Pétition pour un pont suspendu sur le Saint-Laurent [1851]

Le Canadien, 16 mai 1851

« PONT SUSPENDU SUR LE SAINT-LAURENT

La pétition suivante aux trois branches de la législature a été votée à l’unanimité par le conseil municipal de Québec, sur motion du capitaine Baxer, secondée par M. Tessier. Sans répéter ici tout ce que nous avons déjà dit en faveur d’un pont entre Québec et la Pointe-Lévy, ou sur quelque autre point du fleuve aussi rapproché de Québec que possible, nous remarquerons que l’objet n’est pas seulement, comme la pétition semble donner à l’entendre, de permettre aux habitants de la « rive droite » ou sud du Saint-Laurent d’apporter leurs denrées aux marchés de cette ville en hiver comme en été, sans être exposés aux difficultés et aux dangers de la navigationn [sic] en canots à travers les glaces, mais aussi de permettre aux habitants de Québec et toute la rive gauche ou nord du fleuve, depuis le Saint-Maurice jusqu’au Saguenay, pendant la même saison, de transporter leurs leurs au sud du fleuve, sans quoi ils ne peuvent les exporter en Europe ni au Etats-Unis, et ne pourront profiter des avantages que procureront aux habitants de la « rive droite » les chemins de fer projetés d’Halifax à Québec, et de là, par Richmond, à Portland d’un côté, et de l’autre à Montréal et au Haut-Canada.

La pétition du maire et des conseillers de la cité de Québec expose respectueusement à Votre Excellence (ou à Votre honorable Chambre):

Que la communication entre la rive sud et la rive nord du Saint-Laurent, dans une très grande partie du Canda, ne peut se faire en été que par des bateaux à vapeur, et en hiver que par des canots à travers les glaces que charrie le fleuve, quelquefois au grand danger des voyageurs et toujours avec l’inconvénient grave de ne pouvoir transporter que de très petites quantités de denrées ou de marchandises à la fois.

Que ces difficultés de communication forment un très grand obstacle au développement de l’agriculture et du commerce d’une grande partie du pays, c’est à dire de la rive droite du fleuve, parce que dans ses rapports avec Québec, qui est le port de mer et le grand marché du Canada, elle éprouve tant de délais et de frais qu’il ne reste aucun bénéfice au fermier ni au marchand.

Que la construction d’un pont sur le Saint-Laurent pour en relier les deux rives serait d’un avantage aussi général, aussi considérable que les canaux, chemins, etc., qui ont été faits à l’autre extrémité du Canada aux frais de la province, servirait aux habitants d’un territoire de plus de cent lieues au-dessus ou au-dessous de Québec pour communiquer avec cette ville, contribuerait en un mot, avec des règlements financiers convenables, en activant le commerce, à l’accroissement du revenu public dans une proportion correspondante au coût de ce grand ouvrage.

C’est pourquoi le maire et les conseillers de la cité de Québec supplient respectueusement Votre Excellence de vouloir bien recommander à la législature (ou à votre honorable chambre de sanctionner toute mesure ayant pour objet) de faire faire les études et estimations nécessaires pour s’assurer s’il serait possible de construire un pont suspendu sur le Saint-Laurent entre le Cap-Rouge et le voisinage de la rivière Chaudière, le plus près possible de Québec.

Vos pétitionnaires supplient votre etc. de vouloir bien recommander de faire examiner en même temps s’il serait possible d’en bâtir un entre Deschambault et Lotbinière, autre point du fleuve à quelques lieues plus haut, où le chenal est encore fort étroit, afin que le gouvernement puisse ensuite choisir entre ces deux points ce lui qui paraîtrait le plus avantageux pour accomplir une amélioration qui serait d’un avantage général et qui témoignerait du haut esprit d’entreprise de la législature de ce pays.

Le tout etc.

N.F. BELLEAU, maire.

