Une visite de la bibliothèque municipale de Montréal en 1943

La bibliothèque municipale de Montréal était située au 1210 rue Sherbrooke (auj. édifice Gaston-Miron).

La Patrie, 18 avril 1943

LA BIBLIOTHÈQUE MUNICIPALE DE MONTRÉAL

(textes et photos par Eugène Stucker)

[...]
Les Montréalais ont dans leur ville un monde en miniature. Pour y avoir accès, il n’est pas besoin de se déplacer outre mesure; tous peuvent l’atteindre. Il est étalé dans un bel édifice dont les portes s’ouvrent devant tous. C’est gratis pour tous et tous sont reçus avec le sourire. Si l’on y exigeait quelque chose, ce serait sans doute la promesse d’en sortir plus éclairé, plus fort, plus armé pour la vie.

[...]
L’ère des bibliothèques

Vers le milieu du siècle dernier, on constata un progrès général dans tous les domaines à Montréal. Un réveil intellectuel marcha de pair avec l’essor des affaires. On assista alors à la naissance de la première bibliothèque semi-publique, la "bibliothèque paroissiales", connue surtout comme le "cabinet de lecture paroissial". Cette première bibliothèque pour le grand public fut créée par les MM. de Saint-Sulpice. Elle subsista jusqu’au temps où la "paroisse" se décentralisa. C’est là que l’on vit les mêmes MM. de Saint-Sulpice faire à la population de Montréal, le don de la superbe bibliothèque Saint-Sulpice, don royal qui fut si vite… oublié.

Deux étapes
[...]
Notre Société nationale ne fut pas étrangère à la création de notre institution municipale dont nous sommes si fiers aujourd’hui. C’est en effet la Société Saint-Jean-Baptiste qui offrir l’hospitalité à notre première bibliothèque municipale, en 1902. Pour lui trouver un local plus à la porte du grand nombre, on la transporta à l’Ecole technique, rue Sherbrooke. Enfin elle fut installée définitivement dans ses quartiers permanents actuels; l’inauguration en fut faite le 13 mai 1917 par le maréchal Joffre.

La bibliothèque municipale

Sur tout le parcours de cette belle artère aristocratique qu’est la rue Sherbrooke, il est peu d’édifices qui aient aussi grand style que la bibliothèque de Montréal. La métropole en est justement fière. Sa construction a été confiée à un Canadien français, M. Eugène Payette. Notre excellent compatriote n’était d’ailleurs pas à son premier essai, puisqu’il avait bâti déjà la bibliothèque St-Sulpice. Est-il besoin de dire que l’une et l’autre sont de nos plus belles oeuvres d’arts?

Dans son ensemble, la bibliothèque municipale est de style Renaissance italienne, Les colonnes du péristyle de la façade sont de style corinthien. Ces colonnes sont des monolithes (Composées d’une seule pierre). Elles sont en granit de Stanstead. La colonnade est couronnée d’une balustrade très classique. Cette façade est une évocation des plus belles visions des pays où fleurit la plus pure architecture.

Le hall d’entrée

Une double porte donne accès au grand hall d’entrée. Il occupe toute la profondeur de l’édifice, aussi bien que la hauteur de deux étages. Le revêtement du parquet, des murs et du plafond, ainsi que des colonnes et la frise de la galerie du second étage sont en marbre canadien de Missisquoi.

Au fond du hall se dresse le comptoir massif où le personnel chargé de la distribution reçoit les abonnés de la grande institution. Sur présentation des renseignements trouvés dans les catalogues, chacun est servi avec affabilité et compétence. Sur les murs du hall sont disposés les casiers du catalogue. Au centre de la place se trouve une table massive sur laquelle les clients peuvent poser les tiroirs du catalogue pour faciliter leurs recherches; ils sont censés pourtant de remettre ces tiroirs à leur place.

Au comptoir. La Patrie, 18 avril 1943.

Au comptoir. La Patrie, 18 avril 1943.

Grands noms et armoiries

Le plus grand nombre des clients de l’institution sont tellement pressés de plonger les yeux dans leurs livres qu’ils ne s’attardent pas à les lever vers ce que nous appellerions volontiers "le ciel" de la bibliothèque. il en vaut la peine pourtant puisque par lui-même il constitue un livre très éloquent.

