Un dernier adieu à Louis-Joseph Papineau [Montebello, 26 septembre 1871]

Extrait du Canadien,  2 octobre 1871

OBSÈQUES DE L’HON. L. J. PAPINEAU

Mercredi matin, le 26 sept. courant, un certain nombre des amis de l’Hon. L. J. Papineau sont partis de Montréal, pendant que d’autres partaient d’Ottawa et d’ailleurs, pour aller rendre les derniers devoirs à ce grand citoyen. Nous avons comptés parmi ceux qui allaient de Montréal les Hon. A. A. Dorion, L. A. Dessaules, M. Laframboise et MM J. Doutre, C. R. Rouer Roy, C. R, J. Bte Beaudry, D. E. Papineau, C. F. Papineau, Alex. Dufresne, E. Roy, Dr. J. Lemieux, A. Papineau, de St. Hyacinthe et J. G. Coursolles, d’Ottawa, alors à Montréal.

Photographie | Un coin du Château, Seigneurie de la Petite Nation, Montebello, QC, vers 1890 | MP-0000.962.3

Un coin du Château, Seigneurie de la Petite Nation, Montebello, QC, vers 1890

Après un voyage rendu très agréable par l’urbanité des employés de la Compagnie de Navigation d’Ottawa, et spécialement de MM. Sheppard et Bowie, nos amis sont arrivés vers trois heures à Montebello. Cette paroisse jetée entre les Laurentides et la Rive Nord de l’Ottawa, présentait un spectacle en harmonie avec le sombre évènement qui y amenait les étrangers. Le village forme la base d’un vaste amphithéâtre, s’étageant par les collines et les montagnes, sous un feuillage sombre vert, rouge foncé, puis rose, orange et diaphane. Le soleil à demi voilé, mais vivifiant et répandaient sur les magnifiques domaines  de M Papineau, des intermittences de lumière vive et pâle qui invitaient au recueillement. A moins de parcourir les résidences royales, où les trésors d’une nation ont été jetés sans compter pour  embellir la nature, il est impossible de voir rien de plus agreste et de plus coquet à la fois, de plus pittoresque et de plus velouté, que les grandes avenues et les sentiers sinueux, les promontoires formant une plaine, les grandes forêts et les bosquets, les rocs abrupts et les pelouses du manoir de Montebello. En dehors de la nature, avec ou sans parure, la maison est un château alliant aux formes antiques le confort des goûts modernes. Du fleuve, le premier objet qui frappe le regard, est un balcon, dans un grand pin, qui a l’air d’un nid d’oiseau.

Photographie | Un coin du Château, Seigneurie de la Petite Nation, Montebello, QC, vers 1890 | MP-0000.962.1

Un coin du Château, Seigneurie de la Petite Nation, Montebello, QC, vers 1890

Le corps de la bâtisse est à demi caché par deux tours élevées, qui paraissent d’autant plus hautes qu’elles sont  construites sur un cap qui forme un bec d’aigle sur la rivière et l’embrasse à droite et à gauche, à perte de vue. L’intérieur de la maison ne présente guère d’autres particularités saillantes, que la bibliothèque et une vaste entrée qui va d’un mur à l’autre, et qui semble être un emblème de l’hospitalité; car c’est une promenade sous abri, ou plusieurs causeurs peuvent se rencontrer et au besoin d’asseoir sur les couches moelleuses qui invitent au repos sur toute l’étendue de l’allée. La bibliothèque qui se compose de six à sept milles volumes, est placée dans l’une des tours et il est difficile d’imaginer un plus beaux choix de livres.

L’après-midi de mercredi fut naturellement consacré à parcourir les sentiers nombreux de la forêt, le labyrinthe d’arbuste et de fleurs, qui entoure la maison, le parc aux cerfs, la grande avenue qui fait un circuit d’un mille autour d’arbres gigantesques et séculaire, et enfin la chapelle mortuaire où la seconde génération des Papineau ne réclame plus que M. Augustin Papineau pour s’éteindre. Cette chapelle contenait déjà les restes de M. Joseph Papineau, père de Louis-Joseph, de madame L.-J. Papineau, de Gustave Papineau, et d’une vieille servante qui avait suivi la famille dans l’exil de 1837.

