L’homme à la fenêtre (et autres instants saisis sur le vif)

par Vicky Lapointe

Très tôt, durant mes études en histoire, je me suis intéressée à l’iconographie. Mon essai multimédia pour l’obtention de la maîtrise en histoire, profile multimédia, portait d’ailleurs sur « Les représentations iconographiques de la pauvreté à Londres et à New York, de Mayhew à Campbell (1861-1896)« . Quel message l’artiste a-t-il voulu transmettre? Dans quelles conditions a-t-il exercé son art? Quelle a été la réception de l’oeuvre? Tant de questions. Les photographies du dano-américain Jacob Riis ont particulièrement été intéressantes à analyser.

Pour ceux qui aiment la photographie et qui aiment prendre le temps d’observer, d’analyser, le site Shorpy est un pur bonheur. Fondé par David Hall, Shorpy héberge en ligne des milliers de photographies, tirées pour la plupart de la collection de la Library of Congress. Il s’agit surtout de photos montrant différentes facettes des États-Unis. Il s’agit d’images JPEG de grand format (TIFF convertis en JPEG). Le résultat est magnifique.

Prenons un exemple. Voici une photo tirée du site de la Bibliothèque du Congrès (Library of Congress).

Times Square, New York, N.Y. entre 1900 et 1915. Detroit Publishing Co.. Library of Congress.

Times Square, New York, N.Y. entre 1900 et 1915. Detroit Publishing Co.. Library of Congress.

Examinez maintenant cette photo de New York en 1908  sur le site de Shorpy. Cliquez une fois sur la photo ou sur View full size dans la légende pour la voir pleine grandeur.

Sur le site de Shorpy, cette photo est intitulée « Broadway at Times Square — Hotel Astor and Astor Theatre (Detroit Publishing Company). Le  format de l’image permet d’admirer la richesse et la beauté de l’architecture new-yorkaise, plus particulièrement celle de l’impressionnant hôtel Astor. L’Hermitage, à gauche, semble être de facture plus modeste. Hélas, l’imposant hôtel Astor n’existe plus. À la fin des années 60, il a cédé sa place à un gratte-ciel, le One Astor Plaza.

Maintenant, observez les mouvements de la population. La dame en bas à droite marche d’un pied ferme près d’un policier en service. A l’extrême gauche, les tramways côtoient les calèches. On aperçoit une automobile à droite. Cette photo nous fournit plusieurs informations sur les types de transports utilisés par les New-yorkais à l’époque.

Un panneau d’affichage près de l’Hermitage rappelle à la population que la pièce « Paid in full » est à l’affiche au théâtre Astor. Publicité. Une pancarte « Offices to lease »au quatrième étage du théâtre Astor  annonce des locaux inoccupés dans cet édifice. Redescendons au niveau de la rue. Toujours dans le coin du théâtre Astor, il y a plusieurs enseignes et réclames publicitaires : United Cigars, Mechanics and Traders, Mackintosh Roses, Kodak optical goods, etc.

Parfois, on remarque des détails inusités. Comme cet homme assis sur le bord de la fenêtre, dos à la rue, au troisième étage du théâtre Astor. Que faisait-il là?

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Vous pouvez aussi joindre la communauté Shorpy et soumettre des photos. Certains partagent des clichés issus de leurs collections personnelles. D’autres publient des photographies qu’ils ont colorisées.

Le site http://www.shorpy.com/ est remplit de trésors photographiques. Prenez quelques minutes pour le visiter.

Suggestions de lecture:
Analyser une image – conseils

Deux suggestions de lecture

Bonjour à tous,

je vais partager avec vous deux de mes plus récents coups de coeur littéraires.