Le plafond du hall est sectionné en vingt et un compartiments. Le fond des caissons est constitué par un vitrail représentant des armoiries. Ces armoires sont de trois sortes. Sept d’entre elles représentent les provinces françaises d’où sont venus les premiers colons canadiens: Normandie, Isle-de-France, Poitou, Aunis, Saintonge, Champagne et Bretagne. Sept représentent des personnages historiques: Champlain, Maisonneuve, Mgr de Laval, Frontenac, Marguerite Bourgeoys, Montcalm et Wolfe. Enfin une dernière série représente les sept premières provinces canadiennes: Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse, Ile-du-Prince Edouard, Colombie-Britannique et Manitoba. Ce plafond de vitraux historiques tamise une lumière discrète mais très bonne dans le grand hall. La seule lumière additionnelle qui y entre vient d’une vaste fenêtre près du comptoir.

Les colonnes de marbre qui, de la galerie du second étage, montent au plafond, portent une frise riche d’enseignement. On peut y lire les plus grands noms dans les domaines de la philosophie et des lettres: Homère, Platon, Cicéron, Dante, Shakespeare, Pascal, Molière, Milton, Corneille, Racine, Bossuet, Montesquieu, Goethe, Chateaubriand, Michelet, Macaulay, Victor Hugo, Garneau, Crémazie et Fréchette.

Salles diverses
Les goûts et les besoins de lecture ne sont pas uniformes chez les habitués de la bibliothèque. On a prévu la chose et pour répondre à tous les besoins, on a ouvert quatre salles pour autant de genres de lectures. Au premier étage, il y a, à droite en entrant, la salle des périodiques. On y trouve les journaux et les revues des deux langues, aussi bien de la ville et de la province que des autres provinces et des pays éloignés.Les revues et les journaux reçus ici sont au nombre de quelque quinze cents.

Dans la salle de consultation on peut avoir accès aux meilleurs encyclopédies et dictionnaires français, américains, canadiens, anglais, etc.

Au second étage, on trouve tout d’abord la salle des documents publics. On peut y voir les publications officielles des gouvernements canadiens et même du gouvernement américain: débats, statuts, gazettes, rapports, etc.

Enfin il y a la salle Gagnon, appelée aussi collection Gagnon. On y trouve tous les livres canadiens. C’est l’endroit idéal pour trouver les faits de notre histoire nationale, tout aussi bien que nos incunables, nos livres anciens, des manuscrits précieux, des cartes, des généalogies et des vieux journaux.

Croira-t-on que cette collection Gagnon compte 12,500 pièces? Cela nous amène à dire que dans toute la bibliothèque il y a près de 100,000 volumes.

Salles des enfants

Les joies de la lecture. La Patrie, 18 avril 1943.

Les joies de la lecture. La Patrie, 18 avril 1943.

Depuis un an une innovation très heureuses a été opérée à la bibliothèque municipale. On y a ouvert une salle spéciale pour les enfants. Ceux-ci doivent être âgés d’au moins sept ans et de pas plus de quinze. Ces jeunes doivent se procurer une carte qui leur coûte la minime somme de cinq sous tous les ans s’ils veulent emprunter des livres chez eux. Ils n’ont rien à verser pour lire dans la salle.

C’est une excellente idée d’inviter les jeunes à venir rencontrer ici leurs amis, les livres. Comme il est vrai qu’on finit par ressembler à ceux que l’on fréquente, il est facile de croire que ce centre est des plus favorables aux enfants, car on a pris soin de ne leur faire rencontrer ici que de bons s"amis". Puis, venant ici d’abord pour y trouver des lectures joyeuses, ils arriveront par y venir pour des lectures formatrices. Les parents seraient des mieux inspirés de diriger leurs enfants vers ce foyer.

Les bibliothèques sont une nécessité

Est-il possible que les bibliothèques aient des ennemis? Les meilleures causes en ont. On prétend qu’un enseignement livresque n’est pas complet. Nous admettons qu’un enseignement "exclusivement" livresque ne peut être complet, mais nous affirmons également qu’une formation qui veut se passer des livres sera laborieuse et longue.

Que dirait-on d’un homme qui irait visiter une caverne sans se munir de puissants projecteurs? Que penserait-on d’un Canadien qui partirait pour un voyage en Europe, sans déterminer au préalable sur des cartes, les itinéraires à suivre, les lieux à visiter, les hôtels où arrêter, les villégiatures à fréquenter, etc?