Photographie | Mausolée de la famille Papineau, Montebello, QC, dessin, copie réalisée vers 1890 | MP-0000.962.7

Mausolée de la famille Papineau, Montebello, QC, dessin, copie réalisée vers 1890

La chapelle est construire au milieu de la forêt, mais à peu de distance de la maison. Elle est en pierre brute, massive, et sans autre prétention que celle de défier le temps et de dire au passant: il faut mourir.

Photographie | Côté sud du Château Montebello, Montebello, QC, vers 1890 | MP-0000.962.2

Côté sud du Château Montebello, Montebello, QC, vers 1890

Jeudi dans la matinée, les étrangers arrivés dans la veillée et le matin, se rendirent en grand nombre, à la maison, où gisaient les restes vénérés du défunt. Parmi l’assistance, on remarquait Alonzo Wright, écr. membre des communes, pour le comté d’Ottawa, A. B. Eddy, écr., membre de l’Assemblée Législative de Québec, pour le même comté, Ed. Leduc, ecr., A. P., H. N. Raby, ecr., N. P. De St-André Avelin, Thos. Cole, de North  Nation Mills, Geo. Cameron écr. et M. Camaron ecr., de Thurso, M. Garneau d’Ottawa, Ed. St. Julien, S. Mackay, ecr.,  de St. Angelique, C. Major ecr., N. Tranchemontagne et M. Poulin de Montebello. Nous n’avons pu prendre notes d’un plus grand nombre  de personnes, en circulant dans la foule, et nous regrettons d’omettre les noms de beaucoup de citoyens qui méritaient ici une mention particulière.

Vers neuf heures, l’assistance se groupa près de la maison et l’Hon. A. A.  Dorion commença sous l’effet d’une émotion profonde et universellement partagée, l’oraison funèbre de l’illustre défunt. Il raconta, en termes empreints d’une chaleureuse admiration, la vie si active et si patriotique que chacun connaissait déjà, mas aimait encore à entendre. Après lui, T. S. Brown Ecuier, l’un des compagnons de M. Papineau, durant la période la plus accidentée de sa vie politique, exprima en anglais des sentiments dont chacun était heureux d’avoir l’écho par l’entremise d’un témoin occulaire.

M.  Brown retraça les évènements qui avaient amené l’insurrection et il fit ressortir le rôle de M. Papineau, dans les mouvements de l’opinion. Sans doute, le peuple s’émut à la parole ardente de ce grand patriote et s’achemina à son insu sur la pente de la résistance armée; et si les hommes pouvaient acquérir l’expérience des révolutions, on pourrait faire remonter à lui la responsabilité des infortunes qui accablèrent quelques familles. Mais personne ne peut acquérir ce genre d’expérience, car il est peu d’hommes qui aient le malheur de voir plus d’une révolution, dans leur vie. Mais encore, si M. Papineau avait pu calculer les bienfaits qui devaient ressortir de cette  tentative d’insurrection, il était trop généreux pour ne pas sacrifier sa vie pour d’aussi grandioses résultats.

L’Assemblée des six-comtés à St-Charles, 23 et 24 octobre 1837

En 1837, le système colonial qui régissait le Canada était le même pour les nombreuses colonies de l’Angleterre. C’est ici que fut introduit après 1837, le gouvernement responsable qui est une bénédiction, comparé à l’oligarchie bureaucratique d’alors. Peu à peu les colonies ont été dotées d’indépendance relative et aujourd’hui, il y a des millions d’hommes qui habitent ces diverses colonies anglaises, qui, s’ils connaissaient l’histoire du demi siècle qui est derrière nous, entoureraient ce cercueil de leur vénération et de leur gratitude, car c’est à lui qu’ils doivent leur forme de gouvernement et leur bien-être national.

Après ces deux discours, la funèbre procession se mit en marche, vers la chapelle mortuaire. Le deuil était porté par MM A. A. Dorion, Alonzo Wright, J. Doutre, A. B. Eddy, C. Major, L. Leduc, S. Mackay, et T. S. Brown.

La chapelle était tendue de noir et ornée d’immortelles et de feuilles de chênes, variées dans leurs couleurs, par la bise d’automne.

