Décès du bourreau Arthur Ellis [Montréal, 1938]

Le 21 juillet 1938, La Patrie annonce qu’Arthur Ellis, ex-bourreau, est dans le coma. Il décédera d’ailleurs le jour même. Que sait-on de cet homme qui a procédé à l’exécution de plusieurs condamnés? Le journaliste Marc-René de Cotret en profite aussi pour revenir sur la journée du 24 octobre 1924, lorsqu’Ellis procéda à la pendaison des responsables du vol de la banque d’Hochelaga, sujet de notre publication d’hier. Cotret a assisté aux pendaisons.

La Patrie, 21 juillet 1938

ELLIS, DANS LE COMA, CONSERVE SON MYSTÈRE
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Par Marc-René de Cotret)

Arthur Ellis se meurt…
Arthur Ellis, qui durant un quart de siècle, précipita dans l’éternité plus de deux cents meurtriers, repose actuellement dans un lit d’hôpital, à Sainte-Jeanne d’Arc. A l’heure où nous écrivons ces lignes, il est dans le coma.

Arthur Ellis avait connu la splendeur au Canada. Au dire de ceux qui l’ont connu intimement, il s’était amassé une fortune d’au moins cinquante mille dollars.

Mais c’était l’homme du mystère par excellence. Toute sa vie durant, il sut parler de tout à tous, mais ne jamais rien dire de lui plus qu’il n’était nécessaire. Il avait des amis intimes, des amis qui le connaissaient bien, ou plutôt qui semblaient bien le connaître. Cependant, tous sont unanimes à dire:  »Il ne nous révélait rien sur sa véritable identifié ».

Arthur Ellis. La Patrie, 22 juillet 1938.

Arthur Ellis. La Patrie, 22 juillet 1938.

AUX INDES

Toutefois nous avons appris de source très autorisée, une chose. C’est que Arthur Ellis, qui prétend s’appeler dans la vie privée Arthur Bartholomew Alexander English, n’a jamais porté, depuis qu’il occupait le redoutable rôle de bourreau du Canada, son vrai nom.

Il serait, nous a-t-on dit, un Anglais, issu d’une aristocratique famille et qui eut de grands succès dans l’armée anglaise, spécialement aux Indes. Mais à la suite d’un  »incident », il quitta son pays pour venir au Canada. Son père était un haut officier dans l’armée royale anglaise.

Un concours de circonstances, une fois rendu ici, permit qu’on lui offrir la position de bourreau. A la grande surprise de ceux qui le connaissaient, il accepta. Il y a de cela vingt-cinq ans.

Pourquoi accepta-t-il cette position effrayante? Mystère. Personne ne l’a jamais su. Mais il y a une raison.

EXPERT

D’autant plus qu’il a toujours dit qu’il trouvait la pendaison une méthode d’exécution cruelle. Cependant, nul ne contredira qu’il fut un artiste dans son genre. Jamais,  »dans les bonnes années », il ne manquait son homme. Ce n’est que vers les derniers temps qu’il flancha. L’exécution de la femme Sarao [Thomasina Sarao], horrible boucherie, où la tête de la malheureuse fut arrachée du corps, fut son coup fatal. Il n’en revint jamais. Et il le disait à ses amis. Cela l’avait tellement stupéfié, qu’il avait abandonné son métier! Et c’est vrai.

Il avait une magnifique superbe sur la potence. Il arrivait, au moment de l’exécution, petit, grisonnant, un visage rouge où se devinaient deux yeux bleus pâles et quelque peu aqueux, derrière des verres ronds: Il était toujours vêtu de la jaquette et du pantalon rayé. Le condamné montait sur la potence: il le regardait venir impassible. Et en moins d’une demi-minute il lui avait mis sur la tête le capuchon, lui avait lié les poigets et les genoux.

Une seconde de plus, il posait le talon sur le déclic qu’il connaissait si bien et c’en était fini d’une vie.

LES QUATRE

Je me rappelle personnellement une fois où il commence à flancher. Jeune reporter c’était la première pendaison que je voyais. Mais c’était une quadruple exécution. IL s’agissait de l’exécution de Morel, Serafini, Gambino et Frank. Ellis était nerveux: nous le savions, nous avions passé la nuit à la prison et avions parlé avec lui. Une tension extraordinaire pesait sur toute la prison alors.

Les deux premiers qui furent exécutés ensemble furent Morel et Gambino. On sait que Gambino fit une crise rendu sous le câble et s’écroula mort. On le pendit quand même pendant que Morel récitait d’une voix forte et vibrante, dans le noir de ce petit matin d’octobre les prières des agonisants avec le chapelin. C’était assez pour énerver un exécuteur. Mais il y avait deux autres à pendre.

IL SIFFLE

Et il fallait traverser un corridor. Serafini et Frank montèrent sur la potence. Frank hurlait de peur; Serafini était calme. Le bourreau ne l’était plus du tout. Et il se trompa de corde. De sorte que Frank qui était un géant à côté du petit Serafini vint près d’une ligne d’avoir le sorte de la femme Sarao. Le cou lui avait allongé de plusieurs pouces. Je l’ai vu.

Mais après cela, après avoir constaté qu’il s’était trompé, Ellis ne broncha pas. En attendant que ses deux exécutés meurent, au bout de leur câble respectif, il se promenait sur le haut de la potence… en sifflant! Il enleva même, d’un geste dédaigneux, quelques bribes de cordes qu’il avait sur son épaule.

FIER

Mais il en vit bien d’autres qu’il aimait à raconter dans ses rares moments d’expansion.

Car il était communicatif, mais ne se révélait pas du tout. C’est pourquoi on l’appelait l’homme du mystère et on l’appellera toujours ainsi.

Depuis de nombreux mois, il cherchait en vain, et pour cause, une position. Il perdit tout son argent. Tous ceux qu’il avait aidés, à part de rares exceptions, l’oublièrent. Tout de même il tenait la tête haute devant la faillite. On le voyait pratiquement tous les jours au Palais de Justice, section criminelle, où il rencontrait naturellement plusieurs connaissances. Jamais il ne se plaignait; au contraire il pavanait, pouvait-on dire. Il semblait connaitre personnellement l’importance du rôle qu’il avait joué dans la vie de notre pays.

