Les étudiants et la police [Montréal, 1909]

Photographie | Université Laval, rue Saint-Denis, Montréal, QC, vers 1897 | VIEW-3022

Université Laval, rue Saint-Denis, Montréal, QC, vers 1897

La Patrie, 7 octobre 1909

LES ÉTUDIANTS ET LA POLICE

Plusieurs constables s’attaquent à la jeunesse étudiante, rue Saint-Jacques, hier après-midi


Un incident regrettable a marqué la manifestation sympathique que les étudiants de Laval ont faite hier aux journaux français de notre cité.

Après leur visite à la PATRIE, visite qui n’eut rien que d’amical, les jeunes manifestants se dirigèrent vers les journaux de la rue Saint-Jacques.

Au coin du boulevard Saint-Laurent, ils se trouvèrent en face d’un véritable bataillon de constables qui semblaient les attendre comme des individus suspects.

Les étudiants étaient ni nombreux qu’ils encombrèrent naturellement le coin de la rue Saint-Jacques, gênant ainsi la circulation.

Il y eut alors quelques vives altercations entre les policiers qui voulaient activer la circulation des passants et quelques étudiants qui n’entendaient pas se laisser mener à coups de bâtons.

Au milieu du tumulte il y eut des échanges de coups, heureusement, sans gravité.

M. Arthur Ecrément, député de Berthier au Parlement, qui se trouvait là, intervint auprès des policiers menaçants pour leur faire comprendre que la manifestation bruyante de la jeunesse universitaire n’avait rien de provoquant.

Les étudiants retournèrent ensuite à l’université, suivis de près par les constables qui voulurent les tenir en respect jusque sur le terrain même entourant l’université.

Des spectateurs de l’échauffourée d’hier entre les policiers et les étudiants affirmaient que la présence de la police aux manifestations n’est généralement pas désirable, attendu qu’elle provoque souvent des bagarres plutôt qu’elle n’assure le maintien de la paix.

La visite des étudiants aux bureaux de la Patrie – une tradition – est décrite en page 14.

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Une arrestation qui tourne au drame [Beauce, 1877]

Le Canadien, 1er octobre 1877

« MEURTRE

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Le sergent Doré tué de sangfroid

Hier, la ville a été mise en émoi par la nouvelle que le sergent (Lazare) Doré, de la police provinciale, universellement connu et estimé à Québec, avait été lâchement assassiné la veille dans le comté de Beauce. Voici les détails de cette triste affaire.

Il y a quelques jours, M. le colonel Amyot, commissaire de la police provinciale, recevait un télégramme de M. Joseph Groleau, connétable du district de Beauce, demandant de l’aide pour opérer l’arrestation d’un malfaiteur. M. Amyot envoya de suite les « détectives » Joannet et Bolger, avec instruction de se rendre à St. Joseph, où ils recevraient des ordres du connétable. Arrivés au chef-lieu du comté, MM. Joannet et Bolger prirent des « warrants » pour l’arrestation d’un nommé George Bartley, résidant dans le canton de Tring, près de la frontière. Bartley est un cultivateur et en même temps maître de poste de la localité; il est soupçonné d’avoir blessé un nommé Champagne en lui tirant un coup de feu par la tête. Champagne avait été le principal témoin contre Bartley dans un procès où celui-ci a été convaincu de vente illicite de spiritueux. Avant le procès Bartley avait menacé Champagne de mort s’il comparaissait contre lui.