M. le curé Bourassa avait eu l’obligeance d’apporter là les registres de l’état civil et après la descente du cercueil dans la crypte de la chapelle, la famille et les principaux amis participèrent à l’enregistrement de l’inhumation. L’un des premiers noms inscrits sur ce régistre, fut celui du petit-fils du défunt, Louis-Joseph Papineau, fils de L. J. A. Papineau  qui, pour la première fois, mettait son nom au bas d’un document public.

La députation de l’Institut-Canadien a rapporté avec elle trois couronnes de fleurs violettes et blanches et de feuilles de chênes qui reposaient sur le cercueil et les ont apportées, pour en orner le portrait du défunt dans la salle de lecture de l’institution. M. Boisseau avec ses goûts d’artiste, a tiré un grand parti de ces reliques et beaucoup de personnes iront sans doute saluer la figure aimée de cette immortel patriote. (Pays)

Photographie | Louis-Joseph Papineau, Montréal, Qc, 1861 | I-849.0.3

Louis-Joseph Papineau, Montréal, Qc, 1861

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Les églises du Québec: reconvertir le patrimoine religieux?

Lors d’une récente escapade, j’ai eu l’occasion de visiter le village de Saint-Claude,  en Estrie.  La paroisse de St-Claude, 1107 habitants, a été fondée en 1912 et est sise dans une région agricole. Un beau coin de pays. Ce qui m’a frappé, par contre, c’est de voir son église. Des blocs de pierre sont tombés; elle est entourée par une clôture qui en bloque l’accès. Un projet de revitalisation était dans l’air, mais il est tombé à l’eau. Ceci m’incite à me poser la question suivante: Que fait-on d’une église qui n’aura plus de vocation religieuse?

Pourquoi ferme-ton une église?
Les fermetures d’églises sont de plus en plus fréquentes et ce, pour plusieurs raisons. La pratique religieuses (particulièrement catholique) est en baisse au Québec. 25% des Québécois âgés de plus de 15 ans allaient une fois par mois à l’église entre 1999 et 2001 selon Statistiques Canada . Entre 1989 et 1993, c’était 37% de la population. Aussi, les revenus des églises baissent, alors que les coûts d’entretiens augmentent. Rénover est souvent coûteux. Et pour ce qui est des prêtres, il y a très peu de relève. D’ailleurs, certains prêtres doivent s’occuper de plusieurs paroisses.

Lorsqu’une fabrique doit fermer une église, trois options s’offrent à elle: la détruire si elle est dans un piètre état, la reconvertir ou bien laisser le bâtiment se dégrader. J’aimerais examiner quelques cas où la reconversion a été l’option retenue.

Des exemples de reconversions

A Magog, l’église Saint-Marie-Marguerite, fermée en 2007, va être convertie en bibliothèque dont l’ouverture est prévue pour 2010.

A Sherbrooke, rue King Ouest, le restaurant l’Olive bleue a été construite à même une église.

L’Église Christ-Roy de Sherbrooke est devenu un centre d’escalade.

Toujours à Sherbrooke, l’Église Notre-Dame-du-Rosaire a été transformée en salle de spectacles (Le Vieux clocher de Sherbrooke). Le Vieux clocher laissera place prochainement à un local de pratique pour les étudiants en musique de l’Université de Sherbrooke.
A Rimouski, une église du 19e siècle est devenue le Musée régional de Rimouski.

L’église Saint-Jean-Bosco, à Montebello, va devenir un théâtre .

Dans le quartier Saint-Roch, à Québec, l’église Saint-Jean-de-la-Croix a été transformée en condos.

Les exemples de reconversions sont multiples. Mais peut-on faire n’importe quoi avec une église? Bien sûr que non, mais malheureusement, dans certains cas, les circonstances font que des églises peuvent devenir des garages, des bars… L’argent est souvent un problème, ainsi que le manque d’implication de la population et des gouvernements. Pour moi, il est important que l’architecture de l’église ne soit pas trahie par la nouvelle vocation de l’édifice. Aussi, j’aime bien les projets qui profitent à la communauté. L’église devrait continuer à être un lieu de rassemblement.

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