POLI

Cependant il y eut une baisse. Vint un moment où ses ressources étaient complètement épuisées. Séparé de son épouse depuis six ans, il lui servait une psion de trente cinq dollars par mois, tous les mois. Il ne pouvait plus. Il était vieux, fatigué et malade. On nous dit que c’est du fois qu’il souffre.

Sa logeuse nous dit qu’elle ne le voyait qu’une fois pas moi quand il payait sa chambre. Il était toujours poli avec tout le monde, ne faisant aucun bruit, était le mystère personnifié. Elle nous jure qu’elle n’avait jamais vu une photographie de lui.

Le malheureux tomba malade et est maintenant mourant à l’hôpital. Les autorités nous disent qu’elles s’attendent à sa mort d’une minute à l’autre. On sait comment il faut transporté à l’hôpital.

PAS DE PHOTO

Personne ici ne saura jamais son nom véritable. C’est lui qui avait dit à un de ses amis:  »Nous, nous partons quand la vie est finie; mais nos photos demeurent. Et je n’aime pas cela. »

C’est dans son mystère, c’est dans sa solitude, que des voisins le trouvèrent pratiquement mourant. Sa maîtresse de pension était elle-même à l’hôpital. Elle est encore malade. On avertir le capitaine Hébert, du poste No 4, rue Ontario. C’était un vieil ami. Le capitaine alla le voir et constata que c’était grave. Il le fit immédiatement transporter à l’hôpital et se mit en communication avec son épouse.

Ellis était un petit homme; il mesurait cinq pieds à peine; il était connu de tous et connaissait tout le monde. Ses souvenirs étaient inépuisables.

MONSIEUR DE BORDEAUX

Mais à son sujet: rien.

Il fut embauché comme exécuteur des hautes oeuvres par sir Wilfrid Laurier, alors qu’il était premier ministre du Canada. Il avait pris son nom d’après le nom de Ellis, exécuteur des hautres oeuvres en Angleterre, qu’il aurait, prétend-on, intimement connu.

Il fut, en outre, agent électoral de sir Lomer Gouin, mais de façon non officielle et sans que sir Lomer le sût.

Et il y aurait tant d’autres choses à raconter à propos de Monsieur de Bordeaux…

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Le vol du siècle [1er avril 1924, Montréal]

L’Action catholique, 2 avril 1924

AUDACIEUX ACTE DE BANDITISME DANS LA METROPOLE
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Deux hommes tués, dont un bandit – Un messager de la Banque d’Hochelaga blessé- Un vol de plus de $140,000 – Une vive fusillade en plein jour
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On a fait des arrestations.

Montréal,2 – Une bande de brigands composée de 4 à 8 hommes armés s’est emparée d’une somme d’environ $140,000 (exactement $142,288), (notre: 1 990 415,09 aujourd’hui) hier après-midi. Au cours de cet acte de banditisme deux hommes ont été tués et un autre blessé. Les bandits ont attaqués une automobile de la Banque d’Hochelaga montée par des messagers en tournée de collection.

Henri Cléroux, décédé lors du vol. La Patrie, 2 avril 1914

Henri Cléroux, employé de la banque, décédé lors du vol. La Patrie, 2 avril 1914

Les morts sont: Henri Cléroux, âgé de 24 ans, chauffeur , qui demeurait au No. 3045-A de la rue St-Dominique, et Henry Stone, un des bandits alias Ward, alias Warent, alias Powell, âgée de 43 ans, qui était reconnu internationalement comme un contrebandier et un vendeur de drogues. On dit qu’il a été détenu au pénitencier d’Atlanta et qu’il a réussi à s’échapper alors qu’il était en route pour San Francisco à Atlanta pour purger une autre condamnation. Il a été deux fois aux mains de la police de Montréal et lorsqu’il fut arrêté pour la première fois, il déclara qu’il était de Chicago.

Roland Fortier, employé de la banque, blessé lors du vol. La Patrie, 2 avril 1924

Roland Fortier, employé de la banque, blessé lors du vol. La Patrie, 2 avril 1924

M. Roland Fortier, 28 ans, domicilié au No 188 rue de la Visitation, messager de banque, a été blessé à la main, mais sa blessure n’est pas grave.

M. Maurice Thibodeau, autre messager de la banque, a eu son paletot percé en plusieurs endroits par les balles, mais il n’a pas été atteint lui-même. Il y avait trois messagers dans l’automobile de la banque, avec le chauffeur.

Comme c’était le premier du mois et qu’il y avait des milliers de chèques à payer, les employés de la banque se rendaient du bureau principal de la banque aux succursales. L’automobile renfermait $246,100 en argent, sous forme de billets de un à vingt dollars. Cet argent était suffisamment protégé, d’après l’inspecteur-en-chef Lamarre, qui a déclaré hier soir qu’une assurance de $500,000 avait été prise dans deux grosses compagnies.

Les précautions les plus extraordinaires avaient été prises par les bandits. Ils se sont servis de trois chars pour accomplir leur raid. Ils avaient aussi avec deux des chaines qui furent attachées en travers du souterrain pour arrêter l’automobile. Un des bandits grimpa sur sa machine et coupa les fils de la compagnie du tramway.

Entrée du tunnel Ontario. La Patrie, 2 avril 1924

Entrée du tunnel Ontario où a été perpétré l’attentate. La croix blanche (à droite) indique l’endroit où s’étaient postés les bandits. La Patrie, 2 avril 1924

D’après M. Roland Fortier, le messager blessé, qui a été interrogé chez lui, hier soir, les détectives avaient prévenu la banque qu’un hold-up était projeté contre l’automobile des collections et du 1er au 15 mars les détectives avaient constamment suivi la machine de près.

– »Le 15 mars », a raconté M. Fortier,  »les détectives nous assurèrent que tout danger était passé et depuis ce temps nous avons voyagé seuls ».