Les deux détectives Joannet et Bolger, Accompagnés du connétable Groleau, partirent de St. Joseph, dimanche, le 23 septembre, vers neuf heures du matin, et arrivèrent à la résidence de Bartley, vers neuf heures du soir. Ils firent des recherches dans la maison, mais ne trouvèrent aucune trace de leur homme. La famille de Bartley et plusieurs hommes étaient présents. Les limiers de la police se rendirent ensuite à la grange, mais n’ayant pu se procurer de lumière, ils ne trouvèrent rien. Ils montèrent ensuite dans leru voiture et se préparaient à partir, lorsqu’ils entendirent du côté de la grange, la détonation de deux coups de feu et se sentir frapper par plusieurs grains de plomb. Le détective Bolger reçut deux grains dans le cou, Joannet fut blessé à la tempe et Groleau eut le visage piqué par plusieurs grains de plomb. Dans le temps, ils étaient à vingt cinq verges de la grange. Le connétable, connaissant parfaitement le caractère du nommé Bartley et convaincu qu’il n’était pas seul, conseillèrent aux détectives de se rendre immédiatement à Québec chercher des renforts, ce qu’ils firent.

Arrivés à Québec, Joannet et Bolger firent un rapport des faits au colonel Amyot, qui choisit six de ses meilleurs hommes et les envoya de nouveau dans la Beauce.

Ce détachement se composait des détectives Joannet et Bolger, du sergent Doré et des constable Dussault, Burke et Buteau. Ces messieurs, habillés en bourgeois, partirent de Lévis, jeudi soir, par le chemin de fer Lévis et Kennebec et arrivèrent à St. Joseph le même soir. Ils y passèrent la nuit et une partie du lendemain

Ils ne se mirent en route pour la résidence de Bartley, distancée à 54 miles de Saint Joseph, qu’à cinq heures de l’après-midi, afin de se rendre à destination avant l’aube. Les hommes de police éprouvèrent beaucoup de difficulté à trouver des charretiers disposés à les conduire, tant Bartley leur inspirait de la terreur. Enfin, l’on a trouvé cinq charretiers de bonne volonté et le détachement, accompagné du connétable Groleau, partir pour le canton de Tring. Arrivés à un mille de la maison de Bartley, vers quatre heures du matin, samedi, les policiers laissèrent leurs voitures et se rendirent à pieds aux abords de la maison de Bartley, où ils se cachèrent pour attendre la levée du jour. Vers cinq heures et demie, la femme de Bartley sortit de la maison et ramassa du bois de chauffage. Les hommes de police l’aperçurent et il faut croire qu’elle les vit aussi. Joannet et Doré se précipitèrent dans la maison. La femme entra derrière eux et saisissant un cor de chasse, se lança aussitôt au dehors et se mit à sonner du cor et à crier à haute voix, pour avertir son mari de se tenir sur ses gardes. Un homme de police fit arrêter le bruit et deux autres firent des recherches dans la grange et les hangards. Trois heures de recherches inutiles convainquirent les gendarmes que Bartley n’était pas chez lui. vers huit heures, ils partirent de la maison emmenant avec eux Bartley fils, âgé de 16 ans et un jeune anglais du nom de Macfonald que l’on croit être un domestique de Bartley. Macdonald est accusé d’avoir tiré sur le connétable Groleau il y a quelques temps. Ces deux individus ont été arrêtés cependant comme témoins dans l’affaire de dimanche dernier.

Les cinq voitures partirent dans l’ordre suivant: d’abord une voiture contenant le grand connétable et le détective Joannet, suivie d’une autre voiture contenant outre le charretier, le sergent Doré et le jeune Bartley. M. Doré occupait un siège à lui seul. Les constables Dussault et Buteau occupaient la troisième voiture, le constable Burke, la quatrième, et le détective Bolger, avec le prisonnier Macdonald, la cinquième.

Pendant quelques voitures montaient lentement une côte, au milieu du bois, à un mille de distance environ de la maison de Bartley, on entendit tout à coup la détonation d,une arme à feu, puis une seconde, puis plusieurs autres. A la première décharge, le malheureux sergent Doré fut blessé à mort, mais il n’en dit rien durant la fusillade. Les charretiers fouettèrent leurs chevaux, mais rendu en face de l’endroit où le premier coup avait été tiré, Bolger fit arrêter sa voiture et tira quatre coup dans les broussailles. En apprenant que Doré était blessé, ses camarades, qui se préparaient à se lancer à la poursuite des assassins, l’entourèrent. L’infortuné fit preuve d’un grand courage, mais il dit de suite qu’il était blessé à mort.

