerre de Sécession (1861-1865)

Camp de détention Spirit Lake, Abitibi-Témiscamingue 1915-1917

L’émeute de la variole [Montréal, 28 septembre 1885]

Septembre 1885, Montréal est touchée par une épidémie de variole. Le projet de rendre la vaccination obligatoire crée le mécontentement parmi une partie de la population. Le 28, c’est l’émeute.

Extrait de la Patrie, 29 septembre 1885

UNE  EMEUTE

REPETITION DU SOULÈVEMENT DE 1872

UNE POPULACE BRISE LES VITRES DE L’HOTEL-DE-VILLE

AUTRES MAISONS ATTAQUÉES

LE CHEF DE POLICE BLESSÉ

A PROPOS DE VACCINATION

Une bagarre disgracieuse qui rappelle celle de 1872 a eu lieu hier soir, dans les rues à propos, il faut le supposer, du projet de rendre la vaccination obligatoire.

Une populace raccolée à tous les coins de rues, dans la partie Est et centrale de la ville, s’est mise en procession, sans but évident et sans chefs.

On prétend que le commencement du trouble datait du matin, alors que pour empêcher les autorités de placarder une maison dans la partie-Est de la rue Ste-Catherine, on avait attaqué la succursale du bureau de santé dans cette localité et menacé les employés.

Le président du conseil d’hygiène avait dû faire fermer le nouveau bureau hier.

C’est sous la garde de la police que les employés avaient pu enlever les livres et quitter le bureau, dont les fenêtres furent mises en pièces, le soir, vers six heures, par une foule hurlante de plusieurs milliers de personnes.

La rue Sainte Catherine était complètement obstruée et la police fut impuissante à empêcher cet assaut.

La foule pénétra même dans le bureau et brisa tous les meubles, ne laissant que les murs nus.

Les émeutiers se dirigèrent ensuite en procession vers la partie centre de la ville, brisant sur leur passage les vitrines des pharmacies, ce qui prouve bien que ces misérables n’avaient d’autres buts que d’imiter les Vandales, de tout briser et saccager sans savoir pourquoi.

On a causé ainsi des dommages sérieux chez MM McNichols et Hardion, chez les Drs Laporte, Laberge, F. X. Lachapelle, etc.

Ici, deux hommes de police de faction ont fait preuve de beaucoup de bravoure en gardant la porte de Dr Lachapelle qui aurait probablement été enfoncée.

Le maire, avertit de ce qui se passait, fit sonner une alarme générale pour mettre toute la police sur pied.

La foule des émeutiers se rendait alors à l’hôtel de ville, en hurlant comme elle n’avait cessé de le faire depuis son départ de l’extrémité Est de la rue Ste Catherine.

En quelques minutes, la foule arriva  à l’hôtel-de-ville et là se livra a une brutale scène de carnage.

La foule se massa au coin sud-est de l’édifice, qui est occupé par le bureau de la santé.

Il était alors évident que l’intention de la populace était de saccager et de détruire tout ce qui de près ou de loin touchait à la vaccination. Lorsque le bureau de santé fut entouré, M Flynn secrétaire du comité et d’autres employés étaient dans l’intérieur du bureau ainsi que trois dames qui étaient venues se faire vacciner. Une de ces dames fut frappée à la tête  mais heureusement la blessure est légère.

Les pierres commencèrent à pleuvoir sur toutes les vitres du rez-de-chaussée dont la plupart furent brisées, et  d’autres pierres beaucoup plus grosses tombèrent dans le bureau de police.

L’alarme générale fut envoyée immédiatement à tous les postes et peu après de nombreux détachements arrivèrent de plusieurs points de la ville. Quand la foule eu épuisée toutes les pierres à sa portée, l’agitation se calma quelque peu et un jeune Français du nom de Chappellier se mit à déclamer contre la tyrannie et excita la foule encore plus. La populace se rua alors vers la rue St Denis et s’arrêta en face de la résidence de l’échevin Grenier, presque en face de l’église de la Trinité. L’échevin Grenier était absent et trouva en rentrant chez lui les vitres et les persiennes en mille morceaux.

Les émeutiers se dirigèrent alors vers les bureaux du Herald par les rues Notre-Dame et St Jacques, s’arrêtèrent sur le carré Victoria en face des bureaux du Herald, et se mirent à pousser de violentes imprécations contre le journal, en même temps qu’une grêle de pierre faisait tomber [illisible]au dernier étage. Les rédacteurs et les typographes durent suspendre le travail et se montrèrent disposés à repousser les assaillants s’ils tentaient d’envahir les bureaux, c’est alors qu’arriva la police envoyée en toute  hâte par le maire.