Québec, 10 mai 1851. »
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Le Canadien, 2 mai 1856

LE PONT DE MONTMORENCY

Nous ne pûmes qu’annoncer mercredi le double accident de la rupture de Pont suspendu de Montmorency et de la perte de quelques personnes que sa chute avait entraînés dans la cataracte. Des rapports authentiques sont venus depuis confirmer la réalité de ce désastre, et la nouvelle en a été reçue partout avec un étonnement égale à la sensation qu’elle a produite. La narration qui va suivre émane d’un correspondant digne de foi, qui lui-même la tient de deux témoins oculaires de l’événement:

 »Mercredi matin, à près de neuf heures moins un quart, Ignace Côté, cultivateur de l’Ange-Gardien, traversait le Pont suspendu, en venant à la [illisible]au dernier moment où on le vit, il avait franchi au-delà de la moitié du Pont, et conduisait son cheval en tenant les guides, à côté de sa voiture. Sa femme, Angélique Drouin, suivait à une vingtaine de pieds de distance.Un jeune homme de 14 ou 15 ans, du nom de Louis Vézina, qui s’en retournait avec deux pains, vers le côté nord-est de la chute, était dans le même temps qu’eux sur le pont, mais plus en arrière. Sur l’entrefaite, arrive, au bord nord-est du Pont, un autre cultivateur, M. Louis Cloutier (celui-ci est du Château-Richer). En voyant sur le pont une espèce de vireveau (winch) qui aurait pu causer frayeur à son cheval, il s’arrêta pour regarder venir une autre voiture, dans l’intention de s’aventurer sur le Pont immédiatement après elle. A peine venait-il de détourner la tête, qu’il entendit un grand bruit de chaînes se déroulant avec vitesse, et des cris, qui étaient probablement ceux des infortunés voyageurs. Il reporte aussitôt sa vue sur le pont, et il voit déjà disparu dans sa moitié sud-ouest, avec la voiture et les deux personnes nommés plus haut. L’autre moitié du pont disparut aussi, de sorte qu’il ne resta plus rien de la construction au-dessus du précipice, et le tout s’était passé presque avec la rapidité de l’éclair.

Un autre jeune homme, François-Xavier Lépine, qui est aussi de l’Ange-Gardien, était au moment de traverser le Pont dans la direction nord-est. Arrivé à l’endroit où les chaîne s’ancraient dans le sol, au sud-ouest du Pont, il les vit se briser avec violence, en premier lieu du côté nord, puis du côté sud de sa largeur. Il avait aperçu les personnes qui étaient sur le Pont et il les vit disparaître en même temps que le Pont s’affaissa pour tomber avec elles dans l’abîme, d’une hauteur que l’on dit être de cent pieds.

Le bris des chaînes et le craquement du Pont se fit entendre à vingt arpens de distance.

Paul Paradis, un des ouvriers qui avaient travaillé à la construction du Pont, se trouvant au haut d’une échelle appuyée sur un des massifs de pierre du côté nord-est, quand il se rompit, manqua d’être emporté avec les chaînes qui aboutissaient de ce côté.

Il est d’autant plus triste qu’un pareil malheur (qui est en même temps une très grande perte) soit arrivé, que les surveillants, directeurs ou commissaires ont été avertis par la voix publique et même d’une manière expresse, des dangers dont le Pont Suspendu menaçait le public, et que le dérangement du Pont ou de ses fils était à leur entière connaissance. Hé bien, croit-on que le vieux Pont, qui était solide et que le public préférait, a été fermé malgré ces avertissements, et que l’on a contraint les voyageurs à passer sur le Pont Suspendu!…. »

Cette dernière observation de notre correspondant est strictement vraie, et l’on nous met en mesure de prouver qu’une lettre adressée, avant l’accident relaté plus haut, à la commission des Chemins à Barrières, la sollicitait de prendre les mesures de sûreté que nécessitait l’état défectueux du Pont suspendu, déjà ébranlé par des accidents antérieurs, et allait jusqu’à lui démontrer que  »le sort de ceux qui avaient à franchir le précipice, ne pouvait être que très risqué. » L’événement confirme aujourd’hui cette prévision qui, malheureusement, et bien à tort pour ceux que cela regarde, n’a pas obtenu créance. Le devoir des gardiens de la sûreté publique les obligeait évidemment, soit à plus de circonspection, soit à une connaissance plus entière des particularités de leur position ainsi que des intérêts qui leur étaient confiés. Le Chronicle s’attend à ce qu’une enquête éclaircira cette grave affaire. Nous l’espérons avec lui, et nous regardons une enquête, dans de telles circonstances, comme une des mesures les plus indispensables.

Pour en savoir plus

Jean-Marie Lebel.  »Des ponts sur l’indomptable rivière Montmorency ». Commission de la capitale nationale. [Page consultée le 21 septembre 2012]

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