Assassinat d’Abraham Lincoln: un des conspirateurs trouve refuge au Canada-Est (1865)

Le film The Conspirator (2011) de Robert Redford porte sur l’assassinat du président Abraham Lincoln. Dans une scène, Mary Surratt (Robin Wright) discute avec son avocat, Frederick Aiken (James McAvoy). Elle lui déclare avec reçu une lettre en provenance de Montréal, de la part de son fils. Evidemment, cette référence à Montréal a piqué ma curiosité.

L’assassinat de Lincoln

Le 9 avril 1865, la Guerre de Sécession, qui avait déchiré les États-Unis, venait de prendre fin. Quelques jours plus tard, le 14 avril 1865, le président américain Abraham Lincoln était assassiné par l’acteur John Wilkes Booth alors qu’il assistait à la représentation de la pièce Our American Cousin au théâtre Ford, à Washington, D.C.  Le secrétaire d’État William Seward, le secrétaire à la Guerre Edwin Stanton ainsi que le vice-président Andrew Johnson étaient aussi visés. Booth et son complice David Herold réussirent à fuir Washington, mais ils furent retrouvés le 26 avril en Virginie et comme on le sait, Booth fut mortellement atteint par le tir d’un des soldats chargés de le capturer.

Huit suspects impliqués dans le complot furent jugés: Samuel Arnold, George Atzerodt, David Herold, Samuel Mudd, Michael O’Laughlen, Lewis Powell (Payne), Edmund Spangler et Mary Surratt. Herold, Atzerodt, Payne, Surratt furent pendus le 7 juillet 1865 alors que les autres écopèrent de peines de prison.

Pourtant, un des conspirateurs avait réussi à échapper aux autorités. C’était le fils de Mary Surratt, John H. Surratt Jr.

Fuite

John H. Surratt, in his Canada jacket, v. 1866 Brady & Co. (Washington, D.C.) Source: Library of Congress

Devinez où il est allé? Au nord! Le 17 avril 1865, on le retrouve à Montréal.

Ensuite, Surratt trouve refuge à Saint-Liboire, chez le prêtre Charles Boucher, catholique comme lui. En 1930, Charles-Philippe Choquette écrit:

Le serviteur de celui-ci [le curé Boucher], […] alla recevoir le fugitif et lui fit traverser le fleuve dans une petite chaloupe, malgré les glaces mouvantes de la fin novembre.

Le jeune Surratt passa l’hiver sous le toit du presbytère, ne se montrant aux paroissiens qu’à l’office du dimanche. Il vint quelques fois à Saint-Hyacinthe chez la soeur de Mr Boucher, Mme  Moison, dont la maison occupait, rue Mondor, no 93, l’emplacement du bureau actuel de M. le notaire Saint-Germain. (Source. C.-P. Choquette, Histoire de la ville de Saint-Hyacinthe, 1930, p. 277)

Or, lorsqu’on lit le témoignage du curé Boucher au procès de Surratt (retranscription ici), il semble plutôt que Surratt soit arrivé à Saint-Liboire, en provenance de Montréal, en compagnie de Joseph F. Du Tilly, le 22 avril 1865 et qu’il y soit demeuré environ trois mois. Il lui aurait été présenté sous le nom de Charles Armstrong. Pourquoi avoir hébergé Armstrong (Surratt)? Le curé Boucher répond:

I was told that he was coming to the country of account of his health, and because of being compromised in the American War. (Réf. Trial of John H. Surratt in the Criminal court for the District of …, Volume 2. p. 903).

Le curé Boucher avoue durant son témoignage qu’après quelques jours, ayant lu les journaux, il avait fait le lien entre son pensionnaire et le fugitif John Surratt Jr.

Procès et années suivantes

Ensuite, Surratt serait retourné à Montréal, chez le père du Père Lapierre, jusqu’à son départ en septembre pour l’Europe où il s’engagea sous un faux nom chez les Zouaves. Il fût arrêté en Italie en novembre 1866, s’échappa puis fût arrêté à nouveau, cette fois en Égypte, à la fin du même mois.