Lucien Brunet, employé de la Banque d'Hochelaga. La Patrie, 2 avril 1924

Lucien Brunet, employé de la Banque d’Hochelaga. La Patrie, 2 avril 1924

M. Fortier a ajouté qu’après la fuite des bandits, il sauta de sa machine avec Lucien Brunet, le 3e messager, pour ramasser Cléroux, mais qu’un constable du Pacifique Canadien, qui les avait aidés contre les voleurs quelques instants auparavant, ouvrit le feu sur eux.  »Il tira une couple de coups », dit M. Fortier,  »avant que M. Thibodeau eut pu lui faire comprendre que nous étions les messagers. Les coups ne portèrent pas.

M. Thibodeau était le seul en uniforme. Les autres étaient en habits de civils. Lorsque la foule se ramassa à cet endroit Fortier fut saisi par quelques personnes et en fut relâché que sur les instances de Thibodeau qui leur déclara que c’était son compagnon.

On peut avoir une idée du nombre de balles qui furent tirées, quand on sait que la police a compté au moins 22 trous de balles dans la carrosserie de l’automobile de la banque.

On a vu quatre des bandits s’éloigner à toute vitesse dans une grosse automobile lorsque la fumée de la fusillade se dissipa.

Vingt minutes après on trouvait cette même machine abandonnée le long du chemin, dans la partie extrême nord de la ville. Elle contenait le corps du bandit identifié plus tard comme étant Harry Stone. Il gisait en travers du siège d’arrière, avec une balle dans le coeur.

Harry Stone. Extrait de La Patrie, 2 avril 1924

Harry Stone. Extrait de La Patrie, 2 avril 1924

Cléroux a trouvé la mort lorsqu’il sauta de son siège et commença à faire feu sur les assaillants avec son revolver. Il partit à la course pour chercher du secours, mais tomba bientôt atteint au cou par une balle. Il a rendu le dernier soupir au moment où on l’admettait à l’Hôpital Notre-Dame.

Le 23 juin, le juge C.-A. Wilson condamne Giuseppe Serafini, Louis Morel (un ancien détective de la police de Montréal), Tony Frank, Frank Gambino, Mike Valentino et Leo Davis à être pendus le 24 octobre pour ce vol. Davis et Valentino verront leur sentence être commuée en emprisonnement à vie quelques heures avant le moment prévu pour l’exécution.

On peut voir sur le site du Musée virtuel du Canada quelques pièces à conviction dans cette affaire.

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Quelques évasions signées Bis Belleau [Québec,1869-1871]

Photographie | Rue Saint-Jean, Québec, Qc, 1865 | I-17501.1

Rue Saint-Jean, Québec, Qc, 1865

Pierre  »Bis » Belleau était un criminel impénitent, basé à Québec. Consultez le registre des prisons de Québec au XIXe siècle et vous verrez qu’il avait l’habitude de séjourner derrière les barreaux.

Aujourd’hui, nous allons voir comment étaient rapportés ses exploits dans le journal le Canadien publié à Québec, en nous concentrant sur les années 1869-1871… Un vrai feuilleton!

Plusieurs évasions

En 1869, il était très actif.

D’abord, le 12 mai, on procède à son arrestation alors qu’il se trouve dans le quartier Montcalm à Québec. Il avait dérobé le contenu du coffre-fort du bureau du Grand Tronc (chemin de fer).

Mais comme on conduisait le prévenu à la prison, celui-ci échappa  à la vigilance de ses gardiens, et dirigeant sa course dans les rues du faubourg St. Louis, il put distancer ceux qui le poursuivaient de manière à leur faire perdre ses traces.

Source: Le Canadien, 14 mai 1869.

Le 25 mai, il est capturé, rue Ste-Geneviève.

Le 18 juin, il réussit à s’évader.

INTRAITABLE- Bis Belleau, de célèbre mémoire, a réussi encore  une fois à tromper la vigilance de ses gardiens. On se rappelle qu’il avait à subir un emprisonnement de six mois, pour s’être échappé de la garde de l’officier qui l’avait en charge, et qu’il avait été dûment claquemuré. Et bien, armé d’une lime et de quelques autres instruments qu’il avait réussi à cacher, il a pu couper et arracher deux pièces du grillages de la croisée de sa cellule et mercredi dans la nuit, il a effectué son évasion sans que les gardes en eussent connaissance. Plus que cela, comme Bis Belleau est un homme qui aime la compagnie, il a emmené avec lui un autre prisonnier; c’est un soldat qui ayant reçu l’ordre d’aller ferrer le cheval de son maître, l’avait vendu dans le faubourg St. Jean.

Un autre rapport met en scène un troisième personnage, ce serait un détenu pour dette qui se serait enfui avec les deux individus ci-dessus, et qui, dans ses moments de loisirs, aurait fabriqué les clefs qui ont servi à ouvrir les portes des cellules.

Source: Le Canadien, 18 juin 1869.

Photographie | Monument à Wolfe et prison en construction, Québec, QC, vers 1875 | MP-0000.1676

Monument à Wolfe et prison en construction, Québec, QC, vers 1875

Encore une fois, Belleau a été retrouvé et remis en prison. Mais, on dit  »jamais deux sans trois ».

EVASION- Le fameux Bis Belleau a encore une fois réussi à s’échapper de la prison, dans la matinée d’avant hier. Cela fait la troisième fois. Il a escaladé une cheminée de 24 pieds de hauteur et est descendu ensuite par le paratonnerre comme un fluide électrique, et cela en plein jour, et personne ne la [sic] vu. La police est à ses trousses.

Source: Le  Canadien, 6 août 1869

Une longue cavale

Cette fois-ci, le prisonnier sera en cavale un peu plus longtemps.

