Le pont de glace de 1855

 

Le pont de glace entre Québec et la pointe Lévis. 1833 par James Pattison Cockburn. Bibliothèque et Archives Canada

Le pont de glace entre Québec et la pointe Lévis. 1833 par James Pattison Cockburn. Bibliothèque et Archives Canada

Le Canadien, 28 février 1855

IMMENSE PONT SUR LE FLEUVE. – L’épais rideau de glace dont le fleuve est recouvert, intersecté d’abord à près d’une lieue au-dessous de Québec par une ouverture transversale (aujourd’hui comblée d’une glace vive), se prolonge au-delà, depuis la pointe sud-ouest de l’Ile d’Orléans, jusqu’à l’Ile-aux-Grues, présentant une surface plane d’au moins douze lieues de parcours. Cet état des glaces du St.-Laurent en hiver ne s’était pas renouvelé depuis 1812.

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Le petit bonhomme sans tête de l’Ile-aux-Grues

Pas de publication dimanche; de retour le 28 décembre 2013.

Dans son Histoire de l’île aux Grues (PDF), l’abbé Béchard mentionne la curieuse histoire que voici.

« Un spectre à forme humaine,
Maigre, pâle, et vers nous se traînant avec peine,
S’avance en nous tendant ses suppliantes mains.
Nous regardons; ses maux dans ses traits sont empreints
Sa barbe à flots épais descend sur sa poitrine:
Quelques sales lambeaux que rattache une épine,
Ses cheveux négligés tout montre un malheureux ».

Le spectre de Delille, (dans sa traduction de l’Enéide, livre III) ne ressemblait pas à celui de l’Ile-aux-Grues. Celui-ci avait la forme d’un homme petit et replet; la tête était invisible. Ses habits consistaient en un pantalon gris et un habit noir, qu’il porta toujours tout le temps qu’il se montra aux regards épouvantés des insulaires, c’est-à-dire le long espace de 30 ans. Il semble difficile de croire qu’un mauvais plaisant eût voulu et pu jouer cette mascarade pendant tant d’années. Il ne parlait jamais, et on lui donna le nom de petit bonhomme sans tête, qu’il porte encore.

Demandez, sur l’île, des informations du petit bonhomme, et tout le monde vous comprendra: plusieurs personnes encore vivantes, l’ont vu maintes fois. La première qui le vit, fut Catherine (Catin) Gagné, mariée, plus tard, à Alexandre Normand: elle est morte, aujourd’hui, et elle a sans cesse soutenu, jusqu’à sa dernière heure, qu’elle avait bien vu ce gnome tel que je viens de le dépeindre, et tel que plusieurs autres personnes affirment l’avoir vu.

La place favorite du petit bonhomme et le seul endroit où on l’a vu, est sur la côte qui domine la basse ville, entre la demeure de Joseph Vézina et celle d’Antoine Rodrigue: il n’y a que 3 arpents entre ces deux maisons. On l’a vu marcher sur la neige molle, dans les champs ou à côté du chemin, et ne laisser aucune empreinte. Il y avait, dans son marcher, l’allure délicate et légère du chat.

Lorsque M. Quertier, le premier curé de l’île, vint se fixer ici, en 1836, il y avait déjà 20 ans que le petit bonhomme sans tête se montrait aux insulaires; mais, en vrai et digne farfadet, gnome ou revenant qu’il était, il ne sortait que la nuit. M. Quertier, dit-on, rit beaucoup du petit bonhomme sans tête et de ceux qui croyaient et affirmaient l’avoir vu; mais on rapporte aussi qu’il finit par ne plus en rire, et qu’il crut, lui aussi, qu’il y avait quelque chose de surnaturel dans cette apparition.

Le petit bonhomme disparut en 1841, et on ne l’a point revu depuis, au grand contentement des insulaires qui redoutaient sa rencontre, quoiqu’il ne parlât jamais et se montrât toujours inoffensif, bien son petit bonhomme, enfin.

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Légende: Le masque de fer de l’Ile aux Oies (1683-1749)

L’Ile aux Oies fait partie de l’archipel de l’Ile aux Grues. Elle est située face à L’Islet-sur-Mer, en Chaudière-Appalaches.

Jadis, on racontait dans ce coin-là l’histoire d’un homme au masque de fer qui y aurait été emprisonné. Les origines de cette histoire remontent au temps de la Nouvelle-France.

Le seigneur Pierre Bécard de Granville

Pierre Bécard de Granville était un soldat du régiment de Carignan arrivé en Nouvelle-France en 1665 pour défendre la colonie contre les attaques des Iroquois. Comme plusieurs soldats, il choisit de rester et de s’établir au pays. Le 22 octobre 1668, il épouse à Québec Anne Macard, nièce du seigneur Louis Couillard. Six jours plus tôt, Louis Couillard lui avait cédé la moitié de l’île aux Oies, de la Grosse et de la Petite île, de l’île aux Grues ainsi que des battures et terres adjacentes sises dans le fleuve Saint-Laurent. Le contrat est ici. C’est  à l’Ile aux Oies que Pierre Bécard décède le 4 mai 1708. Son épouse lui survivra  jusqu’au 11 décembre 1731.