M.  Beaugrand, quoique très souffrant, avait quitté son lit, fit former en ligne les hommes de police appelés en toute hâte et les avaient fait partir au pas de course pour dissiper l’émeute; ces hommes étaient sous la direction du chef de police et des sergents Kehoe?, Carpenter, Reeves et Dekomick. Pendant que ce détachement de police se dirigeait vers le carré Victoria, M le maire Beauregard  se rendait à la station de police et faisait préparer tous les hommes à prêter main forte au premier appel. Le détachement envoyé au carré Victoria n’eut pas de peine à disperser la foule qui se précipita par la rue Craig et la rue St Laurent  jusqu’au coin de la rue St Hubert où elle attaqua la maison du Dr Larocque, les mêmes scènes se renouvelèrent. La dernière maison devant laquelle la foule s’arrêta fut celle de l’échevin Roy, au coin des rues Ontario et Panet.

Lorsque l’hôtel-de-ville fut attaqué, on téléphona de là aux divers commandants de bataillon pour les mettre au fait de ce qui se passait.

Le major Henshaw des carabiniers Victoria endossa immédiatement son uniforme, et en une demi-heure, parvint à réunir cinquante hommes. Vingt membres de la compagnie des ingénieurs furent aussi réunis au  »Drill Shed » et on aurait appelé d’autres soldats sous les armes si l’émeute n’eut pas été réprimée.

Chez le Dr Laporte on a brisé et arraché complètement des chassis et mis le feu à la maison.Une alarme  fut sonnée de la boite 76 et les pompiers éteignirent les flammes avant qu’elles n’eussent causé des dommages appréciables.

La foule retourna alors au bureau de santé de la partie Est qu’elle trouva gardé par six hommes de police. Ceux-ci purent résister à l’assaut et on essaya là aussi de mettre le feu à la maison.

A ce moment là, le maire et le chef de police arrivèrent en voiture. Ce dernier se précipita dans le bureau pour prêter main forte à ses hommes, mais il fût frappé à coup de bâton et renversé.

Un dut le transporter presque sans connaissance à sa demeure. Il a reçu deux blessures graves à la tête.

Une alarme fut alors sonnée à la boîte 82 et les pompiers auraient balayé les émeutiers avec un jet d’eau, si quelques-uns de ceux-ci n’eussent menacé de couper les boyaux avec des haches.

Les placards de variole et le souffre destiné à la désinfection furent sortis du bureau et l’on fit un feu de joie.

Une escouade de police dispersa bientôt cette foule, qui était déjà bien diminuée depuis une heure, et toutes les rues des alentours furent parcourues par la police et débarrassées des groupes qui s’y promenaient.

Il était une heure du matin lorsque les derniers émeutiers furent disparus

Cette  foule, il faut le dire, se composait aux trois quarts de jeunes vauriens.

Arrestations

Pendant l’émeute de l’hôtel-de-ville, le sergent Beauchemin et le constable Bureau ont arrêté un cordonnier du nom de Alphonse Moreau, qui lançait des pierres et on a aussi pris en flagrant délit Wm Bélec, barbier. Ce dernier avait ses poches pleines de pierres.

Notes

Le Herald dit qu’on a essayé de faire sauter ses bureaux. Trois trous auraient été pratiqués dans la pierre de la façade.

Le comité de citoyens qui devait siéger à l’hôtel-de-ville hier soir, a dû ajourner. Les Canadiens-français qui ont font partie ont condamné avec énergie les outrages qui se commettaient.

Un grand nombre  de fenêtres de l’hôtel-de-ville sont brisées, mais il n’y a pas autant de dégâts qu’on aurait pu le supposer hier soir.

Une femme qui se faisait vacciner hier soir, au bureau de santé, à été blessée à la tête par une pierre.

La famille d’un échevin se préparait à recevoir les émeutiers à coup de fusils de chasse et de revolvers, s’ils avaient attaqué la maison.

Comme on parlait hier, de renouveler, ce soir, les mêmes scènes de désordre, le maire va prendre des mesures pour faire aux tapageurs une chaude réception.

Billets reliés

L’oeuvre de résurrectionnistes (Québec, 26 janvier 1866)

L’épidémie de choléra de l’été 1832 à Québec

La grippe espagnole de 1918-1919 à Montréal

L’épidémie de variole de 1885 à Montréal

16. Honoré Beaugrand, maître de la chasse-galerie (1848-1906)

L’émeute de la prison Saint-Vincent-de-Paul [Laval, 24 avril 1886]

Dans le journal La Patrie, édition du 26 avril 1886, on pouvait lire cet article

Toute la ville de Montréal ne parle ce matin que de l’échaffourée  de St Vincent de Paul, samedi soir.