Tout voyage, toute exploration, toute étude expérimentale dans un domaine quelconque sera plus rapide, plus profitable et plus agréable après une suffisante préparation dans les livres. Dans les bibliothèques on trouve des renseignements sur tous les domaines. Ces renseignements sont pratiquement indispensables à qui veut apprendre rapidement. Qu’on multiplie ces centres de formation personnelle dans notre province; qu’on porte nos jeunes à en profiter, et on verra bientôt que le niveau intellectuel des nôtres y gagnera, tout comme leur niveau économique. "

Pour en savoir plus: Wikipédia (Édifice Gaston-Miron).

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Les héritiers du colonel Louis-Joseph Lambert [Québec, 1908]

La Patrie, 10 septembre 1908

LES HÉRITIERS DU COLONEL LAMBERT
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TROIS CENTS D’ENTRE EUX SE RÉUNISSENT POUR FAIRE VALOIR LEURS RÉCLAMATIONS.
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(Correspondance spéciale à LA PATRIE)

QUEBEC, 10. – Il y une quinzaine de jours, MM. Cimon et Sévigny, avocats de Québec, convoquaient par l’entremise de "La Patrie", et de quelques autres journaux, une assemblée générale des héritiers du colonel Lambert, mort en 1760.

On l’a dit, le colonel Lambert, qui était propriétaire d’une partie de la seigneurie de Lauzon, et d’une grande partie de la Haute-Ville, mourut de sa belle mort en 1760, laissant quelques héritiers qui ne réclamèrent jamais leur héritage, croyant qu’en prenant possession du Canada, les Anglais s’emparaient de toute propriété.

Depuis longtemps déjà, les héritiers actuels du colonel Lambert s’agitent pour faire valoir leurs réclamations qui, prétendent-ils, n’ont jamais été sous le coup de la prescription.

Répondant à l’appel qui leur était fait, trois cents personnes, descendants du fameux colonel Lambert, se rendaient, hier matin, au bureau de MM Cimon et Sévigny, rue Saint-Pierre.

Bien que très spacieux, les bureaux de ces derniers ne pouvaient contenir la foule de Lambert. M. Sévigny dût louer la salle Lavigueur, rue Saint-Joseph, et c’est là qu’eut lieu l’assemblée, hier après-midi.

Il y en avait de tous les coins du Canada et des États-Unis. Un grand nombre exhibèrent leurs titres et établirent leur généalogie.

On a décidé qu’une requête sera présentée sous peu à l’un des juges de la Cour Supérieure pour faire valoir ces titres.

Les héritiers du colonel Lambert prétendent être propriétaires du terrain sur lequel s’élèvent aujourd’hui la Basilique, le Château Frontenac, le Palais de Justice, la cathédrale Anglicane, etc. etc.

Pourvu qu’ils nous laissent la Terrasse!…

Billets reliés

Le divorce [1914]

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Il prétend être le petit-fils de Champlain [1908]

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Aventures extraordinaires d’une jeune fille de Rimouski en 1918

Le Progrès du Golfe, 31 mai 1918

VOLEUSE ET VAGABONDE
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ARRESTATION ET CONDAMNATION D’UN HOMMASSE
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CINQ ANS DE BAGNE

Une jeune fille du nom d’Eugénie Côté, originaire de Ste-Angèle de Mérici, après une vie d’aventures extraordinaires, a été condamnée le 18 mai par le Magistrat Fiset à cinq ans de pénitencier pour vol avec effraction et vagabondage.

Le mandat d’arrestation avait été signé par le magistrat sur la plainte de Frédéric-Joseph Astle, hôtelier de Petit Métis, accusant l’inculpée, sous le nom de Xavier Côté, d’avoir cambriolé la villa d’été de Madame John-Thomas Molson.

Cet "Xavier Côté" incarcéré dans la prison de Rimouski était vêtu d’habits masculins et avait toutes les apparences et les allures d’un homme véritable. Ce fut Madame Edouard Therriault, la matrone chargée de la garde des prisonnières, qui découvrit la supercherie et qui, confrontée en Cour avec l’accusé encore affublé de ses habits d’homme, l’identifia comme étant une ancienne prisonnière répondant au nom d’Eugénie Côté, qui purgea naguère une sentence de cinq mois dans la prison de Rimouski.