Douze enfants naîtront de cette union. Parmi ceux-ci, il y a Pierre, né le 3 janvier 1683 à Québec. Il sera le personnage d’une légende bien spéciale…

Acte de baptême de Pierre Bécard, sieur de Granville. Extrait des registres de la paroisse de Notre-Dame de Québec

Acte de baptême de Pierre Bécard, sieur de Granville. Extrait des registres de la paroisse de Notre-Dame de Québec

Les mystérieux résidents de l’Ile-aux-Oies

Pierre Bécard fils, selon Pierre-George Roy, a cultivé la terre du domaine familiale de l’Ile aux Oies. En septembre 1723, il a cédé ses droits sur le domaine familial  à son frère Paul et à sa soeur Geneviève. En échange, ces derniers devaient veiller à l’entretien de Pierre et de sa mère, Anne Macard. Or, les Bécard de Granville vivaient en reclus, ce qui a donné lieu à bien des commérages.

Et voilà une légende….

La matriarche de la famille étant décédée en 1731, Pierre Bécard vivait au manoir avec sa soeur Geneviève.

La bâtisse, fortement grillagée, a donné naissance à la légende d’un prisonnier au masque de fer gardé dans un donjon. Comme on éloignait les intrus et qu’on entendait des cris et gémissements, il n’en fallait pas plus pour exciter l’imagination des gens et amplifier cette légende qui s’est transmise jusqu’à aujourd’hui. (Réf).

Cette ferme de l’Ile aux Oies est bâtie sur l’emplacement du manoir des Bécard de Granville © Catherine Plante

L’historien Auguste Béchard mentionne une légende inspirée de l’histoire de Pierre Bécard dans son livre Histoire de l’Ile aux Grues et des îles voisines publié en 1902(réf).  Cette légende avait auparavant été rapportée par James McPherson Lemoine. Selon Béchard, les habitants de l’archipel racontaient qu’un homme, sans nom connu, vivait dans une maison de l’Ile aux Oies, qui était pour lui une sorte de donjon. C’était un homme au prise avec des problèmes de santé mentale. Ce  »prisonnier »   était surveillé par une femme, que l’on disait être sa soeur ou son amante. Cet homme était peut-être le frère ou l’amant d’une des filles du seigneur de Grandville. En tout cas, le récit d’ Auguste Béchard contient bien des sous-entendus…

Pierre-George Roy démystifiera quelques années plus tard la légende en précisant que les Bécard aimaient bien chasser. Ils voulaient garder le gibier sur eux ce qui expliquerait pourquoi ils cherchaient à éloigner les gens lorsqu’ils s’approchaient trop près.

Pierre Bécard était-il réellement atteint de troubles mentaux comme le prétend la légende? Difficile à dire. Peut-être a-t-on simplement affaire ici à une sorte d’ermite… très sain d’esprit.

Pierre Bécard est décédé à l’Ile aux Oies le 7 décembre 1749. Sa dépouille a été mise en terre à Saint-Thomas-de-Montmagny le 13 janvier suivant. A cause des glaces, il était trop dangereux de traverser le fleuve Saint-Laurent, ce qui explique l’inhumation tardive.

Acte de décès de Pierre Bécard. Extrait des registres de la paroisse Saint-Thomas-de-Montmagny

Acte de décès de Pierre Bécard. Extrait des registres de la paroisse Saint-Thomas-de-Montmagny

Pierre Bécard ne s’est jamais marié. Qu’est-il arrivé à sa soeur Geneviève? Quand est-elle décédée? La famille du sieur de Granville a bien des secrets a révéler…

Si vous avez la chance d’aller dans le coin, ayez une pensée pour Pierre Bécard…

Bibliographie

Archipel de L’Ile aux Grues. [en ligne] La nouvelle ferme [Page consultée le 3 décembre 2010] Adresse URL

BECHARD, Auguste.Histoire de l’Ile-aux-Grues et des îles voisines. Imprimerie de ‘La Bataille, Arthabaskaville, Quebec, 1902, 120 pages.

LEMIEUX, Jean-Marie. L’Ile aux Grues et L’Ile aux Oies. Montréal, Leméac, 1978, 192 pages.

ROY, PIERRE-GEORGE. 1916 «La famille Bécard de Grandville», vol.22 n°4 (avril), p.97-110 110http://www.archive.org/stream/lebulletindesrec22archuoft#page/106/mode/2up

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