BIS BELLEAU – Bis Belleau tire du grand. Evidemment, il sait maintenant qu’il est un grand personnage, et il agit en conséquence. Il a envoyé ces jours derniers un télégramme à Québec, informant ses amis et les nombreuses personnes qui s’intéressent à lui et plus particulièrement la police, que son auguste personne était arrivée saine et sauve de l’autre côté de la frontière, et qu’il ne pouvait pas dire encore bien précisément à quelle époque il viendrait reprendre le logement que madame la police lui offre avec tant d’empressement et de générosité. Il n’a pas dit non plus si c’est par le paratonnerre qu’il fera son entrée quand il reviendra prendre ses appartements à l’hôtel de Notre Souveraine dame la Reine.

Bis Belleau veut, paraît-il, respirer l’air de la liberté pendant quelques temps, pour se rafraîchir les poumons. Il veut aussi étudier les institutions américaines pour voir en quoi elles l’emportent sur les nôtres. Peut-être finira-t-il par renoncer à son allégeance à Sa Majesté et par devenir annexioniste.

Source: le Canadien 9 août 1869.

[note: on parlait beaucoup d’annexion aux États-Unis à l’époque, d’où le commentaire ironique du journaliste]

Années 1860. « Près de ville et terrace » – On y voit un marché de la basse-ville, les murs de la citadelle en arrière-plan, les bâtiments commerciaux de J. Hinds, d’A.W. Lebel et de James A. Quinn ainsi qu’un stand de légumes en avant-plan. Credit: Ellison & Co./Bibliothèque et Archives Canada/PA-148800

Un mois plus tard, Bis Belleau est aperçu à Québec. Et le journaliste du Canadien est toujours en grande forme.

BIS BELLEAU DANS NOS MURS – Bis Belleau est réellement revenu il y a une couple de jours, de son voyage de touriste dans la république voisine. Il parait que ces quelques semaines d’absences avaient parus des siècles à ses amis et amis du faubourg St. Jean, car le soir même de son arrivée, un grand bal fut donné en son honneur dans un petit hôtel de la rue Richmond. D’aucuns disent même qu’avant tout, qu’on lui a présenté une adresse de félicitation, à laquelle Bis a répondu avec beaucoup de bonheur et d’apropos. On sait que c’est dans cette partie que Bis compte le plus d’amis.

Il parait que la police aurait bien voulu être aussi de la partie, mais l’invitation lui étant venue trop tard, elle ne put se rendre au lieu de réunion qu’à 6 heures du matin, mais à ce moment, Bis, pour clore le bal, venait de danser la contredance de Sir Roger de Coverley et avait déjà pris congé de ses hôtes.

Les personnes qui ont eu l’honneur d’assister à cette noble réunion, s’accordent à dire que Bis était habillé de la manière la plus fashionable et qu’il portait un riche étalage de bijouterie, chaîne d’or, bague, épingle, diamant, etc.

Il a été vu dans la croisée d’une certaine maison de la rue Ste. Geneviève. La police accompagnée de plusieurs résidents du quartiers [sic], s’y est rendue pour y faire une recherche, mais Bis avait disparu on ne sait comment.

Source. Le Canadien, 8 septembre 1869

La terrasse Durham. 1870. Source: Bibliothèque et Archives Canada

Bis Belleau continue de mystifier la police. Et le journaliste de nous faire rire en décrivant l’ambiance du conseil de ville de Québec.

EXPLOITS DE BIS – Il faut de la variété en tout. C’est ce que Bis Belleau comprend aussi bien que tout autre. Il aime beaucoup, lui aussi, les scènes à sensation. Blasé de la monotonie des petites scènes tantôt tragiques, tantôt comiques, tantôt amoureuses, des citoyennes de Sébastopol et autres lieux qu’il honore de sa présence, il voulut, vendredi soir, faire diversion.  Il savait que les pères de la cité excellaient dans leur genre et que parfois ils étaient palpitants d’intérêts pendant leurs délibérations. Bis s’est donc rendu au conseil de ville vendredi soir, pour y passer une soirée agréable.

Il se plaça dans les galeries, côte à côte avec les nombreux spectateurs et les hommes de police qui y sont placés pour réprimer les trop chaleureux applaudissements de la foule, lorsque nos édiles se laissent aller à des élans d’éloquence et menacent de s’arracher les yeux, ou le nez, comme il est arrivé encore ce soir là. En effet, l’échevin Hall pour mettre son nez à l’abri des attaques du conseiller O’Hare qui voulait le lui arracher, fut obligé de le menacer de le faire arrêter.

Les conseillers et chevins n’en étaient pas rendus au point où leur bile s’échauffent [sic] le plus, c’est-à-dire, vers la fin de la séance, lorsque parmi la foule, Bis entendit prononcer son nom. Un voisin l’avait reconnu.

Bis, en homme sage et prudent, crut que le moment était venu de déguerpir. Il partit au quick-march. En descendant l’escalier, il heurta de front un individu qui montait et qui le reconnut aussitôt. L’alerte fut donnée et les polimen [sic] abandonnèrent précipitamment leurs postes pour se mettre à la poursuite de Bis.

Mais Bis est bon courreur [sic] et les hommes de police le savent mieux que tout autre. Après quelques enjambées, il était déjà hors de vue. Cependant cette courte apparition de Bis parmi les gens visibles, fit qu’une escouade de policemen passèrent la nuit à faire des recherches dans Sébastopol, St. Sauveur et autres lieux pour retrouver l’invisible Bis. Mais sur le jour, les gardiens de l’ordre public, convaincus que celui qui peut descendre par un paratonnerre, comme un fluide électrique, pouvait bien ne pas toujours être insaisissable, reprirent la route de la station, l’oeil morne et abattu.

On raconte qu’une couple de jours auparavant, de bonne heure le matin, deux policemen rencontrèrent Bis prés de l’église de la congrégation de St. Roch. Cette fois, Bis voulut bien leur permettre de poser leurs mains profanes  sur sa personne. Il se laissa approcher et saisir. Nos deux policemen, fiers de leur capture, ne voulut pas se mettre en marche de suite de peur de voir leur proie leur échapper. Ils firent demander à la station voisine,  un renfort de deux de leurs confrères avec menottes et cordes pour lier leur prisonnier.