La Demoiselle s’avoua coupable et de cambriolage et de vagabondage; le magistrat la candamna [sic] sur-le-champ à cinq ans de bagne, et le pseudo-Xavier Côté fut réintégré dans la prison en attendant son départ pour le pénitencier.

Goûtant peu la discipline et la captivité de la géôle [sic], Eugénie Côté, qui n’avait pas encore dépouillé… le vieil homme – son costume féminin n’étant pas encore confectionné – réussit samedi à esquiver ses gardiens et à s’évader de la prison. Elle vécut deux jours en liberté provisoire, courant sa chance et s’efforçant tantôt de s’enfuir et tantôt de se cacher pour se soustraire aux poursuites.

Mais son signalement aviat [sic] été donné un peu partout.

Elle fut appréhendée dans la journée du 27 à St-Simon par deux MM. Gauvin, de cette paroisse, qui réussirent à la crocheter après une course épuisante et accidentée.

MM. Gauvin, prévinrent immédiatement le shérif D’Anjou et M. Ed. Therriault, de leur importante capture. M. Therriault se rendit immédiatement à St-Simon où il reprit possession de sa pupille, et malgré ses vociférations et ses résistances, la ramena au bercail peu apprécié qu’elle avait quitté si brusquement deux jours auparavant.

Eugénie Côté a depuis lors endossé, bien à contrecoeur, le vêtement féminin, qu’on lui a fait confectionner sur commande et qu’elle s’est, dans les premiers temps, sans doute pour se distraire, amusée à mettre en lambeaux.

"Venus" – c’est le petit nom de guerre sous lequel on désigne à Rimouski cette hommasse – est donc une récidiviste, puisqu’elle fut déjà condamné en 1916 à la prison, où elle est entrée le 14 novembre et d’où elle est sortie le 22 avril. Dans l’été suivant, (l’été dernier), elle fut envoyée au "Bon Pasteur", mais elle en désertait bientôt pour reprendre sa vie vagabonde et aventurière. C’est alors qu’elle se costuma en homme et qu’elle s’engagea aux chantiers et à la "drave" où elle travailla comme un homme et avec les hommes au service de la "Chaleurs Bay Mills", jusqu’au jour où l’envie lui prit de vagabonder et de cambrioler, ce qui lui vaut aujourd’hui cinq ans de travaux forcés au pénitencier.

Serait-ce cette jeune fille (recensement du Canada, 1911)?

Billets reliés
L’or de la Californie: l’épopée des Rioux de Trois-Pistoles (1849-1852)

Arrestation du Dr Crippen à Pointe-au-Père, auj. Rimouski [31 juillet 1910]

La tragédie de l’Empress of Ireland, 29 mai 1914, en images

Le grand incendie de Rimouski, 6 mai 1950

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Bonjour (message volontairement ecrit sans accent),

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merci pour votre patience,

Vicky

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La garnison britannique quitte Québec [1871]

Mise à jour 4 avril 2014 problèmes d’affichage messagerie videotron: Ceux qui reçoivent les nouveaux billets par leur courriel videotron.ca remarqueront que les pages ne s’affichent pas correctement (caractères bizarres et hyperliens désactivés). Videotron n’offre pas encore, à ma connaissance, de solution à ce problème (si vous en avez une, écrivez-moi SVP!). En attendant, vous pouvez soit vous réabonner avec une autre adresse de courriel, mettre ce site dans vos favoris ou bien copier-coller dans votre navigateur l’hyperlien à la fin de chaque courriel (voir Problème de clic? Copiez et collez cette URL dans votre navigateur:). Il s’agit d’un problème éprouvé par d’autres blogues wordpress (voir ce lien Vidéotron-Wordpress ).

Je vais reporter de quelques jours la parution des nouveaux billets.

Merci! Et maintenant, une capsule historique qui nous ramène à Québec en 1871 alors que la garnison britannique quitte la ville.

Canadian Illustrated News, 2 décembre 1871

Canadian Illustrated News, 2 décembre 1871

Le Canadien, 13 novembre 1871

LE DERNIER RÉGIMENT ANGLAIS

Hier, l’Orontes laissait Québec emportant avec lui le dernier régiment anglais.

La vieille citadelle de Québec est maintenant veuve de soldats britanniques et ne renferme plus que quelques femmes et quelques invalides.