Surratt fût jugé pour son implication dans l’assassinat du président, mais le jury n’arrivant pas à s’entendre sur le verdict, il fut relâché. Ensuite, il travailla à la culture du tabac et enseigna pendant plusieurs années. Il se maria avec Mary Victorine Hunter (sept enfants) et en 1870, donna une conférence sur son implication dans le complot visant l’assassinat d’Abraham Lincoln. Il décéda le 21 avril 1916 à Baltimore.

Bibliographie

Charles-Philippe Choquette. Histoire de la ville de Saint-Hyacinthe. Saint-Hyacinthe, Québec: Richer et fils libraires-éditeurs, 1930, 552 pages.  Adresse URL: http://www.ourroots.ca/f/toc.aspx?id=12654

Wikipedia. [En ligne] John Surratt [Page consultée le 24 septembre 2011] Adresse URL:  http://en.wikipedia.org/wiki/John_Surratt

Harris, T. M. Assassination of Lincoln A History of the Great Conspiracy.  publié v. 1930. Adresse URL: http://www.reformation.org/surratt.html

Trial of John H. Surratt in the Criminal Court for the District of Columbia (1867) volume 1.  [Page consultée le 24 septembre 2011] Adresse URL: http://www.archive.org/details/trialofjohnhsu2306surr

Trial of John H. Surratt in the Criminal court for the District of …, Volume 2 [Page consultée le 24 septembre 2011] Adresse URL: http://books.google.ca/books?id=HzwuAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

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A propos Vicky Lapointe

Mon nom est Vicky Lapointe. J'ai une formation en histoire (baccalauréat et maîtrise en histoire, Université de Sherbrooke). Mon blogue explore différentes facettes de l'histoire et du patrimoine du Québec et des Francos-Américains aux XIXe siècle et XXe siècles. Je vous raconte ici des moments de notre petite histoire (j'affectionne particulièrement l'histoire du crime) et je vous présente aussi des articles de journaux d'antan.
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5 commentaires pour Assassinat d’Abraham Lincoln: un des conspirateurs trouve refuge au Canada-Est (1865)

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  2. Jonathan dit :

    Est-ce à cause de cette fuite à Montréal que Charles Chiniquy affirmait que le diocèse de Montréal et de Baltimore étaient derrières l’assassinat de Lincoln?

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  3. Bonne question, il faudrait lire ce qu’il en dit dans 50 years in the Church of Rome. En passant, excellent choix d’avatar, j’adore les oeuvres de Caspar David Friedrich.

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  4. Jonathan dit :

    Merci pour la référence. En effet, il parle beaucoup de Surratt et accuse Mgr Bourget à la page 727 du livre:

    « But who is that Father Lapierre who takes such a tender, I dare say a paternal care of Surratt? It is not less a personage than the canon of Bishop Bourget, of Montreal. He is the confidential man of the bishop. He lives with the bishop, eats at his table, assists him with his counsel, and has to receive his advice in every step of life. According to the laws of Rome, the canons are to the bishop what the arms are to the body.
    Now, I ask: Is it not evident that the bishops and the priests of Washington have trusted this murderer to the tender care of the bishops and priests of Montreal, that they might conceal, feed and protect him for nearly six months, under the very shadow of the bishop’s palace? Would they have done that if they were not his accomplices? Why did they so continually lemain with him, day and night, if they were not in fear that he might compromise them by an indiscreet word? Why do we »,ee those priests (I ought to say, those two ambassadors and appointed representatives of the Pope) alone in the carriage, which takes that great culprit from his house of concealment to the steamer? Why do they keep him there, under lock, till they transfer him, under a disguised name, to the oceanic steamer, the « Peruvian, » the 15th of July, 1865? Why such tender sympathies for that stranger? Why go through such trouble and expense for that young American, among the bishops and priests of Canada? There is only one answer. He was one of their tools, one of their selected men to strike the great Republic of Equality and Liberty to the heart. For more than six months before the murder, the priests had lodged, eaten, conversed, slept with him under the same roof in Washington. They had trained him to his deed of blood, by promising him protection on earth, and a crown of glory in heaven, if he would only be true to their designs to the end. And he had been true to the end. »

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