C’est la sensation du jour. Les détenus ont voulu s’évader et se sont mis en révolte. Le soulèvement n’a commencé que vers quatre heures et quart samedi. Durant tout l’après-midi, les prisonniers ont été occupés à leurs différents travaux et rien ne faisait prévoir, à leur attitude, qu’ils ourdissaient un vaste complot pour forcer les portes du pénitencier et reprendre leur liberté.

Photographie | Pénitentiaire Saint-Vincent-de-Paul, Saint-Vincent-de-Paul, QC, 1884 | II-75151

Pénitentier Saint-Vincent-de-Paul, QC, 1884

C’est à l’heure que nous venons d’indiquer que les détenus qui travaillaient à tailler la pierre dans la bâtisse située au sud-est s’emparèrent soudainement des gardiens, les garottèrent avec de fortes courroies et se saisirent de leurs armes. Ils étaient quarante et les gardiens n’étaient que deux; comme on peut bien le croire la résistance ne fut pas longue. Ce fut le signal de la révolte. En même temps que ceux-ci se rébellaient, les cordonniers et les tailleurs de drap faisaient de même pour leurs gardiens au nombre de trois. Maîtres des carabines et des pistolets, ils sortirent de leur bâtisse et prirent la direction  des murs. C’est alors que M. Laviolette (Godefroy Laviolette), préfet du pénitencier, rentrait dans la cour pour faire sa visite quotidienne. Voyant le soulèvement, il ordonna aux prisonniers de poser les armes et de rentrer dans leurs cellules. On ne lui donna pas le temps de continuer. On se précipita sur lui et avant qu’il eut pu faire un mouvement pour se dégager et de défendre, on s’empara de ses pistolets et l’on fit feu sur lui.

[…] On lui demanda à plusieurs reprises de donner ordre de faire ouvrir les portes, mais M. Laviolette s’y refusa obstinément et fit acte d’une bravoure extraordinaire (l’article rapporte qu’on fit feu sur le préfet à trois reprises, le blessant grièvement)

[…]

Pendant qu’une bande frappait le préfet, au côté nord ouest, une autre, à l’aide d’une échelle faite à la hâte avec des plançons recueillis ça et là, escaladaient le mur de pierre du côté sud-est. Plusieurs avaient déjà atteint le faite lorsque le gardien Sanders, en sentinelle au coin Est, cria au gardien F. Chartrand (Ferdinand) et à l’instituteur fermier Kenyn, qui travaillaient au jardinage de l’autre côté du mur, de faire feu sur les révoltés. Ils obéirent et une balle vint frapper le prisonnier Peters à la tête. Elle ne fit que percer le chapeau. Peters, se croyant blessé, se laissa descendre et tous les détenus qui possédaient des armes firent feu sur Chartrand et le blessèrent à (illisible).

Le monde illustré, samedi 8 mai 1886

C’est alors que plusieurs ferblantiers et quelques-uns qui s’occupaient aux travaux d’excavations se mirent de la partie et la mêlée devint générale. […]Au moment où M.Laviolette tombait sous les balles de ses assistants, Corriveau, un des chefs de la révolte, à l’aide d’une grande pince, essayait de faire un trou dans le mur de planches pour faciliter l’évasion.

Le gardien Albert Paré le visa et le tua d’un coup de carabine. […] La mort de l’un des chefs jeta le désarroi parmi les prisonniers qui se réunirent tous au milieu de la grande cour et délibérèrent.

Pendant ce temps, le député préfet M. Ouimet, qui se trouvait dans la bâtisse principale, fit sonner la cloche et tous les prisonniers, sans résistance aucune, entrèrent dans leurs cellules en chantant et en disant: c’est à recommencer. A 5 heures, tout était rentré dans l’ordre.

Plusieurs détenus firent face à des accusations suite à cette émeute. L’instigateur de la révolte était un dénommé Louis Viau, purgeant une peine de cinq ans pour vol de grand chemin. Viau écopa d’une peine de 25 ans de prison pour tentative de meurtre envers le gardien Ferdinand Chartrand.

Le préfet du pénitencier, Godfroy Laviolette, resta handicapé suite à ses blessures. Il décéda en 1895.

Bibliographie

La Patrie, 11 juin 1886

Jean Cournoyer [En ligne] Pénitencier Saint-Vincent-de-Paul [Page consultée le 3 décembre 2011] Adresse:  http://memoireduquebec.com/wiki/index.php?title=Saint-Vincent-de-Paul%2C_Centre_correctionnel_(prison)

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