Canadian Illustrated News, 2 décembre 1871

Canadian Illustrated News, 2 décembre 1871

Reviendront-ils jamais pour défendre le vieux drapeau anglais, nous ne le croyons pas! Ce départ est un des faits les plus remarquables depuis la conquête.

Les soldats français ont été chassés par les armées anglaises, après des combats glorieux, mais les soldats anglais s’en vont sans combattre devant les armées pacifiques mais non moins puissantes des américains.

Signe des temps!

Pour en savoir plus: La garnison britannique à Québec, 1759-1871 par Christian Rioux, Parcs Canada, Patrimoine canadien, 1996.

Billets reliés
Un voyageur de Montréal tué par un soldat [Québec, 13 septembre 1807]

Les démolitions à Québec [1871]

Emeute du 1er avril 1918 contre la conscription [Québec]

La poudrière explose [Québec, 4 mars 1864]

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Les secrets d’une chambre d’hôtel [Québec, 1883]

C’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui se retrouvent dans un hôtel. On est en 1883, la nuit est bien avancée et leur rencontre ne se passe pas comme prévu….

D’abord, dans le Canadien 29 août 1883 paru cet entrefilet énigmatique.

AFFAIRE MYSTÉRIEUSE

Dans la nuit de lundi à mardi, il est arrivé dans un hôtel de la Basse-Ville une affaire assez mystérieuse, mais dont nous pourrions cependant donner la plupart des détails si l’on ne nous avait prié de n’en rien dire, attendu que les deux héros, garçon et fille, appartiennent à des familles fort honorables d’une paroisse voisine.

Le lendemain, le Canadien donne plus de détails.

UNE SALE AFFAIRE
-
(De l’Evénement d’hier.)

Dans la nuit de lundi à mardi, il est arrivé à l’ancien hôtel Blanchard, tenu aujourd’hui par le capt. Pelletier, une affaire assez singulière et dont nous aurions pu donner hier comme à présent tous les détails. Mais un membre du clergé est venu nous prier de n’en rien dire, et nous nous sommes tu.

Le Chronicle ayant donné ce matin certains détails, malgré qu’on nous ait promis qu’il n’en serai pas question dans les journaux, nous ne voyons pas pourquoi nous ne donnerions pas les nôtres qui sont complets, en omettant toutefois les noms.

Voici les faits:

Lundi soir, à 11 30 heures, un citoyen de St-Thomas qui est actuellement en ville avec son fils, descendait de voiture à la porte de l’hôtel susdit avec une jeune institutrice de l’Islet. M. Pelletier entendit alors qu’il était question d’une chambre à deux lits, et il demanda au nouveau venu si c’était sa femme.

sur sa réponse négative, l’hôte dit qu’il allait leur donner deux chambres, ce qui fut accepté.

En conséquence, la jeune fille que nous appellerons Mlle L…, fut conduite dans la chambre voisine de celle de M. Pelletier, et M. D… reçut en partage une chambre à l’étage au dessus. Il était sobre.

Sur une remarque qui lui fut faite en arrivant, M. D…. dit qu’ils étaient arrivés par le chemin de fer du Nord et qu’ils avaient été retenus par des amis de la campagne. Il paraît au contraire que le cocher les avait pris au bateau passeur de Lévis à l’instant même.

M. Pelletier s’éveilla plusieurs fois dans la nuit et n’entendit aucun bruit insolite, mais à 4.30 heures du matin, il fut éveillé par un bruit de voix et des piétinements provenant de la chambre de Mlle L. Il se leva immédiatement et en arrivant près de la porte de cette chambre, il entendit une voix féminine qui disait: "Retirez-vous donc.".

Il essaya d’ouvrir la porte, mais elle était barrée à l’intérieur.

Mlle. L. vint elle-même ouvrir, et s’écria en apercevant l’hôte qu’elle souffrait beaucoup du choléra. Mais il n’y avait pas dans la chambre trace de celui-ci.

En apercevant D. qui était couché sur le lit et dont les hardes étaient à terre, M. Pelletier lui demanda pourquoi il avait pénétré dans cette chambre, et il le somma en même temps de déguerpir. L’autre refusa; il était ivre et on trouva plus tard dans la chambre un flacon encore à moitié d’eau-de-vie. M. Pelletier ayant insisté, Mlle L. le supplia de ne pas molester son compagnon, en ajoutant que c’était elle qui l’avait fait venir parce qu’il se sentait mal. Lui dit au contraire qu’il était venu la trouver pour la protéger, parce qu’elle avait peur!