Bis, le front calme et serein, jetait des regards placides sur ces deux gardiens qui, placés chaque côté de lui, lui tenaient les deux bras fortement empoignés. Mais dans l’intervalle ils sentirent, dit-on, sous l’étreinte de leur main nerveuse, les chairs de Bis s’amollir, se rapetisser, se fondre pour ainsi dire, puis devenir presqu’à rien.

On prétend, – nous donnons ce fait sous toute réserve, car nous n’y étions pas, – qu’au même instant, ils virent une boule lumineuse monter avec la rapidité de la foudre, par le paratonnerre de la maison voisine, mais sans explosion, et aller se perdre dans un nuage orageux qui se trouvait au-dessus.

Pendant longtemps, les gardiens de la paix publique, les menottes et les cordes dans les mains, avaient leurs regards fixés sur le nuage. Ils espéraient voir Bis redescendre de la même manière qu’ils l’avaient vu monter, mais Bis était dans les régions célestes et avait oublié pour le quart d’heure les affaires de ce bas monde.

Enfin, on vit les quatre policemen reprendre d’un pas tranquille et lent, la route de la station, comprenant plus que jamais que Bis n’était pas un homme aisé à prendre.

Source. Le Canadien, 13 septembre 1869.

Photographie | La Citadelle depuis la Terrasse Dufferin, Québec, QC, 1872 | I-76325

La Citadelle depuis la Terrasse Dufferin, Québec, QC, 1872

Le 27 septembre 1869, le Canadien rapport que Bis a été vu à l’angle des rues St-Jean et St-Augustin, faubourg St-Jean.

Deux jours plus tard, Bis Belleau fait une apparition… remarquée.

ENCORE ET TOUJOURS BIS BELLEAU – Le Chronicle d’hier dit que Bis Belleau s’est promené plusieurs heures durant, sur la plateforme, un de ces derniers soirs, habillé en fille. L’habillement qu’il portait était des plus à la mode.
Source: le Canadien, 29 septembre 1869

Eventuellement, il fut retrouvé par les forces policières et remis en prison pour quelques temps.

PERSONNEL- Bis Belleau dans nos murs ces jours derniers. Mais malheureusement au milieu des ovations dont il a été l’objet, de la part des citoyens et citoyennes de Sébastopol, appelé autrement coin flamant, Bis a perdu sa prudence accoutumée au point de prendre quelques verres de trop et de faire du tapage. La police appelée sur les lieux a pu capturer Bis qui ne s’est rendu cependant qu’après la plus vigoureuse résistance.

En se rendant à la station, Bis a déclaré a[sic] ses gardiens et à ceux qui faisaient qu’il fallait de toute nécessité qu’il retournât aux États Unis au plus tard la semaine prochaine.

C’est hier matin, vers 2 heures, que l’arrestation a eu lieu.

Il parait que le geôlier a découvert, dans la journée d’hier, qu’un prisonnier, amis de Bis, avait scié avec un couteau une des pentures de la porte de sa cellule. Les gardiens de la prison redoublent de vigilance.

Source: Le Canadien, 20 avril 1870

Photographie | La porte Saint-Jean vue de l'extérieur, Québec, QC, 1867 | MP-0000.259.1

La porte Saint-Jean vue de l’extérieur, Québec, QC, 1867

A sa sortie, il se tint tranquille pendant quelques mois, mais il finit par reprendre ses vieilles habitudes. Le 8 février 1871, il fut condamné à 5 ans de prison pour vol, à purger à Kingston. Et effectivement, lors du recensement de 1871, c’est là qu’on le retrouve (profession indiquée:  »painter »). Je n’ai pas trouvé d’informations sur ce qui est advenu de lui après 1871.

Mise à jour: le Canadien du 16 octobre 1871 rapporte que Bis Belleau et trois détenus se seraient évadés de Kingston, rumeur infirmée le 23 octobre de la même année. On assure que Belleau se trouve toujours au pénitencier de Kingston où il pratique le métier de cordonnier.

Bibliographie

Le Canadien 14 mai, 26 mai, 18 juin, 6 août, 9 août, 8 septembre, 13 septembre , 27 septembre, 29 septembre 1869, 20 avril 1870, 8 février 1871

The Morning Chronicle, 8 février 1871

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Québec, au 19e siècle, était une ville où les criminels étaient très actifs. Tellement que plusieurs de ces voyous furent condamnés à être pendus haut et court, souvent pour des infractions qui nous paraissent aujourd’hui mineures, comme le vol d’un objet de faible valeur.

Un de ces voyous était John Hart.

L’armée ne réussit pas à tous…

John Hart naquit vers 1797 à Fredericton, Nouveau Brunswick, sixième d’une famille de dix. A l’âge de 10 ans, il s’enrôla dans le 104e régiment, où il demeura pendant 10 ans. Lorsque  son régiment fut dissout, il se joignit au 76e. Son passage dans ce régiment fut mouvementé. Il en fut expulsé  trois ans plus tard, à cause de son mauvais  caractère. Voyez-vous, il avait un peu trop tapé sur ses supérieurs, comportement évidemment déconseillé. Ses frasques lui valurent, outre l’expulsion, plusieurs coups de fouets (entre 600 et 700 selon cette source).

Restez loin des femmes de mauvaise vie, de l’alcool et du crime

Après son expulsion, John Hart tomba dans l’ivrognerie et la débauche. Ce mode de vie exigeant le força à trouver d’autres sources de revenus. Il dévoua donc ses temps libres à commettre plusieurs vols, 63 selon ses aveux. Vantardises? On ne le sait pas.

Au cours des années suivantes, il collectionna les peines en maison de correction. A une reprise, il fut condamné à 12 mois de maison de correction et à être brûlé dans la main pour avoir volé un poêle, son tuyau et autres babioles. Il a aussi une fois décidé d’administrer une correction à son ex-maîtresse Jane qui l’avait dépouillé de son argent. Notre homme était jaloux et mais  surtout, rancunier. Alors que la belle Jane était en compagnie d’un soldat, il  les frappa. L’arme: une oie! (Réf). Pensez-y lorsque vous passerez près de la  porte St-Jean, lieu du crime. Pour cet exploit inusité, il fut condamné à 10 jours de maison de correction.