Près de l’endroit où le crime a été commis, se trouve une maison habitée par John Gray. Le pauvre Doré put s’y rendre avec l’aide de deux hommes; les habitants de la maison firent tout en leur pouvoir pour secourir le blessé. Doré demanda un verre d’eau, mais refusa de la boisson qu’on lui offrir, disant qu’il n’en avait jamais pris une goutte de sa vie. A sa demande, un messager fut expédié à Saint Joseph quérir un prêtre et un médecin. Le blessé fut couché sur un lit; il se plaignait d’une forte douleur dans le dos. En examinant les blessures, en trouva que la balle était entrée vers le milieu du dos et, après avoir traversé le corps de part en part, était sortie en avant, du côté gauche, en bas des côtes. La balle fut trouvée, elle a un pouce de long et trois quarts de pouce de circonférence.

Une heure après le crime, les hommes de police, à l’exception de Burke et de Dussault, laissés pour avoir soin du blessé, se mirent de nouveau en route avec les prisonniers. Ils rencontrèrent en chemin le Rév. M. Morrisset qui se hâtait de se rendre auprès du malade. Hélas! il n’a trouvé qu’un cadavre. Plus loin, ils firent la rencontre du médecin qui arriva aussi trop tard. A Saint François, les détectives arrêtèrent deux autres prisonniers, un autre fils de Bartley et un nommé Sherman Louis. Ce dernier est soupçonné d’avoir tirésur le connétable Groleau et les deux détectives, dimanche, le 23. Rendus à Saint Joseph, vers sept heures, samedi soir, les limiers de police logèrent les quatre prisonniers dans la géole du district.

[…]
Le corps du regretté sergent a été transporté à St. Joseph ier, où le Dr. Taschereau, coroner du district de la Beauce, a tenu une enquête de bonne heure ce matin. Un verdict de meurtre avec préméditation contre huit individus dont nous taisons les noms puor le moment dans l’intérêt de la justice.
[…]

L’infortunée victime de ce meurtre atroce laissé une veuve éplorée, deux jeunes enfants et un grand nombre d’amis.

[…]
Le sergent Doré, d’après le témoignage de son chef et de tous ceux qui l’ont connu, était un officier modèle, il valait à lui seul, disait M. le colonel Amyot, une escouade d’hommes ordinaires. C’était un véritable colosse, bien fait et pesant 285 livres.

[…]
Nous apprenons que le Gouvernement se charge de ses funérailles et il faut espérer que rien ne sera épargné pour opérer l’arrestation des coupables. »

Georges Bartley, selon le journal Le Canadien, a été arrêté à Buda, (Illinois), le 10 décembre 1877. Bartley subit son procès en 1878, mais est déclaré non-coupable. Il décède en 1915.

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DÉCÈS DU DÉTECTIVE FARAH LAJOIE [MONTRÉAL, 1941]

Décès du détective Farah Lajoie [Montréal, 1941]

Le détective Georges Farah Lajoie a enquêté sur certaines des affaires les plus célèbres de l’histoire du crime au Québec: l’Affaire Delorme (un prêtre accusé d’avoir tué son frère pour toucher l’héritage), le meurtre de l’éditeur J. Antonio Beaudry, pour ne nommer que ceux-là. Voici ce qui a été écrit à son sujet dans La Patrie lors de son décès.

Georges Farah Lajoie. Photo publiée dans My

Georges Farah Lajoie. Photo publiée dans My Version of the Delorme Case (1922).