Mlle. L. exhalait une forte odeur d’opium ou autre narcotique opiacé. Elle demande alors un verre d’eau-de-vie. M. Pelletier força M. D. à sortir et à se retirer, et il descendit chercher l’eau-de-vie demandée. Sur ces entrefaites, Mme. Pelletier s’était levée et assistait à cette scène. Pendant l’absence de l’hôte, la jeune fille sortit de sa chambre et se mit à courir comme une insensée dans les passages. Lorsqu’il revint, elle trempa ses lèvres dans la liqueur et posa le verre sur un meuble de sa chambre, dans laquelle Mme Pelletier l’enferma.

Un instant plus tard, on l’apercevait sur une galerie en arrière de la maison. Elle s’y était rendue en passant d’une fenêtre dans une échelle et en sautant sur la galerie, M. Pelletier lui cria de revenir bien vite se vêtir pour s’en aller; mais au lieu de l’écouter, elle descendit par l’échelle dans la cour où on la perdit de vue.

On ne la revit plus à l’hôtel, et M. Pelletier nous dit qu’il est probable qu’elle est entrée dans la cuisine d’où elle est passée dans la salle d’attente. De là, elle est sans doute montée sur l’appui d’une fenêtre, est passé à travers un guichet de 12 pouces sur 15 et a sauté sur le trottoir. C’est probablement en roulant sur le sol qu’elle s’est blessée à la lèvre inférieure et à la hanche.

Un peu plus tard, le sergent de police Lesage l’arrêtait non loin de l’hôtel, et sur les indications qu’elle lui fournit, il la conduisit chez des parents qu’elle a à St Roch. Elle ne portait en dessus de sa jaquette qu’une espèce de corsage ou de mantelet. Mlle L. est âgée de 19 ou 20 ans.

Revevons [sic] à M. D. qui errait pendant tout ce que nous venons de raconter dans les passages, à la recherche de ses vêtements qu’on a été obligé de lui livrer. La clé de sa chambre et son chandelier, ainsi que tous ses effets, comme nous l’avons déjà dit, étaient dans la chambre de Mlle. L. Son lit à lui était intact.

Enfin, arrimé tant bien que mal, et après avoir pris les chaussures d’un autre pensionnaire, au lieu des siennes, il s’est élancé dans la rue, à la recherche de sa compagne.

M. D. est employé dans le commerce et l’industrie des bois.

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Prière d’apporter vos vêtements quand vous sortez [une chaude journée de juillet 1880 à Québec]

La bourgeoisie montréalaise secouée par un scandale [Montréal, janvier 1876]

La tragédie des Redpath [Montréal, 13 juin 1901]

Petites histoires immorales [juin 1891]

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Les déménagements du 1er mai [1908]

Photographie | Jour de déménagement (?),  Évincement (?),  Montréal, QC, vers 1930 | MP-1978.107.150

Jour de déménagement (?), Évincement (?), Montréal, QC, vers 1930

Quel est le meilleur moment de l’année pour déménager? Voici l’opinion de deux experts.

Le Canada, 11 mars 1908

Les déménagements du 1er mai
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DEUX OPINIONS AUTORISÉES EN FAVEUR DU PROJET DE LOI LACOMBE RELATIF AU CHANGEMENT DE CETTE DATE.
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POURQUOI NE DÉMÉNAGERAIT-ON PAS LE 1ER SEPTEMBRE?
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M.F. X. Saint-Germain, courtier en immeubles, 70 rue Saint-Jacques, interviewé par un représentant du ‘Canada’, donne comme suit son opinion du projet de loi Lacombe, relatif à la date des déménagements.

"Je suis en faveur d’un changement, de deux changements même, si tant est, toutefois, qu’on puisse forcer un propriétaire à louer sa maison à date fixe et empêcher les locataires de déménager et, partant, de louer ailleurs, en n’importe quel temps de l’année.

Je comprends qu’on veuille changer cette vieille coutume de déménager au mois de mai, mais je ne suis pas pour le déménagement au mois de juillet, époque des vacances, non seulement pour les riches, mais pour bon nombre de nos ouvriers. Impossible d’aller à la campagne, en temps de déménagement, car une fois la nouvelle installation faite, il est trop tard pour songer à la villégiature.