Éditions Prise de Parole

Éditions Prise de Parole

D’abord, parlons de Plus peur de l’hiver que du Diable – Une histoire des Canadiens français en Floride par l’historien Serge Dupuis. Cet ouvrage est publié par les éditions Prise de parole, une maison d’édition basée à Sudbury, Ontario. Le titre de ce livre a tout de suite piqué ma curiosité. Pendant longtemps, pour moi, la Floride, c’était synonyme de Walt Disney World, de vacanciers. C’était la Floride caricaturale du film La Florida de George Mihalka (un des premiers films de Marie-Josée Croze).

J’ai, il y a quelques semaines, raconté dans un billet l’histoire d’Octave Chabot, natif de Sainte-Justine, au Québec, décédé à Orange Park, Floride, en 1939. J’ignorais que déjà, à cette époque-là, certains des nôtres habitaient là-bas.

J’avais envie d’en savoir plus sur les liens entre le Québec et la Floride.

Je reproduis ici le résumé du livre paru sur le site de l’éditeur Prise de Parole.

Plus d’un million de touristes francophones du Québec et du Canada, dont cent cinquante mille « snowbirds », selon l’expression consacrée, se rendent chaque hiver en Floride pour profiter de son climat idéal.

Si cet engouement ne se dément pas, l’histoire des migrations canadiennes-françaises en Floride, qui dépasse largement le cadre du tourisme saisonnier, est quant à elle mal connue. Plus peur de l’hiver que du Diable retrace donc, sur plus de cent ans, cette épopée passionnante : de la colonisation agricole du 19e siècle aux vagues d’émigration économique des années 1930, de la naissance du tourisme de masse de l’après-guerre aux enfants d’immigrants, l’étude traite des enjeux entourant toutes ces formes de migration et analyse ses caractéristiques.

Appuyée par des données tirées de fonds d’archives et des enquêtes de terrain, de même que par une solide historiographie, Plus peur de l’hiver que du Diable effectue une première véritable synthèse historique du rôle joué par les Canadiens français dans l’état balnéaire.

Cet ouvrage, fort bien écrit, apporte plusieurs éléments de réponses aux questions suivantes: Pourquoi émigrer en Floride? Pourquoi les touristes sont-ils attirés depuis plusieurs décennies par la Floride? Quel est l’héritage canadien français en Floride? Dupuis se penche aussi sur les relations – pas toujours cordiales- entre les Francophones et les États-Uniens.

Des premiers tentatives françaises de colonisation à nos jours, l’histoire de la Floride mérite d’être mieux connue. Plusieurs Canadiens français et Franco-Américains ont choisit au XXe siècle de s’établir dans cet état. Serge Dupuis cite d’ailleurs le cas de Joseph Carrier de Saint-Anselme, QC, qui a combattu dans l’armée américaine durant la première Guerre mondiale. Aussi, saviez-vous qu’une colonie composée de Franco-Américains a existée en Floride durant les années 30? Il s’agit de Bélandville, dans le comté de Santa Rosa.

Plus peur de l’hiver que du Diable est une excellente contribution à l’histoire des Canadiens français aux États-Unis.

 

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Voici ma deuxième suggestion de lecture: Demonica par Hervé Gagnon.

Éditions Recto Verso

Éditions Recto Verso

On doit à Hervé Gagnon les séries Damné, le Testament de Nergal ainsi que Joseph Laflamme.

Résumé de Demonica paru sur le site de l’éditeur Recto Verso.

Le Mal est partout.
En 1563, une poignée de protestants fuient la guerre de religion qui embrase la France et se réfugient secrètement en Canada. Sur le site abandonné du village iroquois d’Hochelaga, que Jacques Cartier a visité en 1535, ils fondent Havre-Grâce, où ils aspirent à vivre en paix. Mais le Nouveau Monde se révèle inhospitalier pour ce groupe d’idéalistes mal préparés. Les premières récoltes sont mauvaises et le gibier a déserté les environs. L’hiver est cruel et le froid, dévorant. La neige fait de la colonie une prison. La faim s’y installe et emporte les plus faibles. Petit à petit, le Mal s’insinue dans Havre-Grâce. Une fillette semble être possédée, des envies de cannibalisme animent certains colons et une créature mystérieuse rôde aux alentours. Homme, bête ou démon? Nul ne peut le dire. Le jeune Guichard Sorbiac tentera de le découvrir.