La Patrie, 3 mars 1941

MORT SOUDAINE DE L’ANCIEN DÉTECTIVE GEORGES FARAH LAJOIE
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M. Georges Farah Lajoie, ancien membre de la Sûreté municipale et autrefois attaché au bureau du procureur-général, est mort subitement dimanche matin à l’âge de 65 ans. Il habitait au numéro 1569, rue Saint-Denis.

Peu avant 11 heures, samedi soir, M.Lajoie se sentit soudainement malade dans un restaurant situé au numéro 218 est, rue Ste-Catherine. Il fut atteint de paralysie et fut immédiatement transporté à l’hôpital Saint-Luc où les médecins tentèrent en vain de lui sauver la vie. Il expirait moins de trois heures plus tard, à 1 h. 15, hier matin. Par permission spéciale, le corps ne fut pas transporté à la morgue, mais remis immédiatement à la famille.

M. Lajoie naquit à Damascène, Syrie. Il fit ses études à Jérusalem et au séminaire de Ste-Anne, des Missionnaires d’Afrique. Après avoir voyagé en Europe pendant quelques années, il vint au Canada en 1900. En 1906, il entrait au service de la police de Montréal. En 1910, il était attaché au bureau de la Sûreté locale. Ses connaissances du français, de l’anglais, du syrien, de l’espagnol et de l’italien, l’aidèrent grandement dand un grand nombre de causes où il se signala. Il fut félicité en de nombreuses occasions où il se signala. Il fut félicité en de nombreuses occasions pour son magnifique travail.

En 1929 il quittait la police de Montréal et prenait sa retraite. Il fut détective privé pendant plusieurs années et, en 1935, à la suite de l’élection de M. Maurice Duplessis comme premier ministre, il fut attaché au bureau du procureur-général comme investigateur spécial. Après la dernière élection provinciale il prit de nouveau sa retraite.

Il laisse son épouse, née Mariana Shartray, cinq fils, Rolland, Roméo, Rosario, Caruso et Sarto; deux filles, (Laurence) Mme Marcel Lamoureux et (Ghislaine), Mme Roméo Robin, ainsi que trois frères et deux soeurs.

Les funérailles auront lieu mercredi après-midi, à 2 heures, en l’église du Saint-Sauveur, angle des rues Saint-Denis et Viger.

Farah Lajoie a publié en 1922 My version of the Delorme case.

Pour en savoir plus sur l’histoire de Georges Farrah-Lajoie, lisez Georges Farrah-Lajoie – le maître détective de Montréal (Centre d’histoire de Montréal).

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Guide de la police de la cité de Québec [1893]

En 1893, pour devenir policier à Québec,  il fallait remplir certaines conditions: avoir entre 20 et 30 ans, mesurer au moins 5 pieds 8 pouces, ne pas être atteint d’une infirmité ou d’une maladie chronique, savoir lire et écrire et comprendre l’anglais et le français.

Les obligations de chaque policier ainsi que les règlements qu’ils devaient faire respecter étaient consignés dans le Guide de la police de la cité de Québec.

Le guide recommande de ne pas procéder à une arrestation à vue des personnes qui font leurs besoins dans la rue (no 111) ou qui gardent un cochon vivant à l’intérieur d’une demeure  (no 112), mais plutôt de rédiger un rapport.  Par contre, le policier doit arrêter immédiatement les artisans du cirque qui se produisent sans permissions (no 144), les personnes jurant, blasphémant et incitant à la bataille dans les rues et places publiques (no 147),  celles errant sans raison valable à l’extérieur la nuit (no 149), celles fréquentant fréquemment des maisons de débauche no 150), celles se promenant masquées ou déguisées, de jour ou de nuit, dans la rue (no 163),  celles s’adonnant à la grossière indécence (no 165)  ainsi que celles exposant dans une rue, une plaie, ulcère, ou autre chose hideuse ou monstrueuse (no 182).

Le Guide de la police de la cité de Québec est en ligne à l’adresse suivante: http://www.archive.org/stream/cihm_94885#page/n5/mode/2up

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