Quant à la question des écoles, il faut remarquer, d’abord, que les familles qui partent d’un bout de la ville, pour aller résider à l’autre, sont le petit nombre. On reste généralement près de son ouvrage, de ses affaires, et la plupart ne changent même pas de quartier, ce qui n’éloigne pas beaucoup les enfants de l’école qu’ils fréquentent. Mais enfin, il y en a qui s’éloignent et le premier de juin, comme date de déménagement, obvierait à l’inconvénient, vu qu’à cette date, l’année d’étude est virtuellement finie. C’est la préparation aux vacances.

Et puis, le mois de juin remédierait aussi à l’inconvénient de chercher à louer dans le plus dur temps de l’année, surtout – et c’est ici le second changement que je demande si l’on n’accordait qu’un mois pour louer, pour laisser visiter les maisons. Un mois est amplement suffisant. Dans trois mois, on loue une maison, puis on la remet, et ainsi de suite. Sans compte que les locataires qui déménagent se font souvent fatiguer inutilement, par les curieuses, voire même par des voleurs.

Photographie | « Jour de déménagement », Montréal, QC, vers 1930 | MP-1984.105.17

« Jour de déménagement », Montréal, QC, vers 1930

Quand on saura qu’on a qu’un mois pour trouver à louer, on se hâtera et tout se fera plus vite. Et le mois de mai, dont les premiers jours ne sont pas toujours propices au transport des meubles, a une température assez belle pour la "chasse aux loyers" et, durant ce mois, on fait le ménage et puis on prend des vacances.

J’opte donc pour le mois de juin comme mois de déménagement.

M. Saint-Germain, qui compte trente-trois ans d’expérience, non seulement dans le commerce, mais aussi dans la location de propriétés, et il soutient que ce sont ses confrères que l’on devrait consulter en la matière.

M. Edouard Beaudry

M. Edouard Beaudry, agent d’immeubles, qui a son bureau avec l’échevin L. A. Lapointe, nous disait, il y a quelques semaines, bien avant qu’il fut question du projet de loi Lacombe, qu’il était en faveur des déménagements le 1er septembre. Selon lui, le premier septembre est la date la plus propice. Le locataire aurait trois beaux mois d’été pour chercher des maisons, et en entant dans une maison, le 1er septembre, les études des enfants ne sauraient être interrompues, puisqu’on arriverait dans le nouveau quartier avant même l’ouverture des classes.

Mais, il y a plus. La visite des logements, telle qu’elle se fait actuellement, est une cause de nombre de maladies. Les portes s’ouvrent fréquemment et il se fait des courants d’air, alors que souvent, les enfants se traînent à terre. Quelquefois, les femmes sont malades et sont obligées d’endurer ces ennuis. De plus, les longues robes entrent dans les maisons, toute l’humidité et les saletés des trottoirs.

Il se déclare des maladies fort graves dans les familles, dont on ne peut s’expliquer la provenance, alors que si ces visites faites en février et mars cessaient, on verrait ces mêmes maladies diminuer de moitié.

C’est certainement là une cause très suffisante en faveur du changement, et l’on est en droit de s’étonner que les bureaux d’hygiène municipaux ou provinciaux, ne soient pas intervenus plus tôt, dans l’intérêt même de la santé publique.

Quant à l’empêchement d’aller en villégiature, à cause de l’ennui de chercher des maisons l’été, il n’est guère sérieux.

Ceux qui vont assez loin pour venir difficilement à la ville ou n’y pas venir du tout, ne sont pas ceux qui déménagent souvent, parce qu’ils sont propriétaires. Quant aux autres leurs affaires les appellent à la ville quatre jours sur sept et il leur est facile de consacrer quelques heures à se chercher des logements, beaucoup plus faciles à trouver et à visiter, [illisible] qu’il fait grand soleil, que les rues sont propres, que tout est ouvert et que verdures et floraisons, [illisible]embellissent les sites. Propriétaires comme locataires ont tout intérêt à se prononcer en faveur du mois de septembre pour les déménagements.

Telles sont en substance les raisons que nous énumérait M. Edouard Beaudry, il y a déjà quelques semaines de cela.

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