Je ne suis pas une amatrice de romans et de films d’horreur. Mais si l’histoire se déroule il y a bien longtemps, je suis prête à faire un essai. Ainsi, j’ai vu récemment The Witch a New England Folktale de Robert Eggers qui se déroule au XVIIe siècle et j’ai beaucoup apprécié.

Demonica se déroule en Nouvelle-France un siècle plus tôt. A partir d’un fait historique -le village iroquoien d’Hochelaga a effectivement été abandonné après le passage de Jacques Cartier- Gagnon raconte une histoire prenante. J’ai adoré l’ambiance de ce roman. La tension monte graduellement. Les personnes vivent constamment dans la peur, dans l’appréhension des atrocités à venir. Un roman efficace. Une histoire qui devrait être portée au grand écran, à mon avis.

Bonne lecture!

Note: la blogueuse est allée toute seule comme une grande emprunter ces deux livres à la bibliothèque.

 

Celina Géhu et David Lapierre

par Vicky Lapointe

Ce nom a tout de suite attiré mon attention. Qui pouvait bien être Célina Géhu, décédée à Sainte-Justine, Dorchester (auj. Bellechasse) le 22 janvier 1912 à l’âge de 68 ans? Géhu est un nom de famille assez rare au Québec. Les Géhu ont laissé des traces dans les registres paroissiaux catholiques en Gaspésie et dans les régions de Montmagny et de Bellechasse. C’est un patronyme dont l’orthographe a varié au fil des ans: Géhu, Jehu, Jegue, Jaigue, Gegu, Gagné, etc.

  1. Les Géhu
  2. David Lapierre
  3. Des Géhu en Nouvelle-Angleterre
  4. En résumé

1. Les Géhu

Louis, l’ancêtre des Géhu du Québec, a épousé Marie-Louise Blais à Berthier-sur-Mer le 18 février 1765. Selon Nos Origines, il serait né vers 1736 à Pleurtuit, Ille-et-Vilaine (France). Je n’ai pas trouvé de traces de ce breton dans le Fichier Origine, qui recense les « émigrants français et étrangers établis au Québec des origines à 1865 ». Peut-être Louis Géhu était-il un soldat ayant participé à la guerre de Sept ans?


Louis Géhu et Marie-Louise Blais ont eu au moins sept enfants: Louise (Etienne Renaud), Louis (Madeleine Boulay), Marie (Charles Couture), Julien (Marcelline De La Durantaye, Marie-Reine Fournier), Louis-Jean, Marie-Marguerite et Véronique. Louis-Jean est décédé en bas âge et Louis ne semble pas avoir eu d’enfant. Par contre, Julien est le père d’au moins neuf enfants, dont Michel et Julien.

Revenons à Célina Géhu. Âgée de 68 ans à son décès, elle serait donc née vers 1844. La consultation du site web du Programme de recherche démographique historique (PRDH) ne m’a pas permis de connaître sa date et son lieu de naissance.

Elle s’est mariée à au moins deux reprises: la première fois avec David Lapierre (date et lieu inconnus) et la seconde fois avec Jean « Johny » Richard à Sainte-Justine le 8 janvier 1884.

J’ai laissé il y a quelques jours un message sur le forum de Nos Origines pour trouver plus d’informations sur le mariage de Célina Géhu et de David Lapierre. Une participante, Jacynthe, m’a fait remarquer que Célina apparaissait dans les recensements canadiens de 1852,  de 1871 et de 1891. Je tiens à remercier une autre participante, Renée, pour son aide.

Voyons maintenant ce que nous apprennent les recensements canadiens à propos de Célina Géhu.