Au marché, on fait de mauvaises rencontres

Estampe | Vue de la place du Marché et de l'église catholique, haute-ville, Québec, 1832 | M6981

Vue de la place du Marché et de l’église catholique, haute-ville, Québec, 1832 par Robert Auchmuty Sproule

Donc, John Hart sortit de la maison de correction pour une ixième fois. Evidemment, il trouva rapidement le moyen de s’attirer des ennuis. Un soir, au marché de la haute-ville, il croisa la route de monsieur Elliot. Ce dernier avait conversé abondamment avec Bacchus. Hart, n’écoutant que son bon coeur, aida le sieur Elliot à  se rendre chez monsieur English, où le dit Ellis résidait. Or, une fois arrivée à destination, Elliot accusa Hart de lui avoir dérobé son argent! Hart prit la fuite (il en avait l’habitude). Il ffut finalement arrêté au Neptune, une taverne. Hart fut condamné à six mois de prison et à être fouetté sur la place du marché entre 10 heures et midi, le 6 mai. Il devait être fouetté en compagnie d’Ambroise Provost, qui sera déporté quelques années plus tard en compagnie de Charles Chambers. Nicholas Mathieu, autre compagnon de déportation et complice de Chambers, allait être fouetté le 1er juillet suivant.

Tu ne voleras point… d’objets appartenant à l’Eglise!

Peu après, John Hart s’échappa en compagnie de trois détenus. Il fut repris deux jours plus tard  (Quebec Mercury, 21 janvier 1826). C’est en fouillant ces monsieurs que l’on retrouva plusieurs objets dérobés à la cathédrale catholique de Québec. Hart prétendit qu’il n’avait rien à voir dans tout cela, mais on l’expédia illico presto en prison.

Au terme des assises de septembre, il fut condamne pour vol sacrilège. Le vol sacrilège était un crime grave en regard de la loi de l’époque. John Hart reçut la sentence la plus déplaisante qui soit; il fut condamné à être pendu le 10 novembre 1826.

Conseils d’un condamné

Sur l’échafaud, le condamné adressa quelques mots à la foule. Il la mit en garde contre les conséquences d’une vie mouvementée comme la sienne. Aussi, il réitèra son innocence :

Plaise à Dieu que ma mort honteuse à laquelle vous me voyez entraîné par mes crimes, soit une leçon salutaire pour vous tous. C’est avec joie que je quitte une vie qui m’est devenue à charge, pour passer dans un meilleur monde; car je me flatte que par les mérites de notre sauveur; je serai bientôt dans le ciel. Je mérite à bon droit cette mort ignominieuse, en punition de mes crimes passés; mais je déclare ici en présence de vous tous, et devant un Dieu qui m’entend et qui va bientôt être mon juge, que je meurs innocent du crime pour lequel je vais souffrir.

Priez pour moi. Adieu.

Que Dieu ait pitié de mon âme. (Réf).

Vous pouvez lire une transcription de l’acte de décès ici (registre de l’Anglican Cathedral Holy Trinity Church de Québec).

Alors retenez la leçon! Et répétez après moi le septième commandement 😉

Bibliographie
Registres d’écrou des prisons de Québec au 19e siècle. Base de données de BANQ

Québec Mercury, 1826.

Histoire de John Hart [microforme] : insigne voleur exécuté à Québec, le 10 novembre 1826, pour vole [sic] sacrilège dans l’église cathédrale catholique de Québec (1826) Adresse URL

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Histoire du crime: La bande à Chambers (1831-1835) deuxième partie

Suite du billet
La petite histoire du crime: la bande à Chambers (Québec et sa région 1831-1835) Première partie

On s’y prend à trois fois afin de condamner Chambers…

Trois procès sont intentés contre Chambers et ses complices.

Le premier procès a lieu le 25 septembre 1835 et concerne le vol du télescope de Georges Holmes Parke. Chambers est déclaré non coupable.

Le deuxième procès a lieu en mars 1836. Charles Chambers et Nicolas Mathieu sont accusés du meurtre du capitaine Louis Sirvac. Ils sont déclarés non-coupables.

Le troisième procès s’ouvre le 28 mars 1837. Georges Waterworth témoigne contre Chambers et Nicolas Mathieu qui sont jugés pour introduction dans la maison de la veuve Montgomery et pour vol. Ils sont reconnus coupables et condamnés à être pendus le 10 avril. Mais coup de théâtre, la peine de Mathieu et de Chambers est commuée en exil en Australie.

Lorsqu’on consulte le Fichier des prisonniers des prisons de Québec au 19e siècle, il est écrit que Chambers a été reconnu coupable de  »timber stealing » (vol de bois). Chambers était marchand de bois. Voici la fiche de Nicolas Mathieu.

En route vers l’Australie

Le 27 mai 1837, Mathieu et Chambers s’embarquent sur le Cérès pour la Nouvelle-Galles du Sud (Australie) sous la gouverne du capitaine Squire. Il existe plusieurs versions concernant le sort des deux prisonniers. Et la destination du bateau aussi diffèrent. Certains parlent de Botany Bay, d’autres de Van Dieman (Tasmanie).

Selon Jean-Marie Lebel, (Québec 1608-2008: Chroniques d’une capitale voir Année 1837), Chambers est décédé aux Nouvelles Galles du sud, six ans après son arrivée en Australie.

Albert Jobin évoque la Galles du sud comme destination du Cérès.

Selon Louis Fréchette, Chambers devait être expédié à Botany Bay. Mais,

le chef de nos bandits [Chambers] réussit à briser ses fers et deux de plusieurs de ses co-détenus, et faillit s’emparer du navire.

Le complot échoua, et l’abominable coquin fut pendu en arrivant à Liverpool.

(Réf. Mémoires intimes, p. 99-100)

Dans Fifty years, Chiniquy s’attribue le mérite pour la commutation de la peine de mort de Chambers et Mathieu en exil en Australie. Il prétend aussi avoir rencontré un des membres du gang lors d’un séjour en Australie en 1878. (réf. Marcel Trudel, Chiniquy, p.253). A la page 312, l’homme qu’il a soi-disant sauvé lui demande

Do you remember the murderer and thief, Chambers, who was condemned to death in Quebec, in 1837, with eight of his accomplices? » asked the stranger.

Chambers a été condamné avec Mathieu. Il nous manque six personnes… Émettons des doutes quant au témoignage de Chiniquy, qui jamais ne nomme le mystérieux étranger… Chiniquy prétend que ce personnage lui a raconté que Chambers avait été pendu à Liverpool (réf), affirmation que reprendra plus tard Louis Fréchette dans ses Mémoires intimes.

Dans le Convict Index des Archives de la Nouvelle Galle du Sud, il y a trois personnes qui répondent au nom de Charles Chambers. Deux sont arrivées en 1829. Il y a un troisième Charles Chambers. Pas de date d’arrivée, mais il y a mention d’obtention d’un certificat d’émancipation. Nous n’avons pas suffisamment d’informations pour dire s’il est oui ou non le Charles Chambers que nous recherchons.

Il y a un Nicolas Mathieu dans cette base de données.

MATHIEU Nicholas |Waterloo (bateau) |1838| Numéro 46/579 |Ticket of Leave[4/4207; Reel 959]District: Yass; |Born: Canada Quebec; |Tried: Canada low Queb.

Selon ce site, le Waterloo est arrivé en Nouvelle-Galles du sud le 2 février 1838. Il est parti de Sheernerss en Angleterre le 4 novembre 1837. A titre de comparaison, lorsque Hypolite Lanctot est déporté en Australie, le voyage dure du 28 septembre 1839 au 25 février 1840. Le voyage de Lanctot dure 5 mois (sans escale en Angleterre, par contre). Louis Fréchette, dans ses mémoires, mentionne une escale en Angleterre… Dans le cas de Mathieu et de Chambers, peut-être le Cérès a-t-il fait escale en Grande-Bretagne. Ensuite, les deux individus ont peut-être été embarqués sur le Waterloo…Hypothèse à vérifier…

Le Nicholas  Mathieu du  Convict Index a obtenu un  »ticket of leave »? Un  »ticket of leave » c’est

C’était l’habitude de garder un prisonnier en exil dans un camp pour une période de 18 mois à deux ans; ils travaillaient au compte du gouvernement à des travaux publics. Les prisonniers sont ensuite  »assignés » à des particuliers, et si tout va bien, on leur accord la permission de travailler à leur compte. Ce système se nomme  »ticket of leave ».

Réf. (Lanctot, p. 57-58. )

Selon George Gale et James Le Moine McPherson, Charles Chambers a été envoyé à Van Dieman (Tasmanie).

Parmi les autres hypothèses, il y a celle où Chambers aurait été jeté à la mer lors de la traversée vers l’Angleterre. (Réf. Hare, Lafrance et Ruddell, p. 208)

Donc, pour le moment, nous croyons que Mathieu et Chambers ont quitté Québec le 27 mai 1837 et qu’ils sont probablement arrivés en Australie ou en Tasmanie après plusieurs mois en mer. Plusieurs questions restent sans réponse. Où exactement ont-ils vécu leur exil? Quand sont-ils décédés?

Dans la littérature

En 1837: François-Réal Angers, avocat, publie une brochure romancée intitulée Révélations du crime de Cambray et ses complices sur cette affaire. Chambers est ici appelé Cambray.

Micheline Cambron précise que les dialogues de l’écrit d’Angers ressemblent beaucoup aux paroles prononcées durant le procès de Chambers. (Réf).

Quelle est la part de vérité et de mensonge dans ce livre?

1844: La fille du brigand d’Eugène L’Écuyer. Dans cette version, Chambers, alias Maître Jacques, meurt noyé.

Puis un tumulte se fait entendre, et on aperçoit une foule qui se presse autour d’un cadavre. M. des Lauriers et M. D. .. en approchant de plus près reconnaissent le corps d’un noyé, c’est celui de maître Jacques.(Réf)

Dans le récit Geneviève d’Alphonse Gagnon (1885), la bande à Cambray (Chambers) fait plonger un honnête homme dans le monde du crime. (Nouvelles et récits, p. 126-162)

James McPherson Lemoine mentionne aussi que l’affaire Chambers

est devenu récemment le sujet [1872] d’un drame joué au Music hall de cette ville. (Réf.)

Conclusion

Avec le temps, les crimes de Chambers et ses acolytes ont été amplifiés. Ils font maintenant partie des légendes de la ville de Québec et de sa région. Le sort de Nicholas Mathieu et surtout de Charles Chambers reste sujet à débat. Chambers a-t-il été pendu en Angleterre ou est-il décédé en Australie? Quand est-il décédé? Plusieurs pistes sont à explorer…

La troisième partie de ce billet  se trouve ici.

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Bibliographie

Monographies

ANGERS, François-Réal. Révélations du crime de Cambray et ses complices. 1837 (1880).

CASGRAIN, René-Édouard. Histoire de la paroisse de l’Ange-Gardien. Quebec, Dussault & Proulx, imprimeurs, 1902, 390 pages.

CONSTANS, Ellen et Jean-Claude Vareille. Crime et châtiment dans le roman populaire de langue française du 19e siècle. Presses universitaires de Limoges, 1994, 426 pages.

FRECHETTE, Louis. Mémoires intimes. Montréal, Fides 1961, 200 pages.

HARE, John, Marc LAFRANCE et David-Thiery RUDDEL. Histoire de la ville de Québec 1608-1871, Boréal, Montréal, 1987, 400 pages.

JOBIN, Albert. Histoire de Québec. Québec, Institut Jean-Bosco, 1947, 366 pages.

LANCTOT, Hypolite. Souvenirs d’un patriote exilé en Australie, 1838-1845. Sillery, Septention, 1999, 222 pages.

LAVIOLETTE, Guy et Alain Gelly. Cap-Rouge 1541-1991 : 450 ans d’histoire. Cap-Rouge, Quebec, Société historique du Cap-Rouge inc., 1991, 340 pages.

LEBEL, Jean-Marie. Québec 1608-2008: Chroniques d’une capitale. Québec, Presses de l’Université Laval, 2008, 760 pages.

L’ECUYER, Eugene. La fille du brigand; roman canadien. Précédé d’une notice biographique sur l’auteur par Casimir Hébert. Montréal, Bilodeau, 1914, 148 pages.

LE MOINE, James MacPherson. L’album du touriste : archéologie, histoire, littérature, sport.Québec, Augustin Côté et cie, 1872, 394 pages.

ROY, Pierre-Georges. Les petites choses de notre histoire. Septième série. Lévis, 1919, 316 pages.

TRUDEL, Marcel. Chiniquy. Trois-Rivières, Éditions du bien public, 1955, 339 pages.

Site internet

Raymond Mathieu. [en ligne] Nicolas Mathieu [Page consultée le 28 avril 2010] n’est plus en ligne.

University of Texas Libraries, The University of Texas at Austin. [en ligne]  Perry-Castañeda Library Map Collection Historical Maps of Australia and the Pacific [Page consultée le 28 avril 2010] Adresse URL

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La petite histoire du crime: la bande à Chambers (Québec et sa région 1831-1835) Première partie

un véritable règne de terreur avait affolé la ville [de Québec] et ses environs. Toute une organisation de bandits, qu’on appelait les brigands du Carouge, avait durant je ne sais combien de temps, tenu la population en alerte et mis au défi tous les efforts et toutes les recherches de la justice. A chaque instant, on signalait de nouveaux crimes dont les auteurs restaient insaisissables. Ce n’étaient que vols à main armée, que meurtres atroces, que maisons pillées, qu’églises saccagées, que sacrilèges inouïs.

Louis Fréchette, Mémoires intimes, p. 100

Estampe | La basse-ville de Québec, depuis le parapet de la haute-ville, 1833 | M22020

La basse-ville de Québec, depuis le parapet de la haute-ville, 1833 James Pattison Cockburn (1779-1847) 1833, 19e siècle

C’est en ces termes que Louis Fréchette évoque le souvenir de la bande à Chambers, des bandits qui ont marqué les annales du crime du Bas-Canada. Nous allons d’abord présenter les membres du gang, puis leurs crimes pour ensuite nous attarder  au destin (oh combien mystérieux) de deux d’entre eux.

La bande

On ne connait pas avec précision le nom de tous les membres du gang à Chambers. Les sources ne s’accordent pas sur leur nombre. Par exemple, Georges Gale prétend qu’il y en avait 19 (Réf).  Pierre-Georges Roy (Réf)  mentionne six comparses.

  • Charles Chambers, le chef, marchand de bois, né v. 1805 ou 1813, époux de Julie Gagné et frère de Robert Chambers, futur maire de Québec de 1878 à 1880.
  • George Waterworth, marchand de bois
  • Nicolas Mathieu
  • François-Joseph Lemire
  • Pierre Gagnon
  • James Stewart (probablement assassiné par Charles Chambers en 1835)

Source:

http://www.ourroots.ca/f/page.aspx?id=691923

Certains documents mis en ligne par Bibliothèque et Archives nationales du Québec font aussi mention de Joseph Hamel et Egleson Knox.

Crimes qu’on leur impute

 

 

  1. 16 juillet 1831. Meurtre des Griffiths (Griffin). François-Réal Angers dans Les Révélations du crime ou Crambray et ses complices soutient que Chambers et ses accolytes sont responsables du meurtre, tandis que Pierre-Georges Roy et Auguste Béchard (Histoire de l’Ile-aux-Grues) penchent pour deux employés des Griffin. Angers situe le crime en 1835, alors qu’il a eu lieu en 1831. Il s’agit  d’une affaire non résolue.
  2. 1834-1835. Deux vols chez un vieillard de l’Ile d’Orléans.
  3. 3 novembre 1834. Vol au bureau de monsieur Atkinson, marchand à Québec.
  4. 3 février 1835. Vol chez le vieillard Paradis à Cap-Rouge.
  5. 9 au 10 février 1835 Vol d’objets liturgiques (vases sacrés, statuettes, candélabre, lampe du sanctuaire) à la chapelle de la Congrégation (20 rue Dauphine) puis vol au bureau de George Holmes Park
  6. 16 mai 1835. Le capitaine Louis Sivrac est gravement blessé durant un vol qui tourne mal. Il a 82 ans et est gardien du phare de l’Islet. Il expire 8 jours plus tard suite aux mauvais traitements qu’il a subit.
  7. 22 mai 1835 Vol de divers objets (bijoux, argenteries) chez madame Montgomery, une veuve, à Cap-Rouge.
  8. Juin 1835. Assassinats de deux habitants à Château-Richer (pas de date). Pierre-Georges Roy précise qu’il n’y a pas de preuves écrites du meurtres et que la tradition n’a pas retenu le nom des victimes. Selon l’abbé Casgrain, dans Histoire de la Paroisse de l’Ange-Gardien (1902) ces deux victimes se nommaient Jacques Huot et J. Trépanier (Réf.1. Et Réf. 2)

A posteriori,

on leur attribua la plupart des meurtres inexpliqués commis dans la région de Québec de 1834 à 1837. (Réf).

La bande choisit ses victimes parmi les gens âgés, réputés riches et vulnérables. Elle n’hésite pas à recourir à la violence pour parvenir à ses fins.

C’est le vol à la chapelle de la Congrégation qui va signer la perte de Charles Chambers et de sa bande…

(à suivre)

Le prochain billet traitera des tentatives de la justice pour coincer Charles Chambers et ses alliés, du destin de Charles Chambers et de son complice Nicholas Mathieu et de la bande à Chambers dans la littérature.

Pour lire la deuxième partie de ce billet, cliquez ici.

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