Recensement canadien 1852 L’Islet
Julien Gaigue 42 ans
Geneviève Fournier 41 ans
Magloire Gaigue 15 ans
Célina Gaigue 12 ans
Geneviève Gaigue 10 ans
Philomène Gaigue 10 ans
Déline Gaigue 5 ans
Séraphine Gaigue 3 ans

Recensement de 1861- où est-elle?

Recensement canadien 1871 St-Gervais
Michel Gégu 55 ans
Philomène Gégu 27 ans
Michel Gégu 19 ans
Télévine? Gégu 10 ans
Adéline Gégu 22 ans
Célina Gégu 31 ans
Adélard Gégu 5 mois

Recensement de 1881, où est-elle?

Recensement canadien 1891 Ste-Justine
Jean Richard 45 ans
Delina Richard 45 ans
Recensement canadien 1901 Ste-Justine
Jean Richard 55 ans
Célina Richard 56 ans (née le 15 mai 1845)
Recensement canadien 1911 Ste-Justine
Jean Richard 65 ans
Célina Richard 68 ans (née le 1? mai 1842)

Célina est donc née entre 1840 et 1845. Le dépouillement des actes de baptêmes de Montmagny – indiqué comme son lieu de naissance dans le recensement canadien de 1911 – n’a pas permis de confirmer cette information. Les recensements de 1901 et 1911 nous apprennent par contre qu’elle parlait français et anglais. Dans quelles circonstances a-t-elle acquise sa maîtrise de l’anglais? Sainte-Justine est située près de la frontière du Maine, mais il s’agit d’un village essentiellement francophone. Aurait-elle séjournée en Nouvelle-Angleterre?

2. David Lapierre

Le premier mari de Célina Géhu, David Lapierre, est décédé à Sainte-Justine le 25 janvier 1882 à l’âge de 53 ans. Il serait donc né vers 1829. La consultation du PRDH permet de repérer un candidat intéressant, soit David Denis (Denis dit Lapierre) né à Saint-Gervais en 1826. Il a épousé à Saint-Sylvestre de Lotbinière le 3 octobre 1848 Marguerite Gautron dit Larochelle. Leurs enfants sont nés à St-Sylvestre, Saint-Ferdinand-d’Halifax et Sainte-Sophie. En 1871, les Lapierre résident à Sainte-Justine. Au décès de David et Anna à St-Léonard d’Aston en 1875, il est écrit dans les registres que leur mère, Marguerite, est décédée. David Lapierre est donc devenu veuf entre 1871 et 1875.

Je ne trouve pas David Lapierre dans le recensement canadien de 1881. Peut-être son nom a-t-il mal été indexé ou bien au moment du recensement, était-il à l’extérieur du pays, par exemple en Nouvelle-Angleterre?

Sa fille Marguerite est décédée à Concord, New Hampshire, en 1911. Elle a épousé, probablement aux États-Unis, Peter Daily ou Dailey.

3. Des Géhu en Nouvelle-Angleterre

Un peu plus tôt, je vous ai parlé de Michel Géhu, fils de Louis Géhu et de Marie-Louise Blais. Célina habite chez lui à Saint-Gervais en 1871. Il s’agit probablement de son oncle. En 1874, Michel réside en Nouvelle-Angleterre. Deux de ses enfants décèderont dans cette partie du monde soit  Marie, à Fall River, Massachusetts,  le 11 décembre 1874 puis  son fils Michel (Micheal), inhumé à Seymour,  Connecticut, en 1916. Sur le site Find a grave, on trouve deux Gehu inhumés à Seymour, soit Mary A (Agnès?), femme de Michael (d. 1926) et Edouard (d. 1914).

4. En résumé

Je recherche les informations suivantes:

Date et lieu de naissance de Célina Géhu (entre 1840 et 1845) .

Lieu et date du mariage de Célina Géhu et David Lapierre (peut-être en Nouvelle-Angleterre).

Lieu et date de décès de Marguerite Gautron dit Larochelle, épouse de David Lapierre (entre 1871 et 1875